LETTRE IX
3 avril 1841.
Mon cher docteur,
Je commence sans préambule par vous dire que je me propose de traiter en ce moment la grande question de l'infaillible autorité de l'Eglise. L'Eglise est infaillible ! cette proposition me semble une conséquence nécessaire et immédiate du dogme de l'unité de l'Eglise, que nous avons déjà examiné. — En effet , si ce sont les mêmes pasteurs qui , en se succédant les uns aux autres sur leur siège, doivent conduire dans la voie du salut le troupeau fidèle , ne faut-il pas les supposer eux-mêmes sous l'influence salutaire de l'Esprit saint, et par conséquent, incapables de propager jamais aucun principe d'iniquité et d'erreur ? Comme je veux, autant que possible, suivre le plan que vous m'avez vousmême tracé, je vais établir l'infaillibilité de l'Eglise sur des textes puisés dans le Nouveau-Testament et dans les écrits des premiers pères.
J'éprouve encore l'embarras dont j'ai parlé ailleurs; je trouve un si grand nombre de textes , en
faveur de ma proposition , que je me bornerai à vous eiter ceux que je croirai les plus propres à détruire vos préjugés de naissance, d'éducation et de position sociale.
Pesez bien ces paroles que le Christ adressait à saint Pierre, il lui dit : « Tu es Pierre, et sur celte pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. » Il y a dans ce passage deux incontestables vérités qui s'offrent d'elles-mêmes à la pensée du lecteur; d'abord Pierre est établi le chef suprême de l'Eglise, son fondement solide, je parlerai ailleurs de cette primauté de saint Pierre ; puis, cette Eglise, qui est bâtie sur Pierre, ne doit jamais périr ; elle résistera même à toutes les attaques de l'enfer : portas inferi non prœvalebnnt. De bonne foi, que signifient ces belles paroles du Sauveur: Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre l'Eglise ? Sinon que l'enfer aura beau chercher à disséminer des principes de corruption et de mensonge ; jamais son ivraie, pour rappeler la parabole de l'Evangile, jetée dans le champ du père de famille, ne parviendra à étouffer la semence de la parole divine. L'enfer ne cessera de poursuivre l'exécution de ses desseins perfides , mais ses efforts impuissants viendront constamment échouer contre la puissante autorité de l'Eglise qui n'aura qu'à prononcer une seule parole en faveur des saines doctrines, dont le dépôt lui a été confié, pour
qu'aussitôt F esprit de révolte et d'indépendance se désiste de ses iniques prétentions, en même temps que les disciples fidèles, sans troubles et sans obstacles, songent à diriger leur course avec une ardeur nouvelle vers la céleste patrie. Ainsi celte proposition émanée de la bouche du Sauveur : l1Eglise sera victorieuse de tous les assauts livrés par l'enfer, est identique avec cette autre proposition : l'Eglise est infaillible dans son enseignement; en sorte qu'il n'est pas possible qu'elle proclame jetmais une autre doctrine que celle qu'elle a reçue du Christ , par l'entremise des premiers apôtres , ni qu'elle cesse dans son trajet à travers la mer orageuse du monde, de recueillir dans son sein tous les esprits soumis , tous les cœurs vertueux , pour les faire aborderavec bonheur au port de l'immobile éternité.
Ici l'église anglicane foule encore aux pieds la sainte Ecriture. Jésus-Christ a dit que son Eglise n'enseignerait jamais l'erreur, nous venons de le voir ; et l'église anglicane et toutes les autres sectes protestantes disent au contraire que Y enfer a prévalu, que l'Eglise a cessé; les uns soutiennent après la mort des apôtres , d'autres après la consommation du troisième ou du quatrième siècle, — car les protestants ne sont jamais d'accord entre eux sur quoi que ce soit; — que l'Eglise a cessé, veux-je dire, de proclamer les vérités chrétiennes,
afin de retourner, ajoutent-ils encore, à la corruption et aux erreurs du paganisme.
Le Sauveur a dit que l'enfer ne prévaudrait point contre son Eglise : l'église anglo-protestante soutient que l'enfer a prévalu ; et elle le soutient dans les trente-neuf articles , dans les livres de ses docteurs , dans l'enceinte de ses temples. Si l'église anglicane a raison, il faut bien que Jésus-Christ ait voulu nous en imposer, lorsqu'il s'est proclamé le fils même de l'Eternel. Quoi ! il serait fils de Dieu, celui qui a trompé le monde en annonçant que son Eglise serait infaillible , qu'elle serait plus puissante que l'enfer lui-même. Non; le Christ n'est plus qu'un imposteur ! Voilà l'horrible conséquence qui sort des principes soutenus par votre église. Cessez donc, cher docteur, de mépriser les paroles de l'Evangile , qui assurent à l'Eglise une immortelle existence, ou cessez de lancer des anathèmes contre l'infâme Socin et ses sectateurs. Votre église dit que l'Eglise catholique s'est trompée, qu'elle a enseigné l'erreur; que l'enfer, par conséquent , a prévalu contre elle ; mais si l'enfer a prévalu, donc le Christ n'est plus le fils de l'Éternel , puisqu'il a proféré un mensonge, d'après l'assertion de votre église : et si le Christ n'est point le fds de l'Eternel , donc le monstrueux Socin , disciple du monstrueux Arius , mérite des autels pour avoir soustrait à un culte idolâtrique le peu-
pie chrétien ; puisque celui-ci adorait comme un Dieu celui qui n'a su que proférer des mensonges. . . Ainsi la plus révoltante, la plus impie de toutes les assertions; voilà pourtant ce qui suit immédiatement de la doctrine de l'église anglicane qui ose nier le don d'infaillibilité , que le Christ a laissé à son Eglise en termes si clairs et si précis.
Le Christ a dit encore à ses apôtres : « Celui qui vous écoute, m'écoute ; celui qui vous méprise, me méprise ; et celui qui me méprise , méprise mon père qui est dans les cieux. » Or, est-il possible que le Sauveur veuille accorder à ses envoyés une autorité semblable à la sienne , si en même temps il ne les rend point infaillibles dans leur enseignement? Ecouter avec une pleine soumission des hommes qui seraient sujets à errer, ne seraitce pas évidemment rendre incertaine, et même impossible, la connaissance de la vérité? Je ne m'arrête point ici à vous dire que ces paroles du Sauveur s'adressent également aux successeurs des apôtres. N'est-il pas évident que le Christ, en fondant son Eglise, embrassait dans sa pensée et dans son amour l'univers tout entier, tous les âges, toutes les générations qui doivent successivement apparaître sur la surface de la terre ? Puisque les apôtres et leurs successeurs ont une autorité identique avec l'autorité du Christ, ils sont donc infaillibles ; aucune difficulté sur ce point. Il n'y a
plus à résoudre que la question de fait : où sont les vrais, les légitimes successeurs des apôtres? question qu' il n'est point difficile de résoudre. Je la traiterai , je pense , dans la lettre suivante, alors que je parlerai du souverain pontife, comme chef de toute l'Eglise , en sa qualité de successeur de saint Pierre sur le siège apostolique de Rome.
Est-ce assez pour le Sauveur d'avoir accordé une autorité absolue aux apôtres et à leurs successeurs, de les avoir établis ses représentants auprès des peuples pour leur procurer le salut ? Non : dans la crainte qu'un novateur ne vienne un jour à prétendre que l'Eglise a perdu son infaillibilité , pour avoir enseigné Terreur, le Christ ajoute quelques paroles que vous devriez, cher docteur, graver en lettres d'or dans les diverses salles de vos superbes collèges d'Oxfort; les voici, ces admirables paroles : « Allez , mes apôtres , annoncez mon Evangile aux hommes ; allez , et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des âges. » Il n'est pas nécessaire de commenter des paroles qui sont toutes resplendissantes de lumière. Qui dit tous les jours, ne laisse point lieu à la supposition d'un changement dans la doctrine. Le catholicisme est donc indestructible , impérissable dans les mains de l'Église ; le catholicisme , comme je l'ai fait entendre ailleurs, il est ce fleuve de paix dont parle le prophète, qui coule
au sein de l'Eglise pour rafraîchir les âmes et les corps mêmes des fidèles , qui doit couler toujours, tant qu'arrive le moment où il ira se confondre avec le fleuve d'eau vive, que saint Jean, dans Y Apocalypse, nous représente aussi transparent que le cristal, et trouvant sa source à jamais intarissable au trône même de Dieu et de l'agneau.
Je pourrais vous citer l'autorité de saint Jean et celle de saint Paul en faveur de la proposition que je développe pour l'instant. Pourquoi le premier appelle-t-il éternel l'Evangile du Christ, sinon pour faire comprendre que les apôtres , qui l'ont recules premiers, le transmettront à leurs successeurs, ceux-ci à ceux qui viendront après eux, et toujours, sans interruption aucune, d'âge en âge, jusqu'à la consommation des temps? Pourquoi l'autre apôtre nous dit-il que l'Eglise est la colonne et le fondement de la vérité , sinon pour nous laisser à conclure que de même qu'un édifice a besoin de s'asseoir sur un fondement solide, sans quoi il s'écroule de fond en comble , ainsi l'édifice de la religion chrétienne n'aura point de consistance, s'il ne s'appuie sur l'infaillible autorité de l'Eglise, comme sur une base à jamais inébranlable ? Voyezvous avec quelle évidence je vous montre, la Bible à la main, l'immortelle existence de l'Eglise catholique, fondée par les apôtres !
L'Eglise est immortelle parce qu'elle est infail-
lible, et elle est infaillible parce que le Sauveur lui a communiqué sa puissance divine, et lui a envoyé son Saint-Esprit qui empêche les successeurs des apôtres d'environner jamais le soleil éclatant de la foi, de l'ombre seule de Terreur. Si donc désormais vous entendez vos confrères d'Oxford nous accuser de craindre la sainte Ecriture, lorsqu'il s'agit d'établir nos dogmes chrétiens, je pense que vous serez attentif à leur reprocher leur insigne calomnie à notre égard: puisque vous pouvez comprendre, d'après les textes que je viens de citer et plusieurs autres que je passe sous silence , combien nous sommes fondés à proclamer dans l'Eglise catholique une autorité absolue, souveraine et infaillible. Tout novateur, tout protestant qui s'inscrit en faux contre l'infaillibilité de l'Eglise est donc obligé, avant de lever l'étendard de la révolte, de déchirer nos saintes Ecritures ou de soutenir cette horrible proposition ; savoir, que le Sauveur et ses apôtres ont trompé le monde, puisqu'ils ont forcé les hommes de se soumettre à l'enseignement d'une Eglise qui n'a servi, disent les protestants, qu'à corrompre les nations , en leur présentant , avec une autorité toute divine , la coupe empoisonnée des superstitions et des erreurs du paganisme.
Vous voulez, cher docteur, que je cite encore à l'appui de l'infaillibilité de l'Eglise des textes puisés dans les pères des quatre premiers siècles. Je
vous répéterai ici ce que je vous ai déjà dit en parlant de l'unité de l'Eglise chrétienne. Je ne puis m'attacher à des textes en particulier, qui se trouvent comme multipliés à l'infini dans les traités que Tertullien, saint Irénée, saint Çyprien, saint Augustin et tant d'autres ont écrits sur la matière qui nous occupe en ce moment. Pourquoi tous ces docteurs parlent-ils de l'unité de l'Eglise, sinon pour l'opposer aux diverses sectes qui voulaient de leur temps rivaliser avec l'Eglise catholique, dont elles méprisaient la doctrine, tantôt sur un point, tantôt sur un autre? Tous les efforts des saints pères , tendaient constamment , comme vous le verrez en lisant leurs écrits, à établir l'existence d'une seule société, établie par les apôtres, au nom du Christ., pour évangéliser dans tous les âges tous les peuples de la terre. Or, si cette société tire son origine du Christ lui-même, d'après les aveux des pères dont je parle, il est donc incontestable qu'elle doit être immortelle, bien différente qu'elle est de toutes les écoles philosophiques ou de toutes les sectes protestantes qui, ne reconnaissant pour leurs fondateurs que de simples mortels sujets ï\ errer, peuvent faire du bruit pendant un temps plus ou moins prolongé; après quoi, elles disparaissent de la surface de la terre. Si cette société, toujours d'après les pères, a seule le droit de se faire respecter et obéir, sous peine pour les re-
belles d'être condamnés à l'éternelle réprobation, il faut donc qu'elle proclame constamment la vérité, ou en d'autres termes, qu'elle soit infaillible, lorsqu'elle enseigne un dogme ou anathématise une nouveauté quelconque. C'est pourquoi saint Augustin, parce qu'il croyait à l'infaillible autorité de l'Eglise catholique, a prononcé ces solennelles paroles : « De même que Satan exerce son empire en dehors de l'Eglise, ainsi le Christ se trouve toujours dans l'Eglise : Extra Ecclesiam diabolus est. sicut in Ecclesiâ Chris tus ( serm. 68, de Verbis apost. ).
D'ailleurs, examinez avec attention quelle conduite l'Eglise catholique tenait à l'égard des premiers hérétiques, et vous verrez si elle-même ne se croyait pas infaillible dans toutes ses décisions.
Avant d'aller plus loin, je me sens porté à vous faire un argument ad hominem, pour parler le langage de la philosophie.
Vous admettez, cher docteur, que l'enseignement de l'Eglise était divin, que sa doctrine était sainte et pure pendant les quatre premiers siècles; donc, vous devez admettre qu'elle est infaillible, puisque, nous le verrons bientôt, elle repoussait de son sein, elle frappait de ses anathèmes tous ceux qui se révoltaient contre son divin enseignement, en vertu même du don de l'infaillibilité qu'elle s'attribuait, comme l'ayant reçu de son Dieu, à l'époque même dont je parle.
Voyez au contraire lout le vague qui se trouve dans les écrits de vos docteurs et dans les trenleneuf articles de votre église anglicane; impossible à vous d'établir jamais d'une manière absolue et définitive un seul point de doctrine. Quand je lis les livres de vos docteurs, je vois bien qu'ils cherchent à attaquer les sectes qui tourmentent et désolent votre église ; je les entends encore murmurer c onte ces sectes nombreuses les noms odieux de schisinatiques ou d'hérétiques ; mais, de bonne foi, docteur, quelle peut être la portée de ce langage? Outre qu'il renferme une flagrante inconséquence, n'est-il pas entièrement anéanti par les principes que je trouve développés dans les ouvrages de ces mêmes docteurs ; savoir que l'on peut se sauver dans toutes les sectes, pourvu que l'on ait soin d'interpréter la Bible de son mieux et selon sa propre capacité ? Ainsi donc je défie solennellement votre église anglicane d'oser jamais donner une seule décision dogmatique, qui devienne obligatoire pour la conscience. Quoi ! votre église donnerait une semblable décision. Non, elle ne sera jamais assez aveugle pour le faire ; une décision dogmatique ne serait-elle pas sa mort et son entière destruction? Peut-elle, cetle église séparée du centre de l'unité catholique, peut-elle trouver son existence ailleurs que dans un silence absolu , puisqu'elle ne rougit pas de publier à la face du
soleil, sans doute en toute humilité, qu'elle-même ne peut annoncer aucune vérité, parce qu'elle est sujette à Terreur ; et qu'ainsi elle engage tous les sujets de la Grande-Bretagne à se faire leur croyance à Faide de la Bible, qui seule, dit toujours l'église anglicane, contient la pure parole de Dieu?
Vous le savez mieux que moi, cher docteur, votre Eglise ne se regarde point comme infaillible et c'est pourquoi elle laisse croître et vivre toutes les sectes qui sont sorties de son sein, quelle que soit l'absurdité des principes qu'elles propagent. Je dois donc vous le dire, votre église est ici totalement en opposition avec l'Eglise des quatre premiers siècles ; car , sachez-le bien , il a nécessairement fallu que l'Eglise primitive , comme aujourd'hui et toujours, s'attribuât le don de l'infaillibilité, pour avoir anathématisé les hérésies naissantes, et retranché de son sein tous les sectaires opiniâtres. Avouez donc que notre Eglise catholique est l'Eglise même du Christ, puisque constamment et dans tous les siècles, elle a agi et parlé, lorsqu'il s'agissait des vérités révélées avec une puissance indépendante, avec une autorité souveraine et absolue.
Je suppose que l'Eglise s'est attribué le don d'être infaillible pendant les quatre premiers siècles ; mais cette proposition n'est-elle pas prouvée suffisamment par les faits déjà cités, touchant la con-
damnation des premiers hérétiques? Rappelez-vous en ce moment les anathémes lancés contre Valentin, Carpocrate, Marcion, etc.; contre Montan , Priscilla, Maxilla, Paul de Samosate, Arius surtout, etc., etc. Si l'Eglise avait eu les principes que vous suivez maintenant en Angleterre, aurait-elle jamais osé ouvrir la bouche pour condamner les hérétiques ? Plutôt n'eût-elle pas dit comme vôtre église anglicane à tous les novateurs : Examinez avec soin si notre doctrine est bien conforme à la sainte Ecriture ! Pour moi, je n'oserais point vous taxer d'erreur, puisque je ne suis jamais assuré d'avoir moi-même trouvé la vérité. Ayez donc bien soin de voir si vos nouvelles doctrines ne sont point condamnées par la Bible. . . Dérision qu'un tel langage ! Et pourtant ce langage convient à votre église anglicane , à l'égard des sectes qu'elle a engendrées ; il convient encore à toutes les sectes protestantes, l'une à l'égard de l'autre.
Voyez si l'Eglise primitive s'adressait de cette sorte aux divers novateurs qui annonçaient une doctrine opposée à la sienne. Plutôt , elle les condamnait tous avec une puissance absolue , et elle les vouait à l'anathème, tant qu'ils persévéraient dans leur coupable révolte. Or, en prononçant leur sentence, les pontifes de l'Eglise, en leur qualité de successeurs des apôtres, disaient à leur tour ce que ceux-ci ont dit dans le concile de Jérusalem :
a II a semblé bon à l'Esprit saint et à nous : Visum est Spiritui sancto et nobis. »
Voilà donc l'Eglise du Christ , telle qu'elle a été fondée par les apôtres: elle s'avance pleine de force, de majesté, de puissance, recueillant dans son sein tous ceux qui ont faim et soif de la vertu, surmontant toutes les persécutions qu'on lui suscite , émoussant le glaive des bourreaux, brisant, selon la parole du prophète, tous les petits de Babylone; je veux dire toutes les erreurs des schismatiques et des hérétiques contre lapierre dure de son infaillible autorité. Et pourquoi, dans l'Eglise, une si grande autorité pour promulguer sans cesse le dogme et la morale chrétienne? Sinon parce qu'elle peut dire en toute vérité : « Je puis tout en celui qui me fortifie ; je puis tout au nom du Dieu qui a dit aux premiers apôtres: allez, celui qui vous écoute m'écoute, celui qui vous méprise me méprise ; allez, voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. »
Etait-ce donc en vain que l'Eglise lançait des anathèmes contre les novateurs? Non certes, puisque saint Cyprien observe et reconnaît que les superbes et les contumaces, que l'Eglise privait de sa communion, étaient véritablement frappés à mort par le glaive spirituel. Je vous le demande, cher docteur , pour frapper les novateurs de mort spirituelle, les évoques ne devaient-ils pas se regarder
comme les successeurs légitimes des apôtres, et surtout se regarder comme investis du droit inaliénable de juger sans appel et avec la souveraine, Tinfaillible autorité de Dieu même? Aussi la foi à l'autorité absolue des évêques , en ce qui regarde les matières religieuses, était-elle si incontestée, si respectée dans la pratique, que tous les fidèles ne voulaient plus avoir de rapport avec les novateurs , dès que ceux-ci, frappés des foudres et des anathèmes de l'Eglise , ne voulaient point rétracter leurs erreurs; les fidèles rendant leur conduite toute conforme à ces paroles de la sainte Ecriture: « Celui, avait dit le Christ lui-même, celui qui n'écoute point FEglise , regardez-le comme un païen et un publicain. »
L'Eglise catholique et l'Eglise primitive ne sont donc qu'une seule et même Eglise. L'Eglise catholique, depuis dix-neuf siècles, ne cesse de conduire le troupeau fidèle dans les sentiers de la vérité et de la vertu, et pour ne point troubler la paix et l'harmonie qui doivent régner parmi ses enfants, elle excommunie, elle frappe avec un glaive spirituel tous ceux qui veulent corrompre son divin enseignement par des innovations dangereuses, et les laisse sous le poids de ses anathèmes, tant qu'ils refusent d'abjurer leurs erreurs, et qu'ils ne songent même pas à rentrer dans le bercail sacré par la voie de la pénitence.
Il est une vérité qui est admise dans l'Eglise catholique, et dont Ténoncé seul fait bondir d'horreur tous les membres de votre église anglicane, et toutes les sectes protestantes ; vous voyez que je veux parler du pape, en sa qualité de chef suprême de toutes les églises particulières qui sont disséminées dans les diverses contrées de la terre. Cette importante question , je me propose de la traiter dans un temps peu éloigné.
Adieu , cher docteur , j'ai l'honneur d'être votre dévoué serviteur.