CHAPITRE IX
Les réformes.
Avant de parler des réformes, résumons-nous. Nous avons un empire colonial et nous avons des colons. Empire et colons sont pour nous une nouveauté; ce sont choses d’hier, qui attendent le concours du temps. Essayons de dégager en quelques mots ce qui leur manque encore et ce que le temps et les soins des hommes pourront leur donner.
1" Remaniement, consolidation
ET EXTENSION ÉVENTUELLE DE l’eMPIRE COLONIAL.
Notre empire colonial est vaste, très vaste sans doute, si on le juge sur ses dimensions absolues, car il est grand comme seize fois la
France, mais plus modeste et mieux à notre main, si l’on n’en considère que les parties actuellement utilisables : cinq ou six fois la France. Même réduit à ces dimensions, il serait encore trop grand pour nous, s’il se composait de colonies à peupler; mais il comprend surtout des possessions à exploiter, et la France, centre de grandes richesses, paraît tout à fait qualifiée pour cette tâche. En fait, les dix dernières années ont montré ce qu’elle peut faire : sa politique coloniale presque partout est un succès.
Cet empire, de dimensions largement suffisantes, a toutefois besoin d’être remanié et consolidé. L’état de paix où nous vivons depuis trente ans ne doit pas nous faire illusion et nous laisser oublier une guerre toujours possible. Notre Indo-Chine a besoin de régler nettement sa position en face du Siam. Notre côte occidentale d’Afrique, dans son état présent, ne peut être que difficilement défendue. Les possessions de chaque nation s’y entremêlent, comme, dans un pâté, les tranches superposées des viandes diverses. Il conviendra.
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dans l’intérêt de tous, que l’on procède quelque jour à des échanges et à des rectifications de territoires. Notre Algérie, d’autre part, pour ne rien dire de notre Sénégal, n’a pas de frontières sûres du côté du Maroc. Une convention entre les deux États vient d’être signée pour établir, non pas ces frontières, mais les sphères d’influence sur les diverses tribus. Cela est excellent et, toutefois, cela ne suffît pas. Et, en tenant compte de ce que la question marocaine est une question internationale à régler d’accord avec trois puissances, il faudra y chercher une solution plus durable et plus conforme à notre situation dans la Méditerranée.
2® Inventaire méthodique des ressources
DES COLONIES
L’empire constitué, remodelé et consolidé, il semblera utile de le connaître enfin. C’est un fait bien remarquable que la France n’a jamais pris soin de connaître ses colonies. Soixantedix ans après que nous avons conquis l’Algérie,
nous en sommes encore à chercher ce qu’y peut produire le sol et ce que renferme le sous-sol. Au surplus, presque toutes les découvertes sont le résultat des recherches des particuliers ; l’administration y est pour peu de chose. Au contraire, dans les possessions anglaises, elle considère que son premier devoir est de procéder à un inventaire des ressources des pays récemment conquis. Aux Indes, notamment, elle a institué dans ce but un corps spécial de fonctionnaires chargés de ce qu’on appelle le Il y a deux sortes de survey. Il y a un survey qui consiste à dresser quelque chose comme le cadastre du pays ; on y procède lorsque le pays est déjà organisé et qu’il s’agit d’arriver à un meilleur établissement de l’impôt foncier. Mais avant celui-là, il y a, au lendemain même de la conquête, un autre survey, inventaire provisoire de ce que renferme le pays, confié à des spécialistes : géologues, chimistes, agronomes, etc., lesquels renseignent immédiatement la métropole sur la valeur de l’acquisition qu’elle vient de faire. C’est ainsi que la Birmanie, conquise en 1885 et annexée à l’empire des
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Indes, fut, dès 1888, explorée et connue de façon assez complète pour que des capitaux importants aient pu s’y employer presque aussitôt dans des entreprises minières, forestières, etc.
C’est quelque chose de la sorte qu’il faut introduire maintenant dans nos colonies, soit institution permanente comme le survey anglais, soit, tout au moins, commission temporaire, telle que l’avait, pour l’Indo-Ghine, conçue M. Paul Bert. A la veille de sa mort, il organisait une double mission : mission chargée d’étudier le sous-sol, sous la direction de M. Grandœury, directeur de l’Ecole des mineurs de Saint- Étienne, mission chargée d’étudier le sol et l’atmosphère, sous la direction de M. le docteur Regnard, aujourd’hui directeur de l’Institut agronomique. Ce plan est à reprendre dans toutes nos colonies. Les exemples abondent qui en démontrent la nécessité.
3° L’organisation des colonies :