‹ Divinité du catholicismeChapitre 17 sur 27 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

30 avril 1841, Mon cher docteur,

Vous pouvez maintenant savoir le chemin qu'il faut suivre pour parvenir à la connaissance certaine des vérités révélées. Puisque l'Eglise catholique a reçu le dépôt précieux de la foi, pour le conserver entier et intact tous les jours jusqu'à la fin du monde, elle seule, l'Eglise, peut donc vous dire quels sont les objets de notre croyance, quelles sont les vertus qu'il est nécessaire de pratiquer, quels sont les moyens surnaturels que le Christ nous a donnés pour nous assurer la possession du bonheur parfait dans un monde meilleur que celui où nous sommes pour quelques jours seulement. Si vous voulez que je précise davantage ma pensée, je vous dirai que les enfants de Dieu sont ceux qui se soumettent à l'enseignement des souverains pontifes, successeurs de Pierre et héritiers des prérogatives de ce prince des apôtres ; les souverains pontifes étant établis comme il a été

démontré ailleurs, les témoins immortels de la foi catholique, les gardiens incorruptibles de la révélation, les docteurs infaillibles de la vérité, le centre de l'unité et les chefs de tout l'épiscopat.

Je ne vous parlerai point des principaux mystères chrétiens ; vous croyez 1 comme nous , je pense, qu' il y a un Dieu en trois personnes, également saintes et parfaites ; que le fils de l'Eternel s'est fait homme, qu'il a eu une vierge pour mère, qu'il est mort sur une croix pour notre salut, qu'il a détruit la puissance de la mort en ressuscitant

i Le mot que j'emploie ici me paraît impropre, puisque les protestants ne sauraient avoir une foi incontestable, absolue ; avec le droit qu'ils ont de rejeter demain ce qu'ils admettent aujourd'hui, ils peuvent dire tout au plus : Nous pensons qu'il faut admettre telles ou telles vérités... Voyez encore si les protestants attachent un grand prix aux dogmes les plus importants. « Un missionnaire anglican, me disait à moi-même un docteur pendant mon séjour à Oxford, engageait la société de Londres, qui se charge d'imprimer les livres de la réforme, à retrancher du symbole de Constantinople (pourtant admis par l'église anglicane) les paroles suivantes : Dominum et vivificanlem, qui ex pâtre filioque procedit , lesquelles, comme l'on sait, expriment la foi en la divinité du Saint-Esprit; sans quoi, disait le missionnaire, il lui serait impossible d'attirer à sa croyance aucuns membres de l'église grecque, séparée de l'Église romaine. » Il est donc évident que les vérités révélées sont livrées à la merci de chaque individu, parmi les protestants ; et encore que ceux-ci se soucient fort peu de mettre en pièces les symboles les plus sacrés, pourvu qu'ils fassent des prosélytes, toujours plus opposés à l'enseignement infaillible de la sainte Église catholique, apostolique, romaine.

glorieusement; qu'il a fait son entrée triomphante dans les cieux, d'où il reviendra, à la fin des temps, pour juger les vivants et les morts.

Dans les lettres que j'ai l'intention de vous adresser encore, je vous parlerai du sacrifice de la messe et des sept sacrements, du purgatoire et de l'invocation des saints, parce que, sur ces divers articles de la foi, votre église anglicane s'est laissé entraîner par Thomas Cranmer dans les fatales erreurs d'un Luther et d'un Calvin.

Il est bien digne de remarque que Luther n'osait point d'abord abolir la messe : ce qui l'empêchait de le faire, c'était, avoue-t-il (capt. de Babyl.), que la doctrine et l'usage de la messe sont appuyés sur l'autorité des saints pères et de tout le monde. Plus tard, imposant silence et à sa raison et àsa conscience, il renversa les autels, parce que Satan, lui-même le dit encore, lui avait appris dans une horrible vision, qu'il ferait beaucoup de peine aux papistes, en détruisant ce qu'ils vénéraient singulièrement et par dessus tout dans leur religion.

Vous le savez, docteur, vos ancêtres, conduits par l'indigne Cranmer, ont fait comme le patriarche de la prétendue réforme., ils ont renversé les autels, anéanti le sacrifice redoutable de la messe, que leur avait donné avec le catholicisme, dont il est la base, leur admirable apôtre, le saint moine Augustin. Pour moi, si j'avais été Anglais et que

j'eusse vécu au teinps de la réfornie, je serais resfé catholique, j'aurais dit : « L'enfer pousse Luther à détruire la messe ; donc, je conserverai cet auguste sacrifice ; car Satan n'attaque que l'œuvre de pieu ; il ne cherche qu'à détruire ce qui vient du ciel et qui peut sanctifier Jes âmes. Voilà un argument, bien facile à faire, qui est à la portée des intelligences les plus communes : il ne laisse point cependant d'avoir une certaine force, je pense.

Dans cette lettre, je vajs faire ce que j'ai cputume de faire avec vous ; je me propose de vous montrer, à l'aide de la Bible et des premiers pères, qu'il faut admettre nécessairement avec l'Église catholique l'auguste, l'adorable sacrifice de nos autels que nous appelons la messe.

Selon renseignement catholique, la messe est le sacrifice de la loi nouvelle, par lequel l'Église offre à Dieu, par les mains des prêtres, le corps et le sang de Jésus-Christ, sous les espèces du pain et du vin. Ainsi, cette doctrine suppose la présence réelle du Sauveur dans l'eucharistie et la transsubstantiation, dont je parlerai, je crois, dans une autre lettre que je vous adresserai sous peu. En ce moment, arrêtons-nous aux preuves qui sont en faveur de la réalité du sacrifice chrétien.

Lisez d'abord, cher docteur, cette étonnante prophétie de Malachie, qui vivait plus de quatre cents ans avant le Sauveur : « Mon affection n'est point

en vous, dit (aux Juifs) le Seigneur des armées, et je ne recevrai point des présents de votre main; car, depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, mon nom est grand parmi les nations, et Ton me sacrifie en tout lieu et Ton offre à mon nom une oblation toute pure, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées. » (Malach., chap. 1.)

Pesez chaque mot de cette prophétie, et dites si vous n'y trouverez pas le sacrifice de la messe, tel qu'il est offert dans l'Église catholique. La messe est un véritable sacrifice, et le prophète dit que Ton sacrifiera au Seigneur ; la messe est célébrée dans toutes les contrées, puisque les catholiques se trouvent partout , et le prophète dit que Ton offrira un sacrifice dans tous les lieux de la terre ; la victime que Ton immole sur nos autels est pure et sans tâche, puisque Jésus-Christ lui-même est le prêtre qui immole, et en même temps l'auguste victime qui est immolée ; et le prophète a dit aussi que Yoblation qui devait remplacer les sacrifices judaïques, serait sainte et entièrement pure.

Votre église anglicane et les autres sectes protestantes sont donc en opposition avec la Bible, puisqu'elles n'offrent aucun sacrifice à la divinité. Ne dites pas que la prière est un sacrifice propre^ment dit ; car votre interprétation deviendrait tout à fait insignifiante, pour ne point employer de ter-

mes trop forts ; puisque le sacrifice dont parle Malachie , doit remplacer les autres sacrifices : or, vous savez que les juifs, aussi bien que les protestants, continuent à offrir à Dieu leurs prières. Donc, c'est toujours la conclusion qu'il faut tirer, FEcriture-Sainte n'est vraiment bien comprise, bien suivie, bien interprétée que par l'Église catholique.

Quant à l'interprétation que je viens de donner des paroles de Malachie, en faveur du sacrifice de nos autels , je puis encore alléguer l'autorité des premiers pères de l'Église.

Saint Irénée interprétant l'endroit que j'ai cité plus haut, dit : « Le Christ enseigna la nouvelle oblation du Nouveau-Testament, que l'Eglise recevant des apôtres, offre par tout le monde à Dieu. Ce que Malachie entre les douze prophètes, a signifié dès longtemps d'avance (liv. 4, chap. 32). Aussi, les centuriateurs protestants de Magdebourg disent-ils dans le quatrième chapitre de leur seconde centurie : Il faut avouer qu'Irénée a parlé d'une manière bien incommode de la cène, quand il a dit que notre Seigneur avait enseigné à offrir une nouvelle oblation que l'Église, après l'avoir reçue des apôtres, offre par tout le monde, et qu'il a interprété en ce sens le prophète Malachie. »

Saint Justin, dans son dialogue contre Tryphon, soutient aussi que Malachie a parlé des sacrifices que nous offrons en tout lieu, savoir , du pain et

de la coupe de l'Eucharistie ; il dit ailleurs que Dieu a pour agréables, tous ceux qui lui offrent aii nom du Christ , les sacrifices que le Christ luimême leur a donnés à faire , et qui sont offerts par les chrétiens , dans toutes les contrées de la terre. »

Voilà donc la Bible et les premiers pères qui l'interprètent, favorables au sacrifice de la messe. Or, j'ai beau chercher chez vous, cher docteur, une victime quelconque, et surtout une victime pure et sans tache ; je ne trouve rien. Un anglican dans sa chambre, sanctifie le dimanche, aussi bien qiie Ceux qui se réunisserit dans le temple, sous la conduite de leurs ministres, puisqu'ici comme ailleurs, il n'est offert aucun sacrifice réel ^ et qu'il suffit à tout anglican, de lire quelques psaumes, de réciter pour la reine et pour le parlement, quelques prières qui se trouvent dans le livre qu'a composé Thomas Cranmer, pour que le dimanche soit bien sanctifié, et que toute justice soit faite envers soi-même^ envers la société, envers la divinité surtout... D'où je conclus que le prophète Malachie, n'a point su lire comme il faut dans l'avenir, puisqu'il parle d'un sacrifice réel et véritable, comme devant avoir lieu à la naissance du Messie ; sacrifice qui n'existe point cependant sous la loi nouvelle, soutenez-vous d'après vos principes protestants. Pour nous, enfants soumis de l'E-

glise catholique, nous nous gardons bien de donner un démenti aussi formel à un prophète inspiré, qui parlait au nom du Seigneur. Nous reconnaissons et nous croyons d'une foi inébranlable qu'il existe un véritable sacrifice , une oblation bien agréable à Dieu , laquelle renouvelle d'une manière tout ineffable, toute mystique, le sanglant sacrifice offert une fois sur l'autel de là croix; Jésus-Christ, prêtre et victime en même temps, voulant continuer par son Église à rendre à son père des honneurs et des adorations infinis, à sauver nos âmes par son sang, et à tout pacifier, selon la parole de saint Paul, soit sur la terre, soit dans le ciel.

Avouez donc que le catholicisme seul sait interpréter les paroles de la sainte Ecriture, et que cette prophétie de Malachie trouve son plein, son parfait accomplissement par le sacrifice de nos autels, qui est offert à la gloire du Très-Haut dans tous les pays connus : sacrifice de propitiation et de paix, qui a remplacé, après les avoir abolis* tous les sacrifices si défectueux de la loi mosaïque, et qui fait interrompre, partout où la foi pénètre, les horribles sacrifices des idolâtres qui immolent sodvent leurs semblables. Donc la messe n'a point été inventée par les hommes... Inventée par les hommes ! Pourriez-voiis bien me dire comment les hommes auraient pu s'y prendre pour imaginer

l'immolation sainte et pacifique de leur Dieu?

Mais passons à d'autres témoignages.

David, divinement inspiré, en parlant au Messie, prononce ces paroles : « Vous êtes prêtre pour toujours selon Tordre de Melchisédech » (ps. 109). Deux choses sont ici à remarquer; il faut que Jésus-Christ offre sans cesse des sacrifices, puisqu'il est prêtre, et qu'il les offre comme Melchisédech avec du pain et du vin. Or ces paroles de David n'ont aucun sens parmi les membres de l'église anglicane et les autres sectes protestantes, puisque vous n'offrez plus aucun sacrifice dans vos temples. Au contraire, elles trouvent encore, comme celle de Malachie, leur entier accomplissement dans l'Eglise catholique ; le Christ est toujours prêtre, puisqu'il continue à s'immoler par le sacrifice de la messe; il est prêtre selon l'ordre de Melchisédech, puisqu'il emploie, à l'exemple du roi de Salem, le pain et le vin comme matière de son sacrifice. Saint Cyprien enseigne que le mystère du sacrifice du Seigneur a été figuré dans le prêtre Melchisédech, selon qu'il est dit dans la sainte Ecriture : Vous êtes prêtre, etc.. ; car, dit-il, qui a été plus prêtre que Notre Seigneur Jésus-Christ, qui offrit à Dieu son père un sacrifice, et qui lui offrit le même sacrifice qu'avait offert Melchisédech, c'est-à-dire du pain et du vin, savoir, son corps et son sang (Epist. lib. 2, c. 3) ?

Je viens de vous citer en faveur de la messe l'ancien Testament, je puis encore appuyer sur le nouveau la même vérité.

Après avoir soupe avec ses apôtres, la veille de sa mort, en instituant le sacrement de l'Eucharistie, Jésus-Christ offrit un vrai sacrifice : et ceci vous paraîtra évident, si vous examinez avec attention toutes les circonstances essentielles qui accompagnèrent l'acte suprême du Sauveur se disposant à s'immoler sur l'autel de la croix. Le Sauveur ayant pris du pain, le bénit, le rompit, en disant : Prenez et mangez , car ceci est mon corps, qui est livré pour vous ; puis il prit une coupe remplie de vin ; il la bénit aussi et la présenta à ses apôtres, en disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, qui est répandu (d'après le grec), pour la rémission des péchés. Le Christ s'immole en cet endroit à la majesté de son père; et voilà pourquoi il adresse au ciel sa prière avant d'offrir son sacrifice, et chante, après l'avoir offert, avec ses apôtres, un hymne d'action de grâces ; il s'immole pour la rémission des péchés, selon la nature du sacrifice qui doit sanctifier les âmes, en même temps qu'il satisfait à la justice éternelle pour les iniquités de la terre ; il donne à manger son corps et à boire son sang, suivant la coutume constamment observée de faire manger aux assistants la chair des victimes qui étaient

immolées en sacrifice ; enfin il établit sa religion sur le sacrifice qui est de l'essence du culte, lorsqu'il consacre prêtres ses propres apôtres, à qui il dit : « Faites ceci en mémoire de moi ; » comme s'il leur disait : Je vous charge de répéter Faction que je viens de faire ; et comme mes souffrances, dont je viens de vous donner une image sensible, doivent faire votre force et votre gloire, vous penserez à ma mort, toutes les fois que vous offrirez le même sacrifice que j'ai offert moi-même : Hoc facite in meam commcmorationem.

« Tel est, dit Bossuet, le sacrifice des chrétiens, infiniment différent de celui qui se pratiquait dans la loi ; sacrifice spirituel et digne de la nouvelle alliance, où la victime présente n'est aperçue que par la foi , où le glaive est la parole qui sépare mystiquement le corps et le sang, où ce sang par conséquent, n'est répandu qu'en mystère, et où la mort n'intervient que par représentation ; sacrifice néanmoins très-véritable, en ce que Jésus-Christ y est véritablement contenu et présenté à Dieu sous cette figure de mort ; mais sacrifice de commémoration, qui, bien loin de nous détacher, comme on nous l'objecte, du sacrifice de la croix, nous y attache par toutes ses circonstances ; puisque nonseulement il s'y rapporte tout entier, mais qu'en effet il n'est et ne subsiste que par ce rapport, et qu'il en tire toute sa vertu. »

Saint Grégoire de Nysse (or. I. de Resur.) reconnaît que le Christ a offert un véritable sacrifice, en instituant la sainte Eucharistie. Notre-Seigneur, dit-il, prévenant l'agression des Juifs par un genre secret de sacrifice, qui ne se pouvait voir par les hommes, s'offrit en qualité de victime, étant lui-même le prêtre et l'agneau. Vous me demanderez quand cela eut lieu ! Lorsqu'il donna son corps à manger, et son sang à boire à ses disciples.

Saint Irénée, déjà cité un peu plus haut, ne ditil pas aussi que le Christ donnant conseil à ses disciples d'offrir à Dieu les prémices de ses créatures, non qu'il en eût besoin ; mais afin qu'ils ne fussent point ingrats, prit le pain, qui est créature, et rendit grâces, disant : « Ceci est mon corps, et le calice semblablement, qui est une créature terrestre, il le confessa son sang, et enseigna la nouvelle oblalion du Nouveau-Testament, que l'Eglise recevant des apôtres, offre par tout le monde à Dieu qui nous nourrit et qui nous fait vivre. »

Saint Paul dit aux Corinthiens : « Fuyez l'idolâtrie..., le calice de bénédiction que nous bénissons, n'est-il pas la communion du sang de Jésus- Christ? Et le pain que nous rompons, n'est-il pas la communion du corps du Seigneur?... Considérez Israël selon la chair : ceux qui mangent de la victime ne participent-ils pas à l'autel? Est-ce donc

que je veuille dire que ce qui a été immolé aux idoles, ait quelque vertu, ou que l'idole soit quelque chose? Non, mais je dis que ce que les païens immolent, ils l'immolent au démon, et non pas à Dieu. Or, je ne veux point que vous ayez aucune société avec les démons. Vous ne pouvez pas boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons. Vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur et à la table des démons. »

Réfléchissez, je vous prie, cher docteur, sur ce texte, et vous reconnaîtrez aisément que le grand apôtre enseigne aux fidèles de Corinthe que, quand ils participent à la table du Sauveur, par la réception de la sainte Eucharistie, ils font, dans la religion du Christ, afin d'honorer le créateur du ciel et delà terre, une chose semblable à celle que faisaient les Israélites, dans la religion de Moïse, lesquels, selon les rits prescrits par la loi, mangeaient de la chair des victimes offertes dans le tabernacle ou dans le temple à la gloire du Tout-Puissant; ou même semblable à celle que faisaient les idolâtres, alors quau sein de Terreur, et après avoir rendu au démon un culte criminel, ils mangeaient des viandes immolées à leurs idoles. Or, n'est-il pas certain que les idolâtres quand ils mangeaient ces viandes, et que les Israélites quand ils mangeaient de la chair offerte au vrai Dieu, participaient les uns et les autres à des sacrifices ? Donc,

DU CATHOLICISME. i*4l

d'après saint Paul, les Corinthiens en recevant la chair. du Sauveur dans l'Eucharistie, participaient également à un véritable, à un réel sacrifice. Donc encore, il y a un vrai sacrifice qui est offert pour la gloire de Dieu, et pour le salut des fidèles dans l'Eglise catholique, fondée par les apôtres.

Saint Paul expose la même doctrine dans son épître aux Hébreux. « Nous avons, dit-il, un autel, dont les ministres du tabernacle n'ont point pouvoir de manger. » Théodoret, interprétant ce passage, n'a-t-il pas dit que cet autel que nous avons dans le Nouveau-Testament, est beaucoup plus excellent que celui qu'on avait dans l'ancien? « Sur les autels de l'Ancien-Testament, on offrait des victimes privées de raison, mais sur l'autel dont parle saint Paul, nous offrons une hostie raisonnable et divine. » Je pourrais citer plusieurs saints pères qui parlent, comme Théodoret, sur ce passage du grand apôtre ; mais qu'est-il besoin de témoignages, lorsqu'il suffit d'en appeler au simple bon sens? Car, pourquoi un autel, sinon pour y offrir un sacrifice ? et à quoi servirait d'avoir un autel, s'il n'y avait point de sacrifice à offrir dans la loi nouvelle ? Nous avons un autel , donc nous avons aussi un sacrifice : et quel est cet autel, sinon celui où se consacre la sainte Eucharistie. Il faut donc rejeter la parole de l'apôtre, ou reconnaître que, quand nous participons à la table du Sei-

gneur, nous participons à un sacrifice ; donc toujours la messe est le vrai sacrifice que l'Église doit constamment offrir à la gloire de l'Eternel.

Donc encore, les catholiques ne craignent point de considérer les textes de la sainte Ecriture ; au contraire, ils les regardent en face sans aucune crainte, je dirai même avec une grande confiance, puisque toujours la Bible est favorable à nos doctrines catholiques, lorsqu'elle est interprétée par la bonne foi, et dans le sens le plus simple, le plus précis, le plus naturel.

En expliquant les textes de Malachie et de David, je vous ai cité quelques saints pères des premiers siècles, qui enseignent également que la messe est un véritable sacrifice transmis par les apôtres à l'Eglise chrétienne, pour être offert dans toutes les contrées de la terre. Si les citations n'étaient point superflues, après tout ce que je viens de dire, je pourrais invoquer bien d'autres saints pères en confirmation de la même doctrine, qui est l'objet de cette lettre; je pense que vous trouverez leurs témoignages dans le lieu où je parlerai plus expressément encore, de la transsubstantiation et de la présence réelle du Sauveur, dans le sacrement de l'Eucharistie.

Avant de terminer cette lettre, je désire vous citer quelques paroles de saint Justin, qui vous apprendront quelle était la vie des premiers enfants

de l'Eglise catholique, et avec quel empressement surtout, et pour quel but ils assistaient à l'auguste, à l'adorable sacrifice de nos autels. « On nous accuse, dit-il dans sa première Apologie, on nous accuse de troubler la tranquillité de l'État, et cependant, un des principaux dogmes de notre foi, est que rien n'est caché aux yeux de Dieu, et qu'il nous jugera sévèrement un jour, sur nos bonnes et sur nos mauvaises actions ; mais, ô puissant empereur ! les peines même que vous avez décernées contre nous, ne font que nous affermir dans notre culte, puisque toutes ces persécutions nous ont été prédites par notre maître, fils du souverain Dieu, père et Seigneur de l'univers...

« Le jour du soleil (le saint dimanche), tous ceux qui demeurent à la ville et à la campagne, s'assemblent en un lieu commun. On lit les saintes Écritures ; un ancien (un prêtre) exhorte ensuite le peuple à imiter de si beaux exemples. On se lève, on prie de nouveau ; on présente l'eau, le pain et le vin; le prélat fait Faction de grâces, l'assistance répond amen. On distribue une partie des choses consacrées, et les diacres portent le reste aux absents. On fait une quête; les riches donnent ce qu'ils veulent. Le prélat garde ces aumônes pour en assister les veuves, les orphelins, les malades, les prisonniers, les pauvres, les étrangers. . . Si nous nous réunissons le jour du soleil, c'est que Dieu

fit le monde ce jour-là, et que son fils ressuscita à pareil jour, pour confirmer à ses disciples, la doctrine que nous vous avons exposée. »

L'apologie de Justin, remarque M. de Chateaubriand, était bien faite pour surprendre la terre. Il venait de révéler un âge d'or au milieu de la corruption, de découvrir un peuple nouveau dans les souterrains d'un antique empire. Ces mœurs durent paraître d'autant plus belles, qu'elles n'étaient point comme aux premiers jours du monde, en harmonie avec la nature et les lois, et qu'elles formaient, au contraire, un contraste frappant avec le reste de la société. Ce qui rend surtout la vie de ces fidèles plus intéressante que la vie de ces hommes parfaits chantés par la fable, c'est que ceux-ci sont représentés heureux, et que les autres se montrent à nous à travers les charmes du malheur1. Ce n'est point sous le feuillage des bois et au bord des fontaines, que la vertu paraît avec le plus de puissance; il faut la voir à l'ombre des murs, des prisons et parmi des flots de sang et de larmes. Combien la religion est divine, lorsqu'au fond d'un souterrain, dans le silence et la nuit des

1 Ces réfl exions ont encore leur juste application à l'égard de nos frères d'Angleterre, restés fidèles à la foi catholique et au culte de leurs pieux ancêtres, en dépit des mille persécutions qu'ils ont eu à essuyer jusqu'à ce jour de la part d'une église schismatique et hérétique (l'église anglicane), établie par un tyran couronné, et propagée par un pontife sacrilège.

tombeaux, un pasteur que le péril environne, célèbre à la lueur d'une lampe, devant un petit troupeau de fidèles, les mystères d'un Dieu persécuté ! »

Quand vous aurez examiné avec soin les autorités que je viens d'invoquer en faveur du sacrifice de la messe, pourrez-vous, cher docteur, ne pas ouvrir les yeux sur la manière anti-catholique, avec laquelle vous sanctifiez en Angleterre le saint jour du dimanche ? Qu' ai-je vu dans vos réunions religieuses ! tout l'opposé précisément de ce qui se passait dans la primitive Eglise. Il n'y a plus d'autels, sur lesquels l'on puisse offrir de sacrifice ; Cranmer les a tous renversés, pour introduire chez vous la coupable réforme de Martin Luther. Saint Justin dit que le dimanche, les fidèles présentaient le pain et le vin, et que l'évêque les offrait à Dieu en action de grâces. Pour moi, je n'ai vu rien de semblable au milieu de vous; seulement j'ai aperçu des paroissiens qui se réunissaient autour d'une tribune, du haut de laquelle un ministre récitait des psaumes d'une voix un peu triste, mélancolique, monotone. Qu'avez-vous donc fait de la religion chrétienne, dont l'essence consiste dans l'auguste sacrifice de nos autels? Est-ce une religion que vous avez conservée, après avoir repoussé le catholicisme? Les Juifs, par l'ordre de Dieu, les païens eux-mêmes, bien qu'ils eussent un

culte faux, offraient pourtant des sacrifices. A qui comparerai-je donc les membres de votre église, sinon aux sectateurs de Mahomet, qui n'offrent comme vous aucun sacrifice, contents qu'ils sont de prier un Dieu qu'ils ne connaissent que bien imparfaitement; car, pour connaître Dieu autant qu'il se peut dans ce lieu d'exil, il faut connaître Jésus-Christ qui nous a révélé les mystères les plus inaccessibles à la raison humaine, et s'attacher encore à l'Eglise catholique, qui seule peut nous enseigner avec la souveraine autorité d'un Dieu, les importantes vérités de la foi.

J'avais la pensée de vous donner, en forme de digression, quelques notions sur l'identité de la liturgie de l'Eglise romaine, suivie dans l'Eglise catholique, avec la liturgie de l'Église primitive, par rapport à la célébration de la messe. Mais comme cette grande question nous mènerait trop loin, et n'entre point directement dans mon plan, je préfère vous indiquer les auteurs qui ont traité à fond cet intéressant article. Voyez la perpétuité de la foi (quat. et cinq, vol.) ; le Brun, sur les cérémonies de la messe; saint Cyrille de Jérusalem (cinq. cath. mystag.); toutes les liturgies de saint Basile, de saint Chrysostôme, des Nestoriens, des Jacobites des Syriens, des Cophtes, celle attribuée aux apôtres, celle dite mozarabique. — Ces ouvrages, je pense, se trouvent dans la belle bibliothèque de

votre université d'Oxford. — En parcourant les ouvrages que je vous indique ici, vous serez convaincu que toutes ces liturgies sont conformes à la messe romaine, telle qu'elle se célèbre encore aujourd'hui dans l'univers catholique, et que toutes, elles contiennent clairement et formellement 3 la doctrine de la transsubstantiation et de la présence réelle, dont je parlerai plus tard.

Adieu, cher docteur; je prie le ciel, pour que vous retourniez à la foi de vos pieux ancêtres qui vivaient avant la prétendue réforme : si vous aviez le bonheur de redevenir catholique romain , vous sauriez quelles grâces l'on reçoit au pied de l'autel , alors qu'on adore le divin Sauveur qui continue à s'immoler pour nous rendre participants des mérites infinis de sa douloureuse passion.

Recevez l'expression du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être , etc.

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