‹ Divers ou Les enseignements de la vie [microforme]Chapitre 68 sur 83 · TT · texte numérisé non relu

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2784- Quand un homme laisse notre côté pour passer

chez l'ennemi, “c’est un traître.” Quand il laisse les rangs ennemis pour passer chez nous c’est un héros.” Pourquoi cela-sa conduite dans les deux cas est également répréhensible. Un espion enfin, un dénonciateur est honni quand il donne de nos nouvelles à l’ennemi—on l’accueille, au contraire à bras ouverts, lorsque passant de l’ennemi chez nous il nous informe de ce qui se passe ou va se passer dans le camp opposé. Il y a il est vrai une sorte de bravoure ou de bravade à faire la chose à ses riques et périls. Si c’était un des nôtres qui incognito ou autrement serait passé chez l'ennemi, pour nous revenir ensuite avec des informations précieuses, ce serait peut-être là une action plus méritoire ; mais d’ailleurs et en général tout ce qui sent de loin ou de près, l’espion, le délateur est digne de mépris.

285- François Coppée, dansun article sur “ Les Cendres”° au commencement du carême, où il nous fait une si touchante description de la cérémonie (Memento quia pulvis es, et in pulverem revertebis) à une de ces messes nationales dans une église d’un faubourg de Paris, où on ne voit d’ordinaire que des pauvres, des ouvriers, possédant la vraie foi--nous remet en mémoire la parole que prête Shakespeare à Hamlet, le mélancolique prince du Danemark, lorsque

s'adressant à Zloratio, il dit: “ Voici à quoi nous arrivons ; Alexandre fut enterré, Alexandre retourna en poussière ; la poussière est de la terre, de la terre nous tirons l'argile et pourquoi cette argile en laquelle il fut converti ne serait-elle pas employée à fermer un baril de bière ? L’Impérial César mort et retourné en terre glaise, bouche peut-être un trou pour nous préserver du vent. Oh! dire que cette poignée de terre qui tenait le monde sous son obéissance, rapièce peut-être un mur pour fermer passage à la bise d'hiver.” Ces pensées, dit Coppée, sont de celles dont il est permis de se souvenir en ce Jour ou le prêtre trace avec de la cendre une croix sur le front de tous les fidèles en adressant à chacun d’eux ces paroles : ‘“ souviens toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière.” Cérémonie d’un symbolisme admirable, comme toutes celles de l'Eglise, d’ailleurs.

286- Sentillane, sous l'en-tête «6 Prisons Littéaires ”” article comme le précédent reproduit par La Patrie” de Montréal, met en parallèle la sentence de Zola-un an de prison et 3 mille francs d'amende et celles qui à diverses époques ont frappé Lamennais brouillé avec l'Eglise et avec le Pape, épris d’un nouvel évangile d'indépendance et de philosophie — deux

fois Béranger en 1821 et 1823- Victor Hugo en exil— Félix Pyat et bien d’autres. Il nous dit que Béranger la seconde fois fut condamné à une amenle de 10,000 francs que paya pour lui un public sypathique et se demande s’il en sera ainsi cette fois. Ce n’est malheureusement pas probable, car chacun craindrait quelque vengeance, sans savoir d’où, à la suite d’une charité qui aurait l'air de donner gain de cause au inalheureux condamné.

2927-Sentillane nous dit de Lamennais eiprisonné à la suite de sa rupture avec l’Eglise— c'était en automne qu'au moment de iaire du feu à son foyer, il s’en désista à la vue d’une hirondelle qui avait fait son nid au sommet du tuyau de la cheminée, et qu’il passa ainsi l'hiver à souffrir de froid pour ne

pas déranger la L stiole.

Sentillane nous apprend aussi que lors de la première condamnation de Béranger à 5 mois de prison à cause de ses chansons inflammatoires du peuple, son juge sympathique fit la remarque ‘C’est dommage que la gravité du tribunal empêche de chanter ici ces chansons, car la musique pourrait sans doute en faire

excuser la hardiesse.’’

88-Edison l'inventeur recommande à qui veut inventer quelq:?® chose, de s'assurer tout d’abord si la chose est requise. Si elle l’est, dit-il commencez à vous y mettre, l’esprit absolument libre de toute connaissance de ce qui peut avoir déjà été fait par d’autres à la recherche de la chose vouiue. Ces connaissances préliminaires sont toujours un obstacle pour l'inventeur qui est tenté äe continuer dans les traces d’un autre, et à mettre ainsi en danger ses propres idées. Au contraire, s’il poursuit un chemin, un procédé qui lui est propre, il ne rencontre pas sur sa route des ornières où il est en danger d’emboiter le pas ; rien, en un mot, pour obstruer son passage, son progrès. J'en ai plusieurs fois agi ainsi; puis quand j'avais fini, je lisais ce qu'avaient fait d’autres dans la poursuite de la même découverte. Je trouvais d’ordiraire que mes idées avaient été tout différentes de celles de mes devanciers ; mais en même temps, que leurs idées avaient été si bannes que, les eusse-je connu à l’avance, j'aurais été fortement tenté de marcher sur

les mêmes traces.”’

289-I1 n'est pas loisible d'obtenir de l'argent sous de faux prétextes- Mais vous voler votre argent n’est guère pis que de vous voler le peu de temps que vous avez assez souvent à dévouer

à la lecture des articles sérieux d’un journal. Donc, je ne sache point jusqu’à quel degré on ne pourrait s’insurger contre certaines réclames à en-têtes telles que vous êtes forcé de les lire, et ne vous apercevez qu’à la suite d’un article assez long ayant trait au sujet mentionné au titre, qu’il sagit d'une médecine qui guérit tous les maux.

290- Que de moyens subtils pour vous arracher votre argent. Vous n'êtes pas disposé à souscrire à une œuvre de charité où votre contribution restera enfouie inextricablement dans mille fois, dix mille fois le montant de votre mise, et où, si l’on vous promet de l'intérêt en forme de prières, vous ne savez jusqu’à quel point vous en bénéficierez, quelle sera votre part, en rapport avec le tout. Les Dames du Sacré-Cœur ont résolu le problème : Elles veulent agrandir leur établissement. Eh bien, pour que chaque contribuable soit connu et ait part aux prières—on vous donne une religieuse absolument pour vous et vous seul, à condition que vous lui construisiez une cellule c’est-à-dire que vous contribuiez ia somme nécessaire à cet effet, et votre nom sera inscrit en tête de la cellule, avec la somme $100 ou $175 qui vous donne droit aux prières de l’occupante de cette cellule

durant 25 ans dans le premier cas, 50 ans dans le second. Puis pour ne pas avoir à accepter un billet promissoire payable seulement quand la nouvelle aile, la cellule seront faites, on s'engage à inscrire le nom de suite sur une des cellules actuelles du monastère. C'est pas bête, car de cette sorte, elles s’assurent d’un paiement immédiat de la part de quiconque aurait pu promettre de payer plus tard ou après la bâtisse faite. Et si même le montant souscrit était insuffisant, elles auraieut votre argent et vous leurs prières et vous ne sauriez vous en formaliser. Dieu donne de bonnes idées aux bonnes âmes, et encore une fois l’idée d’avoir une religieuse pour vous tout seul et qui ne prie que pour vous, sorte d’ange gardien, est bien propre à desserrer les cordons de la bourse la plus récalcitrante.

291-On ne veut pas qu'un individu fausse la vérité et on laisse mentir toute une nation. Une sorte d’orgueil assez légitime est celui d’être commandé par quelqu'un d’un beau physique, et que ce soit son maître d'école, son capitaine, ou son souverain, c’est tout de même Chaque individu étant mu en ce sens, et les individus dans leur ensemble formant la nation, la nation tout entière a la même faiblesse, la même vanité si l’on veut. C’est de

là que on représente Napoléon III qui était plutôt courtaud que de haute taille comme dominant presque de la tête l’assistance, dans tous les tableaux, gravures, etc., où on le voit représenté. Il en a été de même de la reine Victoria dont le nez est loin d’être aquilin ou classique. Voyez-la dans tous ses portraits peints ou gravés, et non d’après photographie ; voyez-la surtout au frontispice du dernier ouvrage (1898) qui vient de paraitre sur son jubilé, voyez-lui le nez: à force de l’allonger, de le rectifier, pour le rendre plus ou moins Grec ou Romain, on en est arrivé à un nez tellement étroit, que ce portrait en est devenu une véritable

caricature.

292 — Crystaillisation de la neige sous

l'effet du soleil au printemps. Je ne sache pas que l’on ait encore observé ce phénomèue, ou que qui que ce soit au moins en ait encore écrit ou parlé. Je remarque que les bancs de neige, où qu'ils se trouvent, ont une apparence rudoyée, chagrinée, dentelée, labourée, réticulée, alvéolaire et plus ou moins rétiforme, et il y a lieu à tous ces divers qualificatifs pour en exprimer les apparences variées çà et là. Qu’on en fasse l’observation et l’on verra que c’est le soleil qui y est pour au moins sa grande part dans cette démoralisation de la surface auparavant unie, et de la struc-

ture homogène du banc avant sa décomposition sous les eftets de la température. On dirait, dans. la neige de parties plus fusibles et d'autres qui le.sont moins, les premières se dissoudent (j'aimerais mieux dire se dissolvent si c'était français, comme rendant mieux le latin dissolvere) percolant à travers les autres pour ensuite se solidifier, se crystalliser en une sorte de dentelle, de matière spongieuse, imitant quelquefois le varech de nos rivages à l’eau salée, avec œils ou trous plus ou moins annulaires ; et que ce sont les rayons du soleil qui opèrent cette transformation s’accuse par le fait que cette neige est labourée précisément dans le sens de la direction de ces rayons de mars et d'avril et de 10 à 2 heures à peu près de la journée ; la dentelure étant toute dirigée dans le même sens, avec inclinaison vers le Nord. La chose mérite de la part de nos physicistes (Laflamme, etc.) une étude plus approfondie. KT %

293-—Les idées premières ne sont point également méritoires. Que Leverrier et Adams par exemple aient eu presque simultanément l’idée de Neptune, aient soupçonné l’existence de cette planète pertubatrice, avant que son existence fut connue ; voilà une idée valante, que pas un autre n’a peut être jamais conçue ; une idée fondée sur une pénétration de

l'esprit à traveis l'inconnu. L'idée d'un bateau roulant sui l’eau est moins méritoire, parce que chacun des deux hommes qui à 40 années d’intervalle, ont eu cette idée le dernier : Knapp sans soupçonner que Baillairgé l'avait conçue près d’un demi siècle avant, avouent : qu’elle leur a été inspirée par l’écureil (l’engin locomoteur) faisant mouvoir sous lui la roue, (le bateau) sans tourner lui-même, ou sans que le moteur soit entraîné dans le mouvement rotatoire ; mais une idée comme cêlle par exemple de faire disparaître un obstacle à la | circulation, ne vaut rien pour le premier qui l’a concue, puisque cette idée, sans peut être réclamée comme

telle, a a dû déja venir à mille autres.

‘294 Le “ Farben Zeitung ”’ nous fait part d’une peinture composée de varech et autres ingrédients. Le varech à l’état vert, ou non desséché est broyé à l'huile et mêlé de litharge, acétate de plomb, thérébentine, huile de lin. On dit cette peinture un préservatif des fonds de navires en bois contre les vers, ou d’aucune construction sous-marine en bois quelconque.

795: La mort presque instantanée, ou dans l’espace tout au plus de quelques

minutes, de 124 personnes au feu du «Bazar de Charité ”’ de Paris, en 1897, est due à ce que, dans cette enceinte de quelques 300 pieds sur 40, il n’y avait personne de préposé à l’ouverture des portes de sauvetage construites à cet effet et dont l’existence était inconnue de l'assistance. La bâtisse était de construction temporaire en bois inflammables. Toute la toiture était dissimulée en sousœuvre, ornée à l'intérieur d'une tenture continue, qui ayant pris feu, au moment de l’explosion de certaines huiles essentielles employées au fonctionnement du kinématographe installé dans l'édifice pour l’amusement des visiteurs, ne tarda pas à s’enflammer sur son étendue entière, et dont les lambeaux ardents tombant sur la tête des dames du bazar, légèrement vêtues et coiffées, mirent le feu à leurs robes, chapeaux, cheveux, etc. | | |

Les municipalités, gouvernements ou autorités quelconques devraient rendre compulsoire, non seulement l'existence de portes en nombre et de dimensions suffisantes, pour l'évasion instantanée et simultanée en cas de feu ou de panique ; mais forcer les intéressés, les gérants de théâtres, d'expositions, installations quelconques où le publie est admis, à tenir quelqu'un à chaque porte de sûreté pour l’ouv::r instantanément en cas de feu ou de panique ; et de plus, au sortir de chaque représentation, de chaque séance, les portes

devraient s’ouvrir—feu ou pas de feu—panique ou pas de panique—pour permettre à l'assistance d'y passer et en cela faisant, de connaître ces issues, et savoir s’en prévaloir au besoin. L'on n'oublie point que l’holocauste du feu du théâtre de Vienne en 1887 (540 morts) est due à re qu’une porte de vastes dimensions et capable, eut-elle été ouverte, de faire évader dans quelques instants toute la foule présente, était devenue, n’ayant jamais servi, les propriétaires ou gérants du théâtre ne l'ayant jamais fait ouvrir, tellement rouillée dans ses gonds et fermetures, que sous tous les efforts faits en cette occasion pour l'ouvrir, on n’en put jamais venir à bout ; et l’homme est ainsi fait que à moins d'y être forcé par la loi, il ne consentira jamais pour une évantuailté qui peut-être se dit-il n’arrivera jamais, à faire les frais d’un personnel additionnel pour le seul services des issues. D'ailleurs, un seul homme, sur la fin de la représentation, suffirait pour ouvrir l’une après l’autre toutes les portes qui seraient ainsi connues du public, et le danger presque complètement éliminé de cette manière.

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296--Le son, le bruit, comme d’un coup de feu ou de tonnerre, est faible, moins accentué, mais plus sourd ou d’une note plus basse de la gamme, d’autant qu’il

nous vient de plus loin, la plus grande distance de l'atmosphère à traverser pour nous arriver faisant la fonction d’une plus longue corde qui dans un instru’ ment de musique émet le son le plus bas. Je me demande donc comment il se fait que, le sifflement (en anglais hissing que sifflement ne traduit pas bien mais qui correspond à l'anglais whistling) d’un wagon, d’un char électrique, parait revêtir en s’éloignant une note plus haute de la gamme, et plus haute d’autant que la voiture s'éloigne de l’auditeur. C’est qu'après un arrêt pour prendre ou laisser un passager, la roue s’en va crescendo de vitesse et c’est la vitesse accélérée de vibration de l’air qui aiguise le son. + * #

297- Dionne nous dit ‘“ Recherches Historiques ”? par P.-G. Roy, à Lévis, avril 1898, que c’est à Jean Bourc' sn, qui en 1654 cumulait sous la domination française de l’époque au Canada les fonctions de pro-. cureur général du roi et d'ingénieur en chef, que l’on doit In première carte de Québec. — Philéas Gagnon nous dit que le premier cabaret tenu à Québec, le fut par un Jacques Boisdon (bois donc) qui en 1648 obtint de la magistrature d'alors, ‘“ le droit de tenir boutique de pâtisserie et hostellerie pour tous allans et venans,” le Conseil inclinant à la requête

l'ayant accordée et enterrinée aux conditions suivantes, entre autres, “ qu’il (le requérant ou pétitionnaire) ferait sa demeure à la place publique, non loin de l’église, pour y avoir commodité et de s’aller chauffer en lui payant ce que de raison.”

298- La peau d’anguille, nous dit Montpetit, aux “Recherches Historiques ”’ d'avril 1898, sert en Europe à faire des liens d’attelage ; en Tartarie, dans le voisinage de la Chine, à remplacer la vitre pour les fenêtres. Autrefois, dit-il, dans nos campagnes du Canada, on en faisait de Ia babiche : ficelle servant à la réparation, à l'empaquetage des chaussures, des harnais. On l’utilisait pour lier la batte au manche du fléau destiné à battre le grain sur l'aire. Une peau d'anguille servait à natter la couette de nos ancêtres, plus chinois de ça que nous; nos grand’mères ne dédaignaient pas non plus de l’employer au même usage. Mais aujourd’hui, ajoute-t-il, la peau d’anguille est discréditée comme article de toilette. Allez donc faire des suivez-moi avec des peaux sentant l'huile rance. On se ruinerait à mener Cupidon en laisse, en gants de Jouvin, avec de pareils rênes.”

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