ADRESSE DU COMITE CENTRAL AU PEUPLE HAITIEN
Port-au-Prince, 12 Août 1921 Concitoyens,
Le Sénat des Etats-Unis, sanctionnant les conclusions du Mémoire, déposé devant lui par nos Délégués, a, le 27 Juillet dernier, adopté la proposition du Sénateur Mac-Cormick de nommer une Commission pour enquêter sur l’occupation et l’administration des territoires des Républiques haïtienne et dominicaine par les Forces des Etats-Unis. Cinq mois à peine nous séparent de l’époque où la délégation partait pour New-York, avec la mission de révéler la situation ‘vraie de notre pays au peuple des Etats-Unis. Convaincus de la fidélité des populations de la grande Fédération des Etats de l'Amérique du Nord aux principes de justice et de loyauté, qui ont, en tout temps, assuré leur renom dans le monde, nous pensions bien que les actes dont nous nous plaignons s’étaient perpétrés à leur insu et qu’elles ne resteraient pas insensibles à la divulgation qui en serait faite en termes précis et modérés. Le résultat de la campagne d’opinion livrée dans la presse par nos missionnaires, avec le concours des amis de la cause haïtienne, n’a pas tardé à manifester de façon éclatante la justesse de nos prévisions et lefficacité de la méthode que nous avons employée. | |
En demandant l’enquête, nous étions certains et nous restons persuadés qu’à la suite de la constatation de la légitimité de nos griefs par des enquéteurs impartiaux, le gouvernement des Etats-Unis ne pourra faire autrement, pour donnér satisfaction à l’opinion et à son propre besoin de justice, que de réparer le tort causé et d’en empêcher la répétition.
Formée de six membres, la Commission sénatoriale s’est constituée le 3 Août, sous la présidence du Sénateur Mac-Cormick et a, le même jour, entendu notre Délégué Sténio Vincent sur tous les sujets où il a plu aux honorables enquêteurs d’être renseignés par lui.
Elle se propose de se transporter prochainement à Port-au-Prince pour l'exécution de son mandat. S'il y a opportunité d’aller investiguer sur d’autres points du territoire, elle y avisera. Des représentants de la Presse des Etats- Unis accompagneront les Commissaires.
Concitoyens, l’importance de la décision du Sénat fédéral n’a pas besoin de vous être démontrée. Vous connaissez tous le rôle prépondérant que joue cette haute Assemblée dans l’organisation politique des Etats-Unis. Il n’est pas d’autorité morale supérieure à celle de ses membres. Le choïx des personnages dont est composée la Commission d’Enquête indique de quel prestige on a entendu la revêtir. Toutes les précautions seront prises pour que son œuvre échappe à la critique et que les résultats de ses investigations apparaissent comme logiquement inévitables. Le Sénat y mettra sa dignité.
Donc que, d’un bout à l’autre du pays, tous ceux qui, du fait des agents des Etats-Unis, ont éprouvé des préjudices irrécusables et sont en mesure d’en établir la preuve, se préparent à produire en toute confiance leurs plaintes devant la Commission d’enquête ! Aucune loi martiale, aucun procédé de contrainte ou d’intimidation, n’aura le pouvoir de faire échec à la manifestation de la vérité. Les Forces expéditionnaires seront tenues d’obéir à toutes réquisitions des enquêteurs.
Quiconque se réclame de la nationalité haïtienne ne peut se soustraire sans déshonneur au devoir d’aider de tous les moyens dont-il dispose au succès de cette œuvre de bonne foi : l'avenir de notre Patrie en dépend. La nation tout entière se doit donc d’y concourir. L'Union patriotique continuera pour sa part, de s’y dévouer sans réserve, non par esprit de gloriole, mais parce qu’il est naturel qu'ayant ouvert la voie, elle poursuive sa tâche commencée jusqu’à parfait achèvement. Les Comités régionaux, dont le zèle civique est au-dessus de tout éloge, se chargent de conseiller, d’encourager, de rassurer les intéressés. Toutes les notes, tous les documents, par eux recueillis, seront acheminés au Comité Central de Port-au-Prince, où s’en opèrera le collationnement et où ils se fondront en un Mémoire unique qui, comme une sorte de répertoire, pourra faciliter et abréger le travail de la Commission.
Des frais sont à prévoir, pour lesquels nous ouvrons une souscription nationale, frais de préparation à l’enquête, frais d’assistance aux plaignants et aux déposants. Il faut les assumer, comme vous avez pourvu avec nous, malgré la dureté des temps, à l'entretien de nos Délégués. à leur départ et à leur retour. On insiste beaucoup là-bas pour la prolongation du séjour de notre collègue Sténio Vincent jusqu’au départ de la Commission sénatoriale. Nos amis se multiplient pour que Haïti recueille tous les fruits de la campagne qui s’intensifie en sa faveur. Pouvons-nous les laisser indéfiniment en supporter seuls le poids ?
Outre les avocats haïtiens, dont nous nous proposons d’assurer le ministère gratuit aux comparants qui nous en feront la demande, il est indispensable que nous opposions à ceux de la défense un homme de loi des Etats-Unis, parlani bien français, pour suivre toute l’enquête, guider les plaignants dans l’observation des règles et des usages suivis chez lui en pareil cas, les préserver des traquenards de la procédure. Des interprètes, rompus à la pratique de langlais, du français et du créole, auront à traduire les dépositions. Si les commissaires se déplacent, ces auxiliaires ne pourront se dispenser de les suivre, les avocats de même, Aux victimes indigentes, incapables de faire les frais d’un voyage à Port-au-Prince, nous ne devons pas marchander les secours. Par cet aperçu forcément incomplet, vous vous rendez compte des charges qu’entraînera l’organisation matérielle de l’enquête pour la partie qui incombe aux réclamants haïtiens.
À quelque chiffre que s’en monte le total, il ne dépassera ni votre capacité d’union ni l’énergie de votre dévouement !
Amis et Concitoyens,
C’est une lutte émouvante qui se livre en ce moment aux Etats-Unis pou: la restauration de notre indépendance. Une Association s’est fondée qui y travaille de toutes ses forces. Des hommes considérables par leur caractère, leur position sociale, s’honorent de lui appartenir. Ayons confiance dans la justice de notre cause ! Elevons nos âmes à la hauteur des circonstances où nous engage le souci de sauvegarder l’avenir de nos enfants. L’heure est décisive : comprenons-en la gravité, et consentons d’une foi allègre à la Patrie tous les sacrifices qu’exigera sa libération.
Pour le Comité Central
le Bureau :
Georges Sylvain, M. Morpeau, P. Thoby, C. Rosemond, H. Baussan, D. Bourand, F. L. Cauvin, Dr. Jeannot, L. Liautaud, Price Mars, Léon Nau, H. Pauléus Sannon,
Ls. Ed. Pouget.
+ 3 La Port-au-Prince, 22 Août 1921 Aux Comités de l’Union Patriotique.
Messieurs et Chers Concitoyens,
Le Sénat des Etats-Unis ayant marqué sa ferme intention de pousser à une solution prompte de la question haïtienne, en chargeant une commission de cinq Sénateurs d’enquêter sur tous les faits de l’administration civile et militaire des fonctionnaires nord-américains dans notre pays depuis 1915, le moment nous semble venu de faire appel à votre dévouement pour que vous nous aidiez à subvenir aux divers frais de cette enquête, en ce qui a particulièrement trait aux réclamants et aux déposants. Les adresses au peuple haïtien que vous trouverez sous ce couvert vous édifieront sur notre dessein.
Haïtiens et Haïtiennes de toutes les classes, de toutes opinions, Etranger habitant Haïti ou ayant en notre pays des intérêts importants, aucun des nôtres ne peut pas ne pas désirer sortir au plus tôt de son état de déséquilibre politique, économique et social. Or, il s’agit d’arriver au règlement de cette situation. Qui voudrait se soustraire à l’obligation de seconder dans leur tâche ceux qui s’occupent d’en réunir les éléments. C’est pourquoi nous nous autorisons du mandat de l’Union Patriotique pour vous prier de donner à la souscription nationale dont notre commission centralise ici tous les résultats, tout le concours qui est en votre pouvoir. Nous vous laissons entièrement libres de l’organisation que vous jugerez la plus propre à réaliser nos intentions. Une communication pareille à la vôtre a été adressée à Messieurs Pressoir Jérôme, J. B. Vilaire, A. D. Dannel, Eug. Marais, Th. Woel, Dr. Hudicourt, Aug. Garoute. |
Veuillez agréer, Messieurs et Chers Concitoyens, l’assurance de nos sentiments sympathiques et dévoués.
À M. Eugène Vieux, Administrateur du &« Courrier Haïtien »
En Ville.
Mon Cher Collègue,
Quelle agitation ! Quelle effervescence ! Quelle tempête dans un verre d’eau ! =
Avions-nous raison de mettre, dès le début, notre Association à l’abri de la mêlée des partis politiques ? Pour avoir voulu simplement parler de sagesse, de patience, dégager ce qui nous rapproche de ce qui pourrait nous diviser, signaler le danger qu’il y aurait à nous détourner de l’enquête, réalité pressante, inévitable, vrai terrain d’union, au profit des élections, champ/de bataille embrumé, où l’on s’administre des coups dans le vide, me voilà traité de Turc à More ! L’un me reproche de porter atteinte à sa liberté de pensée, un moment après avoir publié notre déclaration où il est dit, en toutes lettres, que l'Union Patriotique laisse à chacun de ses membres sa liberté d’action individuelle, sous l’unique réserve de rester fidèle aux fins nationales, dont ils se sont tous juré de poursuivre en commun la réalisation.
L'autre nous accuse de vouloir régenter la presse de Port-au-Prince ! Pauvres de nous ! Hercule lui-même, — un demi-dieu ! — n’y eut pas suffi ! Et de conclure que notre nationalisme intégral n’est que le rêve de pêcheurs de lune !
Je me serais soigneusement gardé, comme bien vous pensez, mon cher Collègue, d'ajouter quoi que ce soit à mes deux dernières lettres, notre rôle n'étant pas de polémiquer, si je ne tenais, en répondant à votre courtoise invite, à complimenter le « Courrrier Haïtien >» de ses commentaires judicieux où je ne trouve qu’à louer.
Il va sans dire, en effet, que en préconisant la restauration du Pouvoir: Législatif, les gens qui n’ont dans l'affaire aucun intérêt personnel, ne peuvent avoir en vue que le retour à l’ordre légal, seulement possible avec des Chambres composées d’hommes consciencieux, capables de comprendre la gravité de la situation actuelle et de faire effort pour en sortir. Si l’action électorale ne devait aboutir qu’à nous ramener la même classe de politiciens professionnels, beaucoup d’Haïtiéns se disent qu’il vaudrait mieux s’en dispenser. Or, quelle autre sorte de députés et de sénateurs peuvent produire les artifices dont se masque la réglementation électorale présentement en vigueur ?
Vous avez donc raison de considérer que la question pratique n’est pas de savoir si pour faire la bonne besogne nationale, il faut nommer une Constituante ou des Chambres législatives, il est de se demander si le statut électoral en cours sera, en cas d’élections, amendé ou laissé tel quel Qu'on fasse bloc pour insister sur l’ouverture des registres d’inscriptions en Octobre et sur la formation des listes électorales, rien de plus légitime !
Qu'un nombre imposant de citoyens réclame de concert l’abrogation des dispositions contraires à la liberté et à la sincérité du vote, nous ne pouvons qu'y applaudir ! Mais ne cessons d’avoir l’œil fixé sur l’enquête prochaine et sur notre intérêt capital d’en assurer l'efficacité !
En parlant ainsi, — je ne prétends pas — est-il besoin de le répéter ? — imposer nos vues ni nos conseils à personne : il nous suffit d’être entendu.
Bien cordialement à vous.
Georges Sylvain.
(« Le Courrier Haïtien » édition mardi 6 septembre 1921) Lo + + Aux présidents des Comités de l’Union Patriotique.
Monsieur et Cher Concitoyen,
Vous nous avez donné un si précieux concours à l’époque de nos journées patriotiques que nous n’hésitons pas à faire de nouveau appel au dévouement de Melle. pour contribuer à la collecte des fonds de la souscription nationale qui doit nous permettre de faire les frais de préparations à l’enquête du Sénat des Etats-Unis. Les quêtes sont à renouveler tous les deux ou trois jours dans toutes les familles de votre quartier. On reçoit ce que chacun peut donner, quel que soit le montant de l’offrande. A la fin de la semaine, les valeurs recueillies sont remises au siège social : on poursuit les quêtes sans discontinuer.
Comptant sur votre bienveillant acquiescement, je me permets de vous adresser ci-joint une liste de souscriptions, au nom de Melle …... à qui vous voudrez bien la transmettre.
Veuillez agréer, Monsieur et Cher Concitoyen, l’assurance de mes senti: ments dévoués.
13 Septembre 1921 Monsieur M. Jean-Gilles
Monsieur et Cher Concitoyen,
Le Sénat des Etats-Unis ayant confié à 9 de ses membres la mission de venir enquêter à Haïti et dans la République Dominicaine sur les actes de l'Occupation, l’Union Patriotique s’occupe d’aider de toutes manières les réclamants, notamment en préparant leurs dossiers, en leur fournissant des avocats et des interprètes. Pour cela, il faut des fonds et il faut nous mettre en rapport avec les intéressés. C’est pourquoi nous nous occupons du soin de propager dans les régions de Hinche, Thomonde, Maïssade, et dans les régions avoisinantes, les nouvelles que je viens de vous donner et d’engager les victimes ou leurs représentants à nous envoyer au plus tôt quelqu'un de leur confiance avec un court exposé de ce qui leur est arrivé, la date de l’événement, leurs noms, professions, demeures, ceux des témoins qu’ils comptent faire entendre et de ou des agents de l'Occupation dont ils ont eu à se plaindre. Vous voudrez bien faire couvrir également notre liste de souscriptions dans les mêmes régions et partout où peut s’exercer votre influence.
Croyez, Monsieur et Cher Concitoyen, à l’assurance de mes sentiments
très dévoués.
LS +
Port-au-Prince, 12 Septembre 1921.
LA Monsieur l’Administrateur du « Courrier Haïtien »
Monsieur l’Administrateur,
Afin de vous permettre de renseigner le public sur l’action de nos représentants aux Etats-Unis, je m’empresse de vous transmettre les dernières nouvelles reçues d’eux la semaine passée. Vous vous rappelez qu’avant de quitter New-York, notre Délégué Sténio Vincent, a confié à M. Villard, éditeur de «The Nation », le soin de représenter l’Union Patriotique aux Etats-Unis, spécialement auprès de la Commission d’enquête sénatoriale, — à quoi M. Villard avec le généreux dévouement dont il nous a déjà donné tant de preuves, a répondu qu’il « considère comme un très grand honneur cette mission de confiance et s’en acquittera de son mieux ».
Après avoir comparu devant la Commission pour se rendre compte de la façon dont on allait procéder, il a acquis l’assurance qu’une fois reçus les Mémoires et les pièces justificatives de la République Dominicaine et du Département de la Marine, la Commission s’occuperait de la publication de ses premiers procès-verbaux et de tous les documents déposés, puis s’ajournerait jusqu’à la mi-Septembre, époque où les témoins qu’elle doit entendre aux Etats- Unis auront eu le temps de se mettre en mesure d’être à Washington.— L’audition de ces témoins commencera donc dans la 2ème quinzaine de Septembre, Quand on laura épuisée, les honorables enquêteurs s’embarqueront
pour Haïti. Ils estiment que leur départ s’effectuera dans la lère quinzaine
d'Octobre.
Pour mieux aider à l'enquête et défendre nos intérêts, M. le Dr. Gruening, Rédacteur en Chef de « The Nation », a abrégé ses vacances et est rentré, dès la fin d’Août à New-York. C’est ainsi que la Revue a eu à tirer parti pour notre cause des aveux et des silences du Contre-Mémoire du Département de la Marine.
De son côté, M. Angell, l'avocat conseil, qui doit assister les réclamants haïtiens devant la Commission d’enquête, prépare les éléments de sa controverse juridique et s’apprête à aller suivre à Washington les séances où les témoins seront entendus.
A lAssociation pour l'Indépendance des Républiques haïtienne et dominicaine, on s'organise pour l’extension de la propagande en notre faveur.
« Tout marche bien », conclut M. Gruening, et il nous annonce que M. Villard ou lui voyagera avec la Commission sénatoriale pour nous appuyer pendant l’enquête de leurs conseils et de leur autorité morale.
Dans le Pays, notre Oeuvre progresse, forte de la confiance et des sympathies populaires. Des villes elle gagne les campagnes. Un nouveau Comité vient de se constituer dans le quartier de Bonbon, voisin de Jérémie, Partout
ceux qui ont souflert se disposent à venir à notre appel, justifier de leurs plaintes.
Veuillez agréer, Monsieur l’Administrateur, nos sincères civilités. Georges Sylvain.
( « Courrier Haïtien », édition mardi 13 septembre 1921) * L #