‹ Dix années d'émigration. Souvenirs et correspondance du comte de NeuillyChapitre 10 sur 28 · LISTE DE NOS NOMS · texte numérisé non relu

LISTE DE NOS NOMS

M me la marquise de Gampigny. M. l'abbé de Jobal. Sa femme de chambre. M. le curé de Villeneuve.

M. le baron de Fénelon. M. l'abbé de la Cépouse.

M. Hocquart, capit»» aux gardes. M me la comtesse de Neuilly. M. de Comarque. M lle Clémentine de Neuilly.

M. de Launay.

Sa femme de chambre.

M. du Mans.

Deux domestiques.

M. l'abbé de Montfort.

Chambre du premier.

M me de Mayaud.

M. Muranda.

M ,,e sa fille.

M. de Pindray.

Sa femme de chambre.

M. de Nellaton.

M- de la Salle.

M. de Machelard.

M lle sa fille.

M. Maraval.

M. Maurice de la Salle.

Milct.

M. de la Salle.

M. de Fleuri.

Un laquais.

Un laquais.

Une femme de chambre.

M. Pinto, homme de loi.

M me Barré.

M. L'Abbatu.

M. Barré.

Charles.

M ,,c Françoise.

Nicolas.

M. Du Bourg.

M. d'Aimar.

M. le marquis de la Tour.

M. de Blois.

M. de la Tour, son frère.

M. son fils.

M. de Morant.

M. Tingiiy.

SOUVENinS DU COMTE DE NEUILLY.

M. l'abbèMangin.

M. de Maisons.

M. de St.-Souplet.

Son laquais.

M. Cagnoux.

M. de Molenne.

M. l'abbé Cani.

M. Launay.

M. Tardif, médecin.

Tounnelin.

Gille la Planche.

Chatillon, cuisinier.

Un petit laquais.

5 à la porte d'Anvers. M. de Robien, laissé à Utrccbt.

M. Gbardonnet, mort à l'hôpital. M. l'évèque de Clermont, et son M. du Tertre, laissé à Utrecht. laquais laissé à Bois-le-Duc (1).

Les prisonniers eurent d'abord à subir un interrogatoire. L'accusateur public, qui se nommait Girard, était un petit homme d'une figure ignoble, et dont le langage et les façons étaient en harmonie parfaite avec la mine. Quand ce fut le tour de M m * de Neuilly d'être interrogée, elle s'avança résolument jusqu'au bureau derrière lequel siégeait Girard, et le regardant de manière à lui faire comprendre qu'elle n'était pas personne à s'intimider, elle commença de répondre à ses questions. Tout en parlant, elle avait posé machinalement sur la table sa tabatière : c'était un cadeau que le comte d'Artois avait fait à mon grand -père, bien des années auparavant. L'accusateur public, y jetant les yeux, interrompit brusquement M me de Neuilly, en lui disant : « Quel est ce portrait ?» — « C'est celui de Monseigneur le comte d'Artois, frère du Roi, » répliqua-t-elle à haute voix, en remettant sa tabatière dans sa poche. L'accusateur public resta un instant déconcerté du ton hardi de cette réponse; puis, essayant de sourire : « Tiens, tu es une brave femme, toi ! tu n'as pas peur. »

(1) Cette liste n'est pas complète : Clémentine de Neuilly a oublié de citer une trentaine de noms.

Le procès ne dura que quelques instants : la loi était formelle; les faits d'émigration manifestes; tous les accusés furent condamnés à mort ; ils devaient être fusillés huit jours après.

Cependant les choses avaient tellement changé depuis le 9 Thermidor, qu'il n'était guère à croire qu'un arrêt aussi cruel dût être exécuté. La Convention, à la nouvelle des étonnants succès de Pichegru en Hollande, venait de désigner un commissaire pour présider à l'organisation des pays nouvellement conquis. Ce commissaire était le conventionnel Cochon, qui fut, l'année suivante, ministre de la police, ensuite proscrit au 18 Fructidor, et plus tard, sous l'Empire, préfet des deux Nèthes, après avoir changé son désagréable nom contre celui de M. de Lapparent. Cochon, quoiqu'il eût eu l'indigne faiblesse de voter la mort du Roi, n'était pas un homme sanguinaire ; il appartenait à la partie modérée de la Convention. Il arriva à Bréda, dans les premiers jours de Mars; les malheurs des émigrés détenus dans les prisons avaient excité une sympathie générale, on se récriait hautement contre l'absurde barbarie de mettre à mort, pour le seul fait d'émigration, une centaine de personnes inoffensives, vieillards, femmes et enfants, que la rigueur de l'hiver avait empêchés de fuir. M. Cochon fut indigné ; il n'hésita pas à ordonner la révision du procès. Cette fois, l'arrêt conclut à la déportation. Les émigrés dûrent être embarqués pour Hambourg.

Mais après le départ du Commissaire de la Convention, les prisonniers, qui attendaient d'être dirigés vers le port d'embarquement, virent redoubler les rigueurs de leur captivité. On les laissait cruellement souffrir du froid; leur nourriture était insuffisante et détestable. L'accusateur public, qui avait dû lâcher sa proie devant la volonté toute puissante du Commissaire de la Convention, se vengeait sur eux chaque jour de la leçon d'humanité qui venait de lui être infligée. Ma mère était très-souffrante, elle avait eu les pieds gelés ; toutes les réclamations contre l'inhumanité du régime

de la prison, avaient été inutiles (1). Ma grand'niére, désespérée de l'état où elle voyait sa fille, eut l'idée de s'adresser au général Vandamme, qui commandait à Bréda, et de faire

(1) Girard crut devoir une réponse aux plaintes qu'avaient faites les émigrés détenus. Je retrouve la copie de cette pièce aussi ridicule qu'odieuse ; elle donne bien idée du caractère, des sentiments, et de l'éducation de l'homme qui l'écrivit.

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