LE CHOLERA
Le bruit de mon futur mariage avec Vanly-Tching fut bientôt répandu dans Bidondo, et agit naturellement d'une façon diverse sur les habitans de cette ville, habitués depuis deux ou trois ans à se préoccuper des moindres mouvemens de la belle Chinoise. Les uns le blâmèrent, les autres l'appiouvèrcnt; enfin, beaucoup secouèrent la tête en disant que ie premier mari était mort au bout de trois mois, le second au bout de deux mois, le troisième au bout d'un mois, et que, pour ne pas faire mentir le calcul nécrologique, je mourrais probablement, moi, la première nuit de mes noces.
Mais la personne sur laquelle le coup porta le plus violemment fut la pau%Te Schimindra. Les bontés que j'avais eues pour elle lui avaient fait pondant quelque temps concevoir l'espérance de devenir ma femme. Dans un moment de désespoir, elle m'avoua jusqu'où avait été son ambition ; mais je lui fis promptement et facilement comprendre quelle supériorité avait la belle Vanly-Tching, viuve d'un docteur, veuve d'un mandarin, veuve d'un juge civil, sur elle qui n'était veuve que d'un singe.
11 en résulta que Schimindra -entra dans son humilité, avoua franchement qu'elle n'eût jamais dà en sortir; et, sachant que sa rivale m'avait demandé un relevé de ma fortune, se borna "i me supplier de ne point porter sur mou actif le bézoard en question.
Comme, le bézoard à part, ma fortune égalait et même dépassait celle de ma belle future, je n'eus pas de peine à promettre ce que me demandait Schimindra; elle bézoard, suspendu à mon cou dans une petite boujge de cuir, continua de demeurer un secret entre Schimindra et moi.
Tous les soirs, j'étais admis à faire la cour à ma future, de sorte que le temps passait rapidement ; comme je parlais peu chinois et qu'elle parlait trè? peu Wndoustani, pas du tout hollandais et pas du tout français, nos conversations avaient lieu surtout par gestes, ce qui me donnait parfois une hardiesse d'expression que je n'eusse pas eue avec la parole ; mais, je dois le dire en l'honneur de la belle Vanly-Tching, elle conserva intacte la r.;putation de vertu qu'elle s'était faite, et, tout en me concédant certaines bagatelles sans importance, jamais elle ne me laissa prendre un à-compte sérieux sur le mariage.
Enfin le jour arriva.
La surveille, j'avais éprouvé une grande crainte : plusieurs cas de choléra avaient été signalés à Cavité et un ou deux à Bidondo, de sorte que je trembiais que la présence de l'épidémie ne déterminât Vanly-Tching à remettre notre mariage ; mais c'était un esprit fort que la belle Ci;inoise, et cet événement n'eut aucune prise sur elle.
C'était le 27 octobre le grand jour. Le 27 octobre fut une fête pour toute la ville de Bidondo. Dès le matin, il y avait foule à la porte de Vanly-Tching. C'était la quatrième fois que l'on voyait la belle Chinoise traverser la ville en costume de fiancée, el l'on ne se lassait pas da la voir.
L'habitude est que la fiancée chinoise se promène par la ville avec un cortège de musique el de chant. Cela ressemble assez, à ce que m'a dit un savant hollandais qui habitait Manille, aux anciens cortèges grecs : seulement à son premier mariage, la fiancée porte un voile épais sur la figure, en signe ^^ virginité. Quand elle convole en deuxième, troisième et quatrième noces , l'épouse chinoise est promenée à visage découvert.
Ce '"ut donc à visage découvert que l'on promena ma fiancée, et cela à ma grande satisfaction, car j'entendais dire tout autour de moi : « Heureux Olifus, va! coquin d'Olifus, va ! grodin d'Olifus 1 »
Le reste de la cérémonie ressemb'.e fort à ce qui se pratique à Siam. Quand les fiancés sont d'accord, les parens du jeune homme vont présenter aux parens de la jeune fille sept boîtes de bétel ; huit jours après , le fiancé vient lui-même et en apporte quatorze ; alors il demeure dans la maison du beau-père pendant un mois pour voir sa future et s'accoutumer à elle; après quoi, le jour oùi'on doit achever la célébration, les parens s'assemblent avec les plus anciens amis, et meUent dans une bourse, l'un des bracelets; l'autre, un anneau l'autre de l'argent; un d'eux tient une bougie allumée, la passe sept fois autour des présens, pendant cfue tous les autres poussent de grands cris de joie en souhaitant une longue vie et une parfaite santé aux mariés.
Après quoi vient un g^and festin, suivi d'une petite collation tête à tête, laquelle est suivie elle-même de la consommation du mariage.
Quant à Vai.ly et quant à moi, nous nous étions dispensés de tout le cérémonial. Elle m'avait montré la cassette dans laquelle était enfermée sa petite fortune ; je lui avais montré mes effets de cooimerce visés par le correspondant de mon capitaine chinois, payables à vue et au porteur : nous nous passions chacun quarante mille livres au dernier vivant, cela valait bien sept boîtes de bétel et même quatorze.
Pour des parens, ni l'un ni l'^utrj nous n'en avions. La cérémonie de la bourse et des bracelets, celle de ia bougie allumée et passée sept fois autour des présens, celle des cris de joie nous souhaitant une longue vie et une parfaite santé, frrcnt donc omises.
Nous nous en tînmes au grand dîner d'apparai et à Ja petite collation intime.
le dîner d'apparat fut magnifique, Vcjnly l'avait dirigé; il se composait des mets les plus recherchés : il y avait des
CEDTRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS
souris au miol, liu requin au coulis de cloporte, des versa l'huile do nrjn, des nids d'tiirondelles aux cral)es piles, des salades de bambou, le tout arrosé de canehou, que des domestiques charges d'énormes cafetières d'argent nous versaient à tout moment; on but à l'empereur de la Chine, au roi de Hollande, à la Compagnie anglaise, à notre heureuse union, le tout en prenant la tasse à deux mains et en faisant Ichi7t, irliin, c'est à dire en branlant laf^te de droite à gauche et de gauche à droite, comme des magots, nuis chacun montrait le fond de la tasse pour prouver qu'elle était vide.
Pendant le cours du dîner, la belle Vanly paraissait me regarder avec inquiétude, et parlait tout bas ;i ^ s voisins. DeuT ou trois fois elle m'adressa la parole pour aie deraan- ^ dqj^ avec la voix la plus douce de la terre ;
— Comment vous trouvez-vous, mon ami ?
— Très bien, lui répondais-je, très bien.
Jtais, malgré cette assurance, elle secouait la iMc et poussait des soupirs tels, que je commençai à ?tre inquiet de moi-même, et qu'en sortant de table je me regardai dans une glace.
L'examen me rassura, j'étais rayonnant de joie et de snnté.
Il paraît cependant que je ne semhlais pas si bien portant à la sociélé, car deux ou trois convives, avant de me quitter, vinrent à moi pour me demander :
— Est-ce que vous souffrez?
Et, malgré ma réponse négative, s'éloignèrent en me serrant tristement la main.
Je crus même entendre prononcer h mi-voix le mot choléra ; mais comme je demandai si quelqu'une de nos connaissances avait été atteinte du choléra, l'on me répondit que non, et je pensais avoir mal entendu.
Au milieu de tout C6la, je cherchai ma belle mariée, qui vint à moi l'inquiétude dans les yeux. J? voulus l'interroger sur l'objet de cette inquiétude ; mais elle se contenta de me regarder, de se détourner en essuyant une larme, et en murmurant :
— Pauvre amil
Je pris congé des convives que j'avais hâte de voir disparaître, en frottant mon nez contre le leur, comme c'est l'usage. Mon corresjiondant était le dernier. Je lui frottai le nez avec une double ardeur, attendu, on se le rappelle, que c'était lui qui avait servi d'intermédiaire à mon mariage ; et, comiiii' je lui montrais avec un sourire narquois la belle Vanly qui se dirigeait Mut doucement vers la chambre à coucher, où je lui faisais signe qao j'allais la suivre :
— Vous feriez bien mieux d'envoyer cliercher le médecin, me dit-il.
Et, levant les yeux p\\ ciel, il sortit h son tour.
Je n'y étais plus du tout.
Cependant je ne m'amusai point h chercher ce que tout cela voulait dire. Je firniai la porte, el j'entrai vivement dans la chambre à coucher.
La belle Vanly était déjà près ce la fable où était serve une cliarmanlp collation mêlée de C?urs ei de fruits, occupée à transvaser une liqueur rose d'une carafe dans une autre.
Je n'avais rien vu de plus appétissant que celte liquenr rose ; on ei'it dit du rubis dis'illé.
— Ah ç,\ ! chère amie, lui dis-je en entrant, pouvezvous m'expliquer en quoi ma situation, qui ne me laisse absolument rien î» désirer, à moi, semble faire piuéà tout le monde"? On me demande comment je me trouve, on me demande si je no me sens pas mieux, on me donne le conseil d'envoyer ciiercher lo médecin, si bien, ma parole d'honneur ! que je ressemble à ce personnage d'une comédie frani;aise que j'ai vu jouer à Amsterdam, à qui tout le monde veut persuader (ju'i' a la lièvre, h qui on le répète tani et si bi^n, qu'il linit par le croire, et qu'après avoir souhaité le bonsoir à tout le inonde, il va se coucher.
— Ah ! murmura Vanly, si vous n'aviez que la lièvre, avec da quinquina on vous la couperait.
— Comment! si je n'avais que la fièvre! Mais je n'ai pas la fiè\Te, je ^ous prie de le croire.
— Mon cher Olifns, dit Vanly, maintenant que nous ne sommes plus que nous doux, maintenant que vous n'avez plus besoin de vous contraindre, dites-moi franchement ce que vous éprouvez.
— Moi, ce que j'éprouve? j'éprouve le plus ardent désir de vous dire que je vous aime, et surtout de vous le...
— Et pas la moindre crampe d'estomac? demanda Vanly.
— Pas la moindre.
— Pas le moindre refroidissement
— Au contraire.
— Pas la moindre colique?
— Allons donc ! ah çà! mais j'aurais le choléra, chère amie, que vous ne me feriez pas d'autres questions.
— Eh bien ! justement, puisque c'est vous qui avez dit le mot...
— Après ?
— On a cru remarquer pendant le souper.
— Quoi ?
— Qup vous changiez de couleur, que vous portiez plusieurs fois la main à votre estomac, et que plus fard...
— Ah! je vous dirai, c'est que d'abord je n'ai pas pu me faire à la vue de vos souris au miel; ensuite, voyez-vous? votre coulis de cloporte... Nous n'avons pas l'habitude de ces coulis-là chez nous. Enfin votre huile de ricin... Mais ça s'est passé avec un peu d'air comme cela. Ah! en vo,,a une idée, par exemple, de penser que je vais avoir juste le choléra pour la première nuit de mes noces! Bon! bon! bon !
— Eh bien ! mon cher ami, cette pensée, c'était celle de tout le monde, et je suis parfaitement certaine que, parmi les trente amis qui nous quittent, il y en a vingt-neuf convaincus que demain matin vous serez mort.
— Mort du choléra?
— Du choléra.
— Ah ! par exemple 1
— Ces' comme cela.
— Voyons, franchement... est-ce que?...
— Hé! bel...
OU! oh ! monsieur, c'est une chose étrange que l'imagination. Après avoir ri de Bazile à qui on persuade qu'il a la fièvre, ne voilà-t-il pas que je me lâtais l'estomac, que je me tfitais le ventre, ol que j'étais tout près de croire que j'avais déjà des crampes et que j'allais avoir la co'ique.
Dans tous les cas, il y avait un fait incontestable, c'est que je me refroidissais, oh ! mais à vue «l'œil.
— Pauvre ami, me liit Vanly en me regaivlant aveccompassion; heureusement que le mal n'a pas encore fait de grands progrès, et que mon premier mari m'a légué un remède infaillible.
— Contre le choléra?
— Contre lo choléra, oui.
— Oh! lo digne homme! Eh bien! chère Vanly, 1'oc<3liK sion se présente d'en faire usage, do voire remède.
— Ah ! vous avouez donc !
— Oui, je commence à croire. Ohl qu'est-ce que c'est que cela ?
— Dépêchez-vous, cher ami, dépêchez-vous; voilà les borborygmes qui viennent.
— Comment! les borborygmes?
Il faut vous dire que lu mol est pas mal barbare déjà en français, n'est-ce pas? main qu'en chinois, c'était cncon^ bien pis; de sorte que lorsi|u'ello me «lit : Toilà te< borborygmeul c'est comme si elle m'a\ail dit : « Voilà les Cosaques ! »
— Les borborygmes I '•épétai-je on me laissant aller sur une chaise. Eh bien! chère Vanly, «pi'y a-t-il à faire?
— H y a à boire tout de suite un verre de cette liqueur roiige que je préparais quand vous êtes entré, et cela, pauvre Olil'us, dans la prévLsion de ce qui vous arrive.
LES MARIAGES DU PÈRE OLIFUS
— Alors vite le verre, alors vite la liqueur rouge. Ali 1 voilà les borborygmes qui reviennent. Vite, vile, vite.
Vanly versa la liqueur rouge dans un verre et mo la présenta.
Je pris le verre d'une main tremblante, je le portai à ma bouche, et j'allais avaler la liqueur rouge depuis la première jusqu'à la dernière goutte, lorsque je vis Vanly pâlir et fixer les yeux sur la porte do la chambre.
En même temps, j'entendis une voix bien connue qui me dit :
— Au nom du ciel ! Olifus, ne buvez pas.
— Schimindra 1 m'écriai-je, que diable venez-vous faire ici?
— Je' viens vous rendre c« que vous avez l'ait pour moi, vous sauver la vie.
— Ah 1 chère Schimindra, vous aussi, vous avez donc un secret contre le choléra?
— Je n'ai pas de secret contre le choléra, et ce secret d'ailleurs serait inutile.
— Comment 1 inutile ?
— Oui.
— Je n'ai donc pas le choléra ?
— Non.
— Si je n'ai pas 'e choléra, alors qu'ai-je donc ?
— Vous avez, Schimindra regarda Vanly qui pâlissait de plus eu plus, vous avez épousé une empoisonneuse, voilà tout.
Vanly jeta un cri comme sï un serpent l'avait mordu.
— Une empoisonneuse? répétai-je.
— Est-ce que vous allez écouter cette femme, me demanda-t-elle.
— Schimindra, ma bonne amie, fis-je en secouant la tête, il me semble que vous allez un peu loin.
— Une empoisonneuse, répéta Schimindra.
Vanly devint livide.
— Comptons ceux que vous avez empoisonnés, madame, dit Schimindra, et voyons comment vous les avez em. poisonnés.
— Oh! venez! venez! Oiifus! s'écria Vanly.
— Non, restez et écoutez! dit Schimindra. Puis, se retournant vers Vanly :
— Vous avez empoisonné votre premier mari, le docteur, avec la fève de Saint-Ignace, si commune à Mindanao.
Vous avez empoisonné votre second mari, le mandarin, avec le ticunas américain. Vous avez empoisonné votre troisième mari, le juge civil, avec le vooara de la Guyane. Enfin, ce soir, vous alliez empoisonner votre quatrième mari, Olifus, avec l'upas de Java.
— Vous mentez, vous mentez! s'écria Vanly.
— Je mens? dit Schimindra; eh bien! si je mens, buvez ce verre de liqueur rose que vous veniez de verser à votre mari, sous prétexte qu'il avait le choléra.
Et elle prit le verre que j'avais posé sur la table, et le présenta à Vanly.
Je m'attendais à ce que Vanly allait lui arracher le veire des mains, et boire ce qu'il contenait; mais, pas du tout, elle recula, gagna la porte tout en reculant, l'ouvrit et se Isauva.
Je m'élançai après elle.
— Oh I chère Vanly, m'écriai-je, ne craignez rien, revenez, je ne la crois pas, ce n'est pas possible.
— Ce n'est pas possible 1 s'écria Schimindra au désespoir de ce quL je ne la croyais pas ; ce n'est pas possible !
— Non, et à moins qu'on me donne une preuve...
— Et si l'on vous donne une preuve I s'écria Schimindra.
— Dame !
— Vous croirez ?
— Il le faudra bien.
— Vous croirez que cette femme est une empoisonneuse, n'est-ce pas ?
— Sans doute.
— E* vous ne l'cimerez plus ?
— Conuneutl je ne r&imerai plus? Non-seulement, je
ne l'aimerai plus, mais je la dénoncerai, mais encore je la poursuivrai, mais encore je la ferai guillotiner, pendre, écarteler.
— Vous, le jurez?
— Je le jure.
— Eli bien! dit Schimindra, cette preuve, la voilà.
Et elle avala le verre de liqueur rose, tout d'un trait, tout d'une haleine, avant que j'aie eu le temps de dire :
— Eh bienl mais que faites-vous donc?
Je jetai un grand cri à mon tour, car enfin, la pauvre Schimindra, je n'avais absolument rien contre elle, que ce malheureux singe... Mais, à part cet antécédfmt, je l'aimais de tout mon cœur.
— Maintenant, dit-elle en tombant dans mes bras, vous allez comprendre pourquoi on avait fait courir le bruit parmi vos convives que vous étiez atteint du choléra.
En efl'et, à peine Schimindra avait-elle prononcé ces paroles que je la vis pâlir, et que, portant la main à sa poitrine, elle donna les signes do la plus vive douleur.
A cette vue, je ne conservai plus aucun doute. Vanly était bien coupable, et Schimindra était bien empoisonnée.
Je n'eus plus qu'un désir, celui de sauver la pauvre femme qui venait de se dévouer pour moi.
— Au secours! au secours! m'écriai-je. Un médecin! un médecin I
Puis, comme personne ne répondait, attendu que Vanly avait pris ses précautions, et que la maison était parlaito ment déserte, j'ouvris la fenêtre.
— Au secours! répétai-je, au secours! un médecin! un médecin 1
Heureusement, un portefaix passait en ce moment sur le quai. 11 entendit mes cris, me reconnut et se mit à ma disposition.
— Un médecin! lui criai-je en lui jetant une pièce d'or. Il ramassa la pièce d'or, fit un signe de têle et se mit à
courir à toutes jambes.
Cinq minutes après i' revint avec une espèce de bonze qui faisait de la médecine gratis pour le peuple, et qui avait une grande véputation de science et de sainteté parmi les gens du port.
Mais, quoiqu'il se fût écoulé dix minutes à peine depuis que Schimind.a avait avalé le poison, le mal avait déjà fait des progrès terribfts. La respiration était bruyante et interrompue par des sanglots, les muscles de l'abdomen et du thorax commençaient à se contracter, la bouche devenait ecumeuse, la tôle se renversait en arrière, et les vomissemens commençaient.
Je courus au médecin et l'dmenai en présence de Schinundra.
— Oh ! oh ! s'écria-t-il, voilà une femme qui a le choléra, ou bien...
II hésita.
— Ou bien? répétai-je.
— Ou bien qui vsi empoisonnée.
— Avec quoi?
— A\ ec l'upas de Java.
— C'est cela, m'écriai-je, oui, oui; elle a été eropoisonnée avec l'upas de Java. Quel remède y a-t-il?
— Il n'y a pas de remède, ou bien, s'il y en a un...
— Apr*s?
— Il est si rare.
— Enfin, ce remède?
— Il faudrait du bézcard.
ŒUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS
— Du bézoardî
— Oui ; mais pas du bézoard de vache, pas du bézoard de chèvre...
— Du bézoard de singe.
— Sans doute, mais où s'en procurer!
Je jetai un cri de joie.
— Tenez, luidis-je, tenez.
Et je tirai ma pierro de bézoard de son sachet de cuir. Schimindra souleva la tête.
— Ahl dit-elle, il m'aime donc encore un peul
— Ohl oh! fit le bonze, du bézoard bleu, du véritable bézoard de singe.
— Oui, du véritable, je vous en réponds, attendu que je l'ai récolté moi-même. Mais ne perdez pas de temps; vous voyez. Et jo lui montrai Schimindra qui se tordait dans les convulsions de l'agonie.
— Oh I maintenant, dit-ii, soyez calme, nous avons le temps.
— Mais, m'écriai-je, dans cinq minutes elle sera morte.
— Oui, si,daHS trois minutes elle n'est pas sauvée.
Et en effet le bonze se mit à râper le bézoard dans un verre d'eau, avec la même tranquillité qu'il eût fait d'un morceau de sucre.
L'eau prit à l'instant mêrrio une belle teinte azurée, qui peu à peu se changea on opale et lan,;a dis reflets d'or.
C'était sans doute le point où devait en être arrivé l'anti-iote, car, me faisant signe de soulever Schimindra, le bonze introduisit entre ses aents, déjà serrées par les convulsions, les bords du verre, qu'elle faillit briser.
Mais aux premières gouttes qui humectèrent le palais de la mourante, les muscles se détendirent, la tête se ha~ lança mollement sur les épaules, les bras raidis retombèrent à ses côté», le râle cessa, et une légère moiteur perla sur son front aride.
, Schimindra vida le verre.
Puis, lorsque le verre fut vidé :
— Ohl mou Dieul dit-elle, c'est la vie que vous m'avez fait boire.
Alors, jetant un dernier regard sur moi, me remerciant d'un derhicr sourire, essayant de me toucher par un dernier geste, elle poussa un soupir, ferma les yeux et tomba dans une léthargie qui n'avait rien d'inquiétant, car ou senlait sourdre la vie sous celte apparence de mort.
Je ne pouvais plus la laisser chez Vanly-Tching, jo ne voulais pas y rester mûi-mêni); ma maison n'était q'uà cinquante pas de celle où nous nous trouvions. Je pris Schimindra dans mes bras. Je sortis avec le bonze, je fermai la porto à clef, je remis cette clef au bonze on le priant de la porter à f instant même chez le juge civil, successeur de l'avant-dernier mari de Vjnly-Tching, et do lui raconter tout ce qu'il avait vu, tandis que j'emportais chez moi Schimindra, qui n'avait pl'is, au dire du docteur, besoin que d'un ^ommeil tranquille. *
Puis, S(fliimindra déposée sur ^Sfct lil^ilallai me coucher à mon tour.
Vous dire ce qui se passa dans mon esprit une fois que la lumière fut éteinte, et que, vaincu par la fatigue, je me trouvai dans cet état do rêverie qui n'est pas encore le sommeil et qui n'est déjà plus la veille, serait chose impossible. Mes qualro femmes semblaient s'être donné rendez-vous au pied de n.on lit. C'était Nahi-Nava-Naliina, c'était dona Inès, c'était Amarou, c'était Vanly-ïclinic; ; tout cela me réclamant, me tirant, me disputant bien plutôt à la façon des Furies qu'avec les manières de tendres épouses, tandis que la pauvre Schimindra, à qui la mort sans doute avait donné des ailes, planait au-de,ssus do moi, me défendait de son mieux, les écartant, l>s chcssanl; mais, mise dehors par la porte, cette série interniinablo d'épouses rentrait par les fenêtres, se rejetait sur mon lit, s'acharnait sur moi, si bien que jo me sentais en aller par morceaux, et que je pressentais le moment on l'une m'enlèverait an bras, l'autre une jambe, celle-ci un membre, celle-là un autre.
Tout k coup la porto s'ouvrit, et je vis apparaître comme
un fantôme voilé, devaul lequel mes quatre femmes indiennes s'évanouirent et qui vint, éloignant Schimindra elle-même d'un seul geste, se coucher tranquillement près de moi.
Ah ! ma foi! la dernière venue me rendait un si grand services que je me réfugiai dans ses bras, où, après une agitation qui dura encore quelques instans, je m'endormis.
Le lendemain, le premier rayon du jour, en frappant droit sur mon visage, me réveilla ; j'ouvris les yeux et poussai un cri de surprise.
J'étais couché côte à côte avec la Buchold.
Mais, près de la Buchold si pâle, si changée, que je n'eus pas le courage de lui reprocher sa visite , tant elle me faisait l'effet d'avoir peu de temps à vi\Te.
D'ailleurs, je me rappelais le service qu'elle m'avait rendu dans la ruit.
— Comment 1 c'est vous ? lui dis-je.
— Oui, c'est moi, qui, toute souffrante que je suis, n'ai point hésité à vous apporter moi-même une bonne uou velle.
— Ah I oui, vous êtes accouchée? lui dis-je.
— D'une fille, d'une charmante petite fille; comme jo vous l'ai promis, je l'ai appelée Marguerite.
— Et quel est lo parrain de celle-ci?
— Oh I vous en serez fier, mon ami, c'est un des plus illustres professeurs de l'Uuniversité de Leyde, le docteur Van Holstentius.
— Oui, je le connais.
— Eh bien I il m'a promis d'aimer la chère enfant comme s'il était son père, mais....
— Mais, quoi ?
— J'ai bien peur, quand je ne serai plus là....
— Comment 1 quand vous ne serez plus là 1 avez-vous quitté Monnikendam pour n'y plus retourner?
— Si fait, au contraire, mon ami, et je vais repartir sans retard; soyez tranquille. Mais nous ne sommes pas immortels, et si par hasard je mourais, nos pauvres enfans....
— N 'auraient-ils pas chacun son parrain , qui l'aime comme s'il était son père ; n'auraient-ils pas le bourguenicstro Van Chef, l'ingénieur Van Brock, le révérend Van Cabel, le docteur Van Holstentius, etc., etc., etc. ?
— Hélas ! répondit la Buchold, je sais, par ce qui m'est arrivé avec vous-même, quel fonds on peut faire sur les promesses des hommes. H y avait plus de promesses vaines que de réalité dans ces engagemens pris par nos illustres protecteurs; de sorte qu'aujourd'hui, mon cher ami, sans votre compère Sinlon \'an Groot, lo gardien du port de Monnikendam, je ne sais pas ce que nous deviendrions, moi, les enfans que j'ai et ceux que je puis avoir encore.
— Comment, que vous pouvez avoir? Quel quantième du mois sommes-nous?
— Le 28 octobre.
— Odfl, mais quelle sainte ou quel saint préside à ce jour?
— Deux grands saints, mon ami : saint Simon et saint Jude. I
— Ah I c'est trop lart, m'écriai-je, cette fois je n'eu serai pas quitte à moins de deux jumeaux.
— lin tous cas, dit la Ducliold, ce seront les derniers.
— Comment cela?
— Oui, ne voyez-vous pas comme je suis changée?
En effet, je l'ai déjà dit, ce chaugemeiH m'avait frappé à la première vue.
— C'est vrai, lui dis-je, qu'avez-vous ? Elle sourit tristement.
— Croyez-vous, dit-elle, que des voyages pareils à ceux que je fais ne fatiguent pas? Je suis venue vous voir quatre fois, sans reproche; aller et retour, cest quelque chose comme trenti'-deux mille lieues : quatre fois lo tour du monde. Trouvez donc beaucoup de femmes qui en fassent autant pour.... pour un scélérat d'homme qui n^ songe qu'à la tromper ? Âli 1
LES MABIAGES DU PÈRE OLIFDS.
Et la Buchold versa quelques larmes.
Ce qu'elle me disait là était si vrai que j'en fus touché-
— Eh bien ! pourquoi venez-vous ? lui demandai-je.
— Mais parce que je vous aime, au bout du compte. Ah ! si vous étiez resté à Monnikendam, nous eussions pu être si heureux I
— Avec votre charmant caractère I allons donc.
— Que voulez-vous ? Ce qui m'a gâté le caractère, c'est la jalousie. Et d'oii venait cette jalousie? De l'excès de mon amour. Voyons, aujourd'hui que cinq ans sont passés, direz-vous qu'ils étaient innocens vos voyages à Amsterdam, à Edam, à Stavorin.
Je me grattai l'oreille.
— Dame 1 répondis-je, pour ne pas mentir
^— Vous voyez bien que vous étiez dans votie tort. Qu'avez- votis de pareil à me reprocher, à moi ?
— Rien, je le sais bien, tant que j'ai été là-bas.
— Mais il me semble que depuis...
— Depuis, cela s'embrouille un peu. Mais enfin, il n'y a encore rien h dire, puisque, pour mo; du moins, les ppparences y sont, et quo les dates se rapportent, n'est-ce pas?
— Jour pour jour.
Je poussai un soupir.
— ^Ah! le fait est, d;s-je, avec un retour de philosophie, que l'on court bien loin pour trouver le bonheur....
— Oui, et que l'on trouve des femmes, n'est-ce pas ? Passons-les un peu en revue, vos femmes.
— Non, ce n'est pas la peine, je les connais ; aussi, j'en suis guéri du mariage, ou plutôt des mariages.
— Hélas ! mon pauvre ami, il n'y a que la maison, que le foyer, que les enfans; revenez, revenez, et vous trouverez tout cela, moins moi peut-être.
— Alloas donc f
— Je sais ce quo dis, fit-elle en secouant la liHc et en poussant un soupir. Mnis je mourréus tranquille si j'avais l'espérance qu'à défaut de mèra.... mes pauvres enfans...
— C'est bon, c'est bon.... ne nous attendrissons pas ; on verra à tout cela; retournez là-bas.
— Il le faut bien.
— Et annoncez-moi.
— Oh 1 vraiment?
— Un instant, je ne m'engage pas. Je ferai ce que je pourrai, voilà tout.
— Adieu ! je pars dans cette espérance.
— Partez, chère amie. Qui vivra verra.
— Oui, qui vi\Ta... Adieu.
Et la Buchold m'embrassa une dernière fois, poussa un soupir et sortit.
Cette apparition do la Buchold m'avait laissé une toute autre itipression que les apparitions précédentes. D'ailburs, comme je le lui avais dit : la comparaison avec les femmes hollandaises des femmes chingulaises, espagnoles, malabares et chinoises n'était pas à l'avantage de ces dernières ; il n'y avait donc que la pauvre Schimindra qui pouvait contrebalancer l'influence européenne ; mais, vous comprenez, elle avait contre elle l'histoire de ce misérable singe !...
Enfin, tant il y a que je ne pensai plus ou'à une chose, ce fut de mettre or.lre à mes affaires tt de retourner en Europe.
Mais, avant de partir, mon premier soin fut d'assurer le sort de Schimindra.
Je lui laissai mon exploitation de cigares, qui était en plein rapport, et le reste de mon bézoard, qui ét::it écorné, c'est vrai, mais qui, tout écorné qu'il était, valait bien deux ou trois mille roupies, et cela d'autant plus incontestablement qu'il avait été éprouvé.
Quant à Vanly-Tching, elle a\ait disparu emportant sa cassette ; et, pendant les cinq mois que je demeurai encore à Bidondo, nul n'en entendit parler.
Enfin, le 15 février 1829, six ans environ après mon arrivée dans l'Inde, je quittai Bidondo après avoir réalisé une somme de quarante-cinq mille francs, que mon corres>
pondant chinois encaissa, me donnant en échange d'excellentes valeurs sur les première's maisons d'Amsterdam.
La traversée fut longue à cause des calmes que nous trouvâmes sous l'équateur. Six mois après mon départ de Manille on signala le cap Finistère, puis nous doublâmes Cherbourg, puis nous entrâmes dans la Manche, puis enfin, le 18 août 1829, nous jetâmes l'ancre danS le port de Rotterdam.
Je n'avais aucun motif pour faire séjour; je pris donc le même jour la voiture d'Amsterdam, puis, arrivée Amsterdam, un bateau qui devait me conduire à Monnikendam.
C'était justement celui de mon ami le pêcheur qui. Six ans et demi auparavant, m'avadt conduit à bord du Jean de iViil, à qui je n'avais pas pu payer mon passage, et qui n'avait pas moins promis de boiro à ma santé, promesse qu'il avait religieusement tenue.
Cette fois, au lieu d'un sac de cailloux, j'avais dans ma poche un portefeuille renfermant quarante-cinq bannes nulle li\Tes.
De sorte qu'en débarquant à Monnikendam, comme je lui devais non-seulement le dernier passage, mais encore le premier, avec le^ intérêts et les intérêts des intérêts pendant six ans, je lui donnai vingt-cinq florins, ce qui était un denier comme il n'en avait pas touché depuis longtemps.
Puis je m'acheminai vers ma maison.
A la porte, je vis de loin uno nourrice en deuil, qui allaitait aeux nourrissons.
Je compris tout.
J'entrai dans la salle basse, où se trouvaient mes trois fils et ma fille.
Les trois garçons s'enfuirent en me voyant.
Quant à la fille, comme elle ne marchait pas encore foute seule, elle fut bien oWigéo d'^ r.ster.
Je compris quo je n'étais pour ces paun'es innocens qu'un étranger; je pris dans mes bras ma petite Marguerite, qui jetait les hauts cris, et je revins vers la porte, afin de me faire veconnaître à quelque voisin.
Justement Simon Van Groot ayant appris qu'un étranger était arrivé et s'était dirigé vers la maison de la Buchold, était accouru, se doutant de la vérité, et il arrivait, ayant rallié les trois enfans qui fuyaient, plus la nourrice et les deux nourrissons.
En un Instant tout fut éclairci.
— Et lî pauvre Buchold I demandai-je.
— Tu arrives deux mois trop tard, mon cher Olifus, répondit Simon Van Groct, la Buchold est morte en donnant le jour à tes deux jumeaux.
— Oui, Simon et Jude.
— Tu l'as dit. En t'^n absence, j'ai eu soin de la famille. Les créanciers avaient \endu la maison, je l'ai rachetée ; ils avaient vendu les meubles, je les ai rachetés. Je savais bien que tu reviendrais un jour, et je voulais, plus les enfans, que ta ^-reîi^vasses k- chosos dans l'état où tu les avais laissées.
— Merci, Van Groot.
— Il n'y a que notre pauvre Buchold 1...
— Que veux -lu? Simon, nous somriics tous mortels.
— Hélas I tu n'en retrouveras jamais une pareille, Olifus.
— C'est probable.
Nous nous embrassâmes en pleurant. Van Groot et moi, puis nous réglâmes nos comptes.
Je lui remboursai le prix de la maison et des meubles, que je garùai pour la part de Marguerite.
Puis je pla;ai six mille francs sur la tête de chaque garçon, me réservant les intérêts jusqu'à leur majorité.
Enfin je conservai neuf mille francs pour moi, afin de n'être jamais à charge à personne et de n'avoir qu'à fouiller à ma poche pour en tirer mon carafon de tafia, de rhum et de rack.
— Et vous n'avez jama-s revu la Buchold ? lui demandai-je.
— Si fait, une fois. Elle est venue me raconter que j'é-
ŒUVRES COMPLETES D'ALEXANDRE DDMAS
tais débarrassé d'elle pour toujours, attendu qu'elle venait de se remarier avec Simon Van Groot, qu'on avait enterré la veille, et qui avait demandé, le ^leux coquin, à être inhumé près d'elle. De sorte, ajouta le père Olifus en vidant son dernier carafon de rack, que j'en suis débarrassé pour ce monde et pour l'autre. Je l'espère, du moins.
Sur quoi, le père Olifus éclata d'un rire qui lui était tout particulier, et se laissa couler sous la table, d'où presque aussitôt sortit un ronflement qui ne nous laissa aucun doute sur la sérénité du sommeil auquel ce cœur pur et sans remords venait de se livi-er.
Au même moment, la porte s'ouvrit; je tournai la tête, et une voix douce et harmonieuse se lit entendre.
Cette voix, c'était celle de Marguerite, qui apparaissait sur le seuil de la chambre, une lampe à la main.
— Il est temps, messieurs, que vous alliez vous reposer, dit-elle. Je vais vous conduire à votre chambre. Mon pauvre père vous a bien fatigués, n'est-ce pas, avec ses histoires? mais il faut avoir quelque indulgence pour lui. Il est resté si\" ans dans la maison des aliénés de Horn, du vivant de notre pauvre mère. 11 n'en est pas sorti entièrement guéri. Ce sont des lubies et des contes bleus qui lui travaillent le cerveau, surtout lorsqu'il fait abus de liqueurs fortes, ce qui lui arrive souvent. Mais, comme tou-
jours, sa rcdson reviendra en s'é\ eillant, et il oubliera ses voyages aux Indes Orientales, voyages qui n'ont jamais existé que dans son imagination.
Nous allâmes nous coucher sur cette explication, qui nous parut infiniment plus probable que tout ce que nous avait raconté le père Jérôme-François Olifus.
Le lendemain, nous denrandâmes à le voir pour lui faire nos adieux. Mais on nous dit qu'au point du jour il était parti pour conduire un voyageur à Stavorin.
De sorte que nous quittâmes Monnikendam sans savoir laquelle nous avait menti, de la vieille bouche édentée du [lère Olifus ou de la fraîche et jolie bouche de sa fille Marguerite.
Cependant une chose nous prévint contre la belle hôtesse du Bonhomme Tropique, c'est que la veille elle ne nous avait parlé que par signes, et que tout à coup, le lendemain, elle s'était trouvé parler français pour nous donner l'explication que nous venons de consigner ci-dessus.
C'est aux personnes qui ont été dans l'Inde à juger si le père Olifus a réellement vu les pays qu'il a décrits, et que d'après lui nous avons décrits à notre tour, ou s'il a tout simplement vu Madagasccir, Ceylan, Négombo, Goa, Calicut, Manille et Bidondo, de la maison des aliénés de Horn.
FIN DES MARIAGliâ DU PERE OLIFUS.