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LA PECHE DES PERLES

Le capitaine était homme de parole; quand je revins à moi, j'étais effectivement à terre. Je m'informai dans quelle port'on du monde je me trouvais, et j'appris que le trois-mAts Jean de Wilt, c'était le nom de mon bâtiment de la compagnie des Indes, m'avait déposé, en passant, à Madagascar.

Comme j'avais trois mois et demi de service à bord du Jean de Wiii, je trouvai sous mon oreiller une somme de cent quarante francs, qui faisait juste le prix de mes trois mois et demi.

Vous voyez que c'était encore un brave homme tout de même que le capitaine. Il pouvait me retenir un mois, puisque depuis un mois je ce faisais plus de service.

Pendant ce mois-la, où il m'était impossible de dire ce qui s'était passé, nous avions a'.téri à Sainte-Hélène, doublé ie Cap et jeté l'ancre à Tamalave, oîi l'on m'avait déposé.

Comme ce n'était pointa Tamatave que je désirais former un établissement quelconque, mais bien dans l'Inde, je m'inquiétai près de mon hôte d'un moyen de transport. Une occasion pour i'Inde, c'était un événement à Tamalave. Mon hôte me conseilla en conséquence de gagner Sainte-iMarie, où la chance me serait meilleure. Un bateau parlait huit jours 'après pour Pointe-Larrée; je résolus d"y prendre passage, si dans huit jours je me trouvais mieux.

Je n'avais qu'une peur, monsieur, il n'y avait qu'une chose qui piît faire que j'allasse plus mal : c'était si par hasard on avait débarqué ma femme avec moi.

La première nuit, voyez-vous, je la passai dans des transes que ce n'était pas vivre; au moindre bruit que j'entendais, je disais : « Bon, la Buchold i » et la sueur me montait au Iront; après cela, vous comprenez, il y avait encore un peu de fièvTe.

Enfin le jour vint. Rien. Je respirai.

La seconde nuit, rien encore.

La troisième, idem.

La quatrième, cinquième, sixième, septième, huitième, rien. Aussi je reprenais à vue d'œil. Et quand mon hôte vint me dire :

— Voyons, étes-vousen état départir pour Sainte-Marie?

— Je crois bien, lui flis-je. Et en dix minutes j'étais prêt.

Nos comptes furent bientôt réglés. Il ne voulut rien re-

ŒUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS

ccvoir. J'aimais mieux le payer en reconnaissance qu'en monnaie, attendu que j'étais mieux fourni de l'une que de l'autre. Je n'insistai donc [)as; nous nous embrassâmes et je m'embarquai pour Pointe-Larrée.

Ce n'était pas sans inquiétude que je remettais le pied sur la mer. A. chaque poisson que j'apercevais, je croyais que c'était ma femme. On voulut pêcher en route, mais je priai tant, que les matelots n'eurent pas le courage de jeter la ligne. ,

Je ne fus bien réellement tranquille qu'en arrivant à Pointe-Larrée. La mer était l'élément de la Buchold; mais ne l'ayant pas aperçue pendant la traversée, je me dis : « Boni elle est dépistée. »

Je ne décidai pas moins que je m'en irais de Pointe- Larrée à Tintingue par terre. La terre, c'était mon élément h moi, et il me semblait que j"y étais plus fort. C'est drôle, moi qui auparavant ne savait pas a quoi pouvait servir la tei-re, si ce n'est pour y prendre de l'eau et y faire sécher du poisson.

Je m'arrangeai donc avec deux guides noirs, qui, moyennant un couteau-fourchette que j'avais et qui se séparait en deux, consentirent à me conduire de Pointe-Larrée à Tintingue. Vous compren(?z (|ue c'était pour ménager mes cent quarante francs, toujouis.

Le lendemain nous partîmes; ça ne s'appelait pas s'en aller par terre, voyez-vous; car à chaque instant la route était coupée de rivières et de marais où nous avions de l'eau jusqu'à la ceinture. Do distance en distance nous apercevions quelques îles de terre ferme sur lesquelles foisomiait le gibier.

— Etcs-vous chasseur?

— Oui.

— Eh bien! si vous aviez été là, vous vous seriez joiinieut amusé. Les pintades, les tourterelles, les cailles, les pigeons verts, les pigeons bleus, tout cela s'envolait par milliers, si bien que nous nous procurâmes, rien qu'avec nos bâtons, un rôti de prince. A midi, nous nous arrêtâmes sous un bouquet de palmiers; c'était l'heure du dîner. Je plumai nos pintades, mes nègres firent du feu, on secoua quelques arbres qui donnèrent leurs fruits, que le roi de Hollande n'en a jamais mangé de pareils, cl nous commençâmes notre repas.

Il n'y avait qu'une chose qui nousmanquait: c'était une bonne bouteille de vin do Bordeaux ou d'ale d'Edimbourg : mais comme je suis philosophe, et que je sais me passer de ce qui me manque, je m'acheminai vers le ruisseau, afin de boire à même.

Ce que voyant un do mes guides, il me dit :

— Ça né pas bon de l'eau, mossié.

— Parbleu, répondis-je, je le sais bien i,ue ce n'est pas bon, et j'aimerais mieux du vin.

— Il aimeré mieux du vin, mossié"?

— Eh! oui, mossié, il aimerait mieux du vin, repartisje, impatienté.

— Eh bien! moé va en donné à 11.

— Du vin?

— Oui, et du vin nouveau. Vené, mossié.

Je le suivis en me disant tout bas : « Ah farceur! si tu me fais aller, nous ferons notre compte en arrivant. »

Je disais en arrivant, voyez-vous, parce qu'en roule mes gaillards auraient pu me jouer un mauvais tour, tandis iju'uno fois arrivé...

— Oui, oui, je comprends.

— Je 1(1 suivis donc; il marcha une trentaine de pas, puis regardant autour do lui :

— Vené, vené, mossié, vêla le tonneau.

Et il me montra un arbre.

Je disais toujours tout bas : « Ah! farceur, si In nie fais aller.... »

— Eh bien! c'était un ravenala, l'arbre (lu'il vous montrait, ditBiaid.

Olifus le regarda avec de grands yeux tout étonnés.

— Tiens, vous savez cela, vous?

— Pardieu I

— C'était un ravenala, comme vous avez dit, surnommé l'arbre du voyageur. Eh bien ! moi, j'avaisdéjà bien voyagé, et cependant je ne connaissais pas cet arbre, de sorte que lorsqu'il cueillit une feuille, qu'il lui donna la forme d'un verre, et qu'il me dit : «Prenez ça, mossié, et n'en perde pas une goutte,» je répétais toujours. «Ah! farceur!» Monsieur, il donna un coup de mon couteau dans l'arbre, et il on sortit une eau, voyez-vous,tou plutôt un vin, ou plutôt une liqueur...

Je lui en ôtai mon chapeau, monsieur, comme si ce singe de nègre était un homme.

Après moi, mes deux nègres Ijurenl.

Je me mis à boire après eux. J'aurais bu jusqu'au lendemain, mais ils me diront qu'il fallait reprendre la route. Je voulais mettre un foret à l'arbre tant ça me faisait de peine de voir perdre une si bonne liqueur, mais ils me dirent que je trouverais des ravenalas tout le long du chemin, qu'à Madagascar il y avait des forêts de ravenalas.

J'eus un instant l'envie de m'aiTêter à Madagascar et d'exploiter une de ces forèls-là.

Le lendemain, nous arrivâmes à Tintingue : mes guides ne m'avaient pas menti; tout le long de la route nous avions trouvé des ravenalas ijue j'avais mis en perce.

A Tintingue, le hasard fit que je rencontrai un i icho Chingulais qui faisait le commerce de perles. Le moment de cette pêche, qui a lieu au mois do mars, était arrivé, et i! était venu chercher des plongeurssur la côte du Zangucbar ot parnii les sujets du roi Radlinnia, cpiipassent pour les plus hardis prchcurs du nionde. Il me;'econnut pour un kuropéoii. Il cliorcliait un direelcur de pêcherie. Ilc-ul (jue je pourrais taire son affaire : il faisait la mienne à merveille. Je lui otTris de me prendre à l'essai; il accepta. Ouinze jours après nous jetions l'ancre dans le port de Colombo.

Il n'y avait pas de temps à perdre; la pèche était déjà commencée. Nous ne fîmes que toucher à Colombo, et nous appareillâmes pour Condatcliy, ([ui est le bazarde l'île. Mon Chingulais était un des principaux adjudicataires (le la p('rlie. Nous partîmes avec une véritable tlotille et nous nous dirigeâmes sur l'île deMannar, aux environs de laquelle se fait la pèche.

Notre flotillc se composait de dix barques montées par vingt hommes chacune. Sur ces vingt hommes, dix forment l'équipage des manœuvres, dix sont des plongeurs.

Ces barques ont une forme particulière, sont longues et larg(«, n'ont qu'un mât et une voile, et no tirent pas plus de dix-huit pouces d'eau.

J'étais patron d'une de ces baniues.

J'avais prévenu mon Chingulais que je n'entendais rien à la pêche des perles, mais que j'étais un manœuvrier de première force, et, en elïet, il m? tarda pas à s'apercevoir ([ue je menais ma barque d'une certaine façon qui faisait que les autres patrons n'étaient nue de la Saint- Jean.

Seulement, au bout do (rois jours, je m'aperçus d'une chose, c'est que nos plongeurs, pourvu ([u'ils fussent habiles, pouvaient (luclquefois gagner en un jour dix fois ce que moi, leur patron, je gagnais en un mois.

Cela tenait à ce que les pêcheurs sont intéressés, dans la proportion d'un dixième, à la pêche qu'ils font; de sorte que si un plongeur a de la chaïu'e, s'il tombe sur un banc d'huîtres, il peut gagner dix, quinze et vingt mille livres dans sa saison, c'est-à-dire en deux mois; tandis que moi pondant ces deux mois, je gagnais purement et simplement cinq cents livres.

Alors je me mis à étudier la façon dont s'y prenaient mes hommes. Au bout du compte, ce n'était pis la mer à boire.

Chaque plongeur prenait entre ses deux pieds ou nouait autour de ses reins une pierre, d'une dizaine de livres à peu près; puis, lesté de celte pierre qui l'entraînait à fond, il se jetait à l'eau, tenant un sac en filet d'une main, et do l'aiilro récoltant le plus d'huîtres qu'il en pouvait trouver. Quand il n'a plus d'air, il secoue lu cordon d'amarra

LES MARIAGES DU PÈRE OLIFUS

qui le retient à la barque, et on le ramène à la surface de l'eau. Chaque homme de l'équipage veille sur ce cordoui de manière à ce que le plongeur n'ait pas besoin jde faire signe deux fois. Voilà pourquoi les mateiolssont en nombre égal aux plongeurs.

La péolKi était excellente, et je n'avais qu'un regret, c'était de m'étre engagé comme patron au lieu de m'ètre engagé comme plongeur. A Monnikendam, j'avais une certaine réputation pour rester sous l'eau, et bien m'en avait pris quand j'avais été obligé de chercher mon chemin sous la glace, vous savez, dans le lac de Stavorin. La seule chose qui me consolât, c'est que j'avais une peur affreuse, en plongeant, de rencontrer laBuchold; et alors, vous comprenez, ce n'était plus drôle. Bonsoir les huîtres! J'aimais mieux rester toute ma vie patron à deux cent cinquante livres par mois.

Au reste, ce n'était pas la seule chose qu'il y eilt à craindres : les requins connaissent l'époque de la pêche comme s'ils avaient des calendriers, et c'est incroyable, pendant les deux mois qu'elle dure, la quantité de ces poissons-là qui vient flâner dans la baio do Mannar. Aussi il n'y avait pas de jours qu'il n'arrivât quelque accident. Mais, je dois le dire, s'il n'y avait eu que les requins, ça ne m'aurait pas empêché de plonger ; c'était la Buchold.

Nous avions à bord, au nombre de nos plongeurs, un nègre et son fils. C "étaient deux magnifiques Africains, (jui avaient été donnés à mon Chingulais par Timan de Mascute lui-même; l'enfant avait quinze ans et le père trente-ciuq. C'étaient nos plus hardis et nos plus habiles plongeurs. Depuis dix ou douze jours que durait la pêche, ils avaient, à eux seuls, ramassé presqu'autant d'huîtres que les huit autres pêcheurs ensemble. J'avais pris le pptit noiraud en amitié, cl, au milieu de ses camarades, c'était lui que je suivais particulièremenl dans ses plongeons; aussi, en sortant de l'eau, c'était toujours entre mes jambes qu'il venait déposer sa prise, et je veillais sur sa part. On l'appelait A bel.

Un jour il se jette à l'eau. Bon! Il restait toujours quinze à vingt secondes sans reparaître, ce qui est énornu;, voyezvous. Contre son habitude, à peine a-t-il disparu qu'il secoue i'amarre, et allez donc ! et allez donc! L'homme qui était chargé du cordon pensait à autre chose; il venait de voir le pauvre moricaud sauter à la mer. Quand je lui dis : oc Mais hisse donc! imbécile, hisse donc! luAoisbicu qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire là-dessous ; hisse donc! » Va te promener : il était déjà trop tard. Je vois un grand point rouge qui monte à la surface de l'eau en s'élargissant, et puis, au milieu de la ïlaijue, l'enfant qui barbote avec une jambe coupée au-dessus du genou.

Au même instant, le père reparaît; il voit la figure convulsive de son enfant, le sang qui rougit l'eau. 11 ne pleure pas, il ne crie pas. Seulement, son visage, qui est d'un noir d ébène, devient couleur de cendre. Il remonte avec le petit A bel dans la barque, me le pose sur les genoux, prend un grand couteau, coupe la corde qui lui lie la pierre autour des reins, coupe la corde qui l'attache à la barque, et plonge juste au moment où le requin venait à fleur d'eau.

Je dis; « Faites attention, vous autres, je connais l'homme, nous allons voir quelque chose de drôle. »

A peine j'avais achevé, v'Ian ! le requin, dont on voyait la nageoire dorsale au-dessus de la mer, fouette la mer avec sa queue et plonge à son tour; et puis voilà dans l'eau des tourbillons, des remous, un tohu-bohu épouvantable, •et le petit qui criait, les yeux ardens, sans penser à lui : B Courage, père, courage! tue, tue, tue! «et qui voulait se jeter à la mer avec sa pauvre jambe déchirée. Croyez-moi, allez, vous ne veiTez jamais rien de pareil à ce qui se passa sous nos yeux; ça dura un quart d'heure, un grand quart d'heure. Pendant ce quart d'heure-là il ne revint que cinq fois à la surface de l'eau pour respirer, pour faire des yeux un signe à son fils, comme pour lui dire : « Va, sois tranquille, tu seras vengé ; » et puis il replongeait, et aussitôt la mer redevenait tourmentée comme par une tempête sousmarine. A vingt pas tout autour, ça n'était qu'une tache

OEUV. COJIPL. — XV.

de sang ; le monstre faisait des bonds de six pieds hors de l'eau, et l'on voyait ses entraillesqui pendaient par son ventre ouvert. Enlin, la mer commença à se calmer; ce n'était plus l'homme qui venait respirer, c'était l'animal. Enfin le requin entra dans l'agonie, tourna sur lui-même, fouetta désespérément l'air avec sa queue, plongea, reparut, plongea encore, puis on vit comme des éclairs d'argent qui flamboyaient sous la vague ; c'était lui qui remontait, Ip ventre en l'air, roulant inerte et raide comme une solive.

Le requin était mort.

Alors le nègre reparut à son tour, vint prendre son enfant dans ses bras, et alla s'asseoir avec lui au pied du mât.

Le chirurgien d'un bâtiment français, qui se trouvait dans la baie de Colombo, fit l'amputa'tion au paune Abel, et l'entrepreneur de la pêche laissa au père la part entière d'huîtres qu'il avait pêchée.

En regardant le requin qui était revenu à la surface de l'eau, en comptant ses soixante-trois blessures, dont deux trouaient le cœur, j'avais fait cette réflexion, que puisqu'on se défend bien contre un requin, que puisqu'on vient bien a bout d'un requin, on peut bien se défendre contre une femme, et venir à bout d'une femme, fût-ce une femme marine. J'eus donc honte de ma lâcheté, et, comme la part d'huîtres perlières des deux nègres était estimée plus de douzomillelivres,pourdixjoursde pêche, je mesentistoui^ mente de l'idée de faire fortune; de sorte que la première fois que mon Chingulais vint nous faire une visite, chose à laquelle il ne manquait pas tous les quatre ou cinq jours, je lui demandai, comme une faveur, de troiuer ma posi tion de patron de barque contre celle de simple plongeur.

Cette demande parut le contrarier.

— Olifus, me dit-il en hollandais, je suis fâché que vous me demandiez cela ; vous êtes un de mes bons patrons de barque, et, s'il ne faut que doubler votre solde pour vous garder, je la doublerai.

— Vous êtes bien bon, lui répondis-je; mais, vovoz-vous, je suis Breton d'origine, greffé Hollandais par là-dessus : quand quelque chose m'entre dans la tête, ça y entres! bien que moi-même je ne peux pas l'en faiVe sortir. Je me suis mis dans la tête de pêcher des perles, c'est comme cela, ce sera comme cela, ça ne peut pas être autrement.

— Sais-tu plonger, au moins "?

— Oli! je suis né en Danemark, le pays des phoques.

— Eh bien ! voyous ce c|ue tu sais faire.

— Oh 1 quant à cela, dis-je, ça ne sera pas long.

En un tour de main, je me mis tout nu, je m'attachai un galet de dix livres auv pieds, je pris un filet à ma main gauche comme je voyais faire aux autres plongeurs, je n'oubliai pas un couteau bien emmanché que je passai à ma ceinture, je me fis amarrer à la place du pauvTe petit Abel; je me dis: o Ah bah! ma foi! tant pis, si laBuchold y est, on la verra, » et je sautai à la mer.

11 y avait à peu près sept brasses. J'allai assez rapidement au fond, puis j'ounis les yeux, je regardai autour de moi, c'était le moment d'angoisse.

Pas de Buchold, et des huîtres à remuer à la pelle.

Je remplis mon filet et je tirai la ficelle pour qu'on me remontât. J'étais resté du premier coup dix secondes sous l'eau.

Je vidai le filet aux pieds de notre entrepreneur.

— Tenez, lui dis-je, qu'en dites-vous? *

— Que tu es un habile plongeur; que tu peux, en effet, faire ta fortune, et que je n'ai pas le droit de t'en empêcher.

Cette facilitée faire ce que je désirais me donna un peu de honte. Je comparai la conduite du pulrou de la pêcherie à celle du patron de la barque. Je n'avais pas le côté brillant.

— Cependant, lui dis-je, comme vous m'avez engagé comme patron et non comme plongeur, vous avez le droit de me demander plus qu'aux autres.

— Non, dit-il ; nous arrangerons cela autrement, et, je l'espère, à la satisfaction de tout le monde. Tu es bon pa-

tron et bon plongeur : sois patron pour moi et plongeur pour toi. Les plongeurs ont droit au dixième de leur pê- (;he; comme tu me rends des services, je te donne le huitième de la tienne ; c'est à dire que tu seras sept jours patron, et le huitième jour plongeur. Bien entendu que la totalité de ce que tu pécheras ce huitième jour sera pour loi. Cela te va-t-il?

— Je crois bien que ça me va !

— Eh bien ! maintenant, comme la saison est déjà commencée depuis quelque temps, suppose que notre marché est fait depuis sopl jours, et commence demain.

Il n'y avait rien à dire qu'à le remercier. Je lui pris la main et je la baisai.

C'est la façon de remercier dans le pays. J'attendis le lendemain avec impatience.

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