‹ Dix années de lutte pour la liberté, 1915-1925Chapitre 22 sur 38 · UT · texte numérisé non relu

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NOTES PRELIMINAIRES

Nous avons vu que la Convention une fois votée, « La Patrie », dont l’un des deux principaux ouvriers, le grand poète Edmond Laforest, était mort à la tâche — il se suicida dans sa piscine — cessa de paraître et que Georges Sylvain regagna plus ou moins la vie privée, sans cesser, toutefois, de s'intéresser au drame qui continuait à étreindre la nation. Nous avons rapporté ses notes intimes et aussi, le récit de sa participation au meeting de « Parisiana >» du 22 août 1916, qui témoignent de son intérêt jamais lassé à la cause nationale. Un fait d’une extrême importance allait le précipiter de nouveau dans la lutte active à laquelle, seule la mort devait l'arracher en août 1925. ji

En effet, en novembre 1920, dans une déclaration retentissorite Le aux correspondants des journaux américains qui avaient suivi la Cour Navale d’Enquête présidée par l'amiral Mayo, le Président de la République, Mr. Sudre Dartiguenave, formula en personne les griefs du Gouvernement Haïtien à propos de l’inexécution de la Convention du 16 septembre 1915. La déclaration se terminait comme suit :

« En résumé, le Gouvernement Haïtien est sous une tutelle humiliante par manque de coopération. Ses efforts pour collaborer de bonne foi sont vains, dédaignés et repoussés. Il semble qu’il n’existe pas entre les deux gouvernements, un contrat synallagmatique que les deux parties soient obligées de respecter ».

Cette prise de position du Président de la République provoqua une émotion extraordinaire non seulement en Haïti mais également aux Etats-Unis du Nord. L’aitmosphère était plus que jamais propice à l’intensification de la lutte nationale et pour atteindre cet objectif, une association permanente était indispensable : les amis de la cause haïtienne aux Etats-Unis le suggéraient. Sylvain et un groupe nationaliste se mirent à la tâche et ainsi renaquil L'Union Patriotique, qui dirigera la lutte pour l'Indépendance nationale jusqu’au triomphe final.

L'Union Patriotique est reconstituée. Mais pour qu’elle devienne la. vaste organisation d’envergure nationale qui va bientôt s'étendre à tout le pays, quelle somme de sacrifices et d'efforts ne va-t-1l pas falloir déployer : PA

On a souvent cru que son action s’est bornée à la campagne nähionalé menée en Haïti : cela eut déjà été valable et eut occasionné des frais appréciables s1 l’on se rend compte de l’ampleur du mouvement, de la vaste correspondance entretenue avec la province (chacun des comités est en contact avec le Comité Central dont il reçoit les directives au moins une fois la semaine), des meetings populaires et des réunions tenues dans les salles de cinéma, les cereles. et autres lieux publics. te

L'on ignore qu’en dehors de ses frais intérieurs, L'Union Patriotique doit assumer pour une grande partie les frais de publicité aux Etats-Unis, où un bureau organisé « La Société pour la Défense d'Haïti et de Santo- Domingo » fonctionne en permanence. Ajoutons à cela l'envoi à l'étranger de délégués qui,

Ms RER GEORGES SYLVAIN

mieux informés de la question haïtienne, peuvent mieux défendre la cause na- . tionale.

La première mission devait coûter plusieurs milliers de dollars. On imagine mal la somme d’efforts que représente la collection de telles sommes souscriptions, quêtes, kermesses, fêtes littéraires, journées de L'Union Patriotique ; c’est un travail de tous les instants auquel l’Administrateur-Délégué, harcelé de toutes parts, doit infatigablement répondre.

Cette question d’argent est un problème souvent insoluble ; pour y faire Jace, il multiplie les comités de province ; combien de lettres ne faut-il pas écrire ? Combien de sollicitations souvent infructueuses !

À peine leurs frais de départ réunis, les délégués partent pour Washington ; c’est chaque semaine que L'Union Patriotique organise des meetings, des réunions. Quelques passages seulement ont été trouvés des nombreux discours dont nous lisons l’annonce dans les journaux de cette époque.

Et c’est toujours la question d’argent qui y domine. De tous les points du globe il faut battre le rappel. Il s’agit de rallier tous les groupes qui collaborent à l’Opposition, de réaliser l’Union Nationale ; ne pas décourager leurs efforts et s'intéresser avec tact à leur action.

Malgré la lourde tâche de maintenir l'enthousiasme des populations, il faut aussi soutenir la flamme de ceux qui mènent la lutte au dehors.

Par des lettres personnelles écrites aux différents comités de province, une adresse de félicitations est obtenue de toutes les populations et envoyée aux délégués.

A l’intérieur, chaque semaine ces comités de province reçoivent des circulaires qui sont de véritables proclamations à cette armée pacifique tenue constamment en haleine.

Port-au-Prince, le 17 novembre 1920

Monsieur James W. Johnson,

Secrétaire Général de « The National Association for advancement of colored people »

70, Fifth Avenue, New-York.

Cher Monsieur Johnson,

Je vous confirme ma lettre du 13 de ce mois qui vous accusait réception de la vôtre du 23 septembre. Depuis, votre lettre du 5 novembre m'a été remise le 14 avec une bande de papier collée par la censure à New-York, ci-joint l’en-

veloppe.

Heocndant à vos vues, je m'occupe d’organiser, avec le concours d’un groupe d’Haïtiens, unis par leur commun dévouement aux intérêts de notre patrie, un meeting, où tous les citoyens de bonne volonté seront conviés à dire : lo) si, à leur avis, il est nécessaire et opportun qu’ un accord intervienne entre Haïti et les Etats-Unis pour changer le statut qui régit actuellement les rapports entre les deux nations, l’expérience ayant démontré que le statut actuel n’a pas donné les bons résultats qu’on s’en promettait ;

20) s’il n’est pas, du même coup, nécessaire et opportun que le régime politique, résultant à Haïti de l’intervention des Etats-Unis, soit modifié de façon que le peuple haïtien recouvre, sans équivoque, la direction de ses destinées, et reprenne, SOUS sa responsabilité propre, la faculté intégrale de gérer lui-même ses affaires, en pleine souveraineté et en pleine indépendance ;

30) en cas d’affirmation, quels seraient les moyens pacifiques les plus prompts et les plus efficaces pour réaliser cette double fin. Que penser notamment (a) de l’'abrogation urgente de la loi martiale et des entraves qu’elle apporte à nos libertés constitutionnelles, notamment à la liberté de parler et d'écrire, déja limitée en une juste mesure par notre loi nationale ; (b) de la constitution immédiate d’une Union des patriotes haïtiens, dont serait tiré un Comité Exécutif, siégeant en permanence, ayant mandat de coordonner son action avec celle de l’Association nationale pour l’avancement des gens de couleur, établie à New-York, et des autres groupements qui travaillent à l’amélioration du sort d'Haïti ; (e) de l’envoi à bref délai d’une mission aux Etats-Unis pour y coopérer au succès des démarches et des mesures favorables à notre cause nationale. Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant des résultats obtenus.

Il importe que vous soyez tout de suite averti que nous nous proposons d'agir, mes amis et moi, en dehors de toute ingérence gouvernementale — les circonstances nous y obligent. Contrairement à ce que vous pourriez penser et à ce qu'impliquerait une déduction logique, le Gouvernement Haïtien qui à pris l’initiative de dénoncer à la nation et de rendre publics ses démêlés avec les agents des Etats-Unis (non désavoués jusqu’à présent par le Département d’Etat) persiste à couvrir d’un bill de satisfaction l’Occupation militaire, malgré la gravité des actes relevés à sa charge. On dirait qu'après avoir provoqué le mouvement de protestation, qui a gagné même une partie de la presse des Etats- Unis, il s’arrête aux conséquences de son propre fait, interdit de les voir se dérouler, sans les avoir prévues. Il s’est donc mis à l’écart du sentiment national. S’étant isolé de nos griefs, il lui serait difficile de s’associer à nos revendications.

Je crois que nous n’aurons aucune difficulté à placer un certain nombre d'exemplaires de votre brochure, dont l’envoi m’a été d’autant plus agréable et précieux que la poste ne m’a jamais remis les 4 numéros de la Nation qui les contenaient. Mais la différence de langage s’opposera toujours chez nous à la complète expansion de cet intéressant ouvrage. x f

Si vous nous y autorisez, nous pourrons le traduire en français: et en propager la traduction imprimée à travers tout le pays. Les frais d’impression une fois déduits, nous vous enverrions le surplus du produit de la vente. C’est surtout le papier qui coûte. Notre entreprise serait facilitée si le fournisseur

de votre imprimeur pouvait nous expédier à l’adresse de la maison Estève & Co. à Port-au-Prince qui pour l’expédition le mettrait en rapport avec un de ses commissionnaires de New-York, …. rames du même papier que votre brochure. Le prix lui en serait payé à la livraison. Je vous remercie particulièrement de la mention élogieuse que vous m'avez consacrée à votre chapitre IV. Permettezmoi seulement de vous signaler comme nos deux meilleurs poètes, MM. Etzer Vilaire, encore vivant, et Edmond Laforest, mort, tous deux de la ville de Jérémie, et comme notre plus important écrivain en prose, M. Justin Dévot, juge au Tribunal de Cassation.

Pour. ce qui me concerne, vous aurez peut-être intérêt à noter que j'ai été l'objet d’un double hommage, qui s’est adressé plutôt à ma nation et à ma race qu’à ma personne : et c’est pourquoi je vous en parle. En 1910, l’Institut International de Sociologie m’a élu membre, à la mort de mon compatriote, Mr. A. Firmin, désirant que la race noire continuât d’être représentée parmi les savants qui le composent. Mr. À. Firmin avait été le premier de nos congénères, jugé digne de cet honneur.

Au départ du Président Antoine Simon, dont le Gouvernement m'avait accrédité en France en qualité de Ministre plénipotentiairé. le Gouvernement Français demanda officiellement au nouveau Président de notre République, M. Leconte, de me conserver à mon poste, en témoignage de la cordialité des rapports entre les deux pays amis, parce que, à ce poste, ajoutait-il, je m'étais acquis en peu de temps (deux ans) la considération générale.

Une dernière remarque, avant de prendre congé de vous. Ayez la bonté de retenir que mon nom est Sylvain, — pas Sylvaine.

Madame Sylvain se joint à moi pour vous adresser, ainsi qu’à tous les vôtres; nos meilleurs souhaits.

Toujours à vous bien cordialement, Georges Sylvain

P.S.—On nous apprend que Mr. Mac-Ilhenny, comptant sur la reconnaissance de nos gouvernants, serait en train de nous doter d’un emprunt, au moment où il vient d’être dévoilé que, à l'abri de la rubrique « dépenses extraordinaires », ïl serait sorti de notre caisse publique, sous le régime de la Convention, 7 millions de dollars, jusqu'ici injustifiés.

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