INTRODUCTION IX
peccable convainquent, persuadent et enchantent. Et il allait, de son petit corps fatigué sous le poids d’un cerveau puissant, toujours en travail, par tous les points du pays, dénonçant le mal, remontant les cœurs, secouant le patriotisme endormi des tièdes, réconfortant les espoirs, exprimant nos tendresses et nos douleurs sous l’action brutale et humiliante des envahisseurs et des traîtres, traduisant aussi l’amour sacré de la Patrie qui doit forcer le Destin et amener la délivrance. Mais voici que, nouveau Moïse en face de la terre promise, ses yeux se sont fermés avant l’aurore, au milieu de la lutte, en plein champ de bataille, sans qu’il ait vu poindre ce jour que son âme contemplait déjà et qu’il nous montrait tout proche... Avec quelle chaleur touchante il nous redisait cette foi et ces espoirs !… Son accent s’attendrissait, sa parole était émue, des larmes nous montaient du cœur aux lèvres, — et puis le dernier mot, le mot d’ordre : il faut tenir. Tenir alors que nous ne le verrons plus ? — Maître, pardonneznous ces larmes, que votre sourire calme et résigné semble nous reprocher. Laïissez-les couler ; car cette séparation est pour nous un déchirement trop brutal ; mais nous savons que vous n'êtes pas mort. Votre esprit reste parmi nous, vos œuvres parlent, vos principes demeurent, et vos leçons sont immortelles. Non, vous n’êtes pas mort, vénérable apôtre ! Ame stoïque et sereine, vos compagnons continueront votre œuvre et s’inspireront toujours de vos grandes vertus civiques. Vos jeunes frères seront vos disciples. Allez en paix et recevez l’apothéose faite à vos dépouilles mortelles comme un gage de notre fidélité à ce flambeau impérissable que vous avez reçu de la phalange de nos Preux Immortels qui doivent vous faire un joyeux accueil là-haut...
(de L’Opinion Nationale, 8 août 1925}