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SEANCES DE LA COMMISSION D'ENQUETE SENATORIALE

(« Le Courrier Haïtien », édition jeudi ler décembre 1921)

La Commission a ouvert ses travaux mardi à 2 heures 45 à Pétage de la Légation américaine.

La Cour se compose de tous les Sénateurs : Monsieur McCormick, président, Pomerene, Oddie et Jones.

Me Howe, conseil juridique de la Commission, assiste.

L'Union Patriotique représentée par une Commission de son sein, assistée de Me. Angell, son avocat et celui de la Société pour l’Indépendance d'Haïti et de Saint-Domingue, Monsieur le Dr. Gruening, membre de cette Société, Miss Foley, quelques journalistes et quelques auditeurs. |

Les interprètes : M. Clément Toussaint et le Capitaine Laitch.

Maître Suirad Villard, notaire, reçoit des témoins le serment suivant :

Je jure de dire la vérité, rien que la vérité et toute la vérité, devant la Commission du Sénat des Etats-Unis comme je le ferai jusqu’au dernier jour devant Dieu.

L’imprécision où l’on était sur l’heure de l’ouverture des séances nous empêche de donner à nos lecteurs le compte-rendu détaillé de la première séance à laquelle ont été entendus : Me. Joseph Delerme, des Cayes, qui a eu à déposer sur des voies de fait exercées sur sa personne par le Lieutenant Kenny ; M. A. G. Boco sur les incidents regrettables connus de tous ici survenus lors des derniers incendies à Port-au-Prince, Des Marines sont entrés chez lui après que l’incendie était déjà éteint et ont saboté sa maison, brisant ses meubles à coups de haches et les jetant par le balcon dans la rue.

Mr. M. E. Duchesne a fait connaître à la Commission qu’arrêté à Hinche, il eut à passer trois années de prison après avoir subi les pires traitements du Colonel Hooker, menaces, sévices, etc., et du Capitaine Doxey et du Sergent Backer, sans avoir passé en jugement.

Nous pourrons commencer à partir d’aujourd’hui à donner le compterendu sténographié des séances de la Commission à compter de cellé d’hier.

# à # Séance du 30 Novembre 1921.

Il est 9 heures et demie. La séance est ouverte. C’est le Sénateur Pomerene qui questionne.

Me. Georges Sylvain a la parole.— Nous n’avons pas pu vous faire entendre, dit Me. Sylvain, les témoins que vous auriez dû entendre parce que, à cause du peu de sécurité dont ils jouissent et des mesures militaires qui pèsent

sur eux, ils n’ont pu laisser leur localité pour se rendre ici ; c’est pourquoi aussi, vous n'avez pu entendre, à part M. Boco, victime à Port-au-Prince, que Messieurs Duchesne et Delerme qui, quoique de la Province, ont pu être à la Capitale. J’ai déjà parlé de la terreur qui règne dans les régions du Nord et des difficultés qui empêchent les gens de Hinche, Las-Cahobas, Fort Liberté, Maïssade, Cerca-la-Source, etc. de se rendre à Port-au-Prince. Il y a encore la grande misère déterminée par les mauvais traitements de l'Occupation, sans compter les empêchements que les espions ont multipliés pour empêcher les déposants sincères et indépendants d’arriver à la Commission. Je n’ai pas pu vous apporter les précisions propres à vous édifier à ce sujet parce que j’ai été pris à l’improviste par la demande de la Commission de désigner les noms de certaines personnes mais j’ai des pièces à cet égard. |

Le Sénateur Pomerene demande ces lettres. Me. Georges Sylvain accepte à les communiquer, mais fait remarquer qu’il trouve délicat de les lire publiquement.

Le Sénateur pense que ceux qui ont écrit ces lettres auraient dû venir, car il préfère les preuves aux écrits.

Me. Sylvain attire l’attention des Sénateurs sur l’insécurité actuelle de ceux qui auraient dû venir déposer car rien ne leur donne la garantie qu'ils ne seront pas persécutés après le départ de la Commission.

Qui sont-ils ces témoignants qui craignent ?

Me Sylvain.— Je lis les passages de leurs lettres relatives à ce que je viens d’avancer. Et Me. Sylvain donne lecture des lettres où l’on parle des cruautés exercées par l'Occupation dans la région de Fort-Liberté.

Ici, le Sénateur Pomerene dit au Sénateur McCormick qu’il s’adresse à Me. Angell à l'égard de l’évidence des dépositions et du caractère concret des faits ; il dit que le Comité veut être bien édifié à ce sujet, il désire que la Commission puisse faire un rapport plutôt basé sur des faits. L’auteur de cette lettre a été terrorisé, dit Me. Sylvain. Nous ne pouvons pas croire, continue le Sénateur, qu’on puisse méconnaître les lois du pays. Et s’il y a violation de ces lois ou des règlements militaires par les officiers privés et les gendarmes, nous sommes anxieux de savoir cela ; car le peuple américain n’admet pas que les cruautés soient commises en son nom, mais il faut que les faits soient prouvés. Nous ne voulons pas de simples opinions émises sur ce qui a existé dans ces endroits en question, mais de faits. Me. Sylvain a encore une chance pour continuer...

Me. Sylvain.— Je suis ici d’accord avec M. le Sénateur, mais n'étant pas un témoin de ces faits, j’ai soin de dire qu’en ce que j’avance, je suis appuyé par le témoignage de ceux qui sont au Nord-Est, à Hinche, Maïssade, Las Cahobas, Thomonde, Mirebalais, Cerca-la-Source, Saint-Michel, Ouanaminthe, Fort-Liberté, etc. Si la Commission pouvait se déplacer, elle verrait ceux-là.

D.— Donnez les noms des témoins dont vous parlez.

R.— J'ai pour Maïssade seulement 21 dossiers et une longue liste pour les autres localités. Mes déclarations sont authentiques. Nous avons à Portau-Prince un important témoin qui est en prison, condamné aux travaux forcés pour délit de presse, c’est le journaliste Jolibois fils qui connaît beaucoup de choses et qui a aussi des témoins. Je demande qu’il soit mis en liberté en cette o€Ccasion.

D.— Depuis quand savez-vous que la Commission allait venir ?

R.— Je l’ai su officiellement la semaine dernière par la publication du Général Russel.

D.— Quand savait-on que la Commission venait en Haïti ?

R.— Je ne puis pas préciser la date, nous savions que la Commission venait mais nous n'avons su affirmativement qu’elle venait à telle date que la semaine dernière.

D.— Ne savait-on pas que la Commission débarquerait dans l’île ? R.— Ce n’était qu’une rumeur que d’autres rumeurs démentaient.

D.— Qui a été le promoteur de cette enquête ? R.— C’est l’Union Patriotique qui, par le Mémoire de ses délégués, a demandé que la Commission d’Enquête Sénatoriale vienne ici.

D.— Quand est-ce que L'Union Patriotique a été fondée ?

R.— En Novembre de l’année dernière.

D.— Qui est le promoteur de cette Association ?

R.— C’est lAdministrateur-Délégué actuel qui est en votre présence, Monsieur Georges Sylvain.

D.— Combien de membres y a:t-il dans cette Société ? R.— Nous pouvons évaluer le nombre à 16.000 adhérents dans tout le pays.

D.— Sur quoi basez-vous cette estimation ?

R.—Parce que nous avons des comités dans presque toutes les communes du pays, les comités constituent l’élément directeur.

D.— Combien de fois tiennent-ils séance ?

R.— Cela dépend des localités et des circonstances.

D.— Combien de fois tenez-vous séance ici ?

R.— Régulièrement toutes les semaines.

D.— Combien de membres comptez-vous à Port-au-Prince.

R.— Nous ne limitons pas les membres.

D.— Selon votre jugement, à combien s’évaluent les membres de votre Association ?

R.— On peut en avoir une idée par la manifestation entièrement organisée par l’Union Patriotique.

D.—Est-ce que vous avez un document montrant les principes de l’institution de cette société ?

RE Oui:

D.— Pourrez-vous en donner une copie pour nos archives ? R.— Je n’en ai pas ici, mais j’en remettrai une au Comité.

D.— Quelles sont les conditions pour être membre de cette association ? R.— Il faut, pour être membre actif, adhérer aux buts que se propose l’Association et participer à son action.

D.— Comment est financée cette association ?

R.— Par des cotisations de 1 gourde par mois des membres actifs et par des souscriptions extraordinaires.

D.— Combien d’argent a-t-on tiré des cotisations ?

R.— En l’absence du trésorier, je ne peux préciser. Je voudrais donner les chiffres exactement, maïs si la Commission y tient, je pourrai fournir ce renseignement après communication du trésorier.

D.— Donnez un chiffre approximatif ?

R.— Je ne puis personnellement et ne voudrais pas donner des chiffres approximatifs parce que ces chiffres peuvent n’être pas trouvés exacts, mais si la Commission y tient, je pourrai le faire après avoir vu le Trésorier. J’ajoute que toutes les fois que l’Union Patriotique a voulu avoir tous les fonds nécessaires, elle les a trouvés dans le pays même.

D.— Le Comité désire avoir ce renseignement et espère que vous lui donnerez satisfaction.

Me. Sylvain.— Je désire demander à la Commission si elle voudrait entendre le témoin Jolibois qui est actuellement en prison.

Le Président.— Nous déciderons de cela plus tard. Vous avez dit que en plus de la cotisation mensuelle d’une gourde, il y a des souscriptions extraordinaires, de quelle source provenaient ces souscriptions ? |

R.— Toujours du public haïtien en nous adressant soit à nos membres, soit à nos adhérents.

D.— Qui a employé l’avocat-conseil représentant le parti ?

R.— C’est l’Union Patriotique d’accord avec les associations qui, aux Etats-Unis, sont en faveur de la cause haïtienne, notamment la Société pour l'Indépendance d'Haïti et de Santo-Domingo.

D.— Où est située cette société ?

RH AINew York LS

D.— Quels sont les membres de cette société ? R.— M. Morefeld Storey, président, Mistress Weed, secrétaire-général, Monsieur Gruening, membre de cette société, Mr William Henrick, trésorier.

D.— Savez-vous quels sont ceux-là qui ont eu à financer cette société ?

R.— Je ne sais pas d’une façon précise, maïs je crois que c’est le public des Etats-Unis.

D.— Avez-vous un document qui pourrait montrer à la Commission le

nombre de vos divers adhérents dans les diverses localités, arrondissements et communes ?

R.— Nous pouvons en faire le relevé, mais nous n’avions pas jugé nécessaire de le faire jusqu'ici.

D.— Est-ce que ces divers comités vous font rapport de la marche d«: l’activité dans leurs localités ?

R.— Chaque semaine, le comité central de Port-au-Prince fait des circulaires aux différents comités de Province pour leur rendre compte des faits de la semaine et leur passer des instructions générales. Presque chaque semaine, nous recevons des réponses à ces circulaires où les différents représentants de ces comités nous font de leur côté tenir ce qui se passe dans leurs localités.

D.— Est-ce qu’ils vous font un rapport des valeurs dépensées ou recueillies ? R.— Les valeurs recueillies quand il y a appel de fonds du comité central sont envoyées à Port-au-Prince.

D.— Le Sénateur Pomerene désire que le Comité reçoive de vous une estimation de la quantité des membres de ces diverses régions et un état des valeurs recueillies ou dépensées, désire avoir surtout du comité central un état général des valeurs recueillies ou dépensées.

R.— Cela sera fait.

D.— Est-ce qu'aucune valeur a été envoyée à l’Union Patriotique de New-York ou autres lieux ?

R.— Non.

D.— Est-ce l’Union Patriotique qui a eu l’idée de la manifestation d’hier.

R.— Dès que l’Union Patriotique a su officiellement que la Commission allait arriver, elle organisa pratiquement la manifestation mais elle avait eu soin de préparer la population à cet effet.

D.— Qui était dans le comité d’organisation ?

R.— L’Administrateur délégué présidait mais tous les membres prêtaient leur concours.

D.— En organisant cette manifestation, est-ce qu’on avait eu l’idée de provoquer des troubles ?

R.— Aucune idée de trouble.

D.— Qui a eu à préparer les bannières et les insignes qui ont été exhibés ? R.— Le Comité de l’Union Patriotique.

D.— Quels sont les membres de ce comité ?

R.— Nous avons les noms et nous les donnerons. Je ne puis pas me les rappeler actuellement car nous avons une cinquantaine de membres.

D.— Pouvez-vous nous faire avoir un relevé des inscriptions exhibées sur les bannières.

R.— Les journaux les ont rapportées mais nous pouvons les donner si la Commission le désire.

D.— Nous voulons une copie complète et désirons savoir qui en a payé les frais.

R.— C’est le Comité.

D.— Combien de membres de l’Union Patriotique étaient engagés activement dans la manifestation d’hier ?

R.— Toute l’Union Patriotique.

D.— Y avait-il beaucoup de gens présents qui n’étaient pas membres actifs de l’Union Patriotique ?

R.— C’est la population qui sympathisait avec l’U. P.

D.— N'y avait-il pas aussi des spectateurs qui étaient en syinpathie avec l'Administration haïtienne actuelle ? |

R.— Il se peut qu’il y en ait eu, parce que c’était une manifestation nationale qui s’appliquait à tous les Haïtiens et nous n’avons pas cherché à savoir à quelles opinions ils appartenaient.

D.—Le traité qui a été fait entre le gouvernement haïtien et celui des Etats-Unis n’a-t-il pas été ratifié par vos législateurs, d’après les moyens constitutionnels ?

R.— Le traité qui a été voté l’a été sous la pression des agents du gouvernement des Etats-Unis.

D.— En avez-vous des preuves ?

R.— Nous avons d’une part les dépositions déjà produites devant la Commission à Washington, le dossier secret du Département de la Marine publié dans les journaux des Etats-Unis et le témoignage que nous-mêmes nous réservons de produire devant la Commission d’Enquête Sénatoriale, En outre, des membres de notre comité sont chargés tout spécialement de cette partie devant la Commission. C’est Monsieur Pauléus Sanon, un des délégués aux Etats- Unis, ancien Ministre des Relations Extérieures au moment où le Traité était présenté.

D.— Quel est ce journal des Etats-Unis qui eut à publier les rapports secrets du Département de la Marine à ce sujet.

R.— Plusieurs journaux que nous avons reçus et particulièrement The Nation et le journal catholique America.

D.— Le Sénateur voudrait avoir des preuves sur la pression que DAUtREs avoir exercée le Département de la Marine sur les élections.

R.— Il y a M. P. Sanon qui était le Ministre chargé de négocier avec les Etats-Unis et M. le Sénateur Pouget qui a été le rapporteur de la Commission Sénatoriale qui seront entendus par la Commission si elle le désire.

D.— Qui a eu à rédiger les inscriptions portées sur les bannières ?

R.— C’est le comité de l’Union Patriotique.

D.— Et ceci at-il été fait dans le but de soulever le peuple contre les. Etats-Unis ?

R.— Cela a été fait dans le but de montrer à la Commission d’Enquête Sénatoriale que le peuple haïtien espère fermement dans l'esprit de justice et d’impartialité de la Commission mais sans aucun but de trouble.

D.— Est-ce que vous croyiez qu’on n'avait pas ces sentiments aux Etats- Unis ?

R.— Si j'en juge par la conduite de ceux qui ont été appelés à conduire jusqu'ici la présente administration américaine, je pourrais avoir quelque doute.

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(Edition 2 Décembre 1921) Suite

D.— Et celle portant cette inscription « Haïti sera-t-elle votre Belgique ? » R.— C’est toujours le comité de l'Union Patriotique et dans l& même but.

D.— Et celle portant l'inscription « Haïti sera-t-elle votre Irlande vis R.— Même réponse.

D.— Avez-vous Pete que des bannières de ce genre pourraient influencer les membres de ce comité ?

R.— Comment influencer l'esprit du Comité ? Nous ne pensons pas prétendre contrôler le comité puisque nous avons confiance qu’il réparera l’injustice et les fautes que nous signalons à son attention.

Le Sénateur.— Laissez-moi déclarer pour le comité qu’il ne peut être influencé par des bannières ou des propagandes mais par des évidentes et des faits.

D.— Ne pensez-vous pas que ces bannières étaient de nature à faire soulever votre propre peuple ?

R.— Non, la Commission à son débarqué a reçu de la ET tUn un accueil tellement sympathique que la réponse à la question, la Commission se l’est déjà faite.

Le Sénateur.— Je veux dire au nom du comité que ses Rte ont apprécié cordialement la réception qui leur a été faite. Il nous sera un plaisir d’en faire rapport au Sénat et au peuple des Etats-Unis. Ce comité désire seulement le bien du peuple d'Haïti. Et les questions qu’il pose sont dans le seul but de faire luire la vérité, quelle qu’elle soit.

D.— Il nous a été rapporté que dans l’Union RAIDE il Rae plusieurs candidats à la présidence, est-ce vrai ?

R.— Je dois dire à la Commission que PU. P. s’est constituée avec la détermination formelle de ne pas s’occuper des questions de politique, de parti ou de personne. Elle ne traite que des questions d’ordre patriotique, même un article de nos statuts en fait la condition formelle de la participation à l’association ; cependant comme nous avons parmi nous des hommes qui ont occupé une situation éminente, il se peut que quelques-uns d’entre eux, s’ils étaient appelés par le vote de leurs concitoyens à la présidence du Pays, accepteraient volontiers. Mais pour répondre d’une facon précise à: ces questions, je dirai à l’honorable Sénateur que notre association ne Hi ae - aucune AT

D.— Etes-vous opposé à l'administration actuelle ?

R.— En principe, non. Parce que nous ne nous occupons que des questions d’intérêt général.

D.— Avant l'Occupation américaine, y+a-t-il eu beaucoup de désordres, de

brigandages ?

R.— Votre question s’applique-t-elle à lPadministration haïtisnne ou à la situation générale du pays ?

D.— Autrement dit, avant l'Occupation américaine, n'est-il pas vrai qu’il y avait beaucoup de désordres dans l’île ?

R.— A certaines époques, oui.

D.— Et par instants, il y avait désordres et révolutions.

R.— Oui.

D.— Ces désordres et ces révolutions mettaient-ils en danger la vie et les propriétés ?

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R.— Pour ce qui concerne les étrangers, non. Pour les Haïtiens, il ne se peut pas que des parties étant en lutte — et cela est vrai pour tous les pays du monde — il n’y ait de dangers pour les combattants.

D.— Est-ce que avant l'Occupation américaine, il y avait des gens qui arrivaient au Pouvoir par le fait des organisations militaires ?

R.— On ne peut le nier.

D.— Est-ce que vous espérez retourner dans ces mêmes conditions ?

R.— Non.

D.— Et comment espérez-vous parvenir à l’empêcher si l'Occupation américaine n’est pas là pour vous assister ?

R.— Nous comptons sur l'expérience acquise. Nous avons, d’autre part, des progressistes haïtiens. Nous avons toujours souhaité n’avoir que des gouvernements civils, c’est l’aspiration du peuple haïtien. L’Occupation militaire des Etats-Unis a servi seulement à nous faire dévier de ces aspirations nationales. Et on peut regretter que sur ce point elle nous aït retardés de notre évolution normale, nous croyons que la présence de l'Occupation contrariera, tant qu’elle sera chez nous, la marche normale du peuple haïtien vers une civilisation que nous nous donnerons nous-mêmes. C’est une des raisons très fortes qui nous portent à insister auprès du peuple et du Sénat des Etats-Unis pour que Haïti soit le plus promptement possible débarrassée de l'Occupation militaire qui ne peut rien de bon pour notre pays.

D.— Etes-vous sûr que les modes de gouverner votre pays seront différents de ce qu’ils ont été avant ?

R.— Nous en avons l'expérience. Il y a eu plusieurs gouvernements de tiens qui ont marché dans la voie normale de la civilisation ; seulement comme notre peuple est jeune, on ne peut pas raisonnablement lui demander de réaliser en quelques années une situation sociale et politique qui, dans tous les grands Etats civilisés du monde, a nécessité des siècles de luttes et d'épreuves.

D.— Serait-il toujours nécessaire d’envisager ces luttes et ces épreuves ?

R.— Ces luttes et épreuves ont toujours été considérées dans tous les pays comme une conséquence de notre condition d'hommes. Nous ne sommes pas sur ce point placés dans d’autres conditions que les autres pays. Nous ne désirons pas ces luttes et ces épreuves et nous ferons tous nos efforts pour

les éviter. Maïs nous ne pouvons pas garantir que malgré notre bonne volonté, nous ne les éprouverons pas. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que nous avons dans notre pays des éléments de civilisation qui nous permettent de nous passer de la tutelle de tout autre peuple.

D.— Y at-il eu un changement dans les affaires du peuple depuis l’aide des Etats-Unis.

R.— Il y a certainement eu un changement en mal dû au contrôle et à l'administration des Etats-Unis. Cependant, nous espérons que ce changement en mal n’aura pas été assez profond pour ruiner définitivement les éléments de progrès qui étaient déjà constitués dans l’organisation du peuple haïtien.

D.— À quelle organisation du peuple haïtien faites-vous allusion ?

R.— Nous faisons allusion d’une part à l’expérience déjà acquise et, d’une façon générale, à son degré de développement intellectuel et moral.

D.— Et quand ce développement a-t-il eu lieu ? R.— Au cours de notre Histoire, nous avons plus d’un siècle d’histoire.

D.— Avant le traité avec les Etats-Unis, ceux-là qui voulaieri arriver au pouvoir n’ont-ils pas eu à soulever le peuple ?

R.— Nous avons eu depuis notre constitution en peuple des, citoyens qui accédaient au pouvoir souvent appuyés par la force militaire. Cela s'explique par les conditions dans lesquelles nous avons conquis notre indépendance. C'était des chefs militaires qui avaient fait la guerre de l’Indépéndance, il était naturel qu'ils fussent les premiers chefs d'Etat haïtien ; malheureusement la pratique s’en continua, mais nous aspirons de plus en plus au gouvernement civil. C’est ainsi que nous avons eu ces temps derniers des présidents de la République qui n'étaient pas militaires. Nous avons donc des droits à croire qu'en accentuant de plus en plus ces dispositions, le peuple haïtien finirait par reconnaître la supériorité des POLTÉRIOTENS civils sûr les gouvernements militaires.

D.— Quand avez-vous eu un gouvernement sans l’aide militaire ?

R.— Nous avions tout dernièrement, comme je vous le disais, Mr. Michel Oreste, un avocat du Barreau de Port-au-Prince, qui arriva à la présidence sans aucune pression militaire. Nous avons eu avant lui Mr. Tancrède Auguste, un ancien commerçant, ancien planteur, qui lui aussi arriva à la: présidence sans pression militaire.

D.— Comment fut-il élu ?

R.— Par l’Assemblée nationale haïtienne. Je puis citer encore à la Commission le cas d’un militaire arrivé sans pression militaire, le Général Tirésias Simon Sam. 1

D.— Quel était le dernier président arrivé avec l’aide militaire See

R.— Il pourrait être le Président actuel puisqu'il est avéré qu "il : arriva à la présidence avec l’aide de l’occupation militaire des Etats-Unis.

D.— Est-ce que vous avez une autre personne pour témoigner à pire de cela ?

R.— Je vous ai cité Mr. Pouget qui a été sénateur au moment de l'élection de ce Président. |

D.— Qui était le dernier président avant lui qui arriva avec l’aide militaire ?.

Ro C’est En qui pr ed le Président actuel, c'était Mr. Vilhrun G. Sam.

nie Son nom.

R.—— je dis Vilbrun Guillaume Sam.

D. Combien de temps resta-t-il à la présidence ? Re — Quelques mois ; on me dit (de l’assistance) de Mars à Juin.

D Qu'est-ce qui a déterminé la fin de son règne ?

R.— C’est de notoriété publique, une émeute qui a éclaté à Port-au-Prince.

Et comme il est midi, la séance est levée, les débats devant continuer à 2 hres de l’après-midi.

MERCREDI 30 NOVEMBRE — reprise

Au début de la séance de l’après-midi, le Président de la Commission insistera sur les présidents éphémères et les causes de leur chute, de Cincinnatus Leconte à Vilbrun Guillaume Sam.

D.— Avant l’Occupation américaine, quelles étaient les conditions des routes dans le pays ?

R.— Les conditions des routes étaient telles que les autorités et l’admi- . nistration haïtiennes les tenaient dans le meilleur état possible d’après leurs ressources. On faisait continuellement des travaux pour leur amélioration et il y avait parfois des projets de contrat avec des compagnies étrangères tendant à cette amélioration.

D.— Les routes étaient-elles dans de bonnes conditions ?

R.— [1 y avait des parties en bonne condition et d’autres qui ne l’étaient pas.

D.— Au sujet des rues de la ville de Port-au-Prince.

R.— Les rues étaient bonnes et vous en pouvez jusqu’à présent constater les effets, car depuis l'Occupation, on n’a eu rien à faire de plus.

D.— Est-ce que les rues actuelles étaient complètes avant l'Occupation ?

R.— Toutes ces rues étaient complètes avant l’arrivée de l’Occupation. Il y a eu un contrat pour ce travail qui a été complètement fini peu de temps après l’arrivée de l’Occupation.

D.— Les écoles sont-elles aussi bonnes qu'avant l'Occupation américaine ?

R.— L’Occupation n’a eu aucun effet sur le fonctionnement de nos écoles excepté dans les régions les plus éprouvées où l’on peut dire que la situation est moins bonne parce que les autorités civiles qui fonctionnent en vertu de la Convention et contrairement à l’esprit de cette convention ne cessèrent de brimer le gouvernement haïtien en ce qui a trait aux fonds nécessaires au fonctionnement des écoles, à l’achat du matériel et au recrutement des instituteurs.

D.— L’Occupation américaine a-t-elle rien à voir avec les écoles.

R.— Il y a eu à ma connaissance à Port-au-Prince un superintendant de l’Instruction Publique qui n’était pas, bien entendu, un fonctionnaire militaire mais ce superintendant n’a rien fait d’aporéciable pour les écoles. Cela n’est pas étonnant car il semble qu’il avait beaucoup plus à apprendre des hauts fonctionnaires haïtiens de l’Instruction Publique qu’il ne pouvait leur enseigner. C’est alors qu'ayant reconnu qu’il ne savait pas grand’chose en droit, il commença ses études à notre Ecole de Droit qu’il dut interrompre pour retourner aux Etats-Unis où, je l’espère, il a pu les terminer

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