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LA MAIN DROITE DU SIRE DE GIAC

toire, et que cette aunée •1425, qui commence si mal, ne tourne au pire.

— Voilà de tristes pensi'es, monseigneur, r('prindit iin horanip vêtu d'un habit de paysan, qui était enirt' dans la tente d'Arlus, et s'tiait approché de son lit sai s que celuici l'aperçût Et nulheureusemeni, contin .a le nouveau veHU en soupirant, les nouvelles que j'apporte ne sont point de nature à les rendre pins joyeus s.

— Ah ! c'est loi, le Gruel I répondit Artus avec un demisourire qui prouvait que, quoiiiue les nouvelles promises fussent tristes, le messager n'en était pas moins If bienvenu. Sur mon âme, mon pauvre Guillaume, je te croyais pendu, et Je complais eovoy r demain une compagnie avec ordre de visiter, les uns après les autres, tous les arbres det- environs, afin de te donner, si besoin était, une séjiuliure chréiienne.

— Et cela aurait bien pu arriver, monseigneur, si je n'avais pris la prr'caution de substituer cet habit de manant à votre noble livrée. Les Anglais battent, nuit et jour, la camp^'gne sous les ordres du comte de Suflolk et du sire de Scales, et quoique je ne rapporte pas grand argent, ils auraient cependant pu faire une plus manvjise prise. A ces mots, Guillaume le Gruel vida son e-carcele dans le casque du com^e.

— Et jusqu'oii as-tu été?

— Jusqu'à Rennes, pardieu!

— Tu n'y as point appris des nouvelles du roi ?

— Si fait; il est à Issouduu avec monsieur de Giac et la cour.

— Mais les cent mille écus promis?

— Je n'en ai point entendu parler.

— De sorte que cet argent que tu rapportes ?... reprit ArtHs eu tournant négligemment les yeux sur son casque p'ein d'or.

— Se compose du prix des bijoux que vous m'avez chargé de vendre, ei de deux cents écus d'or, dont moitié m'a été donnée par votre frère, monseigneur Gilles, et l'autre par mesdames d'Aleiçon et fie Loniaigne.

— Mes bonnes sœursl murmura Artus.

— Quant au duc Jean, il élan en voyage du cô'é de Mor laix ou de Quimper; maiseûi-il été à Rf'unes, vous savez qu'il est pins bourguignon que dauphinais.

— De sorte que notre fortune se monte ?...

— A qsatre cent quatre-vingts écus d'or.

— Allons, il y aura du moins de quoi payer les marchands qui nous approvisionnent de vivres; quant aux seldats, ils se résigneront à attendre le bon plaisir de notre roi.

— Dieu le veuille I répondit Guillaume, avec l'accent d'un homme qui fait à tout hasard une prière, mais sans grand espoir qu'elle sera exaucée.

— Qu'est-ce à dire? murmura Artus en serrant les dents et en fronçant le sourcil. Et qui peut te faire douter de la patience de l'armée quand son chet lui donne l'exemple?

— Quelques mots que j ai eniendus en rentrant dans les logis, et qu'ont échangés entre eux les soldats de garde à qui j'ai été forcé de me faire connaîfre.

— Et ces mots?...

— Promettaient une révolte pour demain, si au point du jour les troupes ne touchaient pas la solde qu'elles attendent depuis cinq mois.

— Uue révolte! s'écria Artus en bondissant de son lit. Une révo'te ! tu as mal entendu, Guillaume.

— Non, monseigneur, je suis sûr de ce que je dis ; ainsi prenez toute préiaution, je vous prie.

-— Utse révultel continua Artus en souriant dédaigneusement et en se promenant à grands pas; une révolte! ce serait chose curieuse à voir. Quanta la précaution que je prendrai, ce sera de ne point sortir sans mon épée.

— Mais, monstigneur, ne vaudrait-il pas mieux faire attendre les marchands, et donner un à-comp e aux troupes?

— Les niaicli-ands ont livré leurs marchandises sur ma parole, et je ferai honrieurà ma parole; quant aux soldats, e leur dois le pain, l'eau et le ter, et tant qu iis auront à manger, à boire et à se battre, ils n'ont rien à dire.

— Cependant, monseigneur...

— Prenis cet or, va ri^gler les comptes de<! marchands, et s'il en reste quelque chose, fais-en don He ma paît aux famille^ les plus pjiives, en leur recimmandani de prier pour la gloir- du rni Charles VU et le salut de la France.

G'iillâume regarda son maître et fonit. Il avait reconnu à l'expnssion de son visage que ce n'était oint la peine de répliquer. Quant à Artus, il se rejeta sur son lit, et soit fatigue d'une veille aussi prolongée, soit confiance en lni-:néme, soit force de volonté, un quart d'heure après il dormait profondément

Au po nt du jour, ce sommeil fut interrompu par une grande rumeur qui se falsa t dans le camp. Artus se réveilla en sursaut, smta à bas de son lit, et allait s'élancer hors de sa tente lorsque le Gruel entra

— Qu'est-ce que ce bruit, Guillaume, et que se passe-t-il donc au dehors?

— Ce que j'avais prévu, monseigneur.

— Une révolte I s'écria Artus en saisissant tioe niasse d'arme accrochée au chevet de son lit.

— Non, pas encore.

— Mais enlin, qu'est ce donc ?

~- La garde des portes n'a pas voulu laisser sortir le» marchands de bestiaux.

— El pourquoi cela?

— Parce qa'elle a été prévenue, par le soMst qui était en sentinelle devant votre tfUle, quetrut 'argent que j'avais rapporté avait ét« employé au paiement des vivres et que rien n'était resté pour la s-lde de l'armée.

— De sorte que? .. c 'Uiinua Anus impatiemment.

— De sorte que les troupes \euleiit reprendre cet or aux marrhanris, qui, le regardant comme un salaire légitime, ne veulent pas le rendre.

— Ils ont rais«in, par NotreDime I et je vaia leur courir en aide, comaie à d ■ br ves gens.

— Ne prenez-vous point votre casque, monseigneur?

— Non, non ; il faut que ces drôles me reconnaissent du plus loin qu'iN me verront, afin que si l'un d'eux hésite à obéir, il n'ait pas d'excuse. Mon cheval, Jehan, mon cheval.

L'écuyer auquel étaient adressées ces paroles, et qui devait, à toute heure du jour et de la nuit, tenir une monture de guerre prêle à tout hasard et atout besoin, remit la bride aux mains du connétable, et voulut comme d'habiiude, lui présenter le genou; mais Ar'us, malgré le poids de son armure, s'éança en selle, comme s'il n'eût fié vêtu que d'un naoïi 06 chasse , et ayant écouté de quel côté venaient les cris, il lança son cheval au galop dans cette direcliou.

Comme Guillaume l'avait dit, les gardes de la porte, prévenus que les marchands avaient été payés, s'étaient oppnsés à leur sortie, s'ils ne remettaient la moitié de l'argent reçu. On devine qu'une pareille proposition avait été r- poussée à l'iinanimité ; m'tis les soldats, qui avaient prévu ctteré^istancf:, s'étaient prompl^-ment décidés à prendre de force ce qu'on ne vou'ait pas leur donner de bonne volonté.

Alors les marchands, qui comprenaient qu'une fois abandonnés aux mains des gens de guerre, la répsUiiion de leur argent nese ferait pas avec ane grande exactitude, s'étaient réunis sous prétexte de délibérr, maii.au faU pour se préparer à la défnse; en conséquence, ils avaient placé les terames et les enfans au cen re, s'étaient fait un rempart de leurs charrettes, et, armés de bâiens,ils se préparaient à disputer cequeiout di^iiecommeiçant a appris,dès sa jeunesse, à mettre au-dessus de sa propre vie, son argent. Les soldats, de leur côté, pour qui une semblable guerre n'était qu'un j u, s'y préparaient avec cette joie féroce qu'éprouvent l'homme et le tigre lorsqu'ils savent que leur victime, trop faible pour l»ur résister, se dispose cependant à comi altre, et donnera, parce semblant de résistance, une apparence de raison a 'eur ciuauié. Ils éiaient eu conséquence, accourus de tous les coins du camp, ignorant pour la [lupan ce dont il s'agissait, maisdispnsés, par esprit decorps, à prendre, sans plus ample intormiilio'i, le paiti ds gens de guerre contre les manans, et criant : A mort ! à mort! sans savoir encore ce qu'avaient fait ceux qu'ils rordimnaient d'avance à mourir.

OEUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS

Tout-i-ccup. au milieu de ce bruit et de ce désordre, un cri se fli entendre:

— Le connétable f le connétable I

Au même instant, relie fcn'e si pressée, qu'on n'aurait pas cru qu'un trait d'à rbaiète eût pu s'y fdire jour, se sépara pour faire une route lartte et libre à son chef, qui, >a traversant au galop, ne s'arréia que lorsque son cheval alla donner de la tête contre les barric des qu'avaient établies les mar chands, et au milieu d'-smeiles ils ati<-ndaieiit, plus moris que vifs, ce quf Dieu allaii dériter de leurs personnes ft de leur arg;eat M-ilsa la vue du connéia!<le, ils reprirent courage, dérangéri^nl nne th-rre'le p ur ouvrir nn passa(ie au rr-nfori ifui Ir-ur arri a l, ei, se jetant au pifd du (beval d'Anus, ils se mireul i crier, les uns, grâce; les autres, Ju&tire.

— Purqaoi n'ê'esvous point partis au point du jour, cO'nme je vous l'avjiis orionii"^? dit Anus d'une voix qui contrit >ouies les autres, et tut entendue des dtriiiersra gs der.irm'e.

— Parce q»»e la garde a refus* de nous ouvrir la porte du camp, lépondlt d'urie >oix pius basse celui qui paraissait le cbei de la iroiipe.

Artns fil signe qu'on Ini onvrit un nouveau passage, et, S'avaiiçant vers i» porir du ramp:

— pMdrq'Oi dii-ii aux st-niinfllcs avee le même accent, B'avfi-viius pnin' hissé soMi' c" h>inimes?

— P;<rc.e qu'ils n'avaif m pas le mot de passe, monseigneur, répendit un des so'dais.

— Ce'-t juste, iiii A'tu«,et il ren'ra dans les barricades, 8e pen' ha a l'oreille e C'Iiii 1 ui lui avaii par'é :

— Brtngneel Bourgogne^ 'ni di--il Maintenant, allez. Le inarchiio I alU vn.t >a charrette, prit si n cheval par la

bri 'e, et s'avança veis la barrière, suivi de tous ses camarades :

— f)r>t^gne et Bcwgogne, répéta-t-il aux soldats.

— Pas>ei, répnHdireni les gardes.

E loui le ronvnj déiila saus ohstac'e.

Lo «que la dern ère charr^ tie eut hancbi les por'es, Artns qui avait si.ivi le convoi des yeux, s>^ retourna et aperçut, a quelques pas de lui, piu-'ieurs i bevaliers de Bretagne qui éi»i>-ni ai^reurus pour le seconder, s-i besnin était.

— Messieurs, 'eur dit Artus, paraissant avoir comiilétement oub ié la cause qui les avait amenés, je sui< fort aise de vous viiie réunis, lar nous allons dunner i'as$aut Messire Alain de La Mo te, invlirz vos archers à visi er leurs trcs et à meure 'eurs Iruu-sesau complet . Messire de Mo'a', ordonnez à ceux de Ploermei et du Ro. -Saiiii-Àndré de préparer les fis ines et les échelles. Monsieur de Cœiivi, prenez deux cents cavaliers et faites une reconnaissan< e du côté d'Avranches et de Pi.niorsoB. afin que les Anj.'lais ne vjen- i nen^ pas nous disirai e. Quant à vous, GnilUume Eler, { nous mo-terons a l'assaut en même temps chacuu de notre côté; et maiHienani, qHe < h^cun rej<>igne sa bannière, et que, dès que tnyï sera prêt, les trompeiie^ sonnent.

A ces m is, chanite capitaine rrjognit son quartier suivi des hommes qui marchaie i sous sa bannière, de so>te que cet emp acement, sur lequel s'agiiaieut un quari-d'beiire auparavant trois ou quatre miJe personnes, se trouva à peu près iiesert; car il ne restait que les soldais de garde et le eounéiable.qiil, voyant chacun se rendre a son poste, s'achemina vers sa tenld pour laiie, lui aussi, ses préparatifs de combat.

Une heure après, l'armée de Bretagne sortait de ses logi» et s'avançait en bon ordre pour livrer assaut au château de Saint- James de Beuvron.

Les ordres donnés par le connflab'e avaient été ponctuellement ■ xé. uies. Monsiei r de Cœtivi, avec vingi-c.inq !ayce>, s'était avai ce du cô^é de Ponlorson. Mes^ire A ain de La Moue avait divisé ses anbers en deux troupes, et gardant le commaiidrment de l'une, avait coiitié celui de l'autre à Guillaume sun Hls. Munsei.neur deMolac avait rassemblé ses écheliers,ei Guillaum Eder, selon les ordres du connétable, se préparait à giavir la muraiiledu côtede l'occidtnt, taudis qu Artus, prenant avec lui a moit é de l'armée, tournait >e château et s'ap ré ait a donner l'assaui du côté du midi. Lts Au;!iais,à leur lour, suivaient les mouvemens des troupes assiCt^eaiites avec une atteutinn qni piouvaii toute l'inqui' lude que leur donnaient Ces dfféreDtes manœuvres, et garnis aient. Vers les deux points menaces, les remparts de leurs n eil eures troui es. Au>si, i pe ne l'am ée du connétable fut elle a punée (4u tr-'it, que es asMègés poussèrent de yran s cris, un sifDi ment ai^u leur succéda, et trois ou quatre hommes lombereiii p>rcés de pari en part parles lot gués Oèihes des archers anglais.

Artus oidoiinaà ses hommes de serrer le front de la bataille en se couvrant de leurs boucliers, et con inoa de s'avaocer vers les murailles. A peine avaient ils fait trente pas que de nouveaux me sagers de mort pénélrèreDi dans ses rangs; quelques blasphèmes se firent entendre : cependant la irou.e ne continua pas moins sa m^nhe, laissant derrière elle ses moits et ses b^s^és se débattre sur un chemin de sang. Enfin, arrivé à une -lïmi-pcnee de trait fies rem|iarts, Âr Hs donna l'ord. e de fa're b^lie, et éi helonna ses bommes sur une triple ligne; alors les archers bretons idanièrent devant eux leu' s boucliers à pointe, et s'agetioui lant derrière, ils s'appiê èrent a renvoyer aux Anglais flecbe pour flèche, mon pour mort.

■ Lorsqu'Ârius vit le combat airsi engagé, il dorna l'ordre aux porteurs de fascines de s'avancer vers les iivssés, en se faisant un boucllvr de leur taidenu, et iux écheliersde les suivre; puis ui-même, prenant un arcauxmjins d'un archer breton qui venait de tomber, il prot-gea leur entreprise. Plusieurs chevaliers vinrent alors se ranger près de lui, comme de n s jours quelques officiers impatiens se mêlent aux tirailleurs, pour peioter en at endant panie ; ce jeu, du reste, était d'autant moins dangereux, que leur armure les meltiit à l'abri des traits qui venaient s'emousser sur leurs cuirasses flamandes que la lance elle-même avait peine à percer.

Cependant, parmi ces volées de flèches qui cliquetaient contre son armure comme la g éle sur un toit. Anus en seniit une le frapper plus violemment que les autre^et une légère douleur i l'épau'e gauche lui prouva que, si rprouvée que lût sa cu'rasse, la pointe de l'arme enneitiie avait pénétré jusqu'à la chair. Il l'arrai ha aussitôt, et l'examinant avec soin, il reconnut dans l'enpennure le chiffre de Mathieu de Duncaster, fameux ouvrier anglais, qui s'était rendu célèbre par le choix du bois qu'il employait dans la fabrication de ses arcs, et la qua'iié du fer dont il garnissaH ses flèches. A peine avait-il fiai cet examen, qu'il se sentit de nouveau frappé à la cuisse. La flèche, cette fois encore, avait entamé la cuirasse, nais n'avait pu la traverser.

— Seriez-vous blés é, monseigneur? s'écria avec inquiétude Guillaume de La Motte qui était à ses côtés.

— Non point, grâce à ma bonne armure de Gand, reprit Arius Mais il est urgent que Je reconnaisse le drôle qui nous envoie de pareils radeaux et que j'en fasse promptement justice, car chacune de ces flèches tirées sur les gens des communes serait la mort d'un homme, et vous-même, Guillaume, s'il vous apercevait au milieu de nous, armé à la légère com*

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