LE PRINCE HÉRÉDITAIRE DE MECKLEMBOURG
a la comtesse de neuilly.
« Madame,
« La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, m'a fait un bien sensible plaisir, me prouvant la bonté que vous avez, Madame, de me continuer votre souvenir. Veuillez en agréer mes sincères remertiments, comme aussi du cadeau qui accompagnoit
SOUVEMItS DU COMTE DE NEUILLY.
votre aimable épitre. L'un et l'autre ne sauroicnt qu augmenter la reconnoissance que je vous porte déjà, Madame, de la charmante réception que vous avez bien voulu me faire lors de mon séjour à Hambourg. Ce souvenir-là me restera toujours des plus agréables, et ce sera toujours pour moi une fête que de me rappeler les intéressantes connoissances que j'y ai faites, et que j'y ai renouvelées. Veuillez, Madame la comtesse, être l'interprète de ma reconnoissance auprès de toute votre société, du souvenir qu'elle veut bien me conserver, et de toutes les politesses dont on a bien voulu me combler, dont assurément j'ai senti tout le prix.
« Je vous prie de dire à Madame la comtesse de Lussan que ce n'est que la crainte de l'incommoder qui m'a fait minfliger la privation de ne point lui écrire, en lui envoyant le gibier qu'elle m'a paru désirer de recevoir.
« En finissant ma lettre, j 'aurais encore une faveur à vous demander, celle de recevoir avec indulgence la bagatelle que j'ose vous offrir ci-jointe. Ne regardez point au prix, Madame, mais à l'intention de celui qui désire se continuer à votre souvenir. Avec toute la modestie possible, vous ne sauriez me blâmer, Madame, de ce que je soigne mes intérêts.
« C'est avec la plus parfaite considération et l'estime la plus distinguée, que j'ai l'honneur de me dire,
« Madame la Comtesse,
votre très-humble, très-obéissant serviteur,
« Frkdérig-Louis, Prince héréditaire de Mecklembourg-Suérin.
« .4 Ludwvjslmi, ce 2 de novembre i m M. >
Je ne vous ai point encoreparlé du prince Louis de Prusse (1), fils du prince Ferdinand, le dernier des frères du grand Frédéric, qui venait à Hambourg, et y séjournait le plus qu'il pouvait, pour y faire, malheureusement, beaucoup de sottises. Il pouvait avoir vingt-cinq à vingt-six ans, était beau, rempli
(I) Louis-Christian, né on 1772. 11 fut tué à l'ouverture de la campagne de 1806, à Saalfeld, près d'Erfurth, en combattant contre un des corps de l'armée du maréchal Lannes.
d'esprit, d'instruction, et même de talents ; il jouait du piano comme un maître. On citait de lui des traits de bonté et de générosité qui faisaient l'éloge de son cœur; mais il se laissait emporter par ses passions, et ternissait toutes ses qualités par l'usage de la boisson, et une sorte de penchant pour la mauvaise société; même celle des hommes, ce que rien n'excuse. Ses torts, cependant, semblaient l'effet de la mauvaise éducation, plutôt que de son naturel, et aussi d'une trop grande popularité; défaut de tous les princes qui secouent l'étiquette jusqu'à un certain point. Je me trouvai avec le prince Louis plusieurs fois à souper chez les ministres de Russie et d'Angleterre, mais je ne cherchai point à lier de relation avec lui ; encore moins à faire partie des sociétés avec lesquelles il se familiarisait.
M me DE NEU1LLY A SA FILLE.
Hambourg, ce i décembre (année 1799j.
« J'ai dîné et soupé avec le prince de Prusse. Ah! quel prince! Il est, bras dessus, bras dessous, avec la mauvaise compagnie en femmes, et qui pis est, en hommes; toutes les opinions politiques lui sont égales. Il caresse les Jacobins mêmes. Avec de la ligure, de l'esprit et des talents, il a l'art de déplaire aux honnêtes gens par son inconduite et ses liaisons. Je souffre de voir des princes se traîner dans la boue, dans un siècle où l'on n'est que trop porté à les y faire descendre, h
Je reçus mon admission au régiment impérial et royal de Stain infanterie, en qualité de cadet. Il y en avait de deux sortes : les cadets ex propriis, qui étaient nobles pour la plupart, et les cadets du régiment, qui étaient des fils d'officiers pauvres, équipés par le corps; au lieu que les premiers versaient dix ducats à la caisse, pour leur équipement. Les cadets portent l'uniforme du régiment, de la même coupe que celui du soldat, mais d'un drap plus fin; leurs fusils sont plus légers; ils font le service de caporaux.
Assurément, ce n'était là rien de brillant pour un jeune gentilhomme qui avait déjà servi trois ou quatre ans, fait quatre campagnes, et obtenu le grade de capitaine dans la cavalerie. Mais il n'y avait pas à choisir ; d'ailleurs, je m'étais bien promis de ne pas rester longtemps cadet. J'avais dit à ma mère, en la quittant, que je serais officier ou tué, à la première affaire.
Les régiments d'infanterie, en Autriche, sont composés de trois bataillons, de six compagnies chacun, et en outre de deux compagnies de grenadiers, qui, en temps de guerre, sont détachées avec celles des autres régiments, pour former des bataillons qui constituent la réserve de l'armée.
Les compagnies sont de deux cent quinze hommes, et commandées par un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, un enseigne, un sergent, huit caporaux, et huit appointés; deux sapeurs, deux tambours et un fifre. L'élat-major se compose du colonel, lieutenant-colonel, deux majors et un adjudant. Deux pièces d'artillerie légère sont attachées à chaque bataillon.
isi
NOTES
Note f. — lettre du comte de ranchin