‹ Dix années de politique colonialeChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La politique économique : les finances, l’outillage, le commerce.

C’est sur ce terrain que nous allons voir surtout apparaître les progrès de la colonisation française dans les dix dernières années. Ce n’est pas exagérer beaucoup que de dire que, pendant longtemps, la conduite de la France dans sa politique coloniale a été celle-ci : conquérir les colonies avec plus ou moins de peine, à plus ou moins de frais, et, ces colonies une fois conquises, ne plus s’en occuper. Sans doute le budget du ministère dont elles relevaient s’enflait d’année en année de toutes les sommes

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que l’on consacrait à leur administration courante; mais il ne venait pas à l’esprit que les colonies sont comme des enfants qui, pour devenir adultes et vigoureux, ont besoin, au début, d’une forte alimentation : la forte alimentation des colonies est l’outillage économique. Cet outillage, on ne le leur refusait pas à proprement parler; on n’e songeait pas à le leur donner; les colonies languissaient, la politique coloniale se traînait sans profit et sans crédit, et la métropole ne la maintenait que parce qu’il est difficile de rompre avec le passé, et aussi parce que la marine, de qui relevaient les colonies, réclamait des points d’appui pour ses flottes. Aujourd’hui, tout cela est changé : la conduite, les résultats et les conséquences. Nous allons tâcher de le montrer dans un court tableau.

1° Colonies de l’Afrique occidentale.

Parlons d’abord des colonies de V Afrique occidentale. Le long de la côte occidentale, la France a pris pied, depuis plusieurs centaines

d’années, au Sénégal, et, sur d’autres points du littoral, depuis quelque quarante ou cinquante ans; mais c’est seulement depuis Faidherbe que le Sénégal est devenu une possession territoriale, et que nos administrateurs, après nos soldats, ont pénétré plus ou moins profondément dans l’intérieur du pays. Pour les autres possessions de la côte occidentale d’Afrique, pour la Guinée française, la Côte d’ivoire et le Dahomey, elles n’existent que depuis 1890; le Congo, que depuis 1886.

Or, aujourd’hui, en 1902, toutes, sauf une région particulière du Sénégal, elles conservent deux aspects caractéristiques, et qui marquent bien leur âge et l’étape à laquelle elles sont arrivées sur la route de la colonisation : elles ne sont guère que des compttoirs le long de la côte; et elles n’alimentent leur commerce que grâce à la cueillette des fruits spontanés de la terre.

Le comptoir est un point choisi sur la côte par le commerçant. Ce point doit être d’un accès facile par mer et d’un accès facile par terre, pour que, d’une part, les opérations de

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débarquement et d’embarquement s’y fassent aux conditions les plus économiques, et que, de l’autre, les caravanes venant de l’intérieur puissent y accéder facilement. Si le point est bien choisi, le commerce, la concurrence aidant, s’y développera et les caravanes, certaines de trouver sur ce point des marchandises en plus grand choix et à meilleur prix, s’y rendront de préférence, abandonnant d’autres comptoirs.

C’est ainsi que Conakry, par exemple, s’est créé. Beaucoup plus récent que les autres centres d’affaires de la région, Rio Nunez, Rio Pongo, Benty, îles de Los, Conakry, par sa situation maritime, par son accès facile de l’intérieur, a vu la concurrence s’y développer rapidement et est devenu le point important de la Guinée française. Les îles de Los sont passées aujourd’hui à l’état de souvenir; Benty et Rio Pongo ne font plus qu’un commerce local insignifiant; Rio Nunez reste le débouché de la région de Kadé, mais son importance a très sensiblement diminué ; Konakry est la reine des cités du pays.

Il se fait dans un comptoir deux genres d’affaires tout à fait distincts.

1° Le commerce local qui consiste à acheter des noirs les produits de la région même et à leur vendre les marchandises dont ils ont besoin. Dans les pays comme ceux qui constituent la côte de la Guinée française, ce commerce est peu important et deviendrait, pour ainsi dire nul, si la population qui y habite ne trouvait pas dans le mouvement et l’activité imprimés à toute la région, par le va-et-vient des caravanes, des occasions de travail et des causes de richesses.

2'’ Le commerce avec l’intérieur, qui consiste à acheter des caravanes venant de l’arrièrepays les produits qu’elles apportent (caoutchouc, gomme, peaux, bestiaux, etc.) et à leur vendre les marchandises européennes qu’elles emportent dans l’intérieur et qu’elles échangent ensuite contre les produits du sol.

Pendant longtemps, ce commerce a eu la forme du troc. L’Européen apportait des marchandises d’Europe, et il les échangeait avec l’indigène contre des produits de la terre

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d’Afrique. L’Européen apportait des tissus, des liqueurs (malheureusement), des armes, des articles de quincaillerie, etc. ; l’indigène apportait de la gomme, de l’ivoire, du caoutchouc des peaux, etc. Entre eux, point de monnaie, mesure commune de la valeur de chaque marchandise; ce n’était point l’achat et la vente, c’était le troc.

Le commerce de troc n’existe plus que sur, quelques points arriérés de la côte. Cette forme primitive du commerce a heureusement disparu de la Guinée française. La place nous manque ici pour montrer ce que ce système avait de barbare et d’anormal, économiquement parlant.

Aujourd’hui, on paie en espèces les produits offerts et, avec les espèces qu’ils se sont ainsi procurées, les noirs, habitant la région des caravanes, achètent les marchandises dont ils ont besoin pour leur consommation et pour leur commerce.

Sous l’action de la concurrence, certaines maisons de commerce dans le but de se rapprocher des sources de production, ont essayé de

s’installer dans l’intérieur. Elles ont ouvert de maigres comptoirs jusqu’à des 500 et 600 kilomètres de la côte. Ces essais ont été désastreux. Il fallait, d’une part, transporter les marchandises de la côte jusqu’au point choisi; de l’autre, faire descendre les produits achetés jusqu’à la côte où on les embarquait pour l’Europe. Les noirs se sont vite aperçus que, dans ces conditions, le prix qu’on pouvait payer leur caoutchouc à Kouroussa , par exemple, était inférieur, transport déduit, à celui qu’ils obtenaient à Conakry. En effet, dans l’état actuel des choses, le blanc ne peut pas transporter à aussi bon marché que l’indigène. De plus, les noirs ne trouvaient pas dans ces comptoirs de l’intérieur les assortiments dont ils avaient besoin.

Ces tentatives de pénétration ont donc échoué, mais elles ont eu cependant un résultat heureux. Les commerçants de la côte, redoutant dans une certaine mesure la concurrence de ceux de l’intérieur, se sont ingéniés à découvrir les meilleures conditions du commerce; peu à peu ils ont abaissé leurs prix de vente

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(marchandises européennes) et élevé leurs prix d’achat (produits africains), et enfin ils ont définitivement substitué au troc la vente et l’achat proprement dits, payant et se faisant payer en argent. Ces conditions meilleures du commerce (et un outillage de jour en jour plus complet) ont permis à certains de nos comptoirs de se développer, même au détriment de colonies étrangères voisines ; mais elles n’ont changé ni la nature de leurs affaires, ni leur caractère propre. Ces comptoirs, jusqu’ici, sont encore des comptoirs : les affaires se font le long de la côte. A la vérité, l’intérieur est largement ouvert, les produits du pays même éloigné descendent jusqu’à la mer, et le jour peut être entrevu où le comptoir deviendra réellement une jjossession.

Une seconde caractéristique de ces colonies d’Afrique occidentale est que le commerce ne s’y alimente guère que par la cueillette^ la récolte des fruits spontanés de la région. Les affaires portent sur l’ivoire, la gomme, le Lois, le caoutchouc; il s’y joint quelques affaires sur les bestiaux qu’élèvent les indigènes, mais jusqu’ici

c’est peu de chose. Les gros chiffres proviennent de produits non cultivés, que les indigènes n’ont eu que la peine de recueillir dans la brousse ou dans la forêt. Cette affirmation n’est pas entièrement exacte dans une belle région du Sénégal, ouverte par le chemin de fer, et dans quelques districts de la Guinée; là, le commerce est alimenté principalement par l’arachide, objet d’une culture régulière. Mais cela n’est encore que l’exception ; partout ailleurs l’indigène, au lieu de manier la pioche, préfère saigner ou couper l’arbre de la forêt; et il le saigne et le coupe sans compter, sans s’inquiéter de l’avenir, vivant au jour le jour et ne prenant nul souci du lendemain.

La forêt, à ce régime, sera fatalement épuisée. Cela n’est pas resté inaperçu des commerçants; ils se sont demandé ce qu’il adviendrait de leurs affaires le jour où effectivement la forêt serait épuisée ; et ils ont étudié la question de savoir s’il ne conviendrait pas de planter arbres et lianes pour remédier à l’épuisement certain, sinon prochain, des produits spontanés de la terre. Jusqu’ici, ils ne s’y sont pas encore

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résolus, et les colonies de la côte d’Afrique en sont encore à la cueillette.

La cueillette n’est pas près d’être remplacée par la culture. Les marchands savent trop bien que, tant que la forêt fournira ses produits spontanés, les produits de la culture ne sauraient lutter avec eux sur le marché. Toutefois, plusieurs d’entre eux ont déjà des plantations, sortes de pépinières où ils élèvent les lianes et les arbres à caoutchouc dont, le temps venu, ils couvriront des espaces grandissants, en vue de parer à la diminution possible des produits de la forêt. Et, à côté de ces plantations de caoutchouc, il en existe d’autres : plantations de cacao, de café, etc., qui donnent déjà des produits, mais néanmoins ne sont encore que peu de chose, et ne se développeront que le jour où l’on sera rassuré sur l’avenir du café, aujourd’hui fort incertain après les immenses plantations qui en ont été faites au Brésil.

Mais déjà, les indigènes ont, en matière de culture, devancé les Européens. Au Sénégal, en Guinée, sur d’autres points encore, ils ont

cultivé de très vastes superficies en arachides, que l’Europe et surtout la France leur enlèvent intégralement chaque année. A cet égard, rien de plus instructif que ce qui a été fait au Cayor, après que le chemin de fer de Dakar à Saint- Louis eut ouvert cette région au commerce. Depuis dix années, la récolte d’arachides y a passé de 50 000 à 150 000 tonnes, et les prix, non pas les prix obtenus sur le marché européen, mais les prix payés dans l’intérieur aux indigènes eux-memes, n’ont cessé de progresser, montant environ de 3 francs par 100 kilos, à savoir de 12 à 14 francs et même 15 francs. Il y a là une expérience d’où il sera quelque jour possible de déduire certains enseignements. Peut-être l’avenir économique ne réside-t-il pas dans des entreprises, au moins agricoles, directement faites par l’Européen, mais plutôt dans des indications, des conseils, des encouragements donnés aux indigènes, qu’on trouvera, contrairement à l’opinion commune, toujours disposés à travailler, si leur travail leur laisse des bénéfices et leur permet de se procurer plus de jouissances.

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Voilà \)0\xv\di cueillette . Elle durera longtemps encore.

La transformation des comiHoirs en colonie, c’est-à-dire la pénétration dans l’intérieur et l’organisation des territoires, c|ui en sera la conséquence, seront, au contraire, probablement l’œuvre des années prochaines. Depuis cinq ou six ans, ces colonies africaines fondées, sauf le Sénégal, seulement en 1890, ont vu s’accroître leurs recettes d’une façon véritablement étonnante. Et cela est exact non seulement de la Guinée, type achevé de ces sortes de coloniescomptoirs, mais de toutes les autres. Le budget du Sénégal, en 1897, était de 3 600 000 francs environ; en 1901, il a été de 4 600 000 francs : un million d’augmentation. Celui de la Guinée était, en 1897, de 750 000 francs, il a été, en 1901, de 2900000 francs : augmentation, plus de 2 millions. Celui du Dahomey était, en 1890, de 325 000 francs; en 1893, de 640000 francs; en 1896, de 1 700 000 francs; en 1897, de 1 900 000 francs; en 1901, de 3 millions; augmentation sur 1897 : plus de un million. Le budget de la Côte d’ivoire était, en 1895,

de 1 500 000 francs ; en 1897, de i 700 000 francs ; il a été, en 1901, de 1 900 000 francs; augmentation : 200 000 francs.

Ces accroissements de recettes si intéressants sont dus, pour la plus grande partie, aux droits de douanes ou aux droits de consommation, qui, dans certaines colonies, remplacent les droits de douanes : en 1901 , le Sénégal a encaissé, du fait des douanes, 3 600 000 francs; la Guinée, du fait des droits d’exportation ou de consommation, 1 200 OOOfrancs ; le Dahomey, du fait des contributions indirectes, 2 300 000 francs ; la Côte d’ivoire, du fait des contributions indirectes, 1 600 000.

Notons, en passant, c[ue certaines colonies sont plus avancées que d’autres. Les droits de douane sont l’enfance de la taxation ; on les rencontre dans toutes les colonies, même naissantes. Une fois ces colonies en voie d’organisation, elles cherchent d’autres sources de revenus : c’est ainsi que la Guinée française demande 1 500 000 francs à l’impôt de capitation sur les indigènes. Les autres colonies déjà l’imitent ou sont à la veille de l’imiter dans cette voie.

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Ces ressources grandissantes, ces impôts, chaque année plus importants, sont dus à ce que, chaque année, il s’ouvre plus de maisons de commerce et il se fait plus d’affaires. Et, bien que ces maisons de commerce soient, pour une assez large part, étrangères, il nous est toutefois permis de dire que ce développement des colonies coïncide avec le développement en France de la propagande coloniale, dont V Union coloniale a été l’un des instruments, et de revendiquer, pour cette société et pour les sociétés similaires, l’honneur d’avoir largement contribué à la prospérité des colonies de notre pays.

Le développement des affaires et des recettes a permis à ces colonies une politique de travaux publics, qui fut une nouveauté. Nos autres colonies ont, pendant longtemps, inscrit, dans leur budget plus de crédits pour le personnel des travaux publics que pour les travaux publics eux-mêmes. Celles-ci, au contraire, bien qu’elles aient, comme les autres, placé le chapitre des travaux publics, dans le budget, presque au dernier rang, après l’administration, la justice,

la police, la presse, l’instruction, le Trésor, les douanes, les postes et l’imprimerie, consacrent et ont, de tout temps, consacré plus d’argent aux travaux eux-mêmes qu’au personnel. La Côte d’ivoire consacre 50 000 francs au personnel et 120 000 francs aux travaux; le Dahomey, 40 000 francs au personnel et 96 000 francs aux travaux; la Guinée, 33 000 francs au personnel et 365 000 francs aux travaux; le Sénégal, 100 000 francs au personnel et 547 000 francs aux travaux, dont 440 000 francs de grosses réparations et de travaux neufs. Ce sont là des faits budgétaires très intéressants et tout à l’honneur de ces colonies.

Mais bientôt elles firent davantage. Ces grosses recettes que nous avons dites, leur inspirèrent l’idée d’inaugurer une politique de grands travaux publics, qui leur permettraient enfin de pénétrer dans l’intérieur des terres, lequel jusqu’alors a à peu près échappé à leur action administrative et commerciale. Depuis longtemps, on se préoccupait bien d’explorer et d’organiser les territoires qui formaient le prolongement de la côte. Mais le moyen faisait

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défaut. On avait compté utiliser les fleuves et les rivières comme moyens de pénétration : rivières et fleuves trompèrent toutes les espérances.

On peut, sous ce rapport, dire sans exagération que la politique coloniale contemporaine de tous les pays a vu ce qu’on peut appeler la faillite des fleuves, L’Indo-Chine, par exemple, avait compté sur deux fleuves : le Mékong d’abord, puis le fleuve Rouge; l’Afrique occidentale avait compté d’abord sur le Sénégal, puis sur le Niger. Aucun d’eux n’a réalisé leurs espérances. Et cela n’est pas un phénomène propre à la France; presque tous les peuples coloniaux ont rencontré le même mécompte : les Anglais notamment, en Birmanie, avec riraouaddy. Seul, le Congo a offert aux explorateurs et aux commerçants un ensemble de voies navigables pratiques : près de 20 000 kilomètres de fleuves et de rivières qui, une fois reliés à l’Océan, pardessus les chutes, par un chemin de fer de 400 kilomètres, ont constitué un instrument commercial et administratif de premier ordre.

Mais, sauf le Congo, toutes les autres rivières n’ont permis la navigation, les uns que par biefs, que séparaient des chutes et des rapides franchissables seulement pour des bateaux spéciaux ou pour quelqu’une de ces expéditions qui ne reculent ni devant les difficultés, ni devant les pertes de temps ; les autres, que durant une très courte période de l’année, quand les pluies de l’intérieur ont amené dans le lit du fleuve suffisamment d’eau. Tous, petites rivières du littoral, grands fleuves comme le Sénégal ou le Niger, ils n’ont pu fournir au commerce et au gouvernement le moyen régulier de communications qu’on en avait attendu. C’est là un phénomène indiscutable, que nous retrouverons dans d’autres continents. Il justifie notre expression : la faillite des fleuves.

Les fleuves faisant défaut, les colonies de l’Afrique occidentale songèrent à construire des routes. Elles n’osèrent pas tout d’abord espérer avoir des chemins de fer : elles n’aspirèrent qu’aux pistes, aux chemins de caravanes et enfin aux routes carrossables, complétés par

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un réseau télégraphique. La Côte d’ivoire a (1899) 701 kilomètres de routes (ou pistes) et 730 kilomètres de télégraphes; le Dahomey, peut-être un millier de kilomètres de routes ou plutôt de pistes et 1 400 kilomètres de télégraphes; la Guinée française, plusieurs centaines de kilomètres de routes, dont une, superbe, qui doit relier la côte au Niger, et 1 200 kilomètres de télégraphes. Pendant longtemps, ces colonies ont inscrit de gros crédits au budget des routes et des pistes, et elles en inscrivent encore de raisonnables; mais le chiffre tend à en baisser sous l’influence d’une autre idée : le chemin de fer.

Ces colonies, quand on les regarde sur la carte, sont toutes ou inscrites dans la boucle du Niger ou, à un titre quelconque, dépendantes du Niger, et toutes cherchent depuis longtemps à s’étendre jusqu’à ce fleuve. Le remaniement territorial qui a amené la suppression de la colonie du Soudan, a donné à la plupart d’entre elles cet arrière-pays qu’elles souhaitaient posséder , et aussitôt chacune d’elles, la Guinée en tête, s’est préoccupée de

posséder l’instrument de pénétration indispensable : les chemins de fer.

Pour cela, elles ont cherché des ressources, Leurs magnifiques recettes leur ont donné une base suffisante pour négocier des emprunts.

Le Soudan, qui était une colonie distincte, avant qu’on l’eût démembré et réparti entre les quatre colonies de la côte, Sénégal, Guinée, Côte d’ivoire et Dahomey, eut à construire le chemin de fer du Niger, qui partait de Kayes passant par Bafoulabé, Kita et Bammako, pour aboutir à Toulimandio. La colonie avait peu de ressources propres pour faire face à la dépense de construction. La loi de finances du 19 mars 1897 assura la marche régulière des travaux en constituant, pour le chemin de fer du Soudan, un budget annuel, lequel serait alimenté par le produit du trafic des parties déjà construites et par des subventions annuelles de 500 000 francs chacune, que l’État et la colonie du Soudan (depuis la dislocation du Soudan, le Sénégal) se sont engagés à verser pendant vingt-quatre années. Grâce à ces engagements, des emprunts purent être réalisés. Le

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Soudan fut autorisé à emprunter, successivement, à la caisse des Dépôts et Consignations : décret du 22 avril 1898, 919 645 francs, au taux de 3,80 p. 100, remboursables en quatre annuités de 250 000 francs; décret du 7 juin 1899, 3 200 000 francs , remboursables en vingtquatre annuités de 204 427 francs ; décret du 5 mai 1900, 4 500 000 francs, en vingt-trois annuités de 295 191 francs. Avec ces sommes, on continua la ligne commencée il y a longtemps, mais interrompue pour des raisons que tout le monde connaît. La longueur totale de la ligne devait être de 540 kilomètres. La construction marcha lentement; il fallut huit années pour atteindre Bafoulabé (132 kilomètres). Aujourd’hui, la moitié de la ligne est construite; les 160 premiers kilomètres ont coûté 150 000 francs le kilomètre. On espère construire le reste beaucoup plus économiquement, à raison de 60 000 francs le kilomètre et avoir terminé en 1905. Le coût total serait donc de 46 800 000 francs.

Une combinaison récente (février 1902), avantageuse et économique, vient d’intervenir

qui assure l’achèvement de la ligne dans les délais prévus. Le Trésor va fournir les sommes nécessaires, et il s’en remboursera sur les subventions annuelles de 1 417 000 francs que lui verseront pendant vingt-deux ans, l’État pour 500 000 francs et la colonie du Sénégal pour 917 000 francs.

La Guinée française est en train de construire la ligne de Konakry à Kouroussa par Timbo. La longueur en serait de 550 kilomètres. Le capitaine Salesses, auteur du projet et directeur des travaux, en estime le coût à 70 000 ou 80 000 francs le kilomètre. Le coût total serait donc de 38 à 44 millions de francs. Les deux premiers lots : Konakry-Frigniagbé, chacun de 60 kilomètres, ont été adjugés le 16 février 1900. Pour faire face aux dépenses, la colonie de la Guinée française a été autorisée à emprunter : par décret du 14 août 1899, à la caisse des Retraites, 8 millions de francs au taux de 4,10 p. 100, remboursables en quarante annuités inscrites au budget de la colonie; et, par décret du 22 mars 1901, 4 millions do francs, à la caisse des Dépôts et Consignations,

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au taux de 4 p. 100, remboursables en vingtcinq annuités inscrites au budget, les deux annuités faisant ensemble 430 000 francs.

Le Dahomey construit une ligne qui ira de Kotonou à Tchaourou et serait ensuite poursuivie jusqu’au Niger. La longueur serait de G05 kilomètres, divisés en deux sections, Fune de Kotonou à Atchéribé, comprenant 186 kilomètres; l’autre de Atchéribé à Tchaourou, comprenant 419 kilomètres. Pour la première section, la dépense est évaluée à 9 117 000 francs, soit à 63 000 francs par kilomètre, ce qui représenterait 30 millions environ pour le coût total. Un arrêté ministériel du 20 mars 1900 a autorisé la colonie à exécuter les terrassements du premier tronçon, et un décret du 25 juin 1900 a accordé la construction de la ligne (superstructure) à un colon, M. Borelli, à charge par lui de constituer une société. Cette société. Société du chemin de fer du Dahomey, a été constituée, le 26 mars 1901, au capital de 8 millions de francs.

Enfin, la Côte d’ivoire a fait étudier un chemin de fer qui, primitivement, devait parlir de

Grand-Bassam, mais qui, depuis le déplacement de la capitale, partirait de Bingerville pour s’enfoncer dans le Baoulé. Elle aurait 500 kilomètres. Le chef de la mission, le commandant Houdaille, estime le coût kilométrique de 60 à 80 000 francs, suivant le mode de construction et les régions traversées; le coût total serait donc de 30 à 40 millions de francs. La construction devrait commencer en 1902. Le système adopté pour la construction serait à peu près celui du Dahomey.

Ces emprunts et ces chemins de fer vont être — à moins d’ohstacles qu’il n’est peut-être pas interdit de redouter — l’instrument prochain de la pénétration administrative et commerciale.

2° L’InDO-GhINE FRANÇAISE.

Après l’Afrique, passons h l’Asie, je veux dire àl’Indo-Chine qui est le gros morceau, ou, pour parler plus exactement, l’ornement et la richesse de notre empire colonial. Ces dix dernières années ont vu de grands progrès de tout genre dans nos diverses colonies. Nulle part.

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ils n’apparaissent mieux qu’en Indo-Chine. On pourrait en donner bien des preuves; nous nous en tiendrons aux preuves matérielles.

Il est impossible de comparer, trait pour trait, rindo-Chine d’aujourd’hui à celle d’il y a dix ans. En 1902, l’Indo-Ghine est un vaste gouvernement uniflé, c[ui a un budget propre, et qui comprend cinq provinces : l’Annam, le Tonkin, le Laos, le Cambodge et la Cochinchine, lesquelles ont chacune leur budget distinct. En 1891, nous n’avions ni l’unité indochinoise, c’est-à-dire le budget unifié, ni le Laos; notre empire se composait de deux groupes distincts, comprenant chacun deux provinces soudées l’une à l’autre, le Cambodge à la Cochinchine, l’Annam au Tonkin. Malgré ces différences, il sera aisé de voir, il sera impossible de ne pas voir les énormes progrès réalisés en Indo-Chine de 1891 h 1901.

Aux difficultés de comparer que je viens de dire, il faut en joindre une autre : les variations du taux de la piastre. En 1891, le budget des recettes de la Cochinchine était de 7 031 922 piastres. A cette époque, la piastre

valait 4 fr. 04; en francs, le budget s'élevait donc à plus de 28 millions de francs. C’est un chiffre important : nous ne le retrouverons pas dans le budget actuel de la Cochinchine, pour plusieurs raisons. L’une de ces raisons est qu’aujourd’hui la piastre ne vaut que 2 fr. 41. Mais, pour comparer utilement i891 et 1901, il ne faut pas tenir un compte absolu de cette différence dans le taux de la piastre. Je ne prétends pas que cette différence n’ait exercé aucun effet sur le prix des choses et qu’avec la piastre à 2 fr. 40, de 1901, on puisse se procurer exactement tout ce qu’on se procurait avec la piastre à 4 fr. 04, de 1891. Mais l’unité monétaire de l’Indo-Gliine a, malgré ses variations quand on la compare aux francs, gardé sur place une valeur et une puissance d’achat à peu près constantes. Et, en tout cas, le gouvernement de rindo-Chine ne s’est pas cru autorisé à exiger du même contribuable, pour la même matière imposable, plus de piastres en 1901 qu’il ne faisait en 1891. C’est donc en piastres, malgré le changement de valeur, et non en francs, qu’il faut faire nos comparaisons.

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Donc, en 1891, le budg’et de la Gochinchine s’élevait en recettes à 7 031 922 piastres. Trois ans plus tard, en 1894, il était de 10 200 142 piastres; trois ans plus tard, en 1897, il était de 12 420 194 piastres. Voilà donc une province en prog’rès ininterrompus. L’Annam et le Tonkin suivaient une progression, moins rapide, il est vrai, mais toutefois encore bien satisfaisante. Leur budget était, en 1891, de 4 447 000 piastres; en 1894, de 5 980 000 piastres; en 1897, de 7 961 000 piastres. Au Cambodge, les recettes suivaient une marche inverse, mais cela tient à des raisons de politique intérieure. Le Protectorat y avait été, depuis longtemps, entièrement faussé; M. de Lanessan avait dû, en 1891, pour ramener le calme dans le pays, restituer au Roi certains droits profitables, qui avaient singulièrement diminué nos recettes. Ces recettes, de 3 200 000 piastres en 1891, étaient tombées à 1 413 000 piastres, en 1894, et remontées, en 1897, seulement à 2 023 000 piastres. Cela n’implique qu’un trouble dans notre politique au Cambodge, non une diminution dans les capacités financières du pays.

Ainsi dans l’ensemble, sur les quatre provinces : Cochinchine et Cambodge, Annam et Tonkin, nous pouvons constater, de 1891 à 1897, un grand développement de prospérité.

En 1897, M. Doumer, gouverneur général, bouleverse le système financier du pays. Il fait de l’unité indo-chinoise, qui jusqu’alors n’avait été réalisée que sur le terrain administratif, un instrument financier. L’Indo-Ghine forme une personne morale, distincte des cinq provinces (le Laos est alors organisé) qui la composent; ce qui n’empêche pas chacune de ces provinces de garder son budget propre, en recettes et en dépenses. Reprenant une idée qui fut chère à M. Léon Say, M. Doumer abandonne les impôts directs aux budgets locaux et fait passer les impôts indirects au budget général. Le système est bon en soi. Le Gouverneur général l’applique hardiment; il est servi par de magnifiques récoltes, qui répandent la richesse dans le pays et rendent ses réformes les plus hardies non seulement faciles mais encore fructueuses. Naturellement, chacune des provinces va voir diminuer le chiffre de ses recettes propres.

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puisque leur budget, le budget d’avant l’unité, comprenait des impôts directs et indirects, et que, depuis l’unité, il ne comprend plus que les ressources provenant des impôts directs. Mais ce qui leur échappe passe à l’Indo-Chine, et on va voir, parles totaux, ce qu’est l’ensemble.

En 1901, le budget de la Gochinchine s’élève à 4 204 000 piastres. Il est alimenté par l’impôt sur les rizières : 1 350 000 piastres; sur les cultures variées : 272 000 ; sur les indigènes, 595 000 piastres; sur les barques, 107 000; sur les patentes, 245 000 piastres ; sur les Chinois, 1070 000; sur les pêcheries, 71 000; sur les passeports, 92 000 piastres.

Le Cambodge a, en 1901, un budget de 1 951 187 piastres. Il est alimenté de même par les impôts directs : impôt personnel sur les Cambodgiens et les Malais, 400 000 piastres; sur les Annamites, 47 000; sur les Chinois, 270 000; impôt sur les riz (paddys), 355 000; sur les poivres, 70 000; impôt des patentes, 100 000; impôt sur les pêcheries, 270 000; amendes et frais de justice, 85 000. Tout cela encore n’est qu’impôts directs.

L’Annam a, en 1901, un budget de 2 081 416 piastres : 1 173 000, provenant de l’impôt foncier indigène; 764 000, provenant de l’impôt personnel indigène. Toujours l’impôt direct.

Le Tonkin a, la même année, un budget de 4 197 950 piastres : le seul impôt foncier indigène, impôt direct, fournit 3 762 000 piastres.

Enfin le Laos a un budget de 758 000 piastres; mais le Laos, colonie jeune, ne peut pas payer toutes ses dépenses. Les impôts directs ne lui fournissent que 233 600 piastres; le reste, 525 000 piastres, lui vient d’une contribution du gouvernement de ITndo-Ghine. On aperçoit ici une des utilités de cette création de l’unité indo-chinoise.

Jusqu’ici, nous n’avons pas encore abordé le budget de l’Indo-Cbine, nous allons voir à quels chiffres il s’élève. Mais comparons encore nos budgets provinciaux pour les deux années 1891 et 1901. Le budget total, pour 1891, des quatre provinces Annam, Tonkin, Cocbincbine et Laos, était de 14 677 000 piastres; il est, en 1901, de 12 433 000; si l’on y ajoute les recettes du Laos, organisé depuis 1891, le total doit être majoré

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de 233 000 piastres, et atteint 12 666 000 piastres. Ainsi, bien qu’on ait tari pour eux la source, de beaucoup la plus abondante, de l’impôt indirect, ces budgets locaux n’ont subi une diminution que de 2 millions de piastres. C’est que la richesse, de 1891 à 1901, s’est singulièrement accrue.

Mais tout ceci ne nous donnerait qu’une faible idée du développement réel de l’Indo-Chine; pour en avoir une plus juste, passons au budget général. Ce budget n’existait pas en 1891; c’est une création récente. Il est alimenté par les impôts indirects : douanes, contributions indirectes et régies. En 1900, il était de 20 millions 803 000 piastres ; en 1901, il est de 23 millions de piastres, exactement 22 998 000 piastres. Les douanes fournissent 5 940 000 piastres; les contributions et régies, 15 060 000 piastres.

L’Indo-Chine, dans son ensemble, si l’on additionne le budget général et les budgets locaux, a des recettes qui s’élèvent à 36 191 487 piastres. C’est, en l’espace de dix années, un accroissement de recettes de 21 millions et demi de piastres . Succès magnifique , et dont pour-

rait être fière n’importe quelle administration.

Naturellement, cela suppose un grand développement commercial. En 1891, le commerce total des quatre provinces qui formaient alors rindo-Chine, s’élevait à 163 millions de francs, y compris le cabotage pour 21 millions et le transit pour 5 millions. En 1900, le chiffre global du commerce s’élève à 474 millions de francs, à savoir : importation 186 millions; exportation 155 millions; cabotage 109 millions; le transit 21 millions et le commerce par la frontière du Siam, un peu plus de 2 millions.

Enfin, en 1901, ce même chiffre global s’élève à 534 millions. L’augmentation en dix années est donc de 371 millions de francs. Elle concurrence et elle explique l’accroissement des recettes.

Voilà, soit pour les recettes, soit pour le commerce, des chiffres bien satisfaisants. Mais leur importance même ne nous rend pas compte de tout le progrès accompli en Indo-Ghine; il faut que nous revenions sur certains de ces chiffres et sur leur signification, et aussi sur l’emploi

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qui en est fait et sur la politique que cet emploi accuse. Après les budgets des recettes, les budgets des dépenses.

Il y a telles de ces dépenses qui ne peuvent guère être approuvées : par exemple, dans le budget de la Cochinchine, une subvention annuelle de 83 333 piastres pour le théâtre de Saigon (après qu’on a déjà dépensé une somme énorme, plus d’un million, pour la construction du théâtre lui-même). Cela est inexcusable, quand on songe que ce même Saigon manque encore de l’outillage indispensable aux grands ports, et que, dans ses plans de travaux publics, le Gouverneur général actuel est obligé de consacrer des sommes importantes à en doter la capitale d’une colonie qui, pendant plusieurs années (je parle ici de la période qui précéda la conquête du Tonkin), eut des recettes magnifiques de 30 millions de francs.

D’autres articles des budgets de dépenses peuvent aussi prêter à la critique. Si l’on additionne dans les budgets locaux, les sommes consacrées au personnel soit européen, soit indigène, on trouve un total qui est peut-être

exagéré. C’est notamment : 945 000 piastres en Cochinchine, 256000 au Cambodge, 210 000 en Annam, 750 000 au Tonkin, soit, au total, 2130 000 piastres, plus de 5 millions de francs consacrés au personnel, européen et indigène, de l’administration proprement dite, sans parler de l’instruction publique, des travaux publics, du cadastre, etc.

Cela paraît excessif. Et toutefois, on n’ose pas être sur ce point très affirmatif. Des colonies naissantes ont besoin d’un gros personnel, qui semble hors de proportion avec les ressources du pays. Trop de personnel est du gaspillage, pas assez de personnel peut être de la ladrerie, et de la plus stupide, puisqu’elle retarde la connaissance et l’exploitation des ressources économiques et financières du pays. 11 est toutefois permis de croire que l’on pourrait en Indo-Chine non pas peut-être diminuer le chiffre des dépenses du personnel, mais en faire un meilleur emploi : d’une part, il faudrait payer mieux certains fonctionnaires et s’assurer par là le concours d’hommes de talent et d’avenir, que les colonies devraient avoir

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et ne peuvent pas espérer avoir sans de gros sacrifices; d’autre part, on pourrait remplacer bon nombre d’agents européens mal payés par des indigènes (administration proprement dite, partie exécutive), comme on le fait à Java et aux Indes, pour certains services : douane, police, gendarmerie, etc., dans lesquels les postes inférieurs sont confiés à des indigènes à basse solde, solidement encadrés par des Européens, dont la solde peut être relevée d’autant.

Jusque dans le budget général de l’Indo- Chine, il y aurait plus d’un article à critiquer. Les douanes, contributions et régies rapportent gros, mais coûtent fort cher. L’administration de la justice est encore fort médiocre, et l’on voit à son budget un article de 55400 piastres consacrées aux interprètes du service de justice, qui en dit long et sonne mal. Et l’on en pourrait citer d’autres. Mais, comme dit le proverbe, Paris n’a pas été bâti en un jour. C’est déjà beau d’avoir mis sur ses pieds cette formidable machine financière ; on verra plus tard à en simplifier ou à en perfectionner les rouages. Et, à vrai dire, il ne s’agit pas tant de

réduire les dépenses, que d’assurer le meilleur emploi possible des sommes demandées à l’impôt.

A cet égard, il est permis de dire que le budget général de l’Indo-Ghine est pour nous une source de bien grandes satisfactions. Voici, par exemple, le chapitre des Travaux publics (abstraction faite du grand budget spécial des chemins de fer et autres travaux ^'outillage, qu’alimente l’emprunt), doté de 3 866000 piastres, en augmentation de 480 000 piastres sur l’année 1900, à savoir : 764000 piastres pour les ponts, 1115 000 pour les canaux, 310 000 pour les ports, 234 000 pour les phares, balises, etc. Voici une somme de 630000 piastres environ, consacrée à des subventions en faveur des communications maritimes : services de Saigon à Haiphong, de Saigon à Singapore, de Saigon à Bangkok, service sur Quang- Tchéou, sans parler de 250000 piastres payées aux Messageries fluviales sur le budget de la Cochinchine et 125 000 sur le budget du Laos. Voici 144 000 piastres affectées au service forestier, service que M. Doumer vient

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de créer pour protéger notre domaine forestier contre les gaspillages possibles et même certains des indigènes et des colons. Voici encore 79 000 piastres au service géographique de rindo-Chine, 15 700 piastres à l’Institut Pasteur de Nhatrang, 9 200 à l’École de médecine, 15 000 à l’École française d’Extrême-Orient, 25 000 à l’Observatoire météorologique, toutes créations dont la science doit être reconnaissante au Gouvernement actuel. Enfin, voici 94 000 piastres pour des tirailleurs chinois, 219 000 piastres pour les résidences et établissements français, pour nos écoles et nos postes médicaux en Chine et au Siam, sans parler de 82 000 piastres affectées à notre concession de Quang-ïchéou. Tout cela est d’une politique, intérieure et extérieure, excellente, et qui mérite notre appui sincère et entier.

Dans ce même budget, il faut encore noter un chapitre fort intéressant, celui des annuités, 3482000 piastres, consacrées au service d’intérêts et d’amortissement des emprunts de l’Indo- Chine, à savoir : 750 000 piastres pour l’emprunt de 80 millions, et 2 600 000 pour une somme

de 150 millions à valoir sur l’emprunt de 200 millions voté en principe par les Chambres. On aura une idée de la prudence de ce budget, si l’on songe que cette annuité de 2 600 000 piastres suffit au service de 150 millions de francs, et que cependant jusqu’ici on n’a encore emprunté (je ne dis pas dépensé) que 50 millions à valoir sur le chiffre de 200 millions autorisé par le Parlement. Enfin, il est bon d’ajouter qu’après divers exercices qui se sont soldés en excédent, l’Indo-Chine a, dans sa caisse de réserve, une somme de plus de 25 millions de francs.

Cette prospérité indiscutable a plusieurs causes : les excellentes récoltes des dernières années et le développement des superficies cultivées, mais aussi le développement du commerce.

3° Le commerce et le régime commercial

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