LETTRE VIII
31 mars 1841.
Mon cher docteur,
Sur la question de l'Eglise, que je me propose de traiter aujourd'hui, je trouve que vous soutenez en Angleterre deux grandes erreurs, deux erreurs fondamentales : la première, c'est que l'Eglise est la réunion de toutes les églises , quelque opposées qu'elles soient entre elles dans leurs principes de foi et de morale; la seconde, c'est que toutes les églises ayant erré, aucune d'elles ne saurait se dire infaillible. » Avant de réfuter ces propositions erronées, avec le secours de la Bible et des premiers pères, permettez-moi de vous exposer certaine contradiction que j'ai aperçue entre le langage de vos docteurs et leur propre conduite. Vous voulez que chacun se fasse une religion à sa mode, et cependant vous anathématisez ceux qui méprisent l'autorité de votre épiscopat anglican. Quelle plus palpable contradiction peut-on jamais rencontrer sur la terre ? Pourquoi donc ne
laissez-vous pas vos compatriotes tirer les conséquences qui sortent directement des principes que vous ne cessez de graver en mille manières dans leur esprit et dans leur cœur? Laissez, laissez vos Anglais repousser vos évêques , les regarder comme une superfluité dangereuse dans votre contrée, lorsqu'ils assurent qu'ils ont trouvé dans la Bible une secte plus parfaite que votre église anglicane fondée par un tyran1. Qu'avez-vous à répondre à cette observation? Quelle religion pouvez-vous recommander comme obligatoire à celui qui est obligé, d'après vos aveux, de se faire sa croyance comme il peut, selon la capacité de sa raison individuelle, et à Faide de la sainte Ecriture ?
Et puis, n'est-ce pas là une application rigoureuse de la loi du talion ? Vous avez jeté dans le monde le principe protestant de l'interprétation individuelle, afin de nous contrarier, de nous détruire, s'il se pouvait; parce que vous savez que la puissance de l'Eglise catbolique réside dans son indépendance et dans son autorité infaillible. Aveugles que vous êtes ! Laissez-moi parler avec franchise. — Aveugles que vous êtes! pouvez-vous exiger la soumission de ceux que vous ne cessez de soulever contre nous? Le glaive de l'interpré-
1 Je prie le lecteur de se rappeler le dialogue entre M. Owen et l'archevêque de Cantorbéry.
tation individuelle , après avoir détruit dans les cœurs le germe des vérités catholiques, à quoi peut -il servir, qu'à suicider l'intelligence ellemême, et placer tout homme qui raisonne dans l'impossibilité de savoir ce qu'il y a de certain et d'incontestable touchant la foi, la morale et le culte? Les innombrables sectes, qui pullulent en Angleterre, vous jettent au front une boue infecte; et vous criez à l'insolence, à l'irréligion, à la révolte ! Dois-je vous plaindre en ce moment? Plutôt ne dois-je point vous reprocher vos inconséquences? Cette boue qui vous souille et qui fait votre honte, n'est-ce pas vous qui les premiers l'avez mise dans la main du peuple pour en couvrir l'Eglise catholique? Apparemment que vous eussiez désiré que cette licence ne durât que le temps justement requis pour décalholiser l'Angleterre ; après quoi, le peuple devenu protestant aurait dû dire aux chefs de l'église anglicane : Désormais nous serons plus soumis et plus sages; nous admettrons bien que nous pouvons interpréter la Bible selon les lumières de notre esprit; mais, par égard pour vous, et surtout pour ne point troubler le bienêtre que les richesses, enlevées aux catholiques, procurent à vous, à vos femmes et à vos enfants, nous vous déclarons que nous n'userons jamais de notre droit, quelque précieux, quelque inaliénable qu'il soit pourtant, d'après vos propres instruc-
tions. Chefs de l'église anglicane! parlez; dignes successeurs de Henri VIII et de Cranmer ! faitesnous connaître les ordres de votre souveraine autorité , vous trouverez en nous des fidèles bien soumis, et toujours nous reconnaîtrons que vous êtes les représentants des premiers apôtres; nous nous soumettrons à vos volontés , bien que vous ne soyez point infaillibles, et que par conséquent vous puissiez enseigner l'erreur; oui, parlez, et nous recevrons avec respect vos oracles, comme si réellement ils descendaient du ciel, parce qu'il nous suffit et qu'il est glorieux pour nous d'avoir détruit dans nos contrées le catholicisme de nos ancêtres, afin d'élever sur ses ruines l'édifice de notre église nationale ou anglicane, comme vous voudrez l'appeler. » Vous voyez bien qu'il est impossible que votre Eglise se fasse obéir même par ses propres enfants.
Je reviens maintenant à l'objet de cette lettre : voici deux propositions que j'oppose à vos erreurs, et que je veux établir sur des textes bien formels de la Bible et des premiers pères.
Première vérité : Il n'y a qu'une seule société de fidèles sous la conduite des successeurs légitimes des apôtres, et tous ceux qui refusent de faire partie de cette Eglise, lorsquï/s peuvent la connaître, seront exclus du royaume céleste.
Seconde vérité : L'Eglise fondée par les apôtres
est infaillible dans ses décisions et dans son gouvernement spirituel, de sorte que c'est un blasphème de dire qu'elle ait jamais perdu la vérité ou enseigné le mensonge.
Vous osez dire de vive voix, imprimer dans vos écrits, répéter dans l'enceinte de vos temples que les papistes (les catholiques) ont peur d'ouvrir la sainte Ecriture ou les écrits des premiers pères, parce que leur doctrine est condamnée par leur mutuel témoignage. Nous avons peur, dites-vous, d'aborder les saintes Ecritures et les pères ! Et moi, je vous dis que vous proférez une insigne calomnie contre nous. Savez-vous quelle est ma difficulté en ce moment ? Je trouve une si grande multitude de textes dans la Bible et dans les pères en faveur des deux vérités que je viens d'énoncer, que je suis forcé, pour ne point rendre ma lettre fatigante par sa longueur, de n'en citer que quelques-uns bien propres, j'imagine, à faire sur vous une salutaire impression.
D'abord j'ai dit qu'il n'y a qu'une seule Eglise, hors de laquelle il n'y a point de salut.
Lisez, ce n'est pas assez dire, méditez avec soin ces belles paroles du Sauveur : «Je vous prie, mon père , pour que mes disciples soient unis sur la terre comme nous le sommes nous-mêmes dans le ciel. » Voilà une belle image de l'Eglise tracée dans l'évangéliste saint Jean. Il faut que l'union
règne dans tous les membres qui forment la société établie par le Christ : or, qui conservera cette précieuse union, sinon la croyance et la soumission aux mêmes principes de la foi et aux mêmes règles de conduite ? Vous osez avancer que nous redoutons la présence des saintes Ecritures, et je vous montre que d'après la pure parole de Dieu, les catholiques sont obligés de proclamer avec saint Paul pour la véritable Eglise un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême ; et je vous laisse à conclure que c'est votre église anglicane qui foule aux pieds les saints Evangiles, puisqu'elle fait entrer dans l'Eglise un grand nombre d'églises particulières qui sont opposées dans leur croyance, et qui s'anathématisent mutuellement les unes les autres. Remarquez-vous surtout la comparaison dont se sert le Sauveur? Il veut sur la terre une union aussi parfaite que celle qui existe dans les personnes de la sainte Trinité, c'est-à-dire une union absolue et entière, une union constante et permanente; je vois bien que cette union existe dans les membres de notre Eglise, qui est disséminée dans toutes les contrées de la terre, puisque tous, vous le savez, ils admettent la même foi pour les intelligences, les mêmes principes de morale pour les cœurs, et le même culte public pour offrir à la divinité de solennelles adorations ; puisque tous encore ils regardent comme des hommes
voués à Fana thème tous ceux qui se séparent de leur communion ou qui soutiennent un seul point de doctrine repoussé par l'Eglise catholique. Quel nom donc, cher docteur, voudriez-vous donner à un insensé qui avancerait que l'union existerait encore dans les profondeurs de la trinité, quand bien même les personnes divines se disputeraient entre elles, et se proposeraient dans leurs actions diverses un but opposé? Eh bien! l'expression que vous emploieriez serait celle-là même dont je me servirais pour stigmatiser votre église anglicane, qui aujourd'hui, par la voix de ses docteurs, soutient sans pudeur que l'Église catholique est un composé monstrueux de toutes les églises, bien qu'elles se lancent, l'une contre l'autre, de mutuels anathèmes à raison de la diversité de leur doctrine. Concluez avec moi que nos principes catholiques, tout conformes qu'ils sont au langage du grand apôtre, rie sont que l'expression naturelle des paroles que le Sauveur a proférées en fondant son Eglise, pour qui il allait mourir d'une mort si ignominieuse sur un infâme gibet : « Je veux, ô mon père, qu'ils soient unis entre eux, comme nous le sommes nous-mêmes dans la gloire : Ut omnes unum sint , sicut tuy pater, in me, et ego in te. » (Saint Jean, chap. 17.)
Le Sauveur ajoute aux paroles que je vous cite ici : Ut sciât mwridus quia tu me misisti : a Afin que
le monde sache, ô mon père, que c'est vous qui m'avez envoyé. » Voyez-vous la pensée du Christ? Il prétend que cette union des esprits et des cœurs dans les mêmes pensées et les mêmes sentiments, sera une preuve convaincante de sa divinité même. Et certes , qui ne comprend que Jésus ne dût avoir en lui le sentiment d'une puissance infinie, pour avoir confié à quelques pauvres villageois la sublime, la difficile mission de proposer et de faire embrasser à tant de peuples, si opposés par leurs mœurs et leurs coutumes, la religion chrétienne, dont les dogmes incompréhensibles et profonds mettent aux abois les plus hautes intelligences, dont la morale austère et immuable a de quoi épouvanter les cœurs les plus intrépides, les plus fermes, les plus courageux ! —
Sans doute, pour nous soumettre à une vérité révélée, une seule parole du Sauveur doit nous suffire, puisque cette parole est infaillible ; mais ce n'est point un seul texte que j'ai à vous alléguer en faveur de l'unité de l'Eglise, c'est presque tout le nouveau Testament que je pourrais vous rappeler en ce moment. Lisez surtout, cher docteur, les endroits de l'Evangile, où le Christ peint l'Eglise comme un royaume dont il est le chef suprême, en même temps qu'il nous prévient que tout royaume sera détruit, lorsqu'il renferme dans son sein des principes de division ; où il veut que ses
apôtres réunissent toutes les brebis fidèles disséminées sur toute la terre, en sorte qu'il n'y ait qu'un seul troupeau sous un seul pasteur ; où il se représente lui-même comme un père de famille qui envoie des ouvriers travailler dans sa vigne, qui fait rendre compte à ses serviteurs de leur administration, etc. : or, je vous le demande, pourquoi ces idées de royaume, de bercail, de famille, sinon pour nous dire quelle est l'union étroite qui doit régner parmi tous les membres dont se composera l'Eglise chrétienne? Lisez aussi cet endroit où saint Paul compare l'Eglise au corps humain, et les fidèles aux membres qui en font partie. « Nous avons été baptisés pour former un seul
corps et avoir un même esprit Il ne doit point
y avoir de division dans ce corps, mais tous les membres doivent s'aider mutuellement : si l'un souffre, tous doivent y compatir; si l'un est en honneur, c'est un sujet de joie pour tous. Vous êtes le corps de Jésus-Christ, et membres les uns des autres. » Ces paroles sont-elles autre chose qu'un beau commentaire de celles que je trouve encore dans le même apôtre : un seul Dieu , une seule foi, un seul baptême? » Il est inutile de répéter que les paroles de la sainte Ecriture, prises dans leur sens naturel, sont toutes favorables pour établir l'unité de l'Eglise, tandis qu'elles condamnent votre église anglicane et toutes les sectes pro-
lestantes, qui osent avancer que non-seulement il est permis de varier dans les principes de foi selon les climats et les pays ; mais de plus que cette foi, ainsi disloquée, est néanmoins suffisante pour procurer le salut des hommes.
Avant de passer à ma seconde proposition, savoir que l'Eglise est infaillible, je vous prie de réfléchir quelques instants sur ces paroles que le Christ a lui-même prononcées en s'adressant à ses apôtres : « Allez, leur dit-il, annoncez mon Evangile; celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise; puis il ajoute ; S'il y a un différend entre les disciples, que FEglise eh soit le juge : Die Ecclesiœ. »
D'abord il est incontestable que le Sauveur n'aurait point ordonné aux hommes d'écouter les apôtres ou leurs successeurs, s'il ne supposait en même temps que ceux-ci ne dussent précieusement et toujours conserver le dépôt sacré de la foi; puis, lorsqu'il dit qu'il faut s'adresser au tribunal de l'Eglise dans les moments de division et de trouble, n'est-il pas de la dernière évidence qu'il condamne votre église anglicane, qui prétend, depuis Henri VIII, que toutes les églises particulières, bien qu'elles soient opposées dans leur croyance, sont aux mêmes titres la vraie Eglise fondée par les apôtres? Quelques détails mettront mon assertion dans un plus grand jour. Je suppose qu'un
débat s'élève sur la présence réelle, l'église anglicane décide qu'il ne faut pas croire à la présence du Sauveur dans l'eucharistie ; au contraire, l'Eglise catholique répète ce qu'elle a dit sans cesse depuis dix-neuf siècles, savoir, que Jésus-Christ descend réellement sur l'autel au moment où le prêtre prononce les paroles sacramentelles de la consécration. Un autre débat, je suppose encore, s'élève sur la foi et les bonnes œuvres. L'église, ou plutôt la secte luthérienne en Allemagne, soutient que la foi toute seule obtient le salut, tandis que l'Eglise catholique dit, avec saint Jacques, que la foi, sans les œuvres, est une foi morte, et par conséquent inutile pour se sauver. Au dire de votre église ou secte anglicane , tous ont raison de se soumettre à l'enseignement de leur église respective, c'est-à-dire que vous admettez que les esprits et les cœurs n'auront ni la même foi ni la même morale, contre l'expresse intention du Christ, qui veut pour ses disciples la même union que celle qui est si intime, si étroite dans les personnes de la sainte trinité, comme nous avons déjà dit. Soyez de bonne foi, cher docteur, et avouez enfin que notre doctrine est entièrement l'expression de la pure parole de Dieu. Jésus-Christ dit dans l'Evangile, adressez-vous à l'Eglise : voilà bien ce que nous admettons, puisque nous disons qu'il n'y a qu'une seule Eglise dont les décisions sont irré-
fragables. Vous, au contraire, vous prêtez au Sauveur des paroles qu'il n'a pu prononcer : vous lui faites dire : Adressez-vous aux églises des divers royaumes. Vous, catholiques, adressez-vous à l'Eglise romaine; vous, Grecs, adressez-vous à l'église de Photius; vous, luthériens, adressez-vous à Féglise de Luther; vous, habitants de la Grande- Bretagne, adressez-vous à Féglise de Henri VIII et de Thomas Cranmer, etc. J'attends que vous ayez changé les textes de la sainte Ecriture, ce qui serait créer un nouvel Evangile, avant que je puisse cesser de lire sur le front de Féglise anglicane la note infamante de secte schismatique et hérétique : Die Ecclesiœ, non dixit : Die ecclesiis. Donc FEglise romaine se conforme seule aux textes des saintes Ecritures , pris dans leur sens le plus simple et le plus précis.
Après avoir cité FEcriture en faveur de Y unité de FEglise, je passe aux preuves de la tradition pendant les premiers siècles.
D'après votre système anglican qui veut à toute force que FEglise se forme de toutes les sectes, bien que leur croyance ne soit pas la même, il est évident que FEglise , qui était pure et sans tache, d'après vos aveux, dans les quatre premiers siècles, n'aurait point dû condamner aucun novateur ; car tous les novateurs d'alors ne pouvaient-ils pas, comme ceux d'aujourd'hui, s'arroger le droit de se
dire des parties intégrantes de l'Eglise universelle ? Et pourtant le contraire a eu lieu ; « constamment, Eusèbe en fait la rer, arque, constamment dans les premiers siècles à la naissance d'une hérésie, tous les évêques du monde accouraient pour éteindre le feu. » *
Au second siècle, l'Eglise catholique n'a-t-elle pas condamné et flétri comme corrupteurs de la foi, Saturnin, Basilide, Valentin, Carpocrate, Cerdon et Marcion ? Montan veut se fair passer pour le Paraclet promis par le Christ et il séduit Priscilla et Maximilla avec tant d'autres. Aussitôt, les évêques d'Asie, organes de l'Eglise catholique, condamnent la doctrine de Montan, ses erreurs, ses prophéties menteuses, et retranchent de leur communion le sectaire et ses partisans.
Au milieu du troisième siècle, sous l'empereur Gallus, après que la paix eut été rendue aux chrétiens si souvent , si indignement persécutés, plusieurs de ceux qui étaient tombés dans les dernières persécutions , demandèrent à rentrer dans le sein de l'Eglise, qu'ils avaient affligée par leur apostasie ; et cette grâce leur fut accordée, après qu'ils eurent toutefois subi les rigueurs de la pénitence publique. L'indulgence do l'Eglise révolta un homme d'un caractère dur et farouche ; le prêtre Novatien se sépare du pape Corneille, et veut même usurper son trône pontifical ; mais un synode de
soixante évêques condamne Novatien à Rome
même et le chasse de l'Eglise.
Quelques années après cette condamnation, Paul de Samosate, évêque d'Antioche, songe à attirera la foi chrétienne la reine Zénobie, qui préferait la religion juive à toutes les autres, en voulant abaisser jusqu'à la faible capacité de l'intelligence humaine les sublimes, les étomiants mystères de la trinité et de l'incarnation du Verbe. Il attaque donc le mystère de la trinité et nie la divinité du Sauveur. Que fait l'Eglise? Elle anathématise par la voix de tous les évêques de la province le novateur , et le chasse de son siège. Celui-ci ne se rend point à la sentence qui le frappe d'excommunication, protégé qu'il se trouve par la reine Zénobie ; mais Aurélien, devenu maître d'Antioche, ordonne que la maison épiscopale appartiendrait à celui qui serait en communion avec Févêque de Rome , regardé constamment comme le chef suprême de l'Eglise catholique. A cause de ces faits et de plusieurs autres que je pourrais vous citer encore , n'est-il pas démontré évidemment que la foi est inviolable, incorruptible? et qu'on ne peut sans crime y ajouter ou en retrancher un seul mot ; selon ce que dit saint Grégoire de Nazianze, que les hérétiques les plus dangereux sont ceux qui, conservant surtout le reste l'intégrité de la doctrine, par un seul mot, comme par une goutte de venin, tuent la vraie et
simple foi catholique, reçue des apôtres par tradition? »
Vous me demandez des textes des premiers pères; vous voulez quelques rayons de lumière ; et moi, je vous offre en ce moment le soleil lui-même inondant le monde chrétien des flots des clartés divines ; je vous montre l'Eglise du Christ, exécutant les ordres, qu'elle avait reçus, de retrancher de son sein tout ce qui deviendrait pour le plus petit de ses enfants une pierre d'achoppement et une occasion de chute. Je ne cite donc point en faveur de Punité de l'Eglise aucun père en particulier, parce que tous les textes, que je puis alléguer sans peine, s'effacent en quelque sorte devant l'action même de l'Eglise qui, avec sa puissante voix, proclame son unité invariable et indestructible, et retranche de sa communion tous les téméraires qui veulent toucher, pour le profaner, au précieux dépôt de la foi. D'ailleurs, quand verrais-je le terme de ma lettre, si je voulais vous citer tout ce que les pères des premiers siècles ont écrit sur la matière qui nous occupe en ce moment? Pourquoi saint Irénée a-t-il composé ses livres contre les hérésies ; Tertullien son ouvrage sur la prescription ; saint Cyprien son traité de l'unité de l'Eglise ; saint Augustin et tant d'autres leurs écrits sur le même sujet, sinon, pour réfuter toutes les erreurs qui existaient de leur temps, et qui toutes attaquaient plus ou moins la
constitution de l'Eglise elle-même, en même temps qu'elles tendaient à détruire la foi des premiers apôtres ? Lisez les ouvrages de tout ces saints docteurs, dont je ne puis que vous indiquer le titre, et vous verrez, si cette lecture est faite sans prévention et dans le désir de connaître la vérité, que le Christ a fondé par ses apôtres une seule et même société de fidèles, qui tous demeurent unis entre eux par la vraie foi, par le saint usage des sacrements, et par la subordination à leurs légitimes pasteurs.
Voici mes conclusions : l'Eglise romaine est la vraie Eglise du Sauveur, puisqu'elle proclame aujourd'hui, comme elle le disait hier et toujours, en remontant jusqu'aux apôtres , puisqu'elle proclame, veux-je dire, le dogme d'une Eglise une et impérissable, destinée à recueillir dans son sein, dans tous les temps et dans tous les pays, ceux qui sont saintement passionnés pour la connaissance de la vérité et pour la pratique de la vertu. L'Eglise anglicane , comme vous l'appelez , et toutes les autres sectes protestantes, ses modèles ou ses filles, sont donc des sociétés révoltées contre l'autorité de la vraie Eglise, puisque, pour rendre leur existence légitime, il faudrait que l'on pût supposer, sans donner dans l'absurde , qu'un édifice demeure debout, ferme et inébranlable, bien que ses constructions diverses se repoussent les unes les autres , et
soient établies contre toutes les lois de l'architecture.
Ma première proposition est donc incontestable ; le Christ a fondé par ses apôtres une seule Eglise, hors de laquelle il n'y a point de salut \
L'autre proposition que j'ai encore à développer , était que cette Eglise a reçu du Sauveur le don de l'infaillibilité. Comme cette lettre est assez
t Hors de V Église point de salut. Voici une note que j'ai trouvée dans le Dictionnaire théologique de Bergier : « Est-ce à dire que les catholiques damnent tous les infidèles, tous les hérétiques, tous les schismatiques qui n'appartiennent pas au corps de 1'Ëglise? Non; car cette maxime, hors de V Église point de salut, signifie seulement que ceux des infidèles, des hérétiques et des schismatiques qui connaissent V Église, et refusent d'y entrer, ainsi que ceux des chrétiens qui, ayant été élevés dans son sein, s'en séparent par l'hérésie ou par le schisme, se rendent coupables d'une opiniâtreté damnablc. On n'encourt lesanathèmes de notre Seigneur que lorsqu'on est réfractaire à l'Église, si Ecclesiamnon audierit, etc. , et qu'on méprise l'autorité de Dieu en méprisant l'autorité de ceux qu'il a établis pour maintenir l'unité : Qui vos spernit, me spernit.
« Si la religion catholique enseigne que hors de V Église il n'y a pointdesalut,elle nousapprendaussi qu'on peut appartenir h l'Église sans être de sa communion extérieure. Tous les théologiens, après saint Augustin, reconnaissent que l'Église a des enfants cachés dans les sectes séparées de l'unité. La grâce du baptême, qui sauve les enfants dans les communions hétérodoxes, ne sera pas perdue pour les adultes qu'y retiennent la bonne foi, les préjugés insurmontables de l'éducation, une ignorance invincible, et qui d'ailleurs observent la loi de Dieu sur tous les points qui leur sont connus.»
longue, je renvoie à celle que je me dispose à vous adresser sous peu, les preuves qui militent en faveur de ma seconde proposition.
Recevez l'expression de mon sincère attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.