‹ Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925 (volume 2)Chapitre 3 sur 32 · TEXTE DE LA MOTION KING · texte numérisé non relu

TEXTE DE LA MOTION KING

La Résolution suivante a été présentée au Sénat par le Sénateur William H. King, de l’Utah et renvoyée au comité des Affaires Etrangères.

« Attendu que les relations entre les Etats-Unis et les Républiques de Santo-Domingo et d'Haïti ont pris un caractère non satisfaisant pour les habitants de ces pays et par ailleurs désavantageux pour les Etats-Unis ; que ce caractère est dû, dans une large mesure, à la présence des forces navales des Etats-Unis dans les dits pays et l’exercice par les Etats-Unis du contrôle de leurs finances et de leurs revenus ;

« Attendu que le dessein d’intervention des Etats-Unis dans les affaires politiques de ces pays, la conduite de leurs finances et de leurs revenus, leur police par les forces navales des Etats-Unis, a été accompli, et qu'il n’y a pas de nouvel avantage soit pour les Etats-Unis, soit pour ces pays qu’une intervention quelconque dans leurs affaires se continue ;

« En conséquence, il est résolu que l’opinion du Sénat des Etats-Unis est que le Président retire maintenant les forces navales des Etats-Unis de la République d'Haïti et de la République Dominicaine et s’ar:ange pour abroger tout traité, protocole, ou autre accord prévoyant le contrôle des revenus d'Haïti et de la République Dominicaine par les Etats-Unis, ou prévoyant l’intervention des Etats-Unis dans les affaires politiques de l’un ou l’autre de ces pays ;

« C’est aussi l’opinion du Sénat que Saint-Domingue et Haïti soient libres de toute immixtion étrangère dans leur politique domestique ou dans leur administration intérieure.»

« The Nation », en reproduisant cet important document, ajoute :

« La Résolution mérite l’appui énergique de quiconque chérit les principes d’antique honneur américains. Il fournit la solution simple, directe et pratique de notre inexcusable invasion et conquête d'Haïti et de Saint-Domingue.»

(« Le Courrier Haïtien ». 3 Février 1922)

+ LS

LA MOTION KING Interview de Me. RECINRES Sylvain

La protestation d’un des Meme de la Commission JE augmente nos chances de n'être pas colonisés.

Le radiogramme de la Société pour l’Indépendance d'Haïti et de la République Dominicaine, le gros événement de la semaine, a mis un peu de baume aux cœurs que les déclarations du sénateur Mac-Cormick avaient profondément abattus. Chacun le commente et voudrait en savoir plus long. Tenant compte de ce vœu de nos lecteurs, nous sommes allés aux renseignements auprès de notre grand ami, Me. Georges Sylvain, Âdministrateur-Délégué de l’Union Patriotique, qui très aimablement s’est prêté à notre interview.

D.—Quel est ce sénateur King qui a présenté au Sénat des Etats-Unis

une motion pour le retrait des forces expéditionnaires et l’abrogation des traités ?

Est-ce le même qui, nommé membre de la Commission sénatoriale, après avoir suivi toute l'enquête à Washington, s’est abstenu de venir ici ?

R—Je crois bien que c’est le même. Mais tant que nous n’aurons pas reçu des défenseurs de notre cause aux Etats-Unis un rapport sur ce qui s’est passé, nous ne pouvons rien affirmer. Nous ne tarderons pas à être fixés.

Vous connaissez déjà, par ma dernière communication aux journaux, l’état de nos affaires là-bas. L’impérialisme avait fait mine de démasquer ses batteries. Cela suffisait pour porter les anti-impérialistes à mobiliser, Il y a des libéraux parmi les démocrates, aussi bien que parmi les Républicains. Mais les hommes politiques montrent mieux ce qu’ils sont, quand ils ne sont pas au pouvoir. Le Sénateur King est connu comme un esprit et un caractère indépendants. Il s’était beaucoup intéressé aux interrogatoires du Haut Personnel de l’Occupation. Si un des sénateurs pouvait jouer le bon tour à ses collègues républicains de les mettre en flagrant délit de contraciction avec eux-mêmes, c'était bien lui.

Nous pouvons en tout cas retenir de son intervention un double indice, d’abord que sur les conclusions du Rapport préliminaire, l’opinion n’est pas unanime au Sénat, puisque l’accord n’a pas pu même se faire entre Enquéteurs, ensuite, qu'on s’attend à ce qu’il y aït bataille au Sénat sur la question haïtiano-dominicaine. Plus la lutte sera chaude, plus nous aurons chance d’obtenir des conditions meilleures.

D.—Dieu vous entende ! En ce moment la préoccupation générale ici, c’est l’ouverture de la crise présidentielle, croyez-vous que la tournure actuelle des événements soit pour en activer le dénouement ?

R.—Vous entrez dans cet ordre de questions sur lesquelles je vous disais en débutant que les précisions nous manquent encore. Mais il n’est pas douteux qu’en ce moment le gouvernement des Etats-Unis examine sous tous leurs aspects les affaires d'Haïti et de la République Dominicaine, dont les répercussions, peuvent lui être très fâcheuses pour sa politique internationale comme pour le crédit électoral du parti républicain. L’imbroglio, c'éé dans la transmission régulière du pouvoir présidentiel par les divers coups d’Etat pratiqués chez nous contre la représentation nationale et par les pièges calculés dont on a semé la Constitution révolutionnaire de 1918, rendra vraisemblablement nécessaire l’arbitrage du pouvoir étranger qui occupe notre territoire.

Sous quelle forme ? On tentera peut-être d’appliquer au cas si l’expédient du Haut Commissaire est décidément mis de côté, et si l’on ne veut pas d’emblée convoquer une constituante, le fameux système de cocpération, rejeté par les Dominicains : une commission mixte de reconstruction. Ce qui complique pour nous le problème, c’est que, au rebours du Président Henriquez, qui, ayant tous droits d’être réélu, 1°) parce que la Constitution, sous l’empire de laquelle il a été nommé, ne le défend pas ; 2°) parce qu’il a été arbitrairement dépossédé de son mandat légal ; 3°) parce qu’il jouit de l'estime et

28h 077 M'APOMISNGEORGIESSTEVAINE

de la sympathie générales ; refuse pourtant de se laisser reporter à la prési-

dence, nous avons au pouvoir quelqu’un qui, toujours inconsolable de sa position de victime, aime tellement son calvaire qu’au bout de 7 ans, il ne veui

pas s’en détacher.

Il faudra bien trouver quand même un moyen de résoudre la difficulté. On ne ferait que l’empirer en greffant un nouveau coup d’Etat sur les autres. M'est avis qu’en pareïlle aventure les procédés les plus honnêtes sont encore les plus sûrs et les plus pratiques.

Pourquoi les hommes du gouvernement ne s’avisent-ils pas d’appliquer plus souvent aux affaires politiques les méthodes du commerce par exemple, où pour garder son crédit, il n’est rien de tel que de ne tromper personne ?

D.—Ce serait trop beau. Votre conclusion à propos de la motion King ?

R.—Quelle qu’en ait été l’inspiration, quel qu’en soit le succès au Sénat, c'est un événement heureux pour notre cause nationale. Elle consolide notre. position morale devant l’opinion, en diminuant l’autorité des objections qu’on nous a opposées. Elle fortifie l’action de nos défenseurs et nous donne un regain d'espoir.

Nous prenons congé sur ces mots de Me. Georges Sylvain en le remer-

ciant de son obligeance.

(« Le Courrier Haïtien », no. du 24 janvier 1922)

+ + * Union Patriotique Port-au-Prince, 26 Janvier 1922.

Monsieur l’Administrateur du « Courrier Haïtien ».

Monsieur l’Administrateur,

Un événement capital dans l’histoire du monde, la reconnaissance de la République d'Irlande par l’Angleterre, a été consacré cette semaine à New-York par une solennelle commémoration.

On sait quelle est l’importance numérique, financière, politique et sociale des Irlandais aux Etats-Unis. C’est un des groupements les plus solidement organisés.— Aussi les [Irlandais d'Amérique ont-ils joué un rôle capital dans l'émancipation de leur pays. Ils se préparaïent, la semaine dernière, à fêter, grandiosement l’œuvre à laquelle ils ont, avec une foi, une ardeur, une ténacité admirables, si longtemps collaboré.

À côté d’eux une place de choix était réservée dans la solennité triomphale à la Rédaction de « The Nation », à qui les Sin-Feiners doivent une bonne part de leur succès.

M. Villard et sa vaillante Revue travaillent, en effet, depuis de nombreuses années, à la victoire des revendications irlandaises. Que de sympathies pré-

cieuses ne leur ont-ils pas conquises, surtout dans les Dominions anglais. On peut dire que l'opinion a été retournée sur le compte des Sin-Feiners. « The Nation > a provoqué la grande enquête sur les répressions anglaises en Irlande, qui n’a pas peu contribué à ce résultat heureux. En la publiant intégralement, elle a ému en faveur de la nation martyre la conscience universelle, et du même coup, a détruit les légendes que les Anglais avaient partout répandues sur la barbarie irlandaise.

Les Haïtiens ont une double raison de s'associer à la joie du peuple d’Erin. La victoire de l'Irlande est celle du droit sur la force brutale et l’injustice, de la liberté sur la spoliation et la tyrannie.

Toutes les victimes des notes déchaînés en ce moment contre les petits peuples de l’univers, voient augmenter leur espoir de briser à leur tour de carcan qui les oppresse.—-- C’est un encouragement énorme à la résistance.

Les Irlandais n’ont pas attendu d’être délivrés pour s’intéresser au sort d'Haïti. Leur organe new-yorkais, The Sin-Feiner, a multiplié en notre faveur les protestations et les réclamations.— Deux de nos quotidiens (Le Courrier Haïtien est l’un des deux) ont produit la déclaration de leurs leaders, jurant à la cause nationale haïtienne une solidarité perpétuelle et une inébranlable fidélité. Jamais un Irlandais n’a failli à son serment, et l’histoire est la pour témoigner si leur attachement aux causes qu’ils servent est platonique. En présence de l’impitoyable avidité de la haute finance internationale, qui, par sa pression sur les gouvernements impérialistes, finira par déterminer une conflagration universelle, les petites nationalités opprimées n’ont qu’un recours efficace : former une vaste coalition, fondée sur l’entr’aide réciproque, — devenir, à l’aide de ce groupement, une force respectable au service de la Justice et de la Liberté.

Haïti doit s’appuyer sur l’amitié de l'Irlande. Tous nos enfants doivent être élevés dans l’idée que les Irlandais sont nos amis. Nous ne pouvons plus vivre éloignés des peuples de qui nous rapproche une communauté d’intérêts et de sympathie. C’est toute une éducation à refaire. Le Mexique vient de faire vers nôus le premier pas, en donnant le nom d'Haïti à l’un des boulevards de sa capitale. Savons-nous que déjà Montevideo, capitale de l’Uruguay, avait eu le même geste ? Allons vers le Mexique, allons vers l’Uruguay, allons vers l'Irlande. Que notre politique soit désormais : « Aimons qui nous aime ».

« Faisons nous aimer de ceux dont les conditions de vie sont pareilles aux hôtres ! »

En raison des considérations qui précèdent, l'Union Patriotique représentée par l’Administrateur-Délégué du Comité central, a, au nom des populations haïtiennes dont elle est l’organe autorisé, fait transmettre aux représentants de la République Irlandaise à New-York un radiogramme aïnsi libellé

« Nation >» New-York

« Glorious life to [rish Republic. From Patriotic Union for Haytian People,

sent ». L Sylvain.

Nous serions heureux si toute la presse haïtienne se joignait à nous pour augmenter l'éclat de cet hommage national à la jeune République Irlandaise et dans l’espoir d’être entendu, je vous prie d’agréer, Monsieur l’Administrateur, nos meilleures civilités.

Georges Sylvain.

(« Le Courrier Haïtien », no. du 27 janvier 1922)

* * Lo

Union Patriotique Haïtienne Comité Central

Port-au-Prince le 14 fév. 1922 Monsieur l’Administrateur,

Un très grand événement est en train de s’accomplir aux Etats-Unis. La Chambre des Représentants, à la majorité de 230 voix contre 119, a voté le Dyer-Bill contre le Iynchage.

Pour que lanti-lynching Bill prenne place dans la législation fédérale, il ne lui reste plus qu’à être adopté du Sénat, ce qui est hautement espéré par tous les amis des Etats-Unis, par tous les gens de bien, qui dans le monde défendent les droits imprescriptibles de la conscience universelle.

Le peuple haïtien a une double raison de se réjouir de ce vote, heureux pour notre race ; sa condition d'Etat noir et la recvnnaïssance particulière qu’il doit à nos congénères des Etats-Unis, qui, en inscrivant parmi leurs pressants desiderata, à côté de l’abolition du lynchage, la restauration intégrale de l’indépendance et de la souveraineté de la République d'Haïti, ont solidarisé leur cause avec la nôtre.

L'Union Patriotique convie toute la presse haïtienne à se joindre à elle pour féliciter publiquement, à ce propos, l’Association nationale pour l’avancement des gens de couleur et son infatigable Secrétsire général, M. James Weldon Johnson, dont ce glorieux résultat récompense une longue série d’efforts persévérants. |

Veuillez agréer, Monsieur l’Administrateur, mes sincères civilités. Georges Sylvain.

(« Le Courrier Haïtien », 13 et 14 février 1922)

* LS

Monsieur le Dr. R. Charmant, Jacmel.

Mon cher Docteur, Je confie à votre père un mot pour vous. J’espère qu’il vous trouvera en

bonne santé et réacclimaté à Jacmel. Je n’ai pas su tout de suite votre départ. Normil m’avait parlé du projet que vous avez de vous installer à Port-au- Prince. Je suis allé vous proposer de faire une conférence à Parisiana et j’ai su à la Pension Rouzier que « l’oiseau n’était plus au nid ».

Retenez ce que je vous ai dit, à votre arrivée : « Faites vous-même votre expérience de la situation actuelle et des choses du pays ».

L'Union Patriotique est une grande Force : elle est en partie inutilisée, faute de Missionnaires de bonne volonté parcourant continuellement le pays pour y semer la parole de vérité et de foi. Elle est certainement en communion de sentiments avec tous les éléments sains du pays. Il ne lui manque pour se réaliser pleinement que l’appui d’un Chef d’État patriote. L’avènement d’un tel chef n’est guère concevable, à l’étape où nous sommes du protectorat des Etats-Unis. Il faut y tendre cependant comme à un progrès essentiel, le problème intérieur et l’extérieur étant étroitement liés et se conditionnant l’un l’autre. Chacun de nous dans sa sphère d’action et d’influence, doit aider par sa prédication éclairée, stimulante, au triomphe des forces morales en notre pays.

Votre père vous dira où en est l’œuvre libératrice. Aux Etats-Unis la réaction est poussée aussi loin que possible, Elle tend de plus en plus au succès du parti libéral. C’est ici qu’elle est à peine ébauchée. Si pourtant on faisait droit au premier de nos desiderata, et que l’Occupation était retirée, avant que nous ne pussions répondre de la prédominance des éléments d’ordre, de façon à garantir automatiquement la paix publique, ve serait la faillite définitive ! Tout dépendra, en ce cas, de la bonne santé morale de la population et de la décision, du tact de ses leaders, c’est-à-dire des vraies autorités sociales de chaque région. Le premier point est, autant que j’en puis juger à distance, un point acquis, c’est le principal résultat de la propagande de l’Union Patriotique -: le réveil du sentiment patriotique. Ce réveil serait superficiel et illusoire s’il n’impliquait une restauration de la notion du bien public et du devoir civique. Il ne s’agit plus, comme d’habitude, de protestation contre les abus de pouvoir dont on a souffert, sauf à les renouveler ou à les perpétuer, quand une autre équipe aura pris la place de la garde « descendante », il s’agit de faire la preuve qu’on a tout ce qu’il faut pour être en acte une nation civilisée et un gouvernement civilisateur.

L'épreuve la plus délicate consistera à assurer la transition. Il faut prévoir le recours légal à la force matérielle contre les éternels « profiteurs », pour qui toute l’action politique est de prendre d’assaut l’assiette au beurre quand on ne l’a pas, et de s’y cramponner quand on l’a.

Limiter ce recours au strict minimum exigera un doigté spécial. En temps ordinaire, tout cela n’excéderait pas la capacité d’un esprit moyen, dévoué à son pays, doué d’énergie et de persévérance. Mais le problème se complique en ce moment des effets d’une longue crise nationale et sociale qui a tout remis en question de nos efforts antérieurs, et de la présence du gendarme étranger, qui ne s’en ira pas sans vous imposer sa surveillance, peut-être ses embüûches, et sans prendre ses sûretés contre toute défaillance, si même il ne

s’attachait, Dieu me pardonne, à les ROUES ! Et je ne parle, bien entendu, que du maintien de la sécurité publique ! Le rétablissement de l'ordre économique et financier n’exigerait pas moins de fermeté, de bon sens et d’habileté !

C’est donc sur un homme d’Etat de grande envergure que notre destin doit nous faire tomber. Nous ne le connaîtrons qu’à l’épreuve, puisque l’apprentissage du pouvoir et la pratique des affaires publiques sont depuis longtemps interdits à toute une catégorie de citoyens, les plus recommandables, ceux qui ont le souci de la dignité. Heureusement que parmi les nôtres, quelques-uns semblent avoir l’étoffe des vertus nécessaires à un leader national. Celui derrière qui les autres consentiraient à s’effacer, devra s’entourer de solides collaborateurs, animés du même esprit.

Voilà comment je conçois la tâche à réaliser. Autant je me vois Y: aidant de toutes mes forces, autant je ne me vois pas y présidant.

Union Patriotique Haïtienne Comité Central

Port-au-Prince, le ler Février 1922

Au Directeur du Courrier des Etats-Unis

New-York

Monsieur le Directeur,

Je vous ai promis de vous dire ce qu’a été la récente enquête sénatoriale, menée à Haïti et dans la République Dominicaine : une cruelle mystification ! Les Commissaires y ont donné trois jours à Port-au-Prince, moins d’un jour à Hinche et à Maïssade. Ils ont traversé en courant St-Marc, Gonaïves, Cap- Haïtien, sans y interroger publiquement aucun témoin. Puis, ils ont passé dans la République Dominicaine, où ils ont séjourné une semaine, avec la même précipitation.— Cela ne les a pas empêchés, à peine retournés aux Etats-Unis, de publier sans désemparer sur la situation des routes, des écoles, des finances, sur l’état politique, économique, administratif, intellectuel et social d’Elaïti, sur admirable conduite des Marines et sur leur œuvre prestigieuse, une appréciation complète et péremptoire. Quelle autorité un homme sérieux et loyal peut-il attacher à une telle enquête ?

Nous contestons que des conclusions aussi importantes que celles dont Messieurs les Sénateurs Mac-Cormick et Pomerene ont confié la propagation à l’Associated Press aïent pu avoir pour fondement une visite si sommaire. Eux qui, à plusieurs reprises, se sont déclarés décidés à ne tenir compte que des « évidences » et des attestations directes, quand les victimes des atrocités des Marines leur affirmaient des faits de notoriété publique, ne se sont pas fait scrupule d’endosser sans contrôle la responsabilité d’allégations erronées,

dont il ne leur a pas été possible de vérifier le bien ou le mal fondé, dans le court intervalle qu’ils se sont ménagé.

À quoi se sont-ils référés, par exemple, pour fixer la proportion des illettrés dans l’ensemble des populations haïtiennes au chiffre ridicule et dérisoire de 98% ?

Où ont-ils vu que des travaux d’assainissement aient été effectués par les agents des Etats-Unis pour rendre plus propres les petites villes de la côte haïtienne ?

Qu'est-ce qui leur a permis d’avancer que ces mêmes agents ont fait progresser (autrement que par une connaissance plus étendue du mal) l’éducation du peuple haïtien ?

Sur quels faits précis et irrécusables s’appuie enfin leur déclaration fantaisiste que l’intervention des Etats-Unis a réalisé à Haïti plus de progrès en 6 ans que toutes les Administrations haïtiennes en 105 ans ?

Ce parti-pris d’outrance, ce défi à l’humble vérité, quand il s’agit de choses dont le contrôle est à la portée de tout le monde, ne dénotent-ils pas à l’égard de l’opinion une insouciance, assez peu propre à rassurer nos populations, qui voient leur sort dépendre de la fragilité d’un Rapport. condamné dès maintenant à n’être plus une œuvre impartiale ?

A l'encontre des assertions injustifiées des deux honorables Enquêteurs, nous affirmons et nous faisons fort de prouver :

1°) que dans les 50 années qui ont précédé l'intervention des Etats-Unis, PEtat haïtien, proportionnellement au chiffre de sa population et de ses recettes budgétaires, n’a pas moins dépensé pour l'instruction du peuple que la plupart des autres Républiques américaines, — les Etats-Unis mis à part, — puisqu’il y consacrait, bon an, mal an, le neuvième de ses revenus disponibles.

Nos instituteurs primaires des deux sexes ne sont pas moins entendus que la moyenne des directeurs et professeurs du même ordre fonctionnant aux Etats-Unis.

Les résultats obtenus par eux tout au moins dans les écoles urbaines ne sont pas inférieurs à ceux qu’obtiennent leurs collègues nord et sud-américains.

Les enfants du peuple ne sont pas chez nous moins qu'ailleurs intelligents, ni moins désireux d’apprendre. Etrangers ou Haïtiens, tous leurs maîtres le reconnaissent à l’envi.

2°) Les agents des Etats-Unis n’ont pas établi en notre pays une seule route qui n’existât déjà. Ils ont consolidé en les rétrécissant quelques chemins publics et rendu plus frayables d'anciennes voies de communication ; ils en ont pavé quelques autres, à l’aide de terre, de gravier et de troncs d’arbres ; — sans plus.— Aucun de ces travaux qui, prônés à grand fracas, quoique inachevés pour la plupart, ont servi de prétexte à l’odieuse exploitation des campagnards connue sous le nom de corvée, et ont provoqué, outre le dépeuple-

ment de nos campagnes, la dernière révolte des Cacos, ne vaut, à dire d’experts, les sommes énormes qu’ils ont coûtées à la caisse publique. Les routes dont les officiers des Marines se sont occupés, — le plus souvent avec une rare incompétence, — n’ont été entreprises que dans un intérêt purement militaire, pour servir aux transports par automobiles ; elles ne sont pas des voies de pénétration et n’ont pas sensiblement contribué à rapprocher le producteur de l’intérieur du pays des trafiquants de la côte. Leur entretien n’est pas en plus grand souci que sous les administrations purement haïtiennes, il est plutôt moindre par comparaison.— La preuve de tout ce que nous disons peut être faite quand on voudra. Fait quasi symbolique, l’occupation militaire a bâti un édifice public, digne de ce nom, le seul à notre connaissance : la Prison de Port-au-Prince.

3°) Jusqu’aux dénonciations retentissantes de la « Ligue du Bien Public », en 1920, le régime des prisons accusait quotidiennement dans certaines localités, en particulier à Port-au-Prince et au Cap, un chiffre de morts tellement effrayant que les registres des détentions, relatives à la première période de l’occupation, ont été en ces deux villes soustraites à toutes investigations. Jamais rien de pareil ne s’était constaté aux pires épcques de notre histoire. Si donc des améliorations ont été depuis introduites dans le régime meurtrier des prisons, on aurait tort d’en faire honneur à l’humanité des Occupants. Ils ne se sont souvenus de ce que la civilisation exigeait d’eux que quand il n’y a plus eu moyen de résister à la pression de l’opinion publique.

Est-ce à dire que pendant les six dernières années, les agents des Etats- Unis n’aient accompli rien de bon chez nous ? Nous avons trop le souci de la vérité pour le prétendre. Ils ont aidé au développement et à la bonne tenue de nos services hospitaliers, fondé une école d’infirmières et un dispensaire de la Croix-Rouge ; contribué à maintenir dans notre Corps Médical une salutaire émulation pour le bien. À l’exemple de nos anciennes municipalités indépendantes, les plus soucieuses de leur bon renom, ils ont également contribué, par nos moyens usuels, à entretenir nos rues en bon état de propreté et ont exercé sur la salubrité des habitations privées une surveillance efficace, quoique un peu tracassière par instants. Concours très chèrement payé mais dont il serait injuste de ne pas tenir compte dans le bilan de l’Intervention, — si lamentable par ailleurs.

Nous trouvons dans le Rapport préliminaire de la Commission d’Enquête trois déclarations, qui ne sont pas sans saveur, mises en regard de ses conclusions.

1—« La conduite des officiers du Corps des Marines a été admirable et leur travail splendide », n’a pas craint de proclamer urbi et orbi le Sénateur Pomerene.— Mais voilà que son collègue, M. Mac-Cormick, qui, l’an passé, dans un article à la revue «The Nation > dénonçait «la faillite» (the failure) de l’intervention des Etats-Unis à Haïti et à Santo-Domirgo, recommande encore aujourd’hui comme d’importance extrême de n’envoyer chez nous que des offciers sympathiques au peuple haïtien, sachant établir personnellement des relations cordiales avec les Haïtiens, — choïsis non seulement à cause de leur

capacité à commander des troupes, mais de les commander à Haïti et parmi le peuple d'Haïti.— L’insistance qu’il y met n'est-elle pas l’indice qu’on a sur ce point constaté quelque lacune, ou éprouvé quelque déception ?

2.—Le Sénateur Mac-Cormick professe, en outre, que « la paix et l’ordre ont été partout établis à Haïti. » — Si la paix, c’est cette solitude des tombeaux dont parle Tacite, et si l’ordre peut se concilier avec l'anarchie politique et administrative, pour qui M. Mac-Cormick lui-même ne trouvait pas trop fort le terme de faillite, nous voulons bien admettre que Haïti jouit d’un ordre singulier et d’une paix spéciale. D’où vient alors que la Commission d’Enquête n’a pu — ni voulu peut-être — obtenir que le régime de la loi martiale fût aboli ou même suspendu à l’occasion de sa visite, quoiqu'il lui fût facile de prévoir que le maintien d’une pareille mesure serait un sérieux obstacle au correct accomplissement de son mandat ?

3.—<« La grande masse du peuple haïtien », confesse le Président de la Commission, « est simple et aimable », « gentille et généreuse ». — Aurait-elle continué à mériter cet éloge, pour peu qu’elle eût suivi le genre d’éducation qu’en 6 ans elle a reçu des Marines ?

En 1919, le lieutenant Williams, du Marine Corps, commandant du district de Maïssade, se présente à Lhermite, non loin de Maïssade, chez Mme Romain Brigarde, une des personnes les plus respectables de la localité, paisible mère de famille de 60 ans, au-dessus du besoin, n’ayant maille à partir avec qui que ce soit, l’appréhende, la traîne dans la rue, et sans autre forme de procès, la roue de coups de bâton, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Puis il oblige le fils de la victime à lui creuser devant sa porte une fosse et à l’y déposer, séance tenante.

À quelque temps de là, dans le bourg de Maïssade, sept enfants d’Overné Hergéné, notable du lieu, jouaient dans une cour avec de petits camarades de leur âge. Le même Williams passe avec une escorte de Marines en patrouille. Par manière de distraction, ils font feu sur ces innocents, dont le plus âgé n’avait pas treize ans. Deux sont tués et un blessé, qui vit encore, pour témoigner de la justesse du tir des Marines.

Une blanchisseuse de Hinche, Via Joseph, surnommée Fifi, jeune femme de 25 ans, faisait la lessive du lieutenant Lang, gradé du Corps des Marines. Elle va au Bureau de l’officier lui demander paiement d’un petit arriéré de compte. — « Attendez-moi », dit le lieutenant, qui lance sur elle son chien de guerre, et du coup, elle a les cuisses et les seins complètement dévorés.

Au sujet des faits de ce genre les attestations se comptent par milliers. Ceux qui s’en sont rendus coupables n’ont même pas été dégradés. Or, si depuis que nos populations en subissent l'horreur, on n’a relevé à leur charge aucun acte de vengeance ou de représailles, aucun attentat, aucune menace contre les femmes ou les enfants des officiers du Corps d’Occupation, n’est-ce pas la preuve que la culture morale du peuple haïtien est supérieure à celle de ses prétendus éducateurs ? Le tout, en effet, n’est pas de savoir lire et écrire, c’est d’être un civilisé. Un homme inculte est moins dangereux pour l’existence d’une société qu’un barbare, pourvu contre elle des armes des civilisés.

L’instruction est le principal outil du savoir, ce n’est pe le savoir ! C’est un moyen puissant de civilisation, ce n’est pas la civilisation !

Le campagnard haïtien est souvent un illettré, mais il est loin d’être un ignorant. Sa condition intellectuelle, au témoignage de tous les étrangers qui l'ont pratiqué, ne le place pas au-dessous de la moyenne des paysans de maïnts pays d'Europe, elle serait parfois plutôt au-dessus. Pour ce qui est de la civilité et des bonnes manières, il se classe aux tout premiers rangs.

Certes, nous lui devons, nous autres des classes dirigeantes, de l’élever à une compréhension plus haute de ses intérêts, de le munir de toutes les connaissances propres à lui permettre d’accorder une contribution pius large au perfectionnement matériel et moral de notre commune patrie. Notre faute capitale est d’avoir trop tardé à remplir envers lui pleinement ce devoir.— Mais aucune de ses inclinations naturelles ne le porte vers une prétendue civilisation, dont les adeptes ne conçoivent d’autre forme de supériorité que celle qui tient à la domination de la force brutale et à l’accaparement insatiable des richesses.

Quand, pensant avoir trouvé un prétexte plausible pour justifier la mainmise des Etats-Unis sur nos droits et sur nos douanes, le Sénateur Mac-Cormick dépeint en ces traits notre peuple : « Population avenante et bonne, mais très pauvre, — d’une pauvreté primitive, — et tout à fait dénuée d’instruction », il ne fait que recouvrir d’une toile d’araignée l’avidité élémentaire, par où l’impérialisme des carnassiers de la Haute Finance rejoint l’homme des cavernes. Mais il démasque par surcroît l’indigence de son idéal de civilisation.

Si le sens de l’activité humaine est, en ce monde, la poursuite du bonheur, pensez-vous que augmenter les besoins du genre humain et compliquer son mode de vivre soit le plus sûr moyen de le rerdre heureux ?

Et pour ceux qui, situant le bonheur au-delà de cette vie, en font le couronnement suprême de la bonté, que gagne-t-on à s’assimiler toute la science des livres, si c’est « pour perdre son âme » ?

Agréez, je vous prie, Monsieur le Directeur, avec mes remerciements, mes plus cordiales civilités.

Georges Sylvain

Union Patriotique Haïtienne

Comité Central 11 Février 1922 Au Directeur du « Courrier des Etats-Unis »

New-York.

Monsieur le Directeur,

L’Associated Press a transmis le mois dernier aux principaux journaux des Etats-Unis des déclarations du Sénateur Pomerene, membre de la Com-

mission sénatoriale d'enquête à Haïti qui mettent en cause indirectement l'Union Patriotique Haïtienne. Permettez-moi, en ma qualité d’Administrateur de cette Association, de rectifier ce qui, dans les propos de l’honorable Sénateur, est de nature à nous porter préjudice.— Je dirai ensuite mon opinion sur les conclusions du Rapport préliminaire de la Commission d'enquête que MM. Mac-Cormick et Pomerene ont jugé bon de rendre dès à présent publiques.

Parlant de la réception que nos populations ont faite aux représentants du Sénat des Etats-Unis, M. le Sénateur Pomerene en souligne le caractère « hospitalier », mais il a cru bon d’ajouter que c’est en dépit de la présence de certains « agitateurs, porteurs dans les processions de bannières incendiaires >. C’est ici que nous nous considérons comme incriminés, Les manifestations de sympathie dont a été partout saluée dans le pays la venue de la Commission sénatoriale ont été toutes organisées par l’Union Patriotique ou produites sous son patronage. J’en ai fait moi-même à M. Pomerene, le lendemain de son arrivée, la déclaration publique.

Au débarquement des Commissaires à Port-au-Prince, le 29 Novembre dernier, une foule, évaluée à plus de dix mille personnes, les a accueillis avec une franche cordialité, ne voyant en eux que ies messagers de justice et de paix de la plus haute Assemblée politique des Etats-Unis.

Mais les manifestants ont tenu à marquer, dès cette première prise de contact, l'opposition très nette de la nation haïtienne à l’occupation militaire de son territoire, au traité qui lui a été imposé, ainsi qu’à toutes les restrictions mises par le Gouvernement des Etats-Unis à sa souveraineté et à son indépendance et comme cela se pratique aujourd’hui dans tous les pays civilisés, notamment aux Etats-Unis de l’Amérique du Nord, ils affirmèrent leurs sentiments et leurs vues sur des pancartes et des bannières avec lesquelles ils parcoururent processionnellement, en silence, sans aucune idée de provocation, le centre de la ville.— Après quoi pancartes et bannières furent déposées dans le même ordre aux pieds de la Statue de Dessalines, Fondateur de l’Indépendance haïtienne. Le lendemain la manifestation, sans avoir pour objet d’offrir des souhaits’ de bienvenue aux hôtes de la ville, fut répétée à peu près dans les mêmes termes et avec une affluence presque aussi considérable par la Ligue de la jeune Haïti.

Aux Gonaïves, au Cap-Haïtien, où la Commission Sénatoriale s’arrêta peu de temps, à son retour de Port-au-Prince, elle eut la joie de voir la population de ces deux villes improviser en son honneur, sous la conduite des Comités locaux de l’Union Patriotique, une réception non moins triomphale, mais également marquée de l’exhibition des pancartes et des bannières réclamant l'Indépendance et la Souveraineté nationales.

Partout où ont été arborées nos inscriptions elles formaient un ensemble, se complétant les unes les autres.— Voici comment se présentaient celles que le Sénateur Pomerene a généreusement qualifiées, d’incendiaires

— Le Peuple des Etats-Unis a été induit en erreur. — Haïti sera-t-elle votre Irlande ?

— Haïti sera-t-elle votre Belgique ?

— Haïti sera-t-elle votre Congo ?

— Trois mille Haïtiens massacrés demandent justice.

— L’autonomie d'Haïti.

— La restauration de nos institutions.

— Donnez-nous la liberté ou la mort !

— La jeunesse de Port-au-Prince a foi en la justice du Peuple des Etats- Unis. Elle réclame la liberté du Peuple haïtien confisquée, le retrait de l'Occupation, l’abolition de la Convention imposée à ce Peuple.

— Espérance, Jeunesse enfantine.

— Bienvenue cordiale à nos Hôtes.

De son côté la Ligue de la jeune Haïti s’est rendue responsable de ces inscriptions horrifiantes :

— Réclamons du Président Harding l’exécution des promesses du’ citoyen Harding.

— Protestons avec le Président Harding contre la Constitution Franklin- Roosevelt.

— Réclamons évacuation du territoire et suppression immédiate de la loi martiale.

— Réclamons une politique honnête, loyale et franche.

— Réclamons le droit de disposer librement de nous-mêmes.

— Désirons vivre amis, non sujets ni esclaves des Etats-Unis d'Amérique.

— Vive Haïti libre, mdépendante et souveraine.

— Vive une Amérique juste et respectueuse du droit des faibles.

L'Union Patriotique est une grande Association haïtienne, qui rallie à son programme d’action la très grande masse des populations du pays. Elle a pour objet essentiel de travailler à faire lever les restrictions mises par les Etats-Unis au plein exercice de l’indépendance et de la Souveraineté de notre Nation. Pour cela elle n’entend se servir que de moyens pacifiques. Il n’y a pas de doute que, proscrivant la violence et ne cessant de recommander au Peuple Haïtien de faire crédit de justice et de loyauté au peuple des Etats- Unis, elle n’ait aidé et n’aide au maintien de la paix publique. Tous ceux que leurs fonctions préposent au même office, notammert les agents militaires des Etats-Unis, sont ainsi ses obligés — qu’ils le reconnaissent ou non. Personnellement, si le terme d’agitateur s'entend d’un perturbateur politique ne visant qu’au désordre et n’aspirant qu’à des satisfactions d’ambition personnelle, toute ma vie le repousse.

Je suis arrivé à l’âge de 55 ans, sans avoir jamais été dans mon pays ni Ministre, ni Sénateur. ni député.— Il ne m'aurait pas été très difficile d’occuper ces fonctions, mais il m’a suffi de celles de professeur à l’Ecole Nationale de droit, de Juge au Tribunal de Cassation, de Ministre plénipotentiaire d'Haïti en France et auprès du Saint-Siège.

Je n’étais pas accrédité depuis 3 ans auprès du Gouvernement Français, quand la République d'Haïti eut à faire l’épreuve d’un nouveau Chef d’Etat.— Le Gouvernement de la République Française, n’ayant pas réussi à voir agréer sa demande amicale de me faire maïntenir à mon poste, où disait-il, je m'étais acquis en peu de temps la considération générale, m’offrit la rosette d’officier de la Légion d'Honneur que je porte avec fierté, à côté de celle d’officier de l'instruction publique, par quoi il lui a plu de reconnaître mes constants efforts pour la propagation de la culture française.— Quoique absent de Paris, j'ai eu, il y a trois ans, l’heureuse surprise de recevoir de la Société de Sociologie la nouvelle qu’elle m’avait choisi pour faire partie de son Bureau triennal, avec MM. Alexandre Ribot, le Prince Roland Bonaparte, Yves Guyot, H. Bergson.

Je lui appartenais déjà, en qualité de membre associé de l’Institut International de Sociologie.

Si je donne ces références, Monsieur le Directeur, ce n’est pas dans le vain et futile dessein de me faire valoir, c’est afin d’attester au Sénateur Pomerene qui a cru peut-être me diminuer sans me connaître, que je ne suis pas le vulgaire révolutionnaire qu’il s’est imaginé, sur la foi de rapports insuffisamment contrôlés. C’est contre l’anarchie, développée par le régime qu’a instauré en mon pays ‘intervention des Etats-Unis que j’ai entrepris la lutte, c’est pour le retour à l’ordre légal, pour la restauration du droit violé, que je suis sorti de ma retraite volontaire.— Je lisais tout récemment dans la grande Revue libérale de New-York, The Nation, que, parmi les agitateurs et les mécontents dont M. le Sénateur Pomerene fait les seuls adversaires de la domination des Etats-Unis à Haïti et dans la République dominicaine, il faut compter Monseigneur Nouel, Archevèque de Santo-Domingo, le Cardinal Mercier des Antilles.

« Mécontent, s’écrie le Directeur de la Revue, il l’est, oui-da ! — Dieu le bénisse » ! Mécontent de la tyrannie et de l’oppression étrangères ! C’est un agitateur, — n’en doutez pas — pour la liberté, pour la justice, pour le droit

divin des peuples à diriger eux-mêmes leurs destinées.»

Nous tous qui livrons le même combat contre toutes les formes d’impérialisme, nous acceptons d’être qualifiés d’agitateurs, pourvu qu’on nous conèd est à 1 nière des J d’Arc, des John B des B d cède que c’est à la manière des Jeanne d’Arc, des John Brown, des Byron, des Lamartine, des Wilberforce, des O’Connel, des Rossi. des Kosciusko, des Jose

Marti, des Adolphe Nouel.

Il me reste maintenant à vous dire, Monsieur le Directeur, ce qu’a été la récente Enquête Sénatoriale menée à Haïti et dans la République dominicaine : une cruelle mystification !

Union Patriotique Comité Central

L'ACTION POUR HAITI AUX ETATS-UNIS 2 Février 1922

Monsieur l’ Administrateur du « Courrier Haïtien »

En Ville.

Monsieur l’Administrateur,

Après M. Johnson, après le Dr. Gruening, après M. Angell, M. Villard a tenu à donner à l’Union Patriotique l’assurance que la volte-fase inattendue de la Commission d’Enquête n’a en rien ébranlé la confiance ni diminué l’énergie des défenseurs de notre cause aux Etats-Unis. Ce n’a été qu’un stimulant à intensifier leur effort. Tous ils prennent part à la bataille qui continue de se livrer devant l’opinion.— Dr. Gruening, M. Angell lui-même, récemment en meeting à Boston, Mrs. Weed, Miss Foley, MM. James Johnson, Seligman et les autres, moins connus de nous. L'intervention du Sénateur King a été une nouvelle preuve de l’efficacité de leur action.

Mais ce à quoi nous semblons ne pas penser, c’est qu’ils sont seuls à supporter en ce moment les frais de cette rude campagne. Notre insouciance et notre inertie sur ce point ne sont pas sans les préoccuper, car ils prévoient une lutte de longue haleine. Comment sans contribution de notre part travailler à nous rendre libres ?

« Nous voulons aller jusqu’au bout, nous écrit M. Villard, si les Haïtiens sont décidés à tenir, mais rendez-vous compte de nos charges. Qu'ils nous aident à les aider.»

M. Villard est un terrible apôtre. Il s’est voué à l’affranchissement de l'Irlande, et l'Irlande est aux trois quarts libérée. Il a pris à cœur l’autonomie des Philippines, et voici que le Président Harding, mettant de côté la suggestion des Enquêteurs officiels de maintenir l'Occupation de cet Archipel, a déclaré qu’il ne décidera rien, sans avoir en main les contre-propositions des Philippins.

M. Villard a maintenant Haïti sous sa garde. Ceux qui lui font échec l’auront en face d’eux, jusqu’à ce que notre droit soit rétabli. Aïdons le à nous aider.

L'Union Patriotique fait encore une fois appel à tous les patriotes haïtiens. Notre souscription nationale reste ouverte. Que partout des fêtes s’organisent au profit de l’œuvre libératrice.

Que dans toutes les associations, dans. toutes les familles, il y aït un coffret spécial, où sera déposé quotidiennement le sou de la délivrance. Ne cessons plus d’y penser. Si peu que ce soit, chaque obole comptera, pourvu que chacun verse la sienne.

Peut-être n’arriverons-nous pas à faire ainsi tout ce que nous voudrions (car le pays s’est appauvri) ni même tout ce que nous devrions à notre propre

rédemption, mais nous aurons du moins fait quelque chose pour la sauvegarde de l’honneur national.

Veuillez agréer, Monsieur l’Administrateur, nos sincères civilités.

Pour le Bureau signé : Georges Sylvain, M. Morpeau, P. Thoby, C. Rosemond, H. Baussan.

(« Le Courrier Haïtien » no. du 4 février 1922)

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