‹ Dix années de politique colonialeChapitre 14 sur 19 · LES FONCTIONNAIRES · texte numérisé non relu

LES FONCTIONNAIRES

vent avoir de plus distingué. Sous leur influence, les saines idées de gouvernement et les bonnes méthodes d’administration se répandent parmi les fonctionnaires à tous les échelons; et, bien qu’on puisse encore estimer que les colons n’ont pas dans les colonies toute la place à laquelle ils ont droit, il est évident que déjà beaucoup de fonctionnaires reconnaissent, dans nos possessions, deux intérêts plus considérables que les leurs : ceux des colons et ceux des indigènes.

Rassuré du côté des fonctionnaires, peut-on l’être aussi du côté du gouvernement et du Parlement? Du gouvernement, on ne peut guère redouter que l’inditTérence ; du Parlement, on peut redouter surtout les erreurs. Le péril est que les choses coloniales sont si différentes des choses de la métropole qu’elles risquent fort d’être mal présentées ou mal défendues. Rappelons-nous ce qui s’est passé dans les premiers temps de la Révolution, quand les colonies, encore prospères et appuyées sur des hommes d’une science consommée, comme Petit, Moreau

de Saint-Méry et d’une autorité prodigieuse, comme Mirabeau, furent littéralement livrées au pillage et à la ruine par une école ignorante, qui devait travestir les faits, édifier les plus fausses théories et faire triompher une politique désastreuse. Ce qui s’est fait alors pourrait recommencer.

Voici, par exemple, le protectorat : c’est une conception qui semble répugner à notre tempérament. N’est-il pas à craindre que le Parlement, désireux de tout contrôler et de tout diriger, n’en fausse le mécanisme et n’aboutisse fatalement à l’administration directe, plus coûteuse et plus périlleuse? Voici encore cette sorte d’esclavage volontaire et temporaire, qui existe dans notre Afrique occidentale et qui est, pour l’esclave, le chemin de la liberté et, pour la colonie, un moyen de progrès. Est-il impossible que quelque député le confonde avec l’esclavage perpétuel d’autrefois, fruit de la guerre ou de la traite, et en demande la suppression? Est-il invraisemblable que le Parlement l’applaudisse et le suive?

Invraisemblable, cela le devrait être; car

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