‹ Divinité du catholicismeChapitre 9 sur 27 · LETTRE VI · texte numérisé non relu

LETTRE VI

22 mars 1841 Mon cher docteur,

Il y a quelques jours, je vous ai parlé de nos saintes Ecritures; je vous ai dit la raison de leur existence , les preuves de leur authenticité et de leur sainteté, leur autorité encore pour faire croire les divers événements dont elles attestent la miraculeuse existence. Cependant, je vous le répète, toute discussion sur des matières religieuses deviendrait à jamais impossible entre vous et moi, si, mettant de côté l'autorité infaillible de l'Eglise , la méprisant même comme font les protestants, nous disions en principe que les Ecritures suffisent pour Je salut ' ; que les Ecritures, toutes muettes et silencieuses qu'elles sont de leur nature , doivent

1 Je livre à la réflexion des lecteurs le fait suivant, qui se trouve dans un auteur anglais : « Depuis longtemps il existe en Silésie une secte protestante, la secte des Swenkfeldiens, laquelle prétend prouver par la sainte Écriture que la Bible elle-même n'est point nécessaire au salut. » Ross's viewof religions. Sect. 8, quest. 12.

être livrées à l'interprétation de toutes les sectes , je ne dis pas assez, à l'interprétation de chaque raison individuelle : ce principe protestant, qui anéantit toute foi et toute morale, est pourtant renfermé dans les trente-neuf articles de votre Eglise anglicane.

Pour nous, nous disons : L'Eglise a reconnu l que quelques évangélistes et quelques apôtres avaient donné aux fidèles un abrégé de la vie et de la doctrine du Sauveur, avec des avis salutaires pour les prémunir, et contre le venin de Terreur, et contre les inspirations d'un cœur corrompu, et contre les scandales d'an monde mauvais... Parce que l'Eglise nous a laissé des livres saints et vénérables, qui font partie de l'objet de son enseignement, allons -nous, à l'exemple des sectes Protestantes , des anglicans , des bwenites , des quakers, etc., nous servir des livres du nouveau testament comme d'une arme meurtrière pour percer le cœur maternel de l'Eglise catholique ? Non, bien loin de là ; mais nous, lisons ces livres sacrés dans les vifs sentiments de notre reconnaissance et de notre amour ; et nous y puisons les motifs de l'obéissance et de la soumission que mérite la sainte autorité de l'Eglise, qui est gravée en plusieurs

1 N'oubliez jamais ces paroles de saint Augustin : « Je ne croirais pas aux saintes Écritures, si je n'y étais porté par V autorité de l'Église catholique. »

endroits de ces livres en caractères ineffaçables. Ainsi, plus l'Eglise s'est empressée de nous accorder de nouvelles faveurs, plus elle s'est rendue digne des sentiments de notre éternelle gratitude ; plus elle s'est occupée du salut de ses enfants , plus elle a eu droit aux beaux titres qu'elle porte, d'épouse et de représentante du Christ sur la terre...

Maintenant, je me propose de vous parler de l'autorité que nous devons accorder aux écrits des saints docteurs. Nous avons vu que les saintes Écritures méritent notre respect le plus profond , parce qu'elles sont l'œuvre même de l'Esprit saint , et qu'elles ne contiennent que la doctrine même du Sauveur, telle que l'enseigne à la terre l'Eglise catholique; de même les saints docteurs, que l'on appelle encore les SS. pères, sans doute parce qu'ils conduisent les fidèles, leurs enfants dans la foi, dans le droit sentier de la vérité et de la vertu, les saints docteurs , veux-je dire , à l'exemple des écrivains inspirés , n'ont écrit leurs pages si éloquentes que pour terrasser les diverses hérésies qui de temps à autre attaquent les vérités chrétiennes, pour déraciner de jour en jour les principes de désordre qui se trouvent cachés dans le cœur de tous les enfants d'Adam, pour porter enfin les âmes généreuses à la pratique des plus sublimes vertus, par la magnificence des gloires indicibles

qui attendent les vainqueurs dans la céleste patrie. Puisque, d'après l'Evangile etlesépîtres du grand apôtre , il faut qu'il y ait en ce monde des scandales et de la paille mêlée avec le bon grain , des schismes et des divisions , des hérésies et des erreurs, ne faut-il pas aussi que le Christ , qui veut sauver les hommes de bonne volonté, ôte les obsta- * clés qui s'opposent au triomphe de la vérité et de la vertu ? par conséquent qu'il suscite au sein de son Eglise, des intelligences supérieures qui , par de savants écrits, productions de leur foi, soutiennent dans la voie du bien les timides et les faibles, et enlèvent la pierre d'achoppement, placée sur leur passage par la main de tous les novateurs qui veulent corrompre, soit la foi, soit la morale chrétienne ? Jésus-Christ permettra donc que l'enfer attaque son Eglise en mille manières diverses, parce que les épreuves servent à consolider et la loi et la vertu des pieux fidèles ; mais jamais il ne permettra que l'enfer prévaille contre l'Eglise , parce que sa volonté bien connue est de former, par la vertu de son sang adorable , des élus de toute nation et de toute époque, destinés à partager sa puissance et sa gloire dans le séjour de l'éternel bonheur. Les obstacles au salut sont-ils insurmontables? Non, sans aucun doute; et précisément et surtout, parce qu'il y aura toujours sur la terre des docteurs qui brilleront au firmament de l'Eglise

catholique, afin de répandre des torrents de célestes lumières, et de dissiper par conséquent tous les nuages d'erreur, amoncelés par l'esprit d'innovation et de révolte.

Si vous me demandez de quelle nature est Tautonte des SS. pères; ont-ils une autorité absolue, indépendante, infaillible? Ma réponse sera facile à trouver. Non, ils n'ont point par eux-mêmes une semblable autorité. Et pourquoi ? c'est que l'Eglise seule possède, dans la personne de ses chefs , une autorité infaillible et absolue. Pourquoi encore? c'est que les docteurs , quelle que soit leur vaste érudition, pris isolément, ne sont que des hommes, tous sujets à l'erreur. Leur force ne leur viendra donc que de la force même de l'Eglise catholique. Je vais vous expliquer ma proposition pour vous la faire mieux comprendre.

Voici sur l'autorité des SS. pères un axiome, conforme à celui de saint Augustin touchant l'autorité de l'Evangile : « Je ne croirais pas à l'autorité des SS.. pères , si je n'y étais porté par l'autorité de l'Eglise catholique. »

Je vous dis donc que tout ce qui a été dit plus haut sur l'authenticité, la véracité et l'autorité des Ecritures, peut s'appliquer également aux écrits des saints docteurs ; c'est-à-dire que ces écrits sont authentiques, puisqu'ils sont reconnus comme tels par toutes les églises chrétiennes disséminées dans

le monde ; qu'ils sont divins, puisque l'Eglise les a regardés comme l'arsenal où elle-même semblait avoir déposé son armure céleste pour combattre, dans les circonstances voulues, tous les ennemis de la vérité et de la vertu. Remarquez surtout que l'Eglise seule a pu nous dire quels étaient les livres qui étaient inspirés par l'Esprit saint , et ceux qui étaient les productions impures de l'esprit de révolte et de mensonge, comme nous savons déjà. Ainsi, l'Eglise seule peut-elle nous dire quels sont les livres des docteurs qui contiennent la saine doctrine , et quels sont ceux qui ne méritent aucune créance. Bien plus", il peut arriver qu'un docteur qui a défendu les bons principes , entraîné par l'amour-propre, où même ébloui par sa propre gloire, vienne à son tour à tomber dans l'erreur, et travaille à vouloir accréditer les inventions de son propre esprit; qui pourra distinguer alors, dans les écrits composés par le même docteur, le vrai du faux et le bon du mauvais? Qui? toujours l'Eglise catholique ; et ici, sa tâche n'est pas difficile à remplir. ÈHe considère le dépôt de la ïoî, que lui a confié le Christ , et elle admet comme bon tout ce que ce docteur a pu écrire de conforme à la saine doctrine ; et elle réprouve comme pernicieux tout ce qui lui est opposé. Rappelez-vous en ce moment les Tertullien, les Ôrigène, les Abeilard, — je ne cite point les modernes que

tout le monde connaît, — et vous verrez que l'histoire confirme ce que je viens d'avancer. Oui, à l'Eglise seule il appartient d'apposer le sceau de la vérité ou celui de Terreur sur tels ou tels ouvrages, composés même par les plus grands docteurs ; à elle seule il appartient d'élever cette voix puissante qui brise les cèdres du Liban, je veux dire , qui terrasse et réduit au silence les hommes les plus savants et les plus éloquents, lorsque ceuxci osent jamais prononcer un seul accent , qui ne soit point entièrement conforme aux accents divins de l'Eglise elle-même...

De cette sorte, il est prouvé que Jésus-Christ, par son Église, continue à parler avec une souveraine autorité, à tous les âges, à toute langue, à toute tribu ; et à moins d'avancer que le Christ n'a pu réussir dans son entreprise, celle de sauver le monde par la vérité et la vertu , il faut bien avouer que sa doctrine, fille du ciel, ne devait pas être abandonnée à elle-même , comme une pauvre orpheline , qui est sans père et sans mère , pour devenir le jouet de l'orgueil ou la proie des passions mauvaises. Non : cette divine parole, la parole du Sauveur, déposée dans le cœur des apôtres, consignée en partie dans les écrits des saints docteurs, ou dans les ouvrages des écrivains inspirés, qui forment le premier anneau de la chaîne de la tradition, transmise tout entière de la main à la main, comme

un dépôt sacré, par les successeurs légitimes des apôtres, la parole divine, veux-je dire, traversera les siècles jusqu'au dernier sans qu'il soit donné à rhomme d'en soustraire un seul point, un seul iota ; et pourquoi un tel prodige ? Précisément parce que l'Eglise, étant immortelle d'après la volonté de son fondateur, sera toujours là, vivante et parlante, afin d'inonder le monde des flots de ses inépuisables richesses, ou de frapper de la foudre de ses anathèmes tout esprit altier ou tout cœur corrompu, qui voudrait s'arroger le droit sacrilège de substituer à la vérité les délires de son esprit égaré, et à la vertu les exhalaisons fétides de sa propre dépravation.

Que ce système religieux, si catholique, si beau, si naturel, si simple, ne soit plus le vôtre ; il le faut bien, puisque vous avez arboré la bannière du protestantisme. Au moins, devez-vous avouer qu'il est digne d'un Dieu, et que seul il peut mettre un terme à toutes divisions et hérésies qui en ce monde désolent si malheureusement le champ du père de famille, et qui , dans l'autre, précipitent dans l'abîme d'un affreux désespoir tant de créatures raisonnables que Dieu avait créées à son image, et que le Sauveur avait rachetées par son sang, qui est d'un prix infini.

Comme je vous ai déjà dit, qu'il n'y a point de cercle vicieux, alors que l'Eglise invoque en sa faveur

Les saintes Écritures, je vous dirai également que les saints pères, bien qu'ils n'aient d'autorité que par l'Eglise, servent, à leur tour, à la cause même de la vérité. Cette proposition est pour vous incontestable, puisque vous savez, je l'ai établi ailleurs, que les écrits, quels qu'ils soient, ne créent ni la doctrine, ni l'autorité qui la proclame, mais ne font qu'attester avec quelle puissance l'Église parle , et quelle doctrine elle révèle à la terre dans la longue étendue des âges. Ainsi par exemple, nous voulons savoir comment l'Église a parlé aux Juifs d'abord et ensuite aux gentils. Les écrits du nouveau Testament, qu'elle a admis comme divins, sont là, qui nous racontent les succès des apôtres, leurs courses non interrompues dans toutes les contrées de l'univers, et les merveilleux progrès de la foi chrétienne ; nous voulons encore savoir comment elle a combattu les tyrans qui ont suscité tant d'affreuses persécutions contre les fidèles; comment elle a repoussé les attaques perfides de ses propres enfants, qui disséminaient dans son sein le poison de l'erreur. Les écrits des saints pères, qu'elle a admis comme orthodoxes, sont là, qui nous racontent ce qu'elle disait aux martyrs pour les rendre intrépides au milieu des plus cruels supplices ; ce qu'elle disait à tous pour les empêcher de tomber dans les pièges placés, sous les pas de ses enfants, par la perfidie des schématiques ou des hérétiques.

Comprenez donc notre doctrine catholique. Nous n'admettons, dans renseignement de i'Eglise, que la pure parole de Dieu ; et soit que l'Eglise nous montre sa doctrine absolument conforme à la sainte Ecriture et aux écrits des saints pères, soit qu'elle décide de nouveaux points de doctrine contre les novateurs qui ne cessent d'apparaître, tantôt avec une bannière, tantôt avec une autre, nous reconnaissons que sa parole est toujours la parole infaillible du Christ, transmise de siècle en siècle, jour par jour sans aucune interruption, comme un précieux dépôt qu'elle doit conserver pour le salut du monde entier, jusqu'au moment où entrée dans le séjour éternel, elle remettra ce dépôt, tel qu'elle l'avait reçu sur la terre, dans les mains de son céleste époux. Vous vouliez savoir à quoi pouvait servir la tradition, avec le dogme que nous admettons de l'infaillible, de l'absolue autorité de l'Église catholique. Elle sert beaucoup à la conservation de la vérité, puisque , la tradition n'étant que la mémoire fidèle de l'Eglise , celle-ci n'a qu'à se recueillir en elle même pour s'assurer que son enseignement actuel est entièrement conforme à celui qu'elle a constamment propagé dans tous les temps et dans tous les lieux.

Est-elle belle la doctrine catholique qui nous représente l'Eglise du Christ, immortelle et impérissable, embrassant dans son amour maternel

toutes les générations de la terre, pour qui elle a toujours ouvert le trésor de ses inépuisables richesses ?

Est-elle salutaire pour la foi et la morale, la doctrine catholique qui nous dit que l'Eglise donne aujourd'hui des décisions toutes conformes à celles qu'elle a données la veille? Jamais elle n'est inquiète de ce qui doit arriver le lendemain, parce qu'à chaque jour suffit son mal, et aussi, parce que le Sauveur lui a donné la promesse qu'elle étoufferait les uns après les autres tous les monstres d'erreur, que l'enfer placerait jamais sur son passage. L'Eglise, que peut-elle jamais craindre pour son existence future? Elle porte sur sa tête, dirai-je avec saint Paul, le casque du salut, qui est l'espérance ; elle est armée du glaive de la parole divine, et revêtue du bouclier de la foi ; elle a aux pieds une chaussure divine, qui l'empêche de trébucher jamais dans la voie de la vérité et de la vertu.

Est-elle enfin tranquillisante pour l'esprit et le cœur des pieux fidèles la doctrine catholique, qui, dans les successeurs des apôtres, immortalise la souveraine et l'infaillible autorité de notre Dieu ? Remontez à rétablissement du catholicisme, et vous trouverez l'Eglise, qui est sainte dans son origine, s'établir miraculeusement au milieu d'un monde livré à toutes les ténèbres de l'erreur, et comme étouffé par la main du crime. De là, de ce point

culminant, redescendez jusqu'à l'époque actuelle, à travers l'étendue des âges , et vous ne pourrez vous défendre d'éprouver de vifs sentiments d'admiration, de reconnaissance, d'amour, à la vue des traces profondes de célestes lumières, que l'Eglise a laissées sur la route du passé, et des immenses bienfaits qu'elle a procurés à tout peuple qui a respecté ses divins enseignements... Pour moi, lorsque je jette sur l'Eglise , toujours ancienne et toujours nouvelle , cet immense coup d'œil, il me semble voir un beau fleuve qui se grossit incessamment des eaux qu'épanche sa source intarissable ; voir encore la fertilité et l'abondance que le fleuve déverse en passant sur les campagnes, qui avoisinent son lit large et profond. Je n'ose pas en ce moment vous dire combien est stérile, pernicieux, le système protestant adopté par votre église anglicane. Le protestantisme exalte jusqu'aux nues l'autorité de la Bible , parce que l'Eglise catholique lui est à charge ; et, comme il proclame la souveraineté de la raison individuelle, il faut qu'il tolère toutes les sectes, quelle que soit l'absurdité de leur croyance, même celle qui, en Silésie, soutient, la Bible à la main, que la Bible elle-même n'est point nécessaire au salut. Le protestantisme, par l'organe de plusieurs docteurs de votre université1, recommande la lecture des

1 L'on s'imagine peut-être que certains docteurs d'Oxford se

premiers pères de l'Eglise ; mais, puisqu'il autorise chaque individu à interpréter et la Bible et les pères, comme il le jugera convenable, ne suit-il pas évidemment, comme je l'ai déjà observé plusieurs fois, que c'est embrouiller la question toujours davantage, et la rendre de jour en jour plus insoluble? Je vous le demande, où est l'espoir qu'un individu, abandonné à lui-même, trouve une issue favorable, lorsque vous le jetez dans le labyrinthe d'opinions si diverses qui circulent dans le monde protestant ? Vous lui présentez la Bible ; mais la Bible n'a-t-elle pas déjà produit à Londres soixante sectes bien comptées, qui s'anathématisent mutuellement les unes les autres ? Vous lui parlez d'ouvrir les pères des quatre premiers siècles ; mais aura-t-il même le temps de les lire tous avec soin pendant son existence? Pourra-t-il

rapprochent de nos doctrines catholiques, parce qu'ils parlent de l'autorité des premiers pères, et que même ils reconnaissent dans leurs écrits que le pape doit avoir dans l'église d'Occident je ne sais quelle prééminence... d'honneur. Ne vous laissez point tromper par de vaines apparences. Je vous le dis avec certitude : les membres intéressés de l'église anglicane sont aujourd'hui comme autrefois les ennemis nés du catholicisme; et toujours, quel que soit leur langage, ils n'ont tous qu'une même pensée, qui les domine, celle d'éterniser dans leurs contrées, s'ils le peuvent jamais, l'œuvre odieuse d'un Henri VIII et d'un Thomas Cranmer... Si l'on veut voir mieux développée cette dernière réflexion, l'on peut consulter mes Souvenirs d'Angleterre, etc., dont j'ai déjà parlé plus haut.

surtout s'assurer que ces pères sont vraiment en harmonie avec les divers textes dont se compose la Bible? Et puis, à quoi bon cette lecture si laborieuse, puisque vous ne cessez de dire que la Bible contient toutes les choses nécessaires au salut, qu'elle seule même renferme toute la parole de Dieu ? — Pardonnez à ma plume qui m'arrache mes pensées. — Difficultés incessantes, palpables contradictions, absurdité, encore absurdité, toujours absurdité ! Voilà ce que je trouve de plus clair dans les principes protestants, tels que les proclame votre église anglicane.

Sans doute que vous pouvez maintenant comprendre la justesse de mes paroles, alors que je vous* disais et répétais souvent à Oxford que si jamais notre beau système catholique venait, ce qu'à Dieu ne plaise, à être repoussé de mon cœur, il me serait impossible de me prononcer en faveur de l'église anglicane. Quoi ! votre église pourrait avoir des enfants soumis et fidèles. Mais, puisqu'elle proclame, je l'ai entendu dans vos temples, je l'ai lu dans vos livres anglais, puisqu'elle proclame qu'il n'y a point d'autorité infaillible en ce inonde, ne renonce-t-elle pas à la possibilité d'établir un seul point de doctrine immuable? Ne renonce-t-elle pas encore à la pensée d'avoir une religion commune pour tous? à moins que vous ne donniez le nom de religion à cet amas incohé-

rent de pensées extravagantes et d'affections déréglées, qui, tour à tour, s'emparent de l'esprit et du cœur de l'homme!

S'il n'était point temps de mettre un terme à cette lettre, je pourrais pousser très-loin mes conclusions, et vous montrer même qu'en vertu de l'indépendance individuelle que le protestantisme accorde à chacun, les esprits conséquents et habiles à manier l'arme de la dialectique, peuvent, s'ils le trouvent bon , se soustraire à la double autorité des écrits des évangélistes et des pères. Je pense que cette assertion vous étonne beaucoup. Eh bien! moi, je suis bien plus étonné qu'un protestant puisse admettre quelque chose en religion d'une foi divine et absolue: sur quel fondement, je le demande, pourra-t-il appuyer sa croyance, après avoir refusé à l'Église le don de l'infaillibilité pour ne croire qu'à lui-même , qu'à ses lumières , qu'à sa propre raison? Quand j'entends dire à un protestant qu'il admet certaines vérités rév élées , 1 me semble entendre un architecte proférer ces propositions bien étranges : J'ai trouvé le secret d'élever un édifice sur le sable mouvant ; je ferai tenir debout et solidement un édifice, après lui avoir enlevé ses solides fondements... J'espère donc que vous me comprenez maintenant, lorsque j'avance avec saint Augustin qu'il est impossible de croire à l'autorité de la Bible et des saints pères, si l'on n'ad-

met auparavant l'infaillible autorité de l'Église catholique.

Adieu, cher docteur; recevez l'expression du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.

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