‹ Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925Chapitre 19 sur 38 · Formation du bureau définitif · texte numérisé non relu

Formation du bureau définitif

20.—Tableau rapide de la situation politique. 30.—Mise en discussion des questions suivantes.

(a) La convocation du Corps Electoral par le Président de la République et par les Secrétaires d'Etat pour l’élection d’une Assemblée Constituante, seraitelle conforme ou contraire au droit public haïîtien.

(b) Serait-elle opportune ?

(c) Quelle serait, eu égard aux circonstances, la conduite à tenir pour dénouer pacifiquement le conflit entre les Pouvoirs Exécutif et Législatif.

L'Assemblée est ensuite priée de désigner parmi ses membres ceux qui doivent former le Bureau définitif : un Président, et deux assesseurs. Elle vote par acclamation le maintien du même Bureau. Le Président remercie d’un mot et aborde le 2ème point de l’ordre du jour : Tableau rapide de la situation politique. |

Il décrit en quelques traits saisissants le malaise du pays :

Messieurs,

. On dit communément des Haïtiens qu’ils parlent beaucoup, mais n’agissent guère. Îl y a pourtant des cas où parler c’est agir. Quand le droit est violé, protester par la parole est mieux que de se taire. Quand la nuit se fait sur la route et qu’on chemine par des sentiers distants vers le but invisible, il faut donner de la voix pour s’encourager à la marche et s’indiquer en passant les fondrières. C’est la raison de notre présence ici ce soir. Un malaise indéfinissable pèse depuis quelque temps sur ce pays. Alors qu’à travers des vicissitudes douloureuses, inhérentes à la condition des peuples libres, il cherchait péniblement son équilibre, l'étranger est survenu, qui a dit : « Puisque décidément vous ne pouvez pas vous entendre, je prends tout sous ma garde, recettes et dépenses, c’est moi désormais qui commande : moyennant quoi, vous aurez la paix ». Et les mandataires officiels de la nation, gardiens jurés de ses libertés et de son indépendance, ont dit, de leur côté : « Contractons aux conditions qu’on nous propose, puisque l'étranger est maître de nous en infliger de plus dures ». Ainsi verrons-nous par lui notre sort s’améliorer.

Près d’une année a passé. Le peuple, qui reste toujours tranquille, tant que les dirigeants — et ceux qui sont au pouvoir et ceux qui désirent y être — veulent bien le laisser en repos, le peuple a usé de sa patience habituelle. Et quelques bons apôtres d’en conclure : « Voyez ! la paix règne ! » Maïs dans les familles, même celles qui jadis jouissaient d’une honnête aisance, on a de jour en jour plus de mal à vivre. L’inquiétude et l’insécurité sont dans les esprits. Le rendement du travail n’est plus le même. Les affaires sont suspendues. Bien rares sont les Haïtiens, à qui l’avenir apparaît encore sous un aspect rassurant.

Or à cette crise économique et sociale est venue se juxtaposer, du fait des gouvernants, une crise politique. Nous n’en avions nul besoin. Au moment donc où on s’y attendait le moins, Pouvoir Exécutif et Pouvoir Législatif, qui jusque-là

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