‹ DiversChapitre 21 sur 103 · UN BAL MASQUE · texte numérisé non relu

UN BAL MASQUE

J'avais dit que je n'y étais pour personne : un de mes amis força la consigne.

Mon domestique annonça M. Antony R... J'aperçus derrière la livrée de Joseph !e coin d'une redingote noire; il était probable que le porteur de la redingole avait, de son côté, vu un pan de ma robe de clianibre; impossible de me celer : — Très bien I qu'il entre, dis-je tout liaut. .7- Qu'il aille au diable! dis-je tout bas.

Lorsqu'on travaille, il n'y a que la femme qu'on aime qui puisse impunément vous déranger, car elle est toujours pour quelque chose au fond de ce que l'on fait.

J'allais donc à lui avec ce visage à demi maussade d'un auteur interrompu dans un de ces momens où il craint le plus de l'être, lorsque je le vis si pâle et si défait que les premiers mots que je lui adressai furent ceux-ci :

— Qu'avez-vous?que vous est-il arrivé?

— Oh ! laissez-moi respirer, dit-il, je vais vous dire cela; d'ailleurs, c'est peut-être un rêve, ou peut-être suis-je fou'.

11 se jeta sur un fauteuil et laissa tomber sa tête entre ses deux mains.

Je regardai avec étonnement : ses cheveux étaient mouillés par la pluie, ses bottes, ses genoux et le bas de son pantalon étaient couverts de boue. J'allai à la fenêtre ; je vis à la porte son domestique et son cabriolet : je n'y comprenais rien.

Il vit ma surprise.

— J'ai été au cimetière duPère-Laehaise, dit-il.

— A dix heures du malin ?

— J'y éiai» à sept... Maudit bal masqué I

Je ne devinais pas ce qu'un bal mas(iué et le Père-Lachaise avaient à faire ensemble. Je pris mon parti, et, tournant le dos à la cheminée, je me mis a rouler un cigaretto entre mes doigts avec le flegme et la patience d'un Eypagnol

Lors(|u'il fut arrivé à son point de perfection, je le tendis à Antony, que je savais très sensible ordinairement à ce genre d'attention.

11 me lit un signe de remercîment de la tête, mais il repoussa ma main.

Je me Ijaissai afin d'allumer le cigaretto pour mon propre compte : Anlony m'arrèia.

— Alexandre, me dit-il, écoutez-moi, je vous en prie.

— Mais il y a un quart d'heure que vous êtes là et que vous ne me dites rien.

— Oh 1 c'est une aventure bien étrange !

Je me relevai, posai mon cigare sur la cheminée et me croisai les bras comme un homme résigné , seulement je commençais à croire comme lui qu'il pouvait bien être devenu fou.

— Vous vous rappelez le bal de l'Opéra, où je vous rencontrai? me dit-il après un instant de silence.

— Le dernier , où il y avait deux cents personnes au plus?

— Celui-là même. Je vous quittai dans l'intention de me rendre à celui des Variétés, dont on m'avait parlé comme d'une curiosité au milieu de notre époque si curieuse : vous voulûtes me dissuader d'y aller; une fatalité m'y poussait. Oh ! pourquoi n'avez-vous pas vu cela, vous, vous qui avez des mœursà retracer? Pourquoi Holfman ou Callol n'élaientils pas là pour peindre le tableau à la fois fantasiique et burlesque qui se déroula sous mes yeux? Je venais de quitter l'Opéra vide et triste; je trouvai une salle pleine et joyeuse : corridors, loges, parterre, tout était encombré. Je lis le tour de la salle ■ vingt masques m'appelèrent par mon nom et me dirent le leur. Celaient des sommités arislocratiques ou (inancières sous d'ignobles déguisemens de pierrots, de postillons, de paillasses ou de poissardes. Celaient tous jeunes gens de nom, de cœur, de mérite; et là, ou blianl famille, arls, politique, rebâlissant une soirée de la llégenceau milieu de noire époque grave et sévère. On me l'avait dit, et cependant je ne l'avais pas cru !... Je remontai (pielques marches, et, m'appuyant sur une colonne, à demi caché par elle, je fixai les yeux sur ce flot de créatures humaines qui se mouvait au-dessous de moi. Ces dominos de toutes les couleurs, ces costumes bigarrés, ces grotesques déguisemens, formaient un spectacle qui ne ressemblait à rien d'humain. La musi(iue se mit à jouer. Oh ! ce fut alors!... Ces étranges créatures s'agitèrent au son de cet orciiestre dont l'harmonie n'arrivait à moi qu'au milieu des cris, des rires, des huées; elles s'accrochèrent les unes aux autres par les mains, par les bras, par le cou; un long cercle se forma, commençant par un mouvement circulaire; danseurs et danseuses frappant du pied, faisant jaillir avec

SOm^ENIRS D'ANTONY.

bruit une poussière dont la lumièfe blafarde des lustres rendait les atonies visibles; tournant dans leur vitesse croissante avec des postures bizarres, des gestes obscènes, des cris pleins de débauclie; tournant toujours plus vile, renversés comme des hommes ivres, hurlant coinnie des femmes perdues, avec plus de délire que de joie, avec plus de rage que de plaisir; semblables à une chaîne de damnés qui accomplit, sous la verge des démons, une pénitence infernale. Cela se passait sous mes yeux, à mes pieds. Je sentais le vent de leur course; chacun de ceux que je connaissais me jetait, en passant, un mot à me faire rougir. Tout ce bruit, tout ce bourdonnement, toule celte confusion, toute cette musique étaient dans ma tèle comme dans la salle! J'arrivais promptemeiit à ne plus savoir si ce que j'avais devant les yeux élait songe ou réalité; j'arrivais à me demander si ce n'était pas moi qui étais insensé et eux qui étaient raisonnables; il me prenait d'étranges tentations de me jeter au milieu de ce pandœmonium , comme Faust ;\ travers le sabbat, et je sentais qu'alors j'aurais des cris, des gestes, des postures, des rires comme les leurs. Oh ! de là à la folie il n'y a qu'un pas. Je fus épouvanté; je me jetai hors de la salle, poursuivi jusqu'à la porte de la rue par des hurlemens qui ressemblaient à ces rugissemens d'amour qui sortent de la caverne des bêtes fauves.

Je m'étais arrêté un instant sous le portique pour me remettre; je ne voulais pas me hasarder dans la rue avec tant de confusion encore dans l'esprit ; peut-être n'aurais-je pas retrouvé mon chemin; peut-être me serais-je jeté sous les roues d'une voiture que je n'aurais pas vue venir. J'étais comme doit être un homme ivre qui commence à retrouver ass'ez déraison dans sou cerveau obscurci pour s'apercevoir de son état, et qui, sentant revenir la volonté, mais non pas encore le pouvoir, s'appuie immobile, les yeux lixes et atones, contre une borne de la rue ou contre un arbre d'une promenade publique.

En ce moment, une voilure s'arrêta devant la porte, une femme descendit de la portière ou plutôt s'en précipita. Elle entra sous le péristyle tournant la tête à droite et à gauche comme une personne égarée : elle était vêtue d'un domino noir, avait la ligure couverte d'un masque de velours. Elle se présenta à la porte.

— Votre billet? lui dit le contrôleur.

— lion billet? répondit-elle; je n'en ai pas.

— Alors, prenez-en un au bureau.

Le domino revint sous le péristyle, fouillant vivement dans toules ses poches.

— Pas d'argent! s'écria-t-elle... Ah! cette bague... Un billet d'entrée pour celte bague, dit-elle.

— Impossible, répondit la femme (|ui distribuait les cartes-, nous ne faisons pas de ces marchés-là. Et elle repoussa le brillant qui tomba à terre et roula de mon côté.

Le domino était resté sans mouvement, oubliant l'anneau, abimé dans une pensée.

Je ramassai la bague et la lui présentai.

Je vis à travers son masque ses yeux se lixer sur les miens ; elle me regarda un instant avec hésitation; puis, tout-à-coup, passant son bras sous le mien :

— Il faut que vous me fassiez entrer, me dit-elle ; par pitié, il le faut.

— Je sortais, madame, lui dis-je.

— Alors, donnez-moi six francs de cette bague, et vous m'aurez rendu un service pour lequel je vous bénirai toute ma vie.

Je lui remis l'anneau au doigt; j'allai au bureau, je pris deux billets. Nous rentrâmes ensemble.

Arrivés dans le corridor, je sentis qu'elle chancelait. Elle forma alors, avec sa seconde main, une espèce d'anneau autour de mon bras.

— Soulfrez-vous? lui dis-je.

— Non, non, ce n'est rien, reprit-elle; un éblouissement, voilà tout...

Elle m'entraina dans la salle.

Nous rentrâmes dans ce joyeux Charenlon.

Trois fois nous en finies le tour, fendant à grand'pcine

ces tlots de masques qui se ruaient les uns sur les autres ; elle, tressaillant à chaque parole obscène qu'elle entendait; moi, rougissant d'élre vu donnant le bras à une femme qui osait entendre de telles paroles; puis nous revînmes à l'extrémité de la salle. Elle tomba sur un banc. Je restai debout devant elle, la main appuyée sur le dossier de son siège.

— Oh ! cela doit vous paraître bien bizarre, dit-elle, mais pas plus qu'à moi, je vous le jure. Je n'avais auiune idée de cela (elle regardait le bal), car je n'avais pas même pu voir de telles choses dans mes rêves. Mais on m'a écrit, voyez vous, qu'il serait ici avec une femme ; et quelle femme doitce être que celle qui peut venir dans un pareil lieu?

Je fis un geste d'élonnement , elle le comprit.

— J'y suis bien, n'est-ce pas, voulez-vous dire ? Oli ! mais moi c'est autre chose : moi je le cherche, moi je suis sa femme.. Ces gens, c'est la folie et la débauche qui les poussent ici. Oh! moi, moi, c'est la jalousie infernale! J'aurais été partout le chercher; j'aurais été la nuit dans un cimetière, j'aurais été en Grève le jour d'une exécution ; et cependant, je vous le jure, jeune fille, je ne suis jamais sortie une fois dans la rue sans ma mère; femme, je ne n'ai pas fait un pas dehors sans être suivie d'un laquais; et cependant me voilà ici, comme toutes ces femmes qui en savent le chemin ; me voilà donnant le bras à un homme que je ne connais pas, rougissant sous mon mas(|uede l'opinion que je dois lui inspirer ! Je sais tout cela I... Avez-vous été jaloux, monsieur?

— Affreusement, lui répondis-je.

— Alors, vous me pardonnez, vous savez tout. Vous connaissez cette voix ni vous crie: Va!... comme à l'oreille d'un insensé ; vous avez senti ce bras qui vous pousse à la honte et au crime, comme celui de la fatalité. Vous savez qu'en un pareil moment on est capable de tout, pourvu que l'on se venge.

J'allais lui répondre ; elle se leva tout-à-coup , les yeux fixés sur deux dominos qui passaient en ce moment devant nous.

— Taisez-vous ! dit-elle ; et elle m'entraîna sur leurs traces. J'étais jeté au milieu d'une intrigue à laquelle je ne comprenais rien ; j'en sentais vibrer tous les lils, et aucun ne pouvait me mener au but; mais celte pauvre femme paraissait si agitée qu'elle élait intêressanle. J'obéis comme un enfant, tant une passion vraie est impérieuse, et nous nous mîmes à la suite des deux masques, dont l'un était évidemment un homme et l'autre une femme. Ils parlaient à demi voix ; les sons parvenaient à peine à nos oreilles.

— C'est lui! murmurait-elle, c'est sa voix; oui, oui, c'est sa taille...

Le plus grand des deux dominos se mit à rire

— C'est son rire, dit-elle; c'est lui, monsieur, c'est lut ! la lettre disait vrai. O mon Dieu ! mon Dieu !

Cependant les masques avançaient, et nous les suivions toujours ; ils sortirent de la salle, et nous en sortîmes après e\ix; ils prirent l'escalier des loges, et nous le montâmes h leur suite; ils ne s'arrêtèrent qu'à celles du cintre : nous semblions leurs deux ombres. Une petite loge grillée s'ouvrit : ils y entrèrent; la porte se referma sur eux.

La pauvre créature que je tenais sous le bras m'effrayait par son agitation ; je ne pouvais voir sa flgure ; mais, pressée contre moi comme elle l'était, je sentais battre son cœur, frissonner son corps, tressaillir ats membres. Il y avait quelque chose d'étrange dans la manière dont arrivaient à moi les souffrances inou'ies dont j'avais le speclacle sous les yeux, dont je ne connaissais nullement la victime, et dont j'ignorais complètement la cause. Cependant, pour rien au monde, je n'aurais abandonné celle femme dans un pareil moment.

Lorsqu'elle avait vu les deux masques entrer dans la loge et la loge se refermer sur eux, elle était resiée un moment immobile et coranie foudroyée; puis elle s'était élancée contre la porte pour écouler. Placée comme elle l'clail, le moindre mouvement dénonçait sa présence et la perdait; je la lirai violemment par le bras, j'ouvris, en poussant, le res-

œUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS.

sort de la loge contiguë, je l'y entraînai avec moi, j'abaissai la grille et tirai la porte.

— Si vous voulez écouter, lui dis-je, du moins écoutez

d'ici- .„ . , , •

Elle tomba sur un genou et colla son oreille contre la cloison, et moi je me tins debout de l'autre côté, les bras croisés, la tête inclinée et pensive.

Tout ce que j'avais pu voir de cette femme m'avait paru type de beauté. Le bas de son visage, que ne cachait pas son masque, était jeune, velouté, arrondi ; ses lèvres étaient vermeilles et Unes; ses dents, que faisait paraître plus blanches encore le velours qui descendait jusqu'à elles, étaient petites, séparées et brillantes ; sa main était à mouler, sa taille à prendre entre les doigts; ses cheveux noirs, lins, soyeux, s'échappaient en profusion de la coiffe de son domino, et le pied d'enfant qui dépassait sa robe semblait avoir pei'ne ;\ soutenir ce corps, tout léger, tout gracieux, tout aérien qu'il était. Oh ! ce devait être une merveilleuse créature! Oh! celui qui l'aurait tenue dans ses bras, qui aurait vu toutes les facultés de cette âme employées à 'aimer, qui aurait senti sur son cœur ces palpitations, ces tressaillemens, ces spasmes névralgiques, et qui aurait pu dire : Tout cela, tout cela c'est de l'amour, de l'amour pour moi, pour moi seul au milieu des hommes, pour moi, ange prédestiné, oh ! cet homme !... cet homme !...

VoiU'i quelles étaient mes pensées, quand tout-à-coup je vis cette femme se relever, se tourner vers moi et me dire d'une voix entrecoupée et furieuse :

— Monsieur, je suis belle, je vous le jure ; je suis jeune, j'ai dix-neuf ans. Jusqu'à présent j'ai été pure comme l'ange delà création... eh bien!... — Elle jeta ses deux bras à mon cou. — Eh bien! je suis à vous... prenez-moi !

Au même instant, je sentis ses lèvresse coller aux miennes, et l'impression d'une morsure plutôt que celle d'un baiser, courut par tout son corps frissonnant et éperdu ; un nuage de flamme passa sur mes yeux.

Dix minutes après, je la tenais entre mes bras, renversée demi-morte et sanglotante.

Elle revint lentement à elle; je distinguai à travers son masque ses yeux hagards ; je vis le bas de sa ligure pâle, j'entendis ses dents se heurter l'une contre l'autre comme dans le frisson de la lièvre. Je vois encore tout cela.

Elle se rappela ce qui venait de se passer, tomba à mes pieds.

Si vous avez quelque compassion, me dit-elle en sanglotant, quelque pitié, détournez la vue de moi, ne cherchez jamais à me connaître ; laissez-moi partir et oubliez tout : je m'en souviendrai pour deux !...

A ces mots, elle se releva rapide comme une pensée qui nous fuit, s'élança contre la porte, l'ouvrit , et se retournant encore une fois :

Ne me suivez pas, au nom du ciel, monsieur, ne me suivez pas ! dit-elle.

La porte, repcussée violemment, se referma entre elle et moi, mêla dérobant comme une apparition. Je ne l'ai pas revue I

Je ne l'ai pas revue ! et depuis, depuis les dix mois qui se sont écoulés, je l'ai cherchée partout, aux bals, aux spectacles, aux promenades ; toutes les l'ois que je voyais de loin une femme à la taille fine, au pied d'enfant, aux cheveux noirs, je la suivais, je m'approchais d'elle, je la regardais en face, espérant que sa rougeur allait la trahir. En aucun lieu je ne la retrouvai, nulle part je ne la revis... que dans mes nuits, que dans mes rêves! Oh! là, là, elle revenait, là je la sentais, je sentais ses étreintes, ses morsures, ses caresses si ardentes, qu'elles avaient quelque chose d'infernal ; puis le masque tombait et le visage le plus étrange lu'apparaissait, tantôt confus, comme couvert d'un nuage; tantôt brillantcomme entouré d'une auréole; tantôt pâle, avec un crâne blanc et nu. avec des yeux aux orbites vides, avec des dents vacillantes et rares. Enfin, depuis cette nuit, je n'ai pas vécu; brûlé d'un amour insensé pour une femme que je neconnais pas, espérant toujours et toujours déçu dans mes espérances, jaloux sans avoir le droit, sans savoir de qui je devais l'être, n'osant avouer pareille folie, et cependant, poursuivi, miné consumé, dévoré par elle.

En achevant ces mots, il tira une lettre de sa poitrine.

— Maintenant que je t'ai tout raconté, me dit-il, prends cette lettre et lis-la.

Je la pris et je lus :

« Peut-être avez-vous oublié une pauvre femme qui n'a rien » oublié et qui meurt de ne pouvoir oublier?

» Quand vous recevrez cette lettre, je ne serai plus. Alors, 1) allez au cimetière du Pèrc-Lachaise, dites au concierge de 11 vous faire voir parmi les dernières tombes celle qui por- » tera sur sa pierre funéraire le simple nom de Marie, et, I) quand vous serez en face d'elle, agenouillez-vous et priez, n

— Eh bien ! continua Antony, j'ai reçu cette lettre hier, et j'y ai été ce matin. Le concierge m'a conduit à la tombe, et je suis resté deux heures à genoux, priant et pleurant. Comprends-tu? Elle était là, cette femme!... L'âme brù^ lante s'était envolée; le corps, rongé par elle, avait ployé jusqu'à rompre sous le poids delà jalousie et du remords :elle était là sous mes pieds, et elle avait vécu et elle était morte inconnue pour moi; inconnue!... et prenant dans ma vie une place, comme elle en prend une dans la tombe; inconnue!... et m'enfermant dans le cœur un cadavre froid cl inanimé, comme elle en avait déposé un dans le sépulcre. Oh ! connaistu quelque chose de pareil? Sais-tu quel(|ue événement aussi étrange? Ainsi, maintenant plus d'espoir; je ne la reverrai jamais. Je creuserais sa fosse que je ne retrouverais pas des traits avec lesquels je i)usse recomposer son visage; et je l'aime toujours 1 Comprends-tu, Alexandre? je l'aime comme un insensé; et je me tuerais à l'instant pour la rejoindre, si elle ne devait pas me rester inconnue dans l'éternité, comme elle me l'a été dans ce monde.

A ces mots, il m'arracha la lettre des mains, la baisa ù plusieurs reprises et se mit à pleurer comme un enfant.

Je le pris dans mes bras, et, ne sachant que lui répondre, je pleurai avec lui.

JACQUES r ET JACQUES IL

Page 1