RE LEE
ER
NOTES PRELIMINAIRES
Cependant, en dépit des difficultés d'argent, les délégués ont pu accomplir leur tâche, créer des contacts, réveiller l’opinion publique américaine, remettre leur Mémoire à la Commission sénatoriale d’Enquête. Sténio Vincent prolonge son séjour pour y déposer en personne.
La campagne de L'Union Patriotique s’intensifie : articles aux journaux, meetings, recherche et interrogatoire dans tous les points du pays des témoins qui doivent venir déposer à Port-au-Prince. Ce que coûte cette campagne intensifiée en labeur et en argent, la correspondance en fait foi.— On y retrouve comme un leit-motiv, comme un rappel douloureux, l’incessant souci de la question d'argent (lettres à Villard, réponse de Gruening, lettre à Johnson,
demandes de fonds).
Nous voici à la veille de l’arrivée de la Commission d’Enquête.
La petite halle de la Rue Pavée en face de «La Glacière », à la fois cabinet d'avocat de Georges Sylvain et bureau central de l’Union Patriotique, est le siège d’une activité inusitée ; des jeunes gens et des jeunes filles auxquels s’est jointe la jeune journaliste américaine, Miss Foley, leurs manches retroussées, pinceaux à la main, préparent les pancartes de la manifestation.
Pas de téléphone mais des estafettes rendant compte de l’organisation dans les divers quartiers de la ville.
Un camion vient de rentrer rempli de «témoins ».— Où les loger ? Ils viennent de Maïssade et sont couverts de poussière. On se les partage, chacun des membres présents en prend un, voire même deux.
Il en manque encore beaucoup. Assis devant une petite table près du bureau chargé de paperasses, l’infatigable et modeste Herman Chancy contrôle les listes. Jusqu'à présent une soixantaine seulement sur les huit cents inscrits, mais les dépositions sont là, en ordre, venues de tous les points du pays, recueillies patiemment depuis plusieurs mois par les Comités de l’Union Patriotique et classées au Bureau Central.
On travaillera tard dans la nuit ; cependant le rendez-vous est à cinq heures sur le quai demain matin.
Mercredi 30 Novembre.— La Commission a été vivement impressionnée par la Manifestation. Elle a commencé depuis hier l'audition des témoins. Elle va entendre aujourd’hui Georges Sylvain. Beaucoup de dépositions présenteront plus d'intérêt en raison des faits qu’elles exposent.— Quelque chroniqueur relatant l’histoire de cette époque en fera état. Nous reproduisons plus loin l’interrogatoire de l’Administrateur-Délégué de l’Union Patriotique parce qu’il donne une idée de l’inportance qu’attachaient les sénateurs au groupement et qu’il indique dans quel esprit était menée l'enquête.
Port-au-Prince, le 8 Août 1921 À Monsieur Eugène Vieux,
Administrateur du « Courrier Haïtien »
En Ville
Monsieur l’Administrateur,
Le Câble Télégraphique ayant rendu publique la nouvelle de l’audition de notre Délégué Sténio Vincent, par la Commission d’enquête sénatoriale, il ne me reste plus qu’à vous confirmer la satisfaction éprouvée par Vincent de cette prise de contact avec les honorables Enquêteurs. Il en a emporté notamment l’impression que la cause haïtienne est en des mains impartiales, qui non seulement n’étoufleront pas la vérité, mais s’entoureront de toutes les garanties propres à en favoriser la manifestation. C’est le sens qu’il faut attacher au terme convenu entre nous de son câblogramme de samedi : « Tout va bien », qui nous indique que par ailleurs son exposé de la situation actuelle d'Haïti a été favorablement accueilli.
En commentant ma dernière communication à la Presse, le « Courrier Haïtien », fidèle à l’esprit dont s’est constamment inspirée l’Union Patriotique insiste avec raison sur la nécessité pour tous les Haïtiens de concourir ensemble au succès de l’enquête. Notre association a ouvert la voie, rendu possible l’œuvre de libération, comme elle s’y était engagée. Ce qui reste à accomplir revient à la Nation toute entière. « Il faut qu’on s’entende », le mot se répète un peu partout, L'important est de savoir ce qu’on y met sur les formes et les convenances à observer en présence d’hôtes étrangers, ce n’est qu’une affaire de bonne éducation. On peut accorder crédit sur ce prepos aux populations haïtiennes.
En ce qui nous concerne, l'entente est déjà faite, puisque notre programme, c'est l’union, le ralliement unanime autour du Drapeau national. À quoi tient l’accord que nous préconisons ? À une question essentielle. Avec plus de force que jamais l’enquête entreprise par le Sénat des Etats-Unis la pose à la conscience de tout Haïtien : « L'intérêt de la Nation, ou autrement dit l'intérêt collectif de tous les citoyens d'Haïti est-il que l’Etat haïtien recouvre la plénitude de sa souveraineté et de son Indépendance ? >
Nous, de l’Union Patriotique, nous répondons par l’affirmative, et agissons en conséquence.
Tous ceux qui pensent de même sont avec nous, sous peine d’illogisme. S'il en est pour qui l'intérêt national est que Haïti reste sous la tutelle des Etats-Unis, ils doivent le dire nettement, sans ambage, car le Sénat fédéral, qui a pris en main l'affaire haïtienne, a besoin d’être fixé sur ce point. Est-ce l’ensemble de la Nation qui veut être libéré, ou n'est-ce qu’une minorité d’agitateurs politiques ? Notre sort sera différent, selon que la conviction de la commission d'enquête sénatoriale sera faite dans l’un ou l’autre sens. Je crois fermement que les Haïtiens dans leur ensemble n’ont pas sur leur intérêt
national une autre opinion que les Dominicains, qui se sont, de l’aveu même des occupants, prononcés unanimement pour leur libération intégrale et immédiate. Mais cette vérité n’est pas chez nous aussi apparente que chez nos voisins, en raison de l'attitude de quelques-uns de nos concitoyens qui, tout en reconnaissant dans leur for intérieur, le bien fondé de nos revendications, agissent comme si leur cause se confondait avec celle de l’Occupation militaire des Etats-Unis. Les agents de l'Occupation sont dans la logique de leur rôle, quand ils professent que la tutelle de leur Gouvernement nous est nécessaire. Mais comment des Haïtiens, après l’expérience de ces cinq dernières années, peuvent-ils se prétendre opposés à leur thèse et les aider contre ceux qui la combattent ! Le moment est venu pour chacun de nous de mettre sa conduite d’accord avec sa conviction.
L'Union Patriotique n’a d’autre raison d’être que de servir Pintérêt national. Ne faisant du mal à personne, ne voulant que le bien de tous, elle n’a d’autres ennemis que les ennemis de notre nationalité.
Toujours à vous bien cordialement.
Georges Sylvain
æ %X + (« Le Courrier Haïtien » No. du vendredi 12 août 1921)