‹ Diverses considérations sur les formes cliniques de la varioleChapitre 5 sur 9 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

VARIOLES MALIGNES.

a Nous avons appelé malig-nes ces fièvres qui s’avancent insidieusement, obscurément, sous une apparence de bénignité, et qui subitement et sans cause connue, abattent les forces, lèsent l’action des nerfs, et entraînent à leur suite des symptômes insolites, bien différents par le caractère de ceux que présentent une maladie simple et pure. Mais il ne s’ag'issait là que des signes de malignité, en général, et ces signes se rapportaient plus spécialement aux fièvres proprement dites. Mais, quoique ces signes se rencontrent également dans les malades exanthématiques, et qu’ils indiquent aussi l’étàt de malignité de ces maladies, il est pourtant quelques phénomènes propres et particuliers aux exanthèmes, dont l’absence ou la présence nous a conduit, avec la plupart des auteurs, à considérer ou à appeler bénignes ou malignes ces maladies exanthématiques, en détournant le mot malin un peu de sa signification ordinaire. Parmi ces phénomènes se place en premier lieu la fièvre qui précède l’éruption exanthématique. Dans les cas bénins, quelle qu’ait été sa force, dès queléruption est faite elle s’affaiblit et s’apaise considérablement, et elle tombe et cesse complètement dès que les autres symptômes diminuent d’intensité. Dans les cas malins au contraire, la fièvre, quelle qu’elle fût d’ailleurs au début, ne s’apaise pas, comme de coutume, après l’éruption, mais elle persiste et augmente... L abattement et la prostration subite des forces, qui est en général le si gnepathognomonique delà malignité, et qui mérite d’être po® en grande considération dès qu’il se montre, ne se présente ce pendant pas constamment dans toutes les maladies exanthéma tiques malignes. Aussi n’avons nous pas trouvé de plus ce

tain et plus constant d'état malin et pernicieux dans les maladies exan~ thématiques, que la continuation ou une plus vive incandescence de la fevre après l'exanthème. » (Bors., pag’e 24.)

Malins est donc le nom qui nous semble le plus convenable et le plus simple pour désig-ner tous les cas dans lesquels les malades meurent sans avoir eu le stade apyrétique dont l’existence caractérise les varioles communes ; dans lesquels, par conséquent, l’infection variolique paraît trop g-rande pour que l’org-anisme puisse se débarrasser du poison, et où l’économie reste infectée jusqu’à la mort, et même après elle. Dans tous ces cas donc, d’après ce que nous avons dit plus haut, il n’y a pas de suppuration, le malade n’étant jamais revenu de sa variole, rendu à lui-même de façon que ses humeurs et ses tissus puissent réag-ir normalelemenl, c’est-à-dire par une inflammation franche et louable, contre les lésions cutanées laissées par l’éruption. Peut-être devraiton rapprocher de ces varioles mortelles, des cas rarissimes où la guérison survient sans fièvre de suppuration, bien que les malades aient présenté au début des accidents formidables et analog’ues à ceux des varioles malig-nes mortelles. Tels nous paraissent être, malgré l’opinion contraire de M. de la Ramberg'ue (thèse 1870), les divers cas de varioloïdes hémorrhag-iques racontés par Trousseau (Clinique, pag’e 31), où les symptômes ont été assez graves pour faire presque dès le début condamner les malades, qui n’ont commencé à mieux aller que vers le onzième jour de la maladie, et ont guéri sans l’ombre de suppuration ; il s’agit là d’une variole maligne, plus grave certainement même que celles où une supputation étendue entretient un danger imminent jusqu’au vingtième Jcur. Tels nous paraissent être les cas auxquels Borsieri fait allu- • quand il dit, page 183 : « Dans ce genre de varioles (qui commencent comme les bénignes), cependant, l’issue fatale n’est point ssi précipitée ni aussi inévitable, que dans les varioles primiti- C’a malignes ; plusieurs malades échappent. Ceux qui résistent

au mal présentent alors des pustules crues qui ne mûrissent pas et ressemblent à des moribonds, traversent avec une peine et une inquiétude extrême le quatrième stade ou stade de déclin, lequel se prolong-e toujours beaueoup. » Et plus bas, l’autre variété, soit les varioles verruqueuses, comprend ces varioles discrètes, mais dures, semblables à des verrues situées au-dessus de la peau, et rendues concrètes par un mucus dense et adhérent. Ces varioles appartiennent aussi au g-enre des discrètes malignes, d n’arrivent pas à suppuration... Lorsqu’elles sont malignes elles ne se résolvent jamais par suppuration, ne se convertissent pas et ne se détachent pas en croûtes, mais s'en vont peu à peu par desquamation. » (Borsieri; traduction Ghaufîard).

Ainsi, dans ces cas évidemment des plus graves, et qui guérissent pourtant, le sang' finirait par se purger du ferment variolique, mais après tant de temps (douze jours), et en laissant le malade dans une telle faiblesse, avec des lésions telles, bien que compatibles avec la persistance de la vie, que la suppuration franche n’est plus possible , et que l’éruption a disparu au moins en majeure partie, d'une façon toute mécanique, toute physique (desquamation, dit Borsieri) avant que le malade soit redevenu assez convalescent; ait recouvré assez de force vitale, d’irritabilité pour que sa peau s’enflamme autour des produits morbides, et les élimine comme on fait une eschare. Nous avons encore trouvé décrite sous le nom de varioldide., dans un mémoire de Moreau de Jonnès (Archives, série, t. XIH), «o® épidémie observée par cet auteur à New-York, qui se rapporterait assez bien à ces formes malignes. Parmi les varioles communes, il y en a aussi qui se rapprochent beaucoup de ces cas malins qui • guérissent, par leurs symptômes d’invasion et surtout la durée aussi longue des phénomènes infectieux. Ces cas témoignent e la nature identique de la maladie dans toute la série de ses formes.

Parmi les cas où les malades meurent avant la production d’une crise, il y en a peut-être aussi où l’infection a cessé au moment de la mort, et où la persistance de la fièvre serait due, ainsi que l’admet Sydenham, à l’intoxication non plus variolique , mais par les produits normalement expulsés par la peau, et qui par conséquent ne seraient pas comparables aux précédents ? J’en doute pourtant : d’abord, il n’est pas démontré que la rétention des produits de la sécrétion de la peau compte nécessairement au nombre de ces symptômes une élévation de température g-énérale; de plus, nous avons un cas de variole malig-ne où le malade est mort avec abaissement de température, malg’ré la confluence de l’éruption et Pabsence d’hémorrhag-ie. Il y a donc là une grande hypothèse, dont il faut pourtant tenir compte, car le grand praticien propose en conséquence une thérapeutique spéciale dans les cas où on supposera cette cause de mort, la saignée.

En rejetant tous les cas graves où la mort survient sans fièvre de suppuration dans un même cadre, sous la rubrique de varioles' malignes, nous confondons peut-être ensemble des formes différentes, et auxquelles les considérations suivantes ne s’appliquent peut-être pas. Mais, ces réserves faites, la plupart des cas qui ont composé la dernière épidémie sont conformes à notre manière de voir.

Nous croyons qu’on peut diviser la totalité des formes malignes de la variole en deux groupes très-voisins l’un de l’autre, mais dans lesquels pourtant la physionomie de la moyenne des cas est assez différente. L’époque de la mort peut servir à établir cette distinction : dans les uns, la mort survient vers le milieu du seconde septénaire; dans les autres, elle a lieu avant la fin du premier.

Commençons par les premiers où la malignité semble moindre, raison de la plus longue résistance des malades.

— Deshayes. 5

§ I. — Yarioles malignes siliqueuses (t).

Ce nom me semble assez bien exprimer les caractères de leur éruption.

Au début, leurs symptômes et leur marche ne diffèrent pas de ceux des confluentes bénig-nes g-raves, et il n’y a rien qui puisse faire prévoir la manière dont se terminera la maladie, savoir : si le malade sera emporté par la fièvre variolique ou par l’intensité de la dermite secondaire. Mais, au septième ou huitième jour à partir de l’invasion, au lieu de voir la fièvre tomber et les pustules cesser de grandir, comme cela a lieu dans les bénignes même confluentes (et le huitième jour est presque la limite maximum atteinte par la fièvre d’infection dans les cas non mortels et hénins), on la voit persister, continue, comme au début, ou avec des oscillations peu étendues, mais surtout irrégulières, le plus souvent en rapport avec des hémorrhagies. En même temps, les pustules déjà extrêmement nombreuses non-seulement sur la face, mais sur tout le corps, s'élargissent de plus en plus et s’aplatissent au centre, ressemblant aux silicules de certaines crucifères. Cet aplatissement et cet aspect tiennent certainement a la disparition par évaporation ou résorption de la partie liquide de l’exsudât ; leur couleur reste gris blanchâtre ou nacrée ; à la face où les pustules marchent toujours plus vite, une dessiccation s’opère plus rapide sans doute parce que c’est la partie que les malades exposent le plus à l’air, et la peau y devient raide et parcheminée. Quand on voit au septième jour apparaître cet aspec, quand on voit la fièvre persister^ le pronostic devient presque ne cessairement fatal, et plus elle persiste, plus on est en droit de e

(1) Dénomination empruntée à Freind, qui désigne ainsi celle dont les pus tules sont vides, ou les vésicules sont rondes, molles, concaves et vides (Hors ;

porter. Cet état de confluence et de fièvre ne laisse pas en g-énéral passer le onzième jour. C’est dans ces cas que la règ-le de Sydenham et de Trousseau nous a paru s’appliquer exactement.

Ces auteurs, en effet, décrivent sous le simple nom de conflnentes, des varioles qui nous semblent être réellement raalig'nes, et dans lesquelles les malades meurent réellement de la variole même, plutôt que des lésions de la peau comme cela a lieu dans les confluentes bénig'nes. Dans ces cas, ils indiquent d’ailleurs que la fièvre n’éprouve aucune rémission au moment de l'éruption, caractère pathog^nomonique de la malig*nité. Borsieri lui-même qui s’efforce tant, dans ses g*énéralités sur les exanthèmes, de faire ressortir ce caractère essentiel, semble l’oublier quand il décrit la variole. Il paraît entraîné, par les opinions de Sydenham, en dehors des principes qu’il a si bien tracés, et, dans son chapitre des confluentes bénig-nes, il devient dans beaucoup de phrases confus et se contredit, ou se livre à mille réticences; finalement, il en arrive à répéter Sydenham, un peu moins clairement peut-être, sur le point qui nous occupe actuellement. Ainsi, il nous paraît impossible de dire avec eux que le malade meurt dans la seconde période de la variole, bien qu’au onzième jour. II n’y a en effet ni suppuration, ni fièvre secondaire, ni nouveau pro- Cfôsus. Ces malades meurent dans la première période de la va- •“'ole, avec la persistance de l’infection du sang* malg-ré l’abondance de l’éruption ; et le tracé thermique conserve tout le temps de leur vie les caractères qu’il a dans les premiers jours. Ils ré-^ pondent bien par leur physionomie à l’admirable tableau de THip- Pocrate ang'lais. Il n’y a ni g*onflement de la face, ni des pieds, ni ^ainams; comment pourrait-il y en avoir? ces phénomènes étant pt'opres à l’inflammation franche de la deuxième période. Ces maes aussi ne peuvent avaler ; ils rejettent les boissons par le nez, ®®ent passer les liquides dans le pharynx, mais ils ne se plai- 8'’^ent pas de douleur comme ceux dont la gorge est enflammée

autour des pustules. Ceux-ci ne cessent de réslamer pour leur g-org-e un soulag-ement, ceux-là ne demandent rien ; ceux-ci ont une salivation abondante provoquée en g-rande partie par 1 irritation de la bouche et la difficulté d’avaler, leur langue se nettoie , ceux-là ont la bouche sèche, les joues arides, et à l’enduit saburral des premiers jours, à l’éruption buccale pustuleuse confluente, succèdent dans les derniers jours de vraies fuliginosités, enfin, au lieu du délire plutôt bruyant et loquace, et sans gravité, que l’on voit quelquefois à la deuxième période des varioles bénignes et dû à l’excitation fébrile inflammatoire, ces malades meurent avec un délire typhique et plus encore avec de la prostration.

Ainsi, cette forme répond mieux qu’aucune autre, ce nous semble, à la description des confluentes graves de Sydenham et de Trousseau; mais, tandis que ces auteurs attribuent la mort à la fièvre de suppuration, admettent que, au onzième jour, ces malades sont entrés dans le deuxième stade de la variole , nous les faisons mourir dans la première période, celle de la fièvre d’infection, car jamais dans ces cas nous n’avons vu m les caractères locaux de l'inflammation pustulaire franche, m les caractères de la fièvre inflammatoire, mais bien ceux de la fièvre varioleuse proprement dite; et si les pustules blanches et nacrees encore au huitième jour, deviennent ensuite jaunâtres, sale, et même se changent en des croûtes, nous ne voyons la ni es phénomènes de suppuration, ni de dessiccation; ce ne sont p des phénomènes vitaux, mais de purs phénomènes (Voyez page 202 et 184, les doutes et les réticences de Borsie^ sur l’existence du stade de suppuration dans les malignes, confirmation de notre manière de voir.) ,

Cette forme peut ne se compliquer d’aucune hémorrhagie, alors la forme de variole siliqueuse pure. Mais très-souvent a^^^ il y a des hémorrhagies qui indiquent une plus grande a era

du sang*, ag-gravent le pronostic et rapprochent un peu cette forme de la suivante. Ces hémorrhag’ies, ici d’ailleurs, ne surviennent qu’assez tardivement, vers le septième jour, alors que l’éruption est déjà totalement sortie, que la peau est entièrement occupée par les pustules et qu’il n’y a pour ainsi dire plus de place pour loger l’excès du poison qui reste encore dans le sang*. Ces hémorrhagies se font par le nez, l’ulérus, l’intestin, la peau : il y a du purpura inter et intra-pustulaire, et dans ces cas l’un est un tout aussi mauvais sig-ne que l’autre. Si le purpura intra-pustulaire est je ne dirai pas, avec M, Ruaux dans sa thèse, de hon aug’ure, mais peu grave, c’est quand il survient dans les formes hénig-nes après la crise apyrétique et où, au lieu de traduire l’infection putride variolique, il indique seulement la débilité du malade, la faiblesse de ses capillaires, qui ne résistent pas à la cong'estion, la fluxion appelée par l’inflammation des pustules.

Dans ces cas de varioles siliqueuses hémorrhag-iques, la température, au lieu de rester constante comme dans les siliqueuses simples, et la courbe thermique, au lieu d’offrir comme dans celleci les caractères qu’elle a dans la première période des formes bénig'nes, subit des irrég-ularités dès que l’hémorrhag'ie devient un peu abondante. Il se produit ici le même phénomène que celui que 1 on observe dans des fièvres typhoïdes lors des grandes hémorrhagies intestinales (cliniques de Jaccoud). Nous avons vu sous «ette influence des oscillations de 40°-40° 1/2, à 38“-38"5; et quand je recueillais mes observations, sans savoir encore bien les varioles malig-nes, cherchant uniquement à retrouver au lit du balade ce que j’avais appris dans les livres, en voyant le thermouiètre descendre vers le septième ou sixième jour, j’ai cru souvent ^voir là affaire à la crise véritable normale que je recherchais ans tous les cas à cette époque, et je voyais là un bon sig-ne, par conséquent. Mais en voyant ces irrég-ularités se produire à des Poques indéterminées et surtout en voyant l’abaissement de la

température constant dans les hémorrhag-ies utérines et l’avortement des formes les plus malig’nes, je reconnus mon erreur grossière, réexaminai mes tracés avec moins d’idées préconçues, et je vis que ces chutes de la température n’avaient pas la marche régulière des vraies défervescences, et de plus que dans la portion de courbe qui venait après on retrouvait les caractères de la fièvre d’infection et non ceux de la fièvre de suppuration (1).

Enfin, disons, pour terminer Thistoire de cette variété siliqueuse, que, quand il y a des hémorrhagies, souvent la mort, au lieu de venir le onzième jour, avance, et se rapproche de l’époque où elle survient dans la forme suivante, toujours hémorrhagique.

§ 2. — Yarioles malignes pourprées.

Nous arrivons ici aux formes les plus graves, les plus terribles, les plus infectieuses de la variole, à celles que l’on a appelées putrides, en raison du haut degré de corruption qu’il y a alors dans le sang. Ici ce n’est plus comme tout à l’heure au bout de neuf, dix, ouze jours que survient la mort; mais rapide, foudroyante, à peine laisse-t-elle le temps de faire le diagnostic; c’est le sixième et même le cinquième jour que périt le malade. Alors souvent dans cette forme l’éruption pustuleuse n’a pas eu le temps de se dessiner, de s’affirmer; il faut un soin tout particulier pour trouver çà et là une petite saillie, une petite papule, qu’on a peine àretrouver une demi-journée après; quelquefois même l'attentiort

(t) Le fait de l’abaissement de la température par les hémorrhagies doit-ü faire dire que la fièvre dans les varioles hémorrhagiques n’est pas constante, et n’a pas le caractère qu’elle a dans la fièvre infectieuse des varioles communes î Je ne le crois pas. L’hémorrhagie fait disparaître l’élévation de a température, qui est un résultat de la fièvre, mais non la fièvre même. Mai» J® ne puis ni ne veux me perdre ici dans une discussion sur l’essence de la

la plus suivie, la plus délicate ne permet de voir à aucun moment de la maladie autre chose qu’une roug-eur confluente, tout à fait scarlatiniforme, tout à fait lisse. (Observations personnelles semblables à celles de Lorain, Bucquoy, Desnos, eic.,passim dans laSoc. méd.des hôp.) Le temps qui s’écoule à partir de l’invasion de la fièvre jusqu’à l’apparition de ces éruptions est le même que celai qui, dans les varioles communes confluentes, précède la g-rande poussée éruptive, et les prodromes sont identiques, à part leur formidable intensité: «La douleur de'tête et des reins est cruelle, la débilité des forces considérable, l’anxiété, l’inquiétude, la stupeur et l’ég^arement de l’esprit, les nausées, le dég*oût des aliments, d’autres symptômes plus sérieux ou insolites, ou en désaccord entre eux, doivent faire soupçonner aussitôt le caractère pernicieux ou malin de la maladie. Les soupçons croîtront et se chang-eront presque en certitude, s’il y a insomnie opiniâtre, délire, ou, au contraire, coma profond, soubresauts des tendons, tremblement des membres, abattement, tendance à la lipothymie, et surtout respiration inég’ale, précipitée, laborieuse, entrecoupée de soupirs fréquents, » Mais de tout ce tableau, le trait le plus caractéristique est la dyspnée, l’ang-oisse respiratoire; rarement nous l’avons vue manquer. J étouffe^ tel est presque toujours la g-rande plainte des malades. Ce symptôme, que l’on ne retrouve pas au même deg-ré dans la forme précédente, où il est remplacé par l’embarras de la déglutition et les quintes de toux déterminées par l’ég-arement des liquides dans le larynx, tient sans doute directement à l’altél’ation du sang-. On sait que dans ses recherches sur le sang- des varioleux, M. Brouardel y a trouvé une diminution considérable autres de l’oxyg-ène, qu’il compare la mort dans varioles malig-nes à celle par la vapeur de charbon (oxyde caroû le sang-, (ses g-lobules), devient incapable de fixer poumon a donc beau être indemne de 1 air a beau pénétrer jusque dans les vésicules pulmo-

naires, traverser la paroi des capillaires^ l’oxyg'ène ne trouve rien qui le dissolve au delà, qui le fixe, et le cœur ne charrie vers tous les org’aiies qu’un sang non hématosé. Du reste, la dyspnée offerte par ces malades a un type tout particulier : ce n’est pas l’oppression du pneumonique, sa respiration courte, précipitée, bridée par le point de côté, ni l’orthopnée de l’asthmatique, encore moins celle des lésions du larynx; c’est une forme spéciale de l’angoisse respiratoire, très-bien décrite, comme signe de malignité des exanthèmes, dans les généralités (page 26) de Borsieri : « Grande oppression delà poitrine avec anxiété et agitation, bien différente cependant de la gêne de la poitrine et de la difficulté de respirer que l’on observe dans la péripneumonie. Cette oppression peut parfaitement se distinguer en ce qu’elle n’est pas constante et égale comme dans la péripneumonie, mais s’apaise et cesse presque, se réveille par intervalles et s’aggrave sans cause manifeste. En outre, l’air expiré n’est pas chaud, ou bien moins chaud

que dans la péripneumonie, n Malheureusenaent à cette époque on

ignorait l’oxygène et l’hématose, et il est obligé de finir cette description, en recherchant la caOse de la dyspnée dans une affection convulsive du diaphragme ou une irritation de l’épigastre??.

Nous pouvons encore ajouter avoir observé la fétidité véritablement putride de l’haleine, ayant quelque analogie avec l’odeur qu’elle offre dans la pneumorrhagie (Gueneau du Mussy). Peul' être est-elle en relation avec la corruption générale du sang, ou son épanchement dans le tissu pulmonaire?

Au milieu de tous ces symptômes, on attend l’éruption :-elle apparaît rarement avant le quatrième jour malgré sa confluence, c’est qu’ici comme dans toutes les varioles malignes la période d’infection a une durée très-longue, ou aurait, car la mort survient. Cette éruption peut, par ses caractères objectifs, se rapporter à trois formes.

Elle peut être scarlatiniforme généralisée sans aucune saillie, avec une teinte absolument uniforme un peu livide, occupant d’emblée toute l’babitude extérieure, ce que ne fait pas la scarlatine ni aucun exanthème. A ce point qu’on peut se demander s’il yabien là un véritable exanthème, même scarlatineux, une véritable efflorescence. S'il n’y a.pas là un phénomène de pure cong'estion passive des capillaires, analog’ue à celle qui, dans ce qu’on appelle rash purpurique, fait le fond roug’e livide sur lequel reposent les pétéchies (voyez Yariolous rash). La dilution du sang, sa perte de plasticité (dans une observation déjà ancienne de Hérard, Becquerel a trouvé fibrine O), ses caractères veineux augmentés ne contribuent-ils pas à produire celte éruption des plus remarquables? Quoi qu’il en soit delà nature même du processus qui la constitue, c’est la pire des pires; elle est le prélude des hémorrhagies certaines, rapides, étendues et que dans un de ces cas nous avons vues se faire littéralement à vue d’œil, le sang s’infiltrant instantanément sous la muqueuse conjonctivale, venant sourdre à la surface de la peau du ventre et des cuisses. D’ailleurs il ne paraît aucune pustule variolique dans cette forme.

Dans les deux autres formes, qui, je crois, correspondent aux formes érysipélateuses et morbilleuses de Morton, l’éruption , comme ces noms l’indiquent, est également des plus confluentes; mais ici sa nature n’est pas douteuse : c’est, suivant expression pittoresque de M. Bucquoy, un gazon trop touffu qui l^cpeut se développer faute de place; ce sont des pustules serrées CS unes contre les autres au point de devenir invisibles, et la preuve s en trouve : 1 “ dans l’apparition d’abord çà et là de quel- ^oes pustules évidentes, dans l’apparition successive de l’érup- ^ ’ 'ICI ne se fait pas presque d’emblée comme la scarlatiniforme c tout à 1 heure ; ce n’est que dans l’espace d’un jour que les pa- ■^ cs, d abord distinctes, arrivent à se confondre en une surface rnie ; encore, à l’inverse de la suffusion sanguine scarlatini- —Deshayes. 0

forme, n’est-elle pas absolument généralisée, dans la forme dite érysipélateuse de Morton, cette confluence n’a même lieu qu’à la face; 2® dans le soulèvement épidermique de la surface exanthématique quand le malade ne meurt pas trop tôt. Ges éruptions, comme le variolous rash des varioles bénignes, ne sont donc pas d’une nature différente de celle de l’exanthème des varioles communes pustuleuses, mais n’ont pas le temps de se développer faute de la vie du malade, tandis que dans le variolous rash elles avortent par èxcèsde bénignité.

Dans ces formes, d’ailleurs, les hémorrhagies ne tardent pas à se montrer à la peau et à masquer l’éruption, si même elles n’oüt pas paru avant elle. Elles peuvent ne pas seulement consister en pétéchies isolées çà etlà,mais nous les avons vues former de vastes ecchymoses sur toute une cuisse, tout un genou, etc., et justifier jusqu’à un certain point la dénomination de variole charbonneuse que j’ai entendu employer par les gens de la campagne. Le sang s’échappe en même temps, soit par la conjonctive ou la pituitaire, quelquefois par l’intestin,le plus souvent par l’utérus; cetteforme que nous avons surtout vue chez des femmes enceintes, produisait l’avortement et une perte consécutive qui ne cessait qu’à la mort ; enfin la néphrorrhagie et l’hématurie, le plus fatal de tous les symptômes de la variole.

A l’autopsie, nous avons souvent trouvé des hémorrhagies étendues dans les muscles, mais surtout dans le tissu sous-séreuXt sous le péiûcrâne, etc.

C’est encore dans ces formes, pessimi moris , que l’on voit qu^ quefois un œdème des paupières, un gonflement considérable u visage, qu’il ne faut pas prendre pour le gonflement si désiré u huitième au onzième jour des varioles bénignes. Une s’agit plus d’œdème collatéral, mais d’une bouffissure de la face par suite e s, confluence, et aussi dans quelques discrètes malignes d’une sor d’infiltration séro-sanguinolente des paupières analog’tm presq

à celle qui s' empare des cadavres en putréfàction, et qui nous semble être l’expression du plus haut degré de malig’nité.

Dans toutes ces varioles malignes, pourprées, scarlatiniformes ou érysipélateuses, la fièvre, bien que constante, donne cependant le plus souvent une courbe thermique assez irrégulière, à cause des hémorrhagies abondantes. Ainsi, un fait très-habituel que j’ai retrouvé constamment dans la plupart des observations publiées de variole grave, compliquée d’avortement ou de néphrorrhagie, c’est l’abaissement très-notable de la température même vaginale, au moment de la mort; tandis que nous avons observé l’élévation considérable du nombre des pulsations du pouls, la persistance de Faccéléralion et de l’irrégularité de la respiration.

Tout ceci finit, comme nous l’avons dit, au bout de cinq ou six jours; jamais, dans cette forme, les malades ne dépassent le premier septénaire.

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