LES FONCTIONNAIRES
nul n’ignore ce qu’on peut légitimement attendre de lui. Il mérite toutefois encore deux critiques : la première est que, avec un fonds solide d’instruction générale, ces fonctionnaires ne connaissent et ne respectent encore qu’imparfaitement les mœurs et les institutions des peuples qu’ils administrent. Notamment, — faute bien grave dans des possessions — ils ne témoignent pas toujours assez de déférence apparente aux chefs indigènes, qui sont cependant leurs collaborateurs habituels. Enfin et surtout, ils ne parlent pas couramment leurs langues, et cela entraîne des conséquences parfois fâcheuses. De ce dernier grief, ils s’excusent sur la difficulté de certaines de ces langues, notamment en Indo-Chine. Mais l’excuse ne vaut pas : le birman est au moins aussi difficile que notre annamite, et les fonctionnaires anglais le parlent en perfection.
La seconde critique — qui s’adresse moins à eux qu’au gouvernement — est qu’ils ne sont pas encore assez spécialisés. Au lieu que chaque fonctionnaire soit, d’après ses études, affecté à jamais au service d’un même groupe
de colonies, on en voit qui passent, par exemple, d’Afrique à Madagascar ou en Indo- Chiné; et, sauf exception, cela est mauvais. Ce qui est pis, on voit des fonctionnaires de la métropole entrer d’un coup, sans transition dans le service des colonies. Cette pratique mérite d’être sévèrement blâmée : il n’y a pour les indigènes et les colons nulle sécurité, et, pour les fonctionnaires eux-mêmes, nulle garantie, si l’entrée de leur corps n’est pas interdite à de nouveaux venus, dépourvus d’instruction spéciale ou d’expérience.
Cette règle comporte des exceptions, notamment quand il s’agit des gouverneurs, et surtout des plus considérables d’entre eux : les gouverneurs généraux d’Indo-Chine, d’Afrique occidentale, de Madagascar. Les titulaires de ces postes importants, à la condition de s’appuyer sur de bons fonctionnaires techniques, peuvent être choisis à raison de leur mérite général. En fait, les choix de ces dernières années sont fort remarquables : le regretté M. Ballay, M. le général Gallieni, M. Doumer vont de pair avec ce que les nations étrangères peu-