‹ Divinité du catholicismeChapitre 25 sur 27 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

29 mai 1841.

Mon cher docteur ,

Jusqu'ici je me suis attaché spécialement à éclaircir les points les plus essentiels de la doctrine chrétienne , sans avoir précisément voulu réfuter les erreurs qui leur sont opposées. Si les quelques considérations que je vous ai faites en faveur du catholicisme ont servi à diminuer vos préjugés religieux, et surtout à vous montrer que votre église anglicane dénature le plus souvent nos croyances pour s'autoriser , pense-t-elle , à les repousser comme fausses et absurdes, pourquoi ne vous déclareriez-vous pas pour la cause sacrée de la vérité? pourquoi ne deviendriez-vous pas membre de notre Eglise, qui seule conserve toutes les traditions des premiers apôtres ?

Que peut-on jamais gagner à rejeter la vérité, lorsqu'elle brille aux yeux de l'intelligence dans toute sa force et son éclat? Y a-t-il de la gloire à braver le Très-Haut, et à s'éloigner de son Dieu ?

et le soleil de la foi en sera-t-il moins lumineux, parce que l'homme dédaigne de le contempler en face, ou le dérobe à sa vue par les épaisses ténèbres de Terreur?

Peut-être serait-il utile de montrer la liaison et Fenchaînement des diverses questions religieuses qui ont été traitées dans mes lettres précédentes ; mais, outre que j'abandonne ce soin à la sagacité et à la pénétration de votre esprit, je préfère, en terminant ma correspondance religieuse avec vous, vous donner enfin quelques notions générales sur les vérités fondamentales de la foi catholique. Je regrette pourtant de ne pouvoir mettre à mes tableaux la dernière main, forcé que je suis de peindre à grands traits , afin de ne point outrepasser les limites qu'il faut respecter dans une simple lettre.

Je trouve , docteur 9 que trois paroles , toutes substantielles, sont descendues du ciel sur la terre pour créer et féconder le monde moral : Dieu, le Christ, l'Eglise. Le symbole des apôtres, que certains individus affectent d'ignorer, que répète-t-il lui-même? sinon ces paroles : Dieu, le Christ, l'Église !

A ces paroles saintes l'enfer oppose trois autres mots, hideux comme la mort, et uniquement propres, comme d'impétueux torrents, à tout ravager et détruire, là où ils sont accueillis avec bien-

veillance. Les voici ces épouvantables mots : Athéisme, déisme, hérésie !

En vain le ciel fera d'éclatants prodiges pour attester l'existence de Dieu, établir la divinité du Sauveur , montrer la sainte origine de l'Église catholique : impossible à l'enfer de s'avouer jamais vaincu ; plutôt il travaillera sans cesse à dominer la terre, ici ou là, tantôt par une erreur, tantôt par une autre erreur; et, lorsque la guerre ne sera plus possible , parce que le fils de l'homme aura procuré à ses élus le repos et la paix dans la céleste patrie, alors Satan échangera des paroles d'impiété contre des paroles de colère et de désespoir. Haine, répètera-t-jl à jamais, haine au Tout-Puissant qui nous a foudroyés; haine à son fils qui nous a vaincus ; haine aux bienheureux qui occupent nos trônes dans le ciel!...

Dieu ! Ce nom se trouve dans toutes les bouches et se répète de mille manières diverses dans toutes les parties de ce vaste univers. Il est encore à trouver le peuple qui a fait de l'athéisme un dogme national. On peut bien se tromper — le paganisme le prouve — sur les sublimes perfections du Très- Haut ; mais sur son existence , jamais. Il est un Dieu ; les herbes de la vallée (dit M. de Chateaubriand) et les cèdres de la montagne le bénissent, l'insecte bourdonne ses louanges, l'oiseau le chante dans le feuillage, la foudre fait éclater sa

puissance et l'Océan déclare son immensité... »

Dieu ! remontez le fleuve des âges , et vous trouverez ce nom présider à la naissance des sociétés, protéger leur berceau, développer les principes d'une civilisation plus ou moins parfaite, et même recevoir leur dernier soupir. Les peuples païens, en rentrant dans la tombe, ont rendu témoignage à l'existence de la divinité. Les dieux s'en vont : voilà le cri de détresse qui a signalé l'agonie de ces peuples.

Dieu ! Ce nom ineffable peut-il jamais s'effacer de la mémoire et de l'âme des infortunés enfants d'Adam? Il console les affligés, il fortifie les faibles, il essuie les larmes des pauvres, il relève une âme abattue par la tristesse, il verse sur les plaies du cœur le baume des rafraîchissantes consolations. Quand l'insensé a dit dans son cœur : Il n'y a point de Dieu, il disait plus vrai qu'il ne pensait peut-être. Non, Dieu n'habite plus dans le cœur de l'homme qui est rebelle à sa loi sainte, ou, s'il y habite, ce ne peut être, comme en enfer, que pour y répandre d'affreux tourments. L'athéisme prétendu du pécheur n'est donc qu'un remède impuissant auquel celui-ci a recours, afin d'apaiser, s'il se peut, la violence de ses cuisants remords.

Dieu î Ce nom n'est-il pas écrit à la voûte du firmament? Les cieux, dit le roi prophète, publient la gloire de Dieu, et le firmament publie sa puis-

sance, qui éclate dans les ouvrages de ses mains. Quel autre que Dieu a pu créer les étoiles qui saisissent d'étonnement celui qui les contemple, à raison de leur multitude, de leur éloignement de la terre et des lois qui les régissent? quel autre que Dieu a pu dire au soleil : Viens et sois le flambeau du jour ; et à la lune : Viens et sois le flambeau de la nuit ? Newton a bien pu étudier les lois qui concernent les globes célestes, les propriétés de ces globes, leurs révolutions, etc. ; mais le simple habitant des campagnes n'est-il pas heureux à la vue du firmament? Dès qu'il a levé les yeux vers le ciel, il revient calme et tranquille prendre son repos sous le chaume, fortifié qu'il est par la pensée que là, dans le ciel, se trouve un père bienfaisant qui va s'occuper du soin de féconder des sillons que cet infortuné a arrosés de ses sueurs, et de faire germer le grain de froment qu'il a caché dans les entrailles de la terre.

Jésus-Christ! que d'autres étudient les prophéties qui l'annoncent en mille manières aux hommes bien longtemps avant son existence; qu'ils étudient sa divine morale, ses mystères sublimes, sa vie irréprochable et sa mort toute divine, je suis loin de blâmer ce travail. Pour moi, j'aime à me rappeler sans cesse trois grands faits, bien éclatants, bien publics, qui proclament hautement la divinité du fds de Marie : je veux parler de Fêta-

blissement du christianisme dans le monde, de sa conservation à travers les âges, et de la, dispersion du peuple juif dans toutes les contrées de la terre.

J'ai beau lire dans les annales des nations la fondation des empires, je ne trouve rien que Ton puisse jamais comparer à ce qui a été entrepris et exécuté par les apôtres. Douze pauvres ignorants, douze misérables villageois! Voilà des héros bien supérieurs aux Solon, aux Lycurgue, aux Numa, etc.. Les législateurs de la terre ont fait de grandes choses sans doute; mais les législateurs du ciel (donnez-leur un autre nom, si vous pouvez) ont fait des prodiges au-dessus de tous les prodiges. Ces divins pêcheurs d'hommes ont jeté leurs filets dans la mer orageuse du monde, et ils ont attiré à leur doctrine les puissants, les savants, les philosophes. En vérité, les peuples auraient dû leur élever des autels, et les adorer comme des divinités tutélaires; mais non; les apôtres n'avaient qu'un but qui dominait toute «leur vie, celui de renverser les autels du paganisme, de détruire le culte rendu aux démons, afin d'attirer ensuite tous les cœurs à l'adoration de leur maître, né pauvre dans une crèche à Bethléem, et mort comme uU criminel d'une mort infamante sur les hauteurs du Golgotha.

Que la croix du Sauveur ait été adorée dans

l'univers, quelques années seulement après la publication de l'Evangile par les apôtres ; voilà un fait bien miraculeux, et pourtant authentique et incontestable, puisque saint Paul le mentionne dans ses immortelles épîtres ; mais que cette croix demeure ferme et inébranlable, malgré tant d'efforts sans cesse renouvelés pour la renverser et la détruire ; voilà ce qui est tout à fait incompréhensible, inexplicable, à moins qu'on n'attribue ce nouveau prodige à l'intervention continue de la divinité elle-même.

Quand la croix fut présentée par les apôtres, elle eut trois ennemis puissants à combattre, l'enfer, le cœur humain et l'empire romain. Mais le Christ s'est peu soucié des vains efforts de ses nombreux ennemis. L'enfer a été vaincu; et l'homme a compris que la croix devenait pour son cœur une source divine d'inépuisables consolations et d'éternelles espérances. Pour l'empire roumain, n'a-t-il pas été balayé de la surface de la terre par le souffle de la colère divine, quand Je Tout-Puissant trouva bon de donner la paix aux enfants du Christ et d'environner de l'éclat de la gloire l'instrument d'ignominie, qui avait servi à sauver les hommes i !

La dispersion du peuple juif. Sans doute, l'on

1 Sur la chute de l'empire romain, l'on peut revoir ce quia été dit plus haut dans la douzième lettre.

peut être surpris de voir ce peuple conserver son existence propre, sans jamais se mêler ni se confondre avec les autres peuples, parmi lesquels il se trouve; mais ce qui me frappe bien plus encore, c'est l'état de dégradation, dans lequel il est placé, depuis que la ville de Jérusalem a été détruite, et que son temple est devenu la proie des flammes. Quand la justice humaine veut punir un coupable, elle le condamne à être exposé aux regards des passants pour quelques instants seulement; après quoi, elle l'enferme dans un cachot.

Pour le grand criminel dont je parle, pour le peuple juif, qui dira quelle est à son égard la puissance de la colère divine? Je trouve que son exposition est sans terme; il est là, attaché au pilori de l'opprobre, et cela à la face du monde entier.

Voilà dix-neuf siècles que les législateurs se fatiguent à s'occuper de ce peuple, afin de lui donner entrée dans la grande famille des nations ; et c'est toujours en vain. Quelque chose d'invisible le repousse des avantages accordés au titre de membres de la même patrie. Je ne sais ce que l'on éprouve à la vue d'un juif : est-ce la pitié, est-ce le mépris? C'est plutôt l'un et l'autre en même temps. D'un côté, l'on voudrait moins de malheur, moins de honte ; et de l'autre, l'on frémit d'indignation, lorsque Ton voit un rebelle marcher la tête haute,

portant sur un front endurci cette horrible parole que comprennent même les petits enfants : déicide !...

Le christianisme a été donné à la terre par des ignorants et des pauvres ; donc il vient de Dieu, auteur de toute science véritable et de tout don parfait. La croix a été constamment livrée au mépris et à Tinsulte ; et pourtant elle ne cesse de se tenir ferme et inébranlable ; donc elle a son point d'appui dans le ciel. Le peuple juif a une existence qu'il est impossible de comprendre ; donc il faut reconnaître que Dieu a dit à ce peuple, comme autrefois au premier fratricide : « Tu seras errant et vagabond sur la terre; je te marquerai d'un signe, afin que personne n'ose attenter à ton existence; tu vivras donc, mais tu vivras méprisé, parce que tu as couvert d'opprobre mon fils unique, en qui j'ai mis toutes mes complaisances. »

Quant à l'Eglise catholique peut-elle être l'épouse du Christ sans être en même temps la fille chérie de l'Eternel ? Dites si les victoires que la croix a remportées depuis deux mille ans bientôt, ne sont pas aussi les victoires de l'Église catholique ! La croix fait toute la force de l'Église , comme à son tour TÉglise n'a d'action dans le monde que pour y faire adorer la croix de son Dieu. Voyez TÉglise à sa naissance; elle sort du cénacle le jour de la Pentecôte ; et sous la conduite du Saint-Esprit, elle

prétend régner, au nom delà vérité et de la vertu, sur les intelligences et les cœurs des hommes, dans tous les pays et dans tous les âges. Il faut bien que ce dessein hardi lui ait été inspiré d'en haut, puisque nous apercevons l'Eglise étendre sur des peuples nouveaux sa divine et salutaire influence, malgré la fureur de l'enfer qui voudrait bien l'empêcher, s'il était possible, de s'agrandir et de se dilater de jour en jour. Ce qui me montre la force de l'Eglise catholique, c'est qu'elle soit dominée par deux pensées qui ne la quittent jamais : l'une de conserver intact le dépôt de la foi, tel qu'elle l'a reçu des apôtres; l'autre par conséquent de repousser toute nouveauté profane, qui est nécessairement opposée à la pure parole de Dieu.

Que l'Église ait conservé la foi des envoyés du Christ, c'est un fait public, incontestable, qui se trouve prouvé pour vous, cher docteur, dans les lettres que je vous ai adressées précédemment. Que l'Eglise ne ménage aucune puissance qui ose s'élever contre son enseignement divin, c'est un fait certain qui se renouvelle depuis deux mille ans bientôt, sans que l'erreur, foudroyée et anathématisée par les successeurs des apôtres, le souverain pontife à leur tète, puisse jamais régner sur des hommes abusés pendant un long espace de temps. Une erreur apparaît-elle? vite, l'Eglise sépare de son sein, les novateurs ; et ceux - ci , abandonnés à eux-

mêmes, languissent et disparaissent bientôt ; semblables sont-ils à la branche, qui, séparée de la vigne, devient un bois sec et stérile que Ton jette au feu; semblables encore au ruisseau qui, détaché de sa source féconde, se dessèche à l'ardeur du soleil, et disparaît sans retour dans le sein de la terre.

Vous voulez très -certainement , docteur, procurer à votre esprit le repos et le calme. Eh bien ! pour que votre esprit soit tranquille, il faut que vous viviez à Fombre tutélaire des grandes vérités fondamentales qui se trouvent enseignées dans le symbole des apôtres ; répétez donc dans les sentiments de loi, de reconnaissance et d'amour, les trois paroles sublimes qui font la vie et les délices de la terre ; dites et répétez encore avec l'univers chrétien: Un Dieu, le Sauveur Jésus, l'Eglise catholique ! A son tour, le cœur n'est-il pas heureux et content, lorsque l'esprit est calme et tranquille?

Un athée (un athée véritable a-t-il jamais existé ?) un athée peut-il être positivement assuré que le hasard seul existe , que le hasard a tout créé, tout arrangé dans l'univers ? Et puis , est-il heureux cet homme qui , après avoir rejeté l'être nécessaire, n'attend que des maux sans remède en ce monde, comme il n'aperçoit encore dans l'avenir qu'une nuit éternelle, dans la tombe, que le néant? 11 n'y a que le délire de la passion, selon le prophète, qui ait pu faire dire à l'homme qu'il n'y

avait point de Dieu : Dixit insipiens in corde swo,

non est Deus.

Le déiste n'est pas heureux non plus, parce qu'il n'a de la divinité qu'une notion vague, incomplète et partant insuffisante. Sans doute l'homme qui réfléchit ne saurait se tenir longtemps sur le terrain mouvant de l'athéisme ; de plus, son âme, qui est créée à l'image et à la ressemblance de la divinité, ne cherche-t-elle pas son repos et son bonheur en celui qui est son centre naturel, son principe et sa fin dernière ? Or qui donne la connaissance de Dieu pleine et parfaite, si ce n'est le Sauveur du monde ? et le déiste qui repousse la divine mission du Christ, à qui donc s'adresserat-il pour savoir quelle est la nature du Tout-Puissant, quelles sont ses perfections , quelles sont encore les destinées de l'homme dans ce lieu d'exil, et le sort qui l'attend dans le siècle à venir? Les temps qui ont précédé la naissance du Fils de l'homme , sont là pour attester l'abîme des profondes ténèbres dans lequel se précipitent tous ceux qui ne suivent que leur faible raison , après avoir rejeté les révélations du ciel ; et si le peuple juif a eu des notions exactes sur Dieu et sur l'homme, c'est que ce peuple croyait à la future mission du Rédempteur, et à la sainteté des lois que Moïse avait reçues de l'Éternel sur le mont Sinaï.

L'hérétique, et pour préciser ici ma pensée, le

protestant qui est l'hérétique par excellence, peutil être content et heureux? Un protestant qui raisonne d'après les principes de sa secte, que peul-il faire, sinon tomber dans le doute et Fincertitude ? Or, dira-t-on jamais qu'il y a bonheur à ne posséder aucune vérité d'une manière absolue et certaine ? qu'il y a repos et tranquillité à errer sans cesse sur la mer orageuse d'opinions sans cesse renaissantes, poussé vers le rivage par une vague, repoussé en pleine mer par une vague plus violente que la première, et ainsi sans lin, et sans l'espoir d'arriver jamais au port du salut, si impatiemment désiré ? Pour moi, je trouve ces paroles écrites sur le front du protestant : « Je suis un Dieu sans vérité, sans vertu1, sans bonheur! »

Le catholique seul est heureux, ou du moins infiniment moins malheureux que tous ceux qui insultent peut-être à la simplicité de sa foi. Et en ce moment, j'appelle catholique, non pas seulement celui qui n'en a que le nom, mais surtout celui qui, croyant les vérités révélées dans l'Evangile, telles que les enseigne l'Eglise elle-même, s'efforce de les pratiquer de son mieux avec le secours d'en haut. Son esprit est en repos, parce que sa foi est inébranlable. Appuyé sur la parole infaillible du

1 Si l'on me montre un protestant vertueux, je dirai que cet homme est meilleur que ses principes, et que son cœur est moins absurde que sa tête.

Christ, que l'Eglise lui rappelle sans cesse, le catholique a une croyance à jamais invariable ; et semblable à un dur rocher, qui ne bouge point au milieu des vagues courroucées de l'Océan, il est en paix, tandis qu'il voit mille erreurs, discordantes, tourmenter des peuples inquiets et agités, tyrannisés sont-ils par un esprit de révolte et d'indépendance. Son cœur sans doute n'est point à l'abri des orages, — c'est ici le temps de l'épreuve et du combat, — mais au moins, il trouve de la force pour repousser les assauts de l'ennemi dans les saintes pratiques de la religion. Par une fervente prière, il attire, dans son âme, la rosée rafraîchissante de la grâce, et s'il fait l'humble aveu des fautes qui ont échappé à sa faiblesse naturelle, c'est pour rendre témoin de sa profonde douleur le ministre de l'Eglise qui est chargé de lier ou de délier les consciences coupables, et aussi, pour s'encourager à mener désormais une vie plus parfaite et plus conforme à l'esprit de la religion. Qui dira encore quel est le bonheur du pieux catholique, qui vient de recevoir son Dieu dans l'adorable sacrement de l'Eucharistie ! Alors , après la sainte communion , n'éprouve-t-il pas un avantgoût de la céleste patrie? n'a-t-il pas avec le Dieu, qui repose sur son cœur, de mystérieux, de ravissants colloques que la langue d'un mortel ne saurait traduire dans l'idiome delà terre?

C'est surtout aux approches de la mort, qu'un catholique se trouve heureux d'avoir conservé la foi des apôtres, et travaillé à la grande affaire de son salut. Alors, il répète dans les vifs transports de l'espérance : Je crois la vie éternelle ; alors il lui semble voir le ciel s'ouvrir et lui montrer, dans sa gloire, le Dieu qu'il a adoré dans la crèche, sur la croix et dans la sainte Eucharistie. Pour le protestant qui ne saurait avoir une foi positive et invariable, sur quel fondement solide peut-il appuyer l'édifice de ses immortelles espérances ? Le doute a dirigé ses pas dans la carrière de la vie, et le doute l'accompagnera jusqu'à la tombe. Puisqu'il ne sait pas, la Bible à la main, ni ce qu'il doit croire, ni ce qu'il doit pratiquer , comment connaîtrait-il mieux le sort que lui réserve le juge suprême, sur ces rivages inconnus dont on ne revient jamais?

Catholiques qui faites la gloire de votre mère, la sainte Eglise ; et vous aussi, qui êtes son poids et sa douleur, venez tous ensemble, vous dirai-je avec un illustre écrivain, venez voir le plus beau spectacle que puisse présenter la terre, venez voir mourir le fidèle. Cet homme n'est plus l'homme du monde, il n'appartient plus à son pays ; toutes ses relations avec la société cessent. Pour lui le calcul par le temps finit, et il ne date plus que de la grande ère de l'éternité. Un prêtre assis à son chevet le console ; ce ministre saint s'entretient avec

l'agonisant, de l'immortalité de son âme, et la scène sublime que l'antiquité entière n'a présentée qu'une seule fois dans le premier de ses philosophes mourant, cette scène se renouvelle chaque jour sur l'humble grabat du dernier des chrétiens qui expire.

« Enfin, le moment suprême est arrivé ; un sacrement a ouvert à ce juste les portes du monde, un sacrement va les clore ; la religion le balança dans le berceau de la vie, ses beaux chants et sa main maternelle, l'endormiront encore dans le berceau de la mort. Elle prépare le baptême de cette seconde naissance ; mais ce n'est plus l'eau qu'elle choisit, c'est l'huile, emblème de l'incorruptibilité céleste. Le sacrement libérateur rompt peu à peu les attaches du fidèle ; son âme à moitié échappée de son corps, devient presque visible sur son visage. Déjà il entend les concerts des séraphins ; déjà il est prêt à s'envoler vers les régions où l'invite cette espérance divine, fille de la vertu et de la mort. Cependant l'ange de la paix, descendant vers ce juste, touche de son sceptre d'or ses yeux fatigués, et les ferme délicieusement à la lumière. Il meurt, et l'on n'a point entendu son dernier soupir ; il meurt, et longtemps après qu'il n'est plus, ses amis font silence autour de sa couche, car ils croient qu'il sommeille encore, tant ce chrétien a passé avec douceur ! »

J'ai l'ait, cher docteur, tout ce qui était en mon pouvoir, afin de vous ramener à l'antique loi catholique, qui faisait les délices de vos vieux ancêtres, jusqu'au temps où une affreuse tempête a été suscitée contre la sainte Église, par l'infâme Henri VIII. Vous avez vu que je n'ai cherché à vous convaincre de la vérité de nos doctrines, qu'en invoquant des autorités que vous respectez vousmême, celles de la sainte Ecriture et des pères des quatre premiers siècles... Si, contre mon attente, vous persévérez à suivre la voie pernicieuse tracée par le schisme et l'hérésie, je n'aurai plus qu'une arme à employer contre vous, ou plutôt en votre faveur : j'adresserai au ciel mes faibles prières, pour qu'il fasse tomber (Je vos yeux, comme il arriva au grand Paul, ces écailles funestes qui vous empêchent d'apercevoir les flots de lumière divine, que l'astre du catholicisme verse sur tant d'intelligences, dans toutes les contrées de la terre. Si au contraire, je suis assez heureux pour vous voir abjurant les doctrines anglo-protestantes, rentrer dans le sein de la véritable Eglise, je ferai encore monter l'encens de ma prière vers le trône de la divine miséricorde : Je bénirai l'auteur de tout don parfait, de ce qu'il aura bien voulu se servir de ce qui est faible et inconnu, afin de confondre un homme fort et puissant, plein de science, et environné de considération aux yeux de ses concitoyens. . .

Adieu, cher docteur, continuez à me mettre au nombre de vos vrais amis qui vous souhaitent les plus solides biens , et recevez mes sincères sentiments de respect, d'estime et d'affection, avec lesquels j'ai Thonneur d'être, etc..

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