LETTRE XII
20 avril 1841.
Mon cher docteur,
Je pense qu'un regard en arrière ne sera pas inutile pour vous convaincre toujours davantage de la divinité de l'Eglise romaine, la sainte épouse du Sauveur, et la maîtresse de toutes! es autres sociétés chrétiennes répandues sur divers points du globe . Vous le savez, le symbole de Constantinople veut que tous les fidèles croient à une Eglise sainte, catholique et apostolique ; c'est-à-dire , que Ton reconnaisse la vraie Eglise à son unité, à sa sainteté, à son apostolicité, à sa catholicité1. Or, n'est-il pas évident que l'Eglise romaine, à l'exclusion des
1 Je ne traite point en particulier la note de la sainteté de l'Église, parce qu'il me paraît évident que l'Église véritable, une fois reconnue par son unité, son apostolicité, sa catholicité, est digne de nos hommages et de notre soumission ; et aussi que cette fille du ciel n'est descendue sur la terre que pour procurer les moyens qui sont nécessaires à la sanctification et au salut des hommes.
autres églises, soit schismatiques, soit hérétiques, est une, puisqu'elle réunit tous ses enfants dans le même symbole, jusque-là qu'ils n'ont tous qu'un cœur et qu'une âme, pour parler le langage de la sainte Ecriture ; qu'elle est apostolique, puisqu'elle a été fondée par saint Pierre, établi par le Christ même , le chef et le prince des autres apôtres ; qu'elle est catholique, puisque nous trouvons l'Eglise romaine en possession du monde entier depuis bientôt deux mille ans. Toutes ces vérités qui appartiennent au dépôt de la foi, ont été établies dans les lettres précédentes à l'aide de plusieurs textes puisés dans la Bible et dans les écrits des premiers pères.
Aussi, est-ce en vertu de la puissance surnaturelle dont ils se reconnaissent revêtus par le divin Sauveur, que les évêques catholiques, le successeur de Pierre à leur tête, ont, de tout temps, dit anathème à tous les novateurs qui voulaient corrompre la saine doctrine, et pervertir les pieux fidèles. Leurs voix harmonieuses, la voix des successeurs des apôtres, ne forment-elles pas ces sublimes échos qui, de jour en jour, de génération en génération, de siècle en siècle, transmettent la pure parole de Dieu, aussi puissante, aussi nouvelle, aussi vivace que le jour où elle s'échappait des lèvres sacrées du divin maître ? Echos mystérieux qui, sortis des cieux, vont se répétant sur la
terre, pour donner un peu de vie et de consolation aux infortunés mortels, jusqu'à ce que, retentissant de nouveau dans l'éternité, ils puissent se confondre avec les chants immortels des élus triomphants dans la gloire.
Comme je n'ai point eu le temps de chercher dans la Bible ou dans les premiers pères les textes qui établissent les autres vérités catholiques que je me propose de vous développer encore, permettez-moi en ce moment, mon cher docteur, de vous dire quelques-unes des impressions que j'éprouve lorsque je réfléchis avec calme et attention sur l'établissement si miraculeux de l'Eglise au milieu du monde, et sur sa conservation plus miraculeuse peut-être à travers les âges, malgré les mille combats que livrent à la vérité les divers suppôts de l'enfer.
Vous le savez, Jésus-Christ, c'est l'Evangile qui nous le dit, n'est point venu apporter la paix, mais un glaive, mais la guerre, c'est-à-dire, qu'il n'a fondé son Eglise que pour détruire, en les attaquant sans relâche, tous les principes pernicieux de l'erreur et du vice.
De son côté, le prince des ténèbres, Satan a accepté dans son orgueil le défi du Christ ; lui aussi, il a osé écrire sur les drapeaux de ses légions : Guerre et destruction de l'Eglise catholique ; et naguère, son plus fidèle satellite ne criait-il pas à
la face du soleil : Écrasons l'infâme, guerre à l'infâme, guerre à la religion du Christ?
Vous savez sans doute qu'il n'y a rien à craindre pour l'Église, fût-elle assaillie par toutes les puissances de l'enfer et du monde réunies ensemble, son céleste fondateur ayant laissé échapper de son cœur ces admirables, ces lumineuses paroles : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle.
En vain donc Satan voudra détruire l'œuvre du Très-Haut, jamais il ne pourra réussir dans son infâme projet. Dès qu'une fois le soleil de la vérité chrétienne a brillé sur le monde des intelligences, il doit briller constamment dans son plein midi ; et ceux là seuls échapperont à la salutaire influence de ses rayons divins, qui plongeront leurs yeux dans la boue pour vivre dans un déplorable aveuglement spirituel ; ennemis qu'ils sont des sacrifices qu'il faut s'imposer dans la pratique du bien ; délectés qu'ils sont encore par les fétides exhalaisons d'un cœur corrompu, qui est dominé par les passions mauvaises.
C'est l'histoire à la main que je veux vous montrer quelques-uns des triomphes, que l'Eglise a remportés dans tous les temps, sur tous les satellites de l'enfer qui avaient juré haine à la vérité et à la justice,
La nation juive, dans sa généralité, persévère dans son aveuglement et dans son impénitence ; elle travaille même, non contente d'avoir élevé une croix pour le Christ sur les hauteurs du Golgotha, elle travaille, veux-je dire, à détruire la société des fidèles, qu'avait formée la prédication si efficace du prince des apôtres. L'Eternel verrat-il avec insouciance la conduite coupable de Jérusalem envers les disciples du divin crucifié? Non ; voyez si une page de sang ne se trouve point pour cette ville déicide dans les annales du monde. La famine, la guerre civile, le glaive du vainqueur n'ont-ils pas immolé dans Jérusalem onze cent mille victimes? et ceux de ses habitants qui ont pu échapper à la mort, n'ont-ils pas été vendus comme des bêtes de somme sur les marchés publics pour être disséminés dans les diverses contrées de la terre ? Nouveau Caïn, partout où il se trouve, le juif porte le poids accablant de la servitude, et n'offre plus à l'œil de l'observateur qu'un front déicide, qu'ont sillonné les foudres de la vengeance céleste.
Les païens entrent en foule dans l'Eglise catholique ; ce qui en fait foi surtout, ce sont les épitres du grand Paul adressées aux habitants de Rome, de Corinthe, d'Éphèse, de Macédoine, de Philippes, aux Colossiens, aux Thessaloniciens, aux Galates. Tous ces peuples, et d'autres encore, qui
vivaient dans Terreur et le désordre, furent éclairés dès lumières de l'Evangile, et appelés par la pratique des vertus chrétiennes à la possession du royaume céleste... Satan ne peut voir l'édifice de la religion s'élever sur les ruines de ses autels détruits et renversés. Il soulève donc la puissance si formidable de tout l'empire romain contre l'Eglise catholique. Admirez toujours la force de ces paroles : « Jamais les portes de l'enfer ne prévaudront contre l'Eglise. » Satan a beau faire, il a beau inonder les provinces et Rome même du sang des chrétiens ; ceux-ci triomphent et se multiplient toujours davantage à mesure qu'ils meurent en plus grand nombre pour rendre témoignage à leur foi. Certes, la fureur des tyrans est inouïe, elle est étrangement cruelle ; eh bien ! la patience des chrétiens pour tout endurer est encore mille fois plus incompréhensible ; et plutôt la hache des bourreaux sera émoussée à force de frapper ses victimes, que le courage de nos martyrs ne sera ébranlé à la vue de mille instruments divers qui leur promettent des supplices souvent si ignominieux, et toujours si cruels. Tertullien, qui vivait dans le temps des persécutions, n'a-t-il pas caractérisé la force invincible de l'Église, lorsqu'il a écrit ces mystérieuses paroles : « Le sang des martyrs a été constamment la semence de nouveaux chrétiens ! Sanguis martyrum semen christianorum. »
Quand le Seigneur eut prouvé à la terre que la conservation de l'Eglise était son ouvrage, que fitil? Il appela à la foi le grand Constantin, qui devint membre de l'Eglise catholique, et il lui fit arborer la croix au haut du Capitole, de même que nous voyons le drapeau des conquérants flotter sur les monuments élevés des villes subjuguées et conquises.
Ce n'était pourtant pas assez pour le Sauveur d'avoir environné la croix d'honneur et de gloire, d'avoir surtout conservé son Église au milieu du torrent de sang dans lequel elle était comme submergée par la fureur des bourreaux, la justice divine demandait encore que le peuple romain fût châtié comme il méritait de l'être. Ce peuple n'avait-il pas secondé l'enfer dans sa rage, en massacrant des justes, des agneaux, des innocents, j'appelle ainsi les enfants de l'Eglise? Or, voici comme l'Eternel a su châtier ceux qui s'étaient laissé conduire par une impiété stupide et féroce. L'empire romain est devenu la proie de plusieurs hordes barbares qui se partagèrent, après les avoir ravagées, ses provinces riches et nombreuses. Comme c'était principalement de Rome qu'étaient sortis tant d'édits sanglants qui avaient livré à la mort un si grand nombre d'innocentes victimes, c'a été cette ville maîtresse des nations, qu'ont saccagée et réduite en cendres des milliers de bar-
bares, suscités qu'ils étaient par la justice divine, pour détruire Rome, et pour châtier de grands coupables.
Satan est-il assez humilié? La honte de sa défaite le forcera-t-elle à se cacher au fond de l'abîme pour laisser l'Eglise achever sa course, à travers les âges, dans le repos et dans la paix? Non : impossible à Satan de ne point frémir de rage, tant qu'il entendra prononcer sur la terre des paroles de salut et de vie. Le génie du mal ne peut pas plus s'empêcher de persécuter l'Eglise catholique, que le soleil de répandre sur son passage, avec des flots de lumière, la clarté et la chaleur, la fertilité et l'abondance. Aussi, à défaut de persécutions sanglantes, suscitera-t-il constamment des novateurs qui s'efforceront de troubler, s'il se peut, l'union et la concorde, qui doivent exister parmi des frères.
Attention, cher docteur, aux desseins de la Providence, lorsqu'elle permet que l'Eglise soit éprouvée par l'audace des novateurs ! Il faut , dit saint Paul, qu'il y ait des hérésies et des divisions dans l'Eglise catholique, afin que l'on sache quels sont les enfants de la lumière et les cœurs véritablement vertueux. Le vent de l'hérésie ou du schisme, tout désastreux qu'il puisse être, a pourtant la vertu salutaire de purifier le sein de l'Eglise, parce qu'il éloigne tous les membres gangrenés, qui ne servent qu'à scandaliser les fidèles disciples, par leur
orgueil ou leurs mœurs dépravées : c'est comme la tempête qui purifie le vaste Océan, en poussant vers le rivage les cadavres qui auraient répandu dans ses profondeurs l'infection et la mort; ou le vent qui sépare et chasse la paille, qui se trouve mêlée avec le bon grain.
Pourquoi Dieu permet-il encore qu'il y ait des schismes et des hérésies, sinon pour que la vérité, qu'on attaque, brille d'un plus grand lustre et d'un plus vif éclat? Qu'arrive-t-il en effet lorsqu'un novateur ose opposer à l'enseignement catholique les inventions de son propre esprit ? Ce qui arrive î L'Eglise, je parle ici des conciles généraux, bien qu'il existe d'autres moyens de repousser les nouveautés dangereuses, l'Église, veux-je dire, réunit toutes ses forces pour rendre nulles les attaques de l'ennemi : elle assemble ses pontifes disséminés sur la surface du globe ; elle recueille les traditions des églises particulières ; et tout ce qui est reconnu pour être général et universel, elle le proclame comme l'objet de sa foi et comme faisant partie du précieux dépôt qu'elle a ordre de conserver jusqu'à la fin du monde.
En lisant l'histoire ecclésiastique, vous trouverez qu'elles sont innombrables les hérésies qui ont surgi pendant les premiers siècles, soit avant, soit pendant le temps de la persécution ; mais l'Eglise, en même temps qu'elle lassait par sa patience la
fureur des tyrans, repoussait par sa force souveraine toutes les paroles de mensonge que l'enfer avait vomies sur la terre. L'Egbse faisait tête à toutes ces hérésies, je cite ici M. de Chateaubriand {Etudes historiques) : « Sa lutte perpétuelle donne la raison de ces conciles, de ces synodes, de ces assemblées de tous noms et de toutes sortes que Ton remarque dès la naissance du christianisme. C'est une chose prodigieuse que l'infatigable activité de la communion chrétienne : occupée à se défendre contre les édits des empereurs et contre les supplices, elle était encore obligée de combattre ses enfants et ses ennemis domestiques. Il y allait, il est vrai, de l'existence même de la foi : si les hérésies n'avaient été continuellement retranchées du sein de l'Église par les canons, dénoncées et stigmatisées dans des écrits, les peuples n'auraient plus su de quelle religion ils étaient. Au milieu des sectes se propageant sans obstacles, se ramifiant à l'infini, le principe chrétien se fût épuisé dans ses dérivations nombreuses, comme un fleuve se perd dans la multitude de ses canaux. »
Vous paraît-elle, cher docteur, assez puissante, l'Eglise catholique qui, sous la conduite du successeur de Pierre, a détruit l'imperfection du culte mosaïque, a renversé les autels du démon, a fatigué la rage des empereurs-bourreaux, a fait taire les novateurs , et a été cimentée par le sang de
plusieurs millions de martyrs ! L'Eglise catholique, qui a vu naître tant de schismes et d'hérésies, pour les voir disparaître bientôt, renaître encore, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, sans que l'enfer ait pu réussir à ternir la gloire de cette sainte épouse du Christ, laquelle ne découvre j amais mieux sa céleste origine, ne marche jamais avec plus de majesté, ne remporte jamais de triomphes plus éclatants qu'à l'instant même où un plus grand nombre d'ennemis se rue contre son sein virginal avec une grande violence, acharnés qu'ils sont à vouloir tenter sa destruction et sa ruine... Ici se présente à ma mémoire l'arche de Noé ; celle-ci s'élevait constamment à mesure que les eaux se gonflaient pour couvrir le sommet des plus hautes montagnes ; ainsi, l'Eglise catholique , la véritable arche de salut pour tous les chrétiens, s'élève vers le ciel d'où elle tire sa puissance, à mesure que les flots de l'erreur s'accumulent et semblent la précipiter dans les abîmes. Oui, plus la persécution est violente, plus l'enfer vomit de ténèbres pour obscurcir la vérité, plus l'audace des novateurs est à son comble, plus aussi l'Eglise déploie d'énergie et de force ; et par toutes les victoires que lui fait remporter celui qui l'a fondée, elle semble dire à tous ses ennemis : En vain vous attaquez- vous à moi, dans l'espoir de me détruire ; sachez-le bien, je suis la pierre terrible
qui écrase ceux sur qui elle tombe, qui écrase encore tous ceux qui présument tomber sur elle.
Ces prodiges ne doivent point vous étonner, si vous vous souvenez des paroles que le Christ a prononcées par rapport aux destinées futures de son Eglise dans le monde. N'a-t-il pas dit à Simon, frère d'André : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâti-^ rai mon Église et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle ? » N'a-t-il pas dit encore aux apôtres, saint Pierre à leur tête : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles ? »
Il est pourtant des hommes qui disent toujours qu'on peut se sauver dans toutes les religions. De grâce, qu'on me dise de quelles religions l'on veut parler en ce moment ! est-ce de la religion juive ? quoi, il serait toujours loisible d'attendre le Messie, lorsque le Christ a établi sa divinité sur tant de miracles si publics et si éclatants ! Est-ce de la religion ou des religions païennes? Quoi, il y aurait des insensés qui demanderaient encore le bonheur et le salut aux divinités du paganisme, dont les noms seuls, pour la plupart, font monter le rouge sur les fronts chastes et pudiques!... Est-ce de la religion de Mahomet ? Mais les disciples du faux prophète, né en Arabie, que sont-ils, sinon un vil troupeau d'esclaves, vivant dans une profonde ignorance, dans un mortel abrutissement, dans une férocité
brutale, à l'égard des nations qui repoussent l'islamisme? Jusqu'ici je ne vois point quelle raison l'homme pourrait avoir de faire divorce avec l'Eglise catholique, afin de devenir, soit juif, soit païen, soit mahométan... Peut-être veut-on dire que le salut est possible, pourvu que l'on soit membre d'une secte protestante, n'importe laquelle ! C'est ici que j'en appelle à votre bonne foi et à votre conscience. Répondez avec franchise, cher docteur, qui faut-il écouter, lorsqu'il s'agit de religion ou du Christ, dont l'origine et la mission sont divines, ou des hommes, qui sont sujets à l'ignorance ou livrés à la tyrannie des mauvaises passions? Des hommes, qu'on appelle protestants, prétendent, sans le prouver, et même contre les notions du simple bon sens, qu'on peut se sauver dans toutes les sectes, quelles qu'elles soient. Au contraire, le Christ nous assure qu'il n'y a de salut possible qu'au sein de l'Église catholique, puisque c'est en parlant à Pierre et aux autres apôtres qu'il adressait ces paroles : « Celui qui croira à votre enseignement ou à celui de vos successeurs sera sauvé ; celui qui le rejettera sera condamné. » Je dis de plus que le Sauveur parlait également pour les successeurs des apôtres, toujours en vertu de ces paroles que j'ai citées plusieurs fois : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. »
Ainsi, l'Église catholique a reçu en dépôt les vérités révélées, pour les transmettre d'âge en âge, de contrée en contrée , aux nombreuses générations qui doivent se succéder les unes aux autres, dans les divers points de l'univers. Que fait l'hérétique ? DJaprès la force énergique de son nom, il veut choisir parmi les vérités chrétiennes, celles qui lui conviennent, s'arrogeant le droit inique de rejeter ce qui déplaît, soit à son sot orgueil, soit à ses passions coupables ; il choisit donc dans le dépôt de la foi, qui est confié à la garde et aux soins de FÉglise catholique , il choisit ce que bon lui semble, et puis de son autorité privée, il ose dire à la sainte épouse du Sauveur : « Désormais vous ne serez plus ma mère ; je veux vivre dans l'indépendance, en fondant une société nouvelle qui, je pense, vous survivra, ou du moins pourra vous remplacer dans le monde. » Il a dit cela, et bientôt il prêche, il dogmatise, il attire à sa suite tous ceux qui ont foi dans ses paroles de mensonge et d'indépendance. N'est-ce pas là en deux mots * l'histoire des schismes et des hérésies ? Or, que doit faire l'enfant de l'Église catholique? Doit-il même savoir quelle est la doctrine de ce novateur, de cet orgueilleux? Non, mais tous doivent lui dire : Vous êtes un imposteur ; il n'est pas permis d'élever autel contre autel ; je rejette ce que vous avancez, parce que l'Eglise a une doctrine sainte
qui est opposée à la vôtre. Si ensuite vous êtes assez audacieux pour dire que l'Église se trompe en enseignant telle ou telle doctrine, ne faites-vous point mentir le Christ lui-même, qui a déclaré en termes précis, que son Église serait indestructible et impérissable? ne donnez-vous pas un démenti formel à saint Paul, qui avance que l'Église est le fondement et la colonne inébranlable de la vérité ? De plus, s'il était vrai (chose impossible à penser), que TÉglise catholique pût jamais tomber dans Terreur, serait-ce à vous, faible et ignorant mortel, qu'il appartiendrait de rendre à la foi son premier éclat, en séparant l'or pur de la vérité de tout alliage d'opinions fausses et erronées ? Si c'est là votre présomption, opérez des prodiges qui prouvent que le ciel vous envoie pour réformer l'œuvre même du Christ ; mais quoi ! des prodiges sont-ils possibles pour prouver que l'Église catholique a cessé d'être l'épouse du Sauveur, la gardienne de la vérité ? Non , rien au monde ne saurait nous détacher du sein de cette tendre mère, puisque le grand apôtre nous prévient que si un ange du ciel venait annoncer un Evangile qui fût contraire à la doctrine qu'annonce l'Église, il faudrait anathématiser cet ange lui-même , toujours en vertu du don d'infaillibilité, que le Christ a donné à ses apôtres, pour être transmis nécessairement à leurs successeurs, puisqu'il dit à Pierre seul : « Tu
es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle ; » et à tous ses envoyés réunis ensemble : « Allez, annoncez ma doctrine à toute la terre ; et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des âges. »
Comprenez-vous, cher docteur, ce qui fait la force de notre sainte Église catholique, apostolique, romaine? L'Eglise catholique est forte, parce qu'elle est assurée d'enseigner aux hommes, dans tous les temps, la pure parole de Dieu; elle est sainte parce que sa doctrine n'est point la sienne précisément, mais la doctrine que le Christ même annonça à la terre, de la part de son Père céleste; elle est infaillible dans son enseignement, parce que le Sauveur, outre qu'il ne fait rien d'imparfait, n'a pu laisser la raison humaine s'arroger le droit insensé de réformer ou de perfectionner TEglise chrétienne, l'œuvre du Très-Haut par excellence.
Je ne sais si le tableau des combats et des triomphes de l'Église fera quelque impression salutaire dans votre esprit et dans votre cœur : pour moi, je vous avoue que je crois voir bien clairement la main divine dans la conduite de l'Eglise, alors que je contemple, à l'aide de l'histoire, cette Église toujours attaquée et toujours triomphante , toujours humiliée et toujours rayonnante de gloire,
souvent paraissant sur le point de périr, et toujours développant le principe d'immortalité, qui est déposé dans son sein, continuant à faire de nouvelles conquêtes, à s'étendre de jour en jour au milieu des nations infidèles, jusqu'à ce qu'elle parvienne enfin, selon les paroles de l'Évangile, à ne faire de tous les peuples, qu'une seule famille de frères qui auront pour étendard la croix de leur Sauveur, pour code les saints Évangiles, pour chef suprême l'évêque de Rome, qui est le successeur de saint Pierre, et à qui doivent l'obéissance tous les évêques fidèles, placés dans l'Église par le Saint-Esprit pour travailler dans la même unité de doctrine, au salut des âmes.
Puisque le temps qui détruit tout, ne peut rien contre l'Église catholique ; qu'au contraire celle-ci ne fait que s'étendre et se dilater de jour en jour, se montrant constamment la digne épouse du Christ par ses bienfaits et par sa puissance , force donc est d'avouer qu'il n'est donné à personne de présager jamais la chute et la destruction de l'Église. Le monde aura un jour son agonie, sa fin ; mais l'Église catholique, jamais. Il est vrai, elle quittera le lieu de l'exil au dernier jour, mais ce sera pour entrer en triomphe dans la céleste patrie où elle sera couronnée reine, en sa qualité d'épouse du Christ, et chantera à jamais l'hymne de l'éternité...
Tenez, voici quelques paroles qui expliquent les principales vérités du symbole des apôtres. A Nazareth on lit ces mots : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous ; » à Bethléem, ceuxci : « Ici est né le Sauveur du monde ; » sur la pierre du saint sépulcre, près du Calvaire , ces autres : « Il n'est plus ici, il est ressuscité ; » enfin, vous trouverez tracées en lettres d'or, sur la coupole de Saint-Pierre de Rome, ces immortelles paroles : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle. » Considérez avec soin ces quatre textes qui se trouvent gravés en divers lieux de la Judée, et sur le chef-d'œuvre de Michel- Ange, et reconnaissez une bonne fois que ces paroles, extraites de l'Évangile, nous rappellent les deux grands objets de notre foi, qui renferment tout le christianisme, je veux dire, et le Sauveur qui est né d'une vierge, qui est mort pour nos péchés, qui est ressuscité pour notre justification et l'Église catholique, à qui ce divin Sauveur a donné pour chef suprême l'évêque de Rome, assis qu'il est sur le siège apostolique de Saint-Pierre, prince de tous les apôtres.
Je termine cette lettre en vous priant d'agréer les sentiments de respect, avec lesquels jJai l'honneur d'être, etc..