LETTRE V
18 mars 1841 on cher docteur,
Je vous ai parlé dernièrement de la sainte autorité des apôtres. En fixant vos regards sur la fondation même de l'Eglise, dont ils sont les chefs, qu'avez-vous aperçu, sinon une œuvre surhumaine et incompréhensible pour la sagesse des plus sages de la terre? Et, afin que le monde renonce à la sotte prétention d'avoir aidé à la construction de l'édifice de la religion, le Sauveur va prendre ses apôtres parmi les simples, les ignorants, les pauvres.
Saint Jean, dans son Apocalypse, se complaît à nous montrer cette merveilleuse origine de l'Eglise, que ne soutient ni la sagesse ni la puissance des hommes. Après avoir parlé, dans son style figuré, de la cité de Dieu, qui est l'Église, et nous avoir montré ses dimensions diverses, il dit que les murs de cette cité ont douze fondements, et que sur ces douze fondements sont écrits les noms
DIVINITÉ DU CATHOLICISME. Tt
des douze apôtres : en style plus simple, il veut dire que l'Eglise aura éternellement la doctrine que les apôtres ont anoncée à la terre, toujours d'après ce que le Sauveur avait dit à ses envoyés : « Allez, instruisez les nations ; et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. L'autorité des apôtres est l'autorité même de Dieu, disons-nous ; donc elle est immortelle, indestructible, impérissable; et le ciel et la terre passeront avant que cette autorité ait cessé d'être toujours vivante, toujours sainte, toujours puissante, dans la personne de leurs légitimes successeurs... Croyez ces vérités ou rejetez-les ; à vous, sur ce point, liberté pleine, entière, absolue. Seulement voyez si l'homme peut s'arroger le droit de détruire ou de dénaturer l'œuvre d'un Dieu ! Et, si une épouvantable sentence n'attend pas tous ceux qui auront dit au divin Sauveur : « Votre parole nous contrarie, votre système religieux ne cadre point avec notre manière de voir; laissez-nous donc croire et pratiquer ce que nous croyons raisonnable et utile , d'après les lumières de notre raison individuelle, et les inspirations de notre propre cœur. »
Dans ce moment, je désire vous parler des saintes Ecritures, et vous dire quelle est la raison de leur existence, quelle est leur autorité. Puisque j'ai l'honneur de m'adresser à un docteur, je ne
ferai point de longues phrases pour vous faire connaître quelle a été l'origine du Nouveau Testament. Vous savez que c'est un besoin du cœur humain de communiquer à un plus grand nombre d'hommes possibles ce qu'il ressent, ce qu'il éprouve lui-même ; comme aussi l'on se sent porté à prémunir contre le poison de l'erreur tous ceux que l'on a éclairés du radieux flambeau des vérités saintes et divines. Aussi, voyons-nous que saint Mathieu, avant d'aller annoncer la foi dans la Perse ou chez les Parthes, selon le sentiment commun, a voulu laisser par écrit un recueil des principales actions du Sauveur, et cela pour l'édification des Juifs qui avaient embrassé le christianisme. Saint Marc et saint Luc, l'un disciple de saint Pierre , l'autre disciple du grand Paul , ont aussi écrit leur Évangile, afin de livrer à la pieuse méditation des premiers chrétiens quelques traits de la belle vie du Sauveur et quelques maximes de sa céleste doctrine. Le but de saint Jean, en composant son Evangile a été surtout de rappeler les plus grands , les plus éclatants miracles du Sauveur, pour les opposer comme une digue puissante au torrent d'erreurs qui voulait renverser le christianisme à sa naissance, c'est-à-dire pour réfuter les assertions sataniques des Cérinthe et des Ebion, précurseurs sacrilèges de l'infâme Arius. Dans les Actes des apôtres, ouvrage écrit
par saint Luc, vous trouverez l'origine de l'Eglise, les mœurs si pures des premiers fidèles, plusieurs miracles opérés par les apôtres, et surtout la prédication et les succès de l'immortel saint Paul, dont la conversion est si miraculeuse, et l'apostolat plus miraculeux encore ; dont la vie sainte et édifiante, dont la mort, soufferte avec joie pour la cause de la vérité, ont contribué, chacune à sa manière, aux progrès de l'Evangile. C'est en lisant le livre des Actes des apôtres et les écrits du grand apôtre, que saint Chrysostôme fait le plus bel éloge que l'on puisse jamais faire d'un simple mortel, lorsqu'il dit que le cœur de Paul était le cœur même du Christ. — Cor Pauli erat cor Christi. — Et pourquoi le grand apôtre, à son tour, nous a-t-il laissé des Epîtres aussi sublimes, aussi célestes ? sinon pour mieux graver quelques-unes de ses prédications dans l'esprit et le cœur d'un plus grand nombre de fidèles ; pour s'opposer aux maux qu'engendrent les scandales, les schismes, les hérésies , qui , de son temps , commençaient déjà à désoler le champ du père de famille. Quant aux autres apôtres , qui ont adressé aux fidèles quelques épîtres, ils ne l'ont fait également que pour nourrir dans les cœurs les sentiments d'une piété sincère et généreuse envers Notre-Seigneur Jésus- Christ , et pour mettre leurs disciples à l'abri de toutes les séductions d'un monde profane, plus