HISTOIRE D'UN PROJET DE MINISTERE
Le jeudi 8 mars, le Sénateur protestataire L. C. Lhérisson, recevait la visite de M. le Général Butler, Chef de la Gendarmerie d'Haïti, qu’il ne connaissait pas et que lui présenta M. André Chevalier. |
M. Butler, s’autorisant de son titre de « fonctionnaire haïtien », venait, avec l’assentiment de M. le Président Dartiguenave, le solliciter de coopérer avec quelques-uns de ses amis politiques à la formation d’un cabinet ministériel. Il s’agissait de constituer sous la présidence de M. Dartiguenave, un gouvernement, qui, fort de l’appui des Chambres, fut capable de dénouer la crise politique et de ramener dans le pays l’apaisement et la stabilité.
La seule condition qu’on y mettait était le maintien de M. Edmond Héraux au ministère des Finances.
Le sénateur Lhérisson objecta qu’il serait difficile de trouver des hommes de valeur, bien prisés dans l’opinion, qui consentissent à figurer dans un ministère de replâtrage à côté d’un membre quelconque du précédent cabinet. Il ne déclinait pas cependant la mission et consulterait ses amis.
Il se mit, en effet, aussitôt en rapport avec les leaders du groupe d’opposants qui ont pour organe le journal « La République » et leur fit part des ouvertures qu’il venait de recevoir.
On se récria : entrer en contact avec l’homme du 5 avril, grand merci !.…
Il fallut se chapitrer durement pour dominer ce premier mouvement de révolte. On finit par décider qu’il serait en principe, fait bon accueil à la proposition présidentielle, sauf à en débattre les conditions.
Au cours de trois autres entrevues que le Chef de la Gendarmerie eut avec le Sénateur Lhérisson, le 9 et le 10 mars, les noms de MM. Georges Sylvain, Etienne Mathon, Price Mars furent désignés pour représenter lOpposition, ds concert avec M. Lhérisson dans le Cabinet Ministériel. Aucun des trois n’avait pris part aux pourparlers engagés, mais ils en avaient été informés et leurs amis croyaient pouvoir répondre de leur acquiescement.
Le point difficile restait le maintien du Ministre des Finances.
Mr. Butler expliqua que le Dr. Héraux, ayant, depuis deux mois, collaboré avec M. Ruan à l'élaboration d’un plan de réorganisation financière, dont le projet d’Emprunt formait la base, il ne paraissait guère possible de renoncer à son concours, sous peine de tout remettre en question.
En recevant les noms de MM. Mathon, Price Mars et Sylvain — tous trois inconnus de lui, — Mr. Butler s'était fait donner quelques brèves indications sur les fonctions qu’ils avaient occupées. Il félicita M. Lhérisson du beau succès de sa démarche.
Soumise au Président Dartiguenave, la liste selon l’avis qui nous fut transmis ne souleva de sa part aucune objection.
Pour y assurer une plus large représentation aux divers groupements de l’Opposition, Mr. Butler, à son dernier entretien, donna à entendre que le Gouvernement allait revenir au chiffre constitutionnel de six ministres : on pourrait donc réserver un portefeuille à un ami du Général, Charles Zamor.
Il se proposait de télégraphier à celui-ci en conséquence et comptait que dès le 12 mars, le Chef de l'Etat serait entré directement en communication avec les membres du futur cabinet.
M. Lhérisson ne manqua pas, une fois encore, d’attirer l’attention de son interlocuteur sur la difficulté de conserver au Ministère le Dr. Edmond Héraux. C’est à cette phase des négociations que, réunis chez le sénateur Pouget, MM. Lhérisson, Mathon et moi, — M. Price-Mars n’ayant pu descendre de Pétion- Ville, — mais nous ayant donné l’assurance de son adhésion, nous décidâmes, en premier lieu, de renoncer à toute combinaison ministérielle qui n’impliquerait pas l’effacement total du cabinet Héraux-Borno-François pour la raison que l’opinion publique mise au courant (par d’autres que nous) des démarches du Général Butler, s’était énergiquement prononcée contre tout projet de replâtrage.
Notre force nous venait de notre accord avec l’opinion. Même si nous avions été d'humeur à ne pas tenir compte de ses indications dans le cas présent, nos amis ne nous auraient pas suivis. Plusieurs d’entre eux étaient des députés et des candidats au Sénat, nous avaient manifesté nettement leur opinion sur ce point.
Quoique le Dr. Edmond Héraux eut avec nous d’excellentes relations personnelles, nous jugions impossible son maintien dans un ministère appelé à faire œuvre d’apaisement et à donner pour fondement à la stabilité gouvernementale le libre exercice du contrôle législatif,
Associé à tous les actes inconstitutionnels qui ont déterminé la crise actuelle, quelle serait son autorité morale pour décider de l’indispensable retour à la légalité.
Ministre des Finances sous le Gouvernement Théodore, il avait eu à liquider un emprunt qui allait inévitablement lui susciter des difficultés avec le Corps Législatif. Si l’affaire ne tournait pas à son avantage, ce serait une autre crise ministérielle en perspective. Pouvions-nous en assumer la responsabilité ? A situation nouvelle, ministres nouveaux.
Nous décidâmes, en second lieu, de n’accepter le ministère que sur un programme défini, comportant essentiellement le respect des lois et la légalité devant la loi, le maintien de nos relations traditionnelles avec les pays étrangers.
L’exécution stricte et loyale de la Convention de 1915 entre Haïti et les
Etats-Unis, impliquant la suppression à bref délai du régime d’exception qui devait logiquement disparaître par la mise en vigueur de cet accord diplomatique : loi martiale, cours prévôtales, confiscation des services civils :
Le contrôle des recettes et des dépenses de l'Etat par les autorités haïtiennes qui y sont légalement préposées ;
La réglementation légale du statut des fonctionnaires, en rendant les emplois publics seulement accessibles au mérite ;
Une meïlleure distribution de la justice en relevant la dignité et le prestige des fonctions judiciaires :
Le développement de l’enseignement et de l’éducation populaire notamment de l'instruction professionnelle ;
La protection du travail sous toutes ses formes ; La mise en valeur de toutes les ressources du pays :
L'application prompte des mesures propres à assurer la sécurité des campagnes :
De l’adoption de ce programme sommairement exposé ci-dessus, et de la retraite totale du cabinet nous faisions la condition formelle de notre concours.
Avant de nous séparer, nous convinmes de la désignation d’un Ministre des Finances pour le cas où l’idée du maintien obligatoire du Dr. Héraux serait abandonnée.
Le lendemain 11 mars, Mr. Pauléus Sanon, dans une conversation avec Mr. le Général Cole, Chef du Corps Expéditionnaire des Etats-Unis, eut l’occasion de lui faire connaître les points où nous nous étions fixés et de pressentir son opinion sur les parties de notre programme qui concernaïent l'Occupation.
De lui-même, Mr. Cole déclara qu’il était au courant de la démarche du Général Butler et qu’il y prenait intérêt. ,
Il confirma les motifs pour lesquels le maintien du Ministre des Finances lui paraissait désirable. Pour le surplus, il affirma que les Etats-Unis n'avaient nul désir de prolonger indéfiniment le régime de la loi martiale et des mesures d'exception qui s’y rattachent. Si on ne les a pas encore levées, c’est que la situation reste toujours instable. Mais graduellement on s’achemine à leur suppression.
Ce sera chose faite dès qu’aura pu fonctionner un cabinet capable de dénouer la crise actuelle et donnant des garanties sérieuses de capacité et de solidité.
Depuis cet échange de vues on a, dans les sphères officielles, semé le bruit que Mr. Butler aurait été désavoué par le Président Dartiguenave.
Sans faire d’un tel propos, plus de cas qu’il ne convient, nous considérons que la démarche tentée auprès de nous ne saurait plus avoir de suite et, pour couper court aux racontars plus ou moins fantaisistes, j’ai pris l’initiative d’en publier le récit.
Les journaux du Gouvernement affectant de nier que l'Opposition ait été sollicitée d’entrer dans le prochain cabinet, le Général Butler fait paraître la déclaration suivante :
D'ÉCEAR ADI ONE:
Gendarmerie d'Haïti
Quartier Général
À propos de certains articles qui ont paru dans les journaux de Port-au- Prince concernant l’ex-sénateur Lhérisson je fais la déclaration suivante :
« Le jeudi 8 mars 1917 vers les 5 heures et demie du soir, je me suis présenté chez l’ex-sénateur Lhérisson pour savoir de l’un des citoyens les plus respectables d'Haïti s’il accepterait ou non d'entrer dans le Cabinet au cas où le Président de la République jugerait convenable de s’adresser à lui.
J'ai demandé en même temps au sénateur Lhérisson de me suggérer des noms d'hommes proéminents dont la présence dans le Cabinet amènerait dans son opinion la cessation des difficultés politiques qui tendent actuellement à retarder l’amélioration de la situation d'Haïti.
Son Excellence le Président de la République m'a autorisé à déclarer que ma visite au sénateur Lhérisson a été faite dans l’intention de servir les meilleurs intérêts de la République et qu’il en avait « pleine connaissance et avait approuvé » cette démarche de ma part avant de l’avoir entreprise ».
(s) D. BUTLER Général de Division
Chef de la Gendarmerie « La République », du 24 mars 1917
Cependant, l'Occupation Américaine investie du Pouvoir multiplie les abus : brimades des citoyens dans les villes, intellectuels condamnés pour la moindre vétille aux travaux forcés, atrocités commises dans les campagnes, soit pour soumettre les paysans à l’ancien régime de la corvée remis en honneur, soit sous le prétexte de réprimer les soulèvements des cacos. L’opinion publique aux Etats-Unis s’en émeut. Au début de l’été 1920, la Société pour l’Avancement des gens de couleur décide de mener sa propre enquête. James Weldon Johnson et H. Seligman sont envoyés à Port-au-Prince.
Au mois d'août 1920 la situation s'aggrave, les agents de l'Occupation entrant directement en conflit avec le gouvernement.
Reprenons le journal de Georges Sylvain :
9 août 1920.—Grand bruit dans le Landernau politique. « ne Gouvernement Dartiguenave est à couteaux tirés avec les Américains ». On lui a deman-
dé : lo) d'accorder à la Banque d'Haïti, pour qu’elle devint entièrement américaine, le monopole de l’importation de l’or ; il a refusé ; 20) de revenir sur une loi, votée par le Conseil d'Etat et mettant fin à la liquidation des biens allemands : il a refusé ; 30) d’annuler la loi qui, interprétant sa Constitution pseudo-plébiscitaire, met des conditions restrictives à la propriété immobilière des étrangers : il a refusé. Et comme par surcroît, on lui demandait le renvoi de ses ministres, il a déclaré que son Cabinet ne partirait qu’avec lui.
Le « Moniteur » a publié samedi (7 août) à la suite d’un Message présidentiel lu au Conseil d’État à sa séance de clôture, deux des pièces du procès : Memorandum de M. Mac-lihenny, Conseiller Financier et contre-mémoire du Ministre des Finances. Ces documents découvrent un coin du voile derrière lequel se trafiquent depuis 5 ans les affaires de la République. Nous apprenons par Mr. Mac-Kinley qu'aucune mesure législative ne se prend qu'elle n’ait été préalablement soumise au Ministre des Etats-Unis. Ce personnage, à qui le traité ne donne aucun pouvoir dans la conduite intérieure de nos affaires, les dirige en réalité à son gré. Et pour qu’il y eut un semblant de résistance de la part de nos étranges gouvernants, il a fallu que les rapports se fussent complètement aigris, au point qu’on en est à s’infliger des démentis publics.
Le Conseiller Financier affirme qu’étant allé présenter au Président d'Haïti les mesures adoptées par le Département d’Etat (à Washington), le Président s’y est déclaré favorable. Mais à sa grande surprise le Ministre des Finances lui a ensuite notifié qu’on était contre. La réponse du Président est plutôt faible. Il a parlé non comme Chef d'Etat, mais à titre privé, dans une conversation où il ne donnait que son opinion personnelle. C’est le Conseil des Secrétaires d’Etat qui seul a qualité pour engager la responsabilité du Gouvernement Haïtien. Sur un point, il proteste qu’on lui fait dire le contraire de ce qu’il a dit. Le Con:seiller Financier reconnaît qu’il a soutenu que les mesures préconisées à propos de l’importation de l’or n’étaient pas opportunes, comment aurait-il pu s’engager ensuite à faire voter les mêmes mesures dans une loi ?
Cette question de l’importation de l’or est le nœud de la discussion. La National City Bank a été encouragée par le Département d’Etat à prendre en main notre service de trésorerie en se substituant à l’Union parisienne. Après s’être fait un peu prier, la City Bank a pris l’affaire à option de 6 mois. Dans l’intervalle, on a essayé d’arracher au Gouvernement d'Haïti la prohibition de la monnaie d’or étrangère, que seule la Banque d'Haïti aurait la faculté d’importer, selon l’appréciation du Conseiller Financier. Du coup, l'Angleterre et la France ont protesté, dit-on, au nom de la liberté du commerce international.
Le Conseiller Financier déclare que le Gouvernement haïtien est lié par la Convention du retrait signée à Washington entre la City Bank, la Banque d'Haïti et le Ministre d'Haïti aux Etats-Unis. Le Gouvernement riposte que cette Convention ne contient pas la clause de prohibition, insérée après coup par on ne sait qui. La Convention, devenue loi nationale, prévoit que pour assurer la stabilité du taux de l’or pendant les opérations du retrait, le Gouvernement aura la faculté, selon l'appréciation du Conseiller financier, de restreindre les quantités d’or importées sur le marché mais autre chose est une telle prévision,
autre chose le monopole de l’importation accordé à la Banque d'Haïti. Le bruit court qu’en présence de la protestation des Gouvernements anglais et français, la City Bank ne trouvant plus intéressante la succession de l’Union parisienne a renoncé au transfert. Du coup, la Convention du retrait tomberaït à l’eau, puisque les nouveaux billets de Banque devaient s’émettre sous la garantie de la
City Bank.
En ce qui concerne le droit de propriété foncière aux étrangers, la Constitution semble bien ne l’accorder que sous des conditions de résidence et en vue d'établissements domestiques, industriels, agricoles ; mais elle ne précise pas, si bien qu’une loi du Conseil d'Etat l’a complétée sur ce point. En vertu de la loi, les acquisitions faites contrairement à ses dispositions sont considérées comme violant un principe d’ordre public et tombent. Les étrangers regimbent, naturellement, — Dartiguenave a envoyé au « Nouvelliste >» (du 6 août) une note demandant l’avis des juristes. Après avoir promis à Chauvet d’étudier la question, je lui ai fait connaître mon opinion, Les seules dispositions légales qui comptent en la matière sont celles que consacre la Constitution votée par l’Assemblée Nationale en 1916. Tout le reste est en dehors du droit.
La politique impérialiste des Etats-Unis, dans ses procédés d’exploitation des peuples faibles, commence à soulever de vives protestations. Dans « The Nation », revue américaine, M. Seligman consacre deux articles à la « Conquête d'Haïti » et à la « Conquête de la République Dominicaine ». Il raconte que ce qu’il a vu et entendu n’est pas à l’avantage de sa nation. On signale un rappori de Mr. Elliott, Président du Conseil d'Administration de la « Haytian American Sugar Company >» qui est accablant pour les agents que les Etats-Unis ont déversés sur les finances et les douanes d'Haïti. Mr. Johnson, le délégué de la Ligue des gens de couleur qui nous a récemment visités a annoncé une série de conférences et un rapport.
À propos de cette facilité à manquer de parole qui déconcerte tant les Yankees dans Dartiguenave, quelqu’un me faisait remarquer que ce type complet de politicien haïtien est dans la pure tradition de sa race. La force de l’'Haïtien est-dans sa faculté de se dérober. Il ne dit jamais non. Mais dans sa façon d'approuver — ou d’en avoir l’air — il y a des altérations, des restrictions, des réserves mentales, presque à l'infini. Et quand ainsi il a réussi à tromper létranger, c’est une délectation intime. « Pété blanc, nannan nèg ». Quand c’est son frère de race qu’il abuse, le sourire est pour Dieu, qui voit tout et sait d'avance ce qui va s’ensuivre : « Ça nèg fait nèg, bon Düé ri ».
+ LS
16 septembre.—Un destroyer de la marine des Etats-Unis a amené hier dans nos eaux le Général qu’on dit être l’Inspecteur Général du Corps des marines et que notre Fort National a salué à son débarqué de 21 coups de canon. Il est accompagné du Général Butler, ex-chef de la Gendarmerie, dont le Gouvernement aurait, dit-on, demandé, il y a quelque temps, le rappel, à cause de son activité politique en faveur de son ami Edmond Héraux. Dans la visite que les deux généraux ont rendue au Président, celui-ci n’a trouvé rien de
mieux que de décerner une médaille d’or au dit Butler en reconnaissance de ses dévoués services à la cause de l’ordre. Dartiguenave, tout en cherchant à se poser en champion du nationalisme, ne néglige pas les occasions de rappeler au peuple haïtien qu’il n’a pas cessé d’être le politique qu’on a toujours connu.
A peine le Général Lejeune parti en tournée d’inspection dans le Nord, l’amiral Knappe, nommé, dit-on, chef naval des forces américaines affectées à notre île, est arrivé. On a remarqué que le navire qui l’a amené n’a pas salué la rade et qu’il est resté trois jours sans rendre de visite officielle au Chef de
PEtat.
17 septembre.—La visite a eu lieu ce matin en compagnie de Baiïlly-Blanchard (le même ministre qui a reconnu par écrit avoir donné l’ordre de ne pas payer ses indemnités au même Président dont il est venu boire le champagne officiel). On s’est protocolairement congratulé, maïs « l’incident en cours » n’a pas fait jusqu'ici un pas de plus. D’après la propagande, les navires de guerre en rade auraient débarqué nuitamment des troupes ici et au Cap. L’attitude de la population est aussi calme que jamais.
18 septembre.—L’amiral Knappe a eu une nouvelle entrevue avec les membres du Gouvernement. Visite d’affaires, cette fois. Rien d’officiel n’en a transpiré, mais on assure qu’il aurait dit au Président de passer l’éponge sur l’incident.
20 septembre.—Il se confirme que le Gouvernement des Etats-Unis retire ses malencontreuses propositions, à la suite de la vigoureuse campagne de presse, menée aux États-Unis par «The Nation» et «The Crisis ». Une lettre de Johnson accompagnant deux articles de lui sur Haïti dans ces deux Revues me dit que la « Nation » est un des organes de l’opinion libérale les plus édités là-bas. Seligman, un écrivain blanc, que l’Association pour les progrès de la race noire délégua en mission d’enquête ici il y a trois mois en même temps que lui, a ouvert le feu par deux articles documentés de la « Conquête d'Haïti » et la « Conquête de la République Dominicaine », où il a conté ce qu'il a vu et entendu. Sa couleur lui a ouvert l’accès auprès des officiers de l’Occupation militaire. Îl relate leurs propos.
Johnson cite du deuxième article de Seligman les détails biographiques donnés à propos de quelques-uns des agents civils, tirés presque tous du Sud des Etats-Unis, où le préjugé contre le nègre est le plus féroce. Ils n'étaient rien. Ce sont maintenant des personnages à grosses prébendes, dont les femmes roulent automobile aux frais de l’Etat haïtien. Johnson s’applique à démontrer que toute l’affaire haïtienne est menée par les financiers de New-York et aboutit à la National City Bank.
On nous signale un nouvel article consacré à l’incident Mac-Ilhenny avec publication des pièces officielles.
« Le Nouvelliste >» publie une lettre du Conseiller Financier notifiant le 2 août au Gouvernement d'Haïti que son « Gouvernement » renonce à exiger l'exécution du contrat de transfert de la Banque. Du coup, le monopole de l'importation de l’or étranger n’a plus de raisons d’être. Et comme de lui-même
le Gouvernement a annoncé officieusement son intention d'interpréter l’article constitutionnel relatif à la propriété immobilière dans un sens plus favorable aux étrangers, il ne restait plus en question que la faculté demandée pour le Conseiller Financier de disposer par des baux à long terme des biens du Domaine national, et le maintien de la liquidation des biens allemands aux séquestres. C’est cela qu’on serait censé avoir retiré... momentanément.