LE MEETING
À l’unanimité des voix, DOUZE CENTS citoyens de la Capitale ont
voté des motions condamnant d’ores et déjà les mesures électorales que le Gouvernement compte adopter.
C’est avec le plus grand empressement que le public de Port-au-Prince à répondu à l'invitation qui a été faite de prendre part au meeting qui eut lieu le mardi 22 août courant, de 5 heures et demie à huit heures du soir, à Parisiana et dont « La République » avait pris l’initiative.
Une affluence considérable a tenu à prendre part à cette réunion pacifique des citoyens de la Capitale, invités à émettre leur opinion sur la crise politique actuelle et à proposer, par des résolutions discutées et votées par l’ensemble de l’Assemblée, des moyens propres à dénouer, dans l’intérêt du Pays, cette crise.
Bien que ce fût pour la première fois dans nos annales politiques que pareille institution eut à fonctionner d’une part, et que de l’autre, tout a été mis en œuvre par les adversaires du meeting pour en contrarier la réussite, le succès le plus complet a couronné cependant l'initiative de « La République ».
Tout ce que Port-au-Prince compte de plus notoire dans le barreau, la magistrature, le monde politique, le monde littéraire, dans le commerce et les affaires, en dehors du Corps Législatif dont la présence était naturellement indispensable, a été représenté à cette manifestation patriotique.
L’Occupation américaine elle-même, dans la personne d’une dizaine de e x LA] HA e- - 9, ..,e e | « Marins », à part la délégation de la Gendarmerie d'Haïti, a voulu suivre d’un bout à l’autre, les travaux de l’Assemblée.
L'animation la plus grande et la mieux ordonnée, l'intérêt le plus vif, l'enthousiasme le plus beau, telles auront été les caractéristiques dominantes du meeting qui demeurera un événement politique d’une très haute portée.
Et ce sera dans la plénitude complète de leur raison et de leur conscience qu'après une claire et judicieuse discussion des différents points de l’ordre du jour, que plus de douze-cents citoyens voteront avec la discipline la plus parfaite les diverses motions qui auront résumé les fins iQ ce on s'était réuni.
La motion la plus importante, la plus essentielle votée Hs le. Meeting, disons-le tout de suite, consiste :
lo — Dans la protestation la plus formelle contre tous actes, Hétetes lois qu’en dehors de la Constitution le Pouvoir Exécutif pourra, de proprio motu, prendre à l’encontre de la volonté nationale.
20 — Dans l’abstention la plus rigoureuse par le pays tout entier de prendre part aux élections illégales que le gouvernement compte entreprendre avant le 10 janvier 1917, pour la réunion d’une Constituante.
À 5 heures et quart, M. Georges Sylvain, ancien ministre plénipotentiaire d'Haïti en France, ancien Directeur du journal « La Patrie », prend place sur l’estrade ayant à ses côtés, M. Hénec Dorsainville, Secrétaire de l'Ordre des avocats de Port-au-Prince, directeur de la Revue Hittéraire « L’Essor y, et de M. Elie Guérin, Directeur du journal « Haïti Intégrale ».
Par une brève allocution, dans la forme élégante et précise qui lui est coutumière, le Président du Bureau provisoire définit le caractère de la réunion. C’est la première expérience de ce genre qui ait été tentée dans notre capitale. Non pas qu’à d’autres époques elle n’eût été possible. À en croire certaines gens, avant J’ère présente rien de bon n’a existé chez nous. Pour ne citer qu’une période historique notoire, sous Boisrond, au temps où l’on voyait un Président de la République sortir à pied de son Palais pour aller déposer un Bulletin de vote dans l’urne électorale en faveur du candidat de son choix, que cela n’empêchait pas les électeurs de blackbouler, l’institution des meetings auraït été chose toute naturelle, On ne s’en est pas avisé à ce moment, voilà tout ! « De quoi s’agit-il, en somme ? Elargir le cercle de la traditionnelle « audience » quotidienne, faire entre cinq cents, entre mille, ce qu’à trois ou quatre nous faisons sous nos galeries, sur le pas de nos portes, au coin de la rue avoisinante : deviser de ce qui se passe, exposer le plan que nous aurions suivi, « si au lieu d’être l’enclume, on était le marteau ». Afin de rendre son plein effet, l'entreprise doit être pratiquée en toute ingéniosité, sans autre dessein que de s’entr ’aider. à réfléchir sur notre sort commun et à en tirer des raisons d’agir du mieux possible, dans l’intérêt de la Patrie ».
M. Sylvain recommande surtout le calme, la modération, la léne mutuelle. Les gros mots, les personnalités violentes sont à proscrire de ces courtois échanges de vues entre gens de bonne éducation. Que chacun soït pour soi-même un gendarme vigilant, et tout ira bien ! Or, si tout se passe bien, le profit moral n’en sera pas médiocre pour notre peuple: |
Une démonstration éclatante aura été donnée de notre aptitude à l’exercice de la liberté de réunion, et l’on n’aura pas de prétexte plausible à nous Fenlever désormais.
. . Après cette allocution, qui ouvre la série des applaudissements, M Hénec Dorsainville donne lecture de l’ordre du jour suivant : PA du