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DES COLONIES FRANÇAISES

Presque toutes les colonies débutent par le commerce : la colonisation ne vient que plus tard. Les nôtres n’ont pas échappé à la règle.

LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE

On les a conquises à cause des débouchés qu’elles offraient, quelques-unes même à cause de la route qu’elles fournissaient pour aller trouver, par delà, une riche clientèle : par exemple, le Tonkin, dans l’opinion de Jules Ferry. Et il est permis de dire que toutes les fois qu’on a voulu, dans cette période première, juger de la prospérité d’une colonie, on a, partisans et adversaires de la colonisation, mis en avant les statistiques du commerce. La colonisation proprement dite ne passait qu’après.

Cette manière d’envisager les colonies, cette théorie, à peu près exclusive, des débouchés donne entière satisfaction à une partie importante de la population métropolitaine : les industriels. Les colonies ont été conquises pour leur assurer des débouchés; et, pour que ces débouchés ne leur échappent pas, on s’efforce, autant que le peut la diplomatie, de les protéger, dans les colonies, contre leurs rivaux étrangers. La protection est plus ou moins forte : modérée dans ses chiffres en Tunisie? tempérée en Indo-Chine par diverses mesures, très marquée à Madagascar, elle a donné des

résultats dont nos industriels ont lieu de se louer. A Madagascar, des 51 millions qui forment le commerce total en 1900, 42 sont des affaires avec la métropole. En Indo-Chine, la proportion est moindre : pendant l’année 1900, sur un total d’importations et d’exportations de 341 millions, la France et ses colonies ne prennent que 74 millions à l’importation et 35 à l’exportation, contre 112 et 120 que prend l’étranger; mais cet étranger, pour une très grande part, est la Chine, qui consomme et produit des marchandises d’une nature toute spéciale, et contre laquelle nous ne pouvons prétendre lutter dans un pays de civilisation chinoise. Enfin, en Tunisie, sur un commerce de 105 millions en 1900, la part de la France et de ses colonies est de 36 millions à l’importation sur 56, de 31 millions sur 49 à l’exportation ; soit respectivement 65 et 62 p. 100 au total. L’industrie métropolitaine peut être satisfaite.

Mais il y a deux classes de personnes qui ont le droit de l’être moins qu’elle. Ce sont les colons, à qui ce tarif, malgré certaines atténuations, fait payer trop cher ce qui est nécessaire à leur vie

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OU à leurs affaires; ce sont ensuite les indigènes qui partout ont vu, depuis l’occupation française, s’élever le prix de ce qu’ils consomment. La métropole, qui s’intéresse aux industriels, ne peut cependant se désintéresser ni des colons, qu’elle-même a conviés à la politique coloniale, ni des indigènes à qui elle a, lors de l’occupation, promis des destinées meilleures. Entre eux et les industriels, il y a un conflit d’intérêts, dont il est impossible qu’elle ne tienne pas compte. On a bien pu tout concéder aux industriels, d’abord parce que la protection était déjà triomphante dans la métropole; ensuite, parce que les amis de la politique coloniale voulaient gagner par là l’appui d’une classe si influente. Mais toute concession est révisable, et il faudrait reviser cellelà, s’il était prouvé qu’elle est préjudiciable à la nation dans son ensemble. Or, il ne fait aucun doute pour quiconque a étudié l’histoire des colonies des diverses nations que les colonies ont besoin de beaucoup de liberté et de produits à bon marché : c’est la condition pour elles des grands succès et, j’ajoute, des grandes affaires

dOO DIX ANNÉES DE POLITIQUE COLONIALE

avec la métropole. Quelque jour, la nation s’en rendra compte et modifiera les accords existants. Mais le régime commercial des nations et des colonies n’est pas chose qu’on puisse changer à tout moment : il y faut du temps et des ménagements. Peut-être même peut-on dire que le meilleur régime commercial ne vaut rien, s’il survient à contretemps. Il y a trop peu de temps encore que la France s’est embarquée dans le régime protectionniste pour qu’il semble possible de le supprimer; on peut seulement espérer de l’améliorer aux colonies en l’atténuant peu à peu.

Au surplus, on ne peut nier que, même sous ce régime , les affaires se sont largement accrues. En 1890, si l’on peut s’en rapporter aux statistiques coloniales, qui d’ailleurs n’étaient pas alors et ne sont pas encore aujourd’hui dignes de toute confiance, le commerce total de nos colonies, sauf la Tunisie et l’Algérie, était de 211 millions à l’importation et de 207 à l’exportation, soit, au total, de 417 millions; en 1899, il a été de 345 millions à l’importation et de 310 à l’exportation, au total de 655 mil-

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lions. Et si les statistiques du commerce colonial étaient faites sur le plan et avec l’exactitude de celles du commerce métropolitain, on verrait que les affaires ont atteint, pour 1899, plus de 700 millions, pour 1900, plus de 850 millions et, pour 1901, plus de 900 millions de francs. Cela ressort de l’accroissement constaté, cette même année, dans certaines colonies. L’Indo- Chine, par exemple, au lieu de 243 millions en 1899, a atteint, en 1900, le chiffre de 341 millions (importation et exportation), soit 99 millions d’augmentation; Madagascar, 51 au lieu de 35, soit 16 millions, etc. Ces chiffres de 850 millions pour 1900, et de 900 millions, pour 1901, sont même plutôt au-dessous qu’audessus de la vérité. Avec la Tunisie, on dépasse le milliard; on arrive à 1 750 millions avec l’Algérie, dont le commerce, déjà considérable, prend en ce moment et surtout va prendre, par l’exploitation des richesses minières et par l’industrie, un essor imprévu. Un milliard 750 millions, dans un pays dont le commerce extérieur, depuis dix ans, reste immobile, ce n’est pas chose négligeable : la

politique coloniale, comme disent les Anglais, paye et va payer davantage encore.

Pour rindo-Ghine, notons un trait bien significatif : le développement considérable de son exportation. La plupart de nos colonies sont entravées par le manque d’exportation. Elles achètent beaucoup à l’Europe et n’ont rien à lui vendre. Conséquence : elles ont un déplorable régime monétaire (je ne sais pas si celui de l’Indo-Ghine est excellent); la monnaie métallique retourne en Europe et disparaît sans cesse, et la colonie est toujours débitrice. L’Indo-Chine, au contraire, a une magnifique exportation. Son principal article est le riz; elle en a exporté, en 1899, pour 98 millions, en 1900 pour 111 millions. Et le riz n’est pas, comme le blé, menacé de surproduction et d’avilissement des cours. Il s’en produit toujours moins qu’il ne peut s’en consommer. Les peuples qui mangent du riz n’en mangent pas encore à leur suffisance. L’Indo-Chine peut donc — et elle n’y manquera pas — étendre encore largement ses rizières; elle trouvera un débouché grandissant en Chine, à Java, aux Straits-Settle-

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ments, etc. Grâce à ce produit, le riz, dont la consommation est illimitée, et à quelques autres, l’Indo-Chine a une exportation de 155 millions, en 1900, en face d’une importation de 186 millions ; c’est dire, pour ceux qui savent comment s’établissent, dans l’administration des douanes, les chiffres des importations et des exportations, que l’Indo-Chine paie largement ses importations avec ses exportations. Symptôme excellent.

Il y aurait encore à parler de cet autre chiffre si intéressant, 21 millions de transit : mais il nous suffît d’avoir appelé sur ce point l’attention de nos lecteurs.

Les colonies, qui ont ce commerce florissant, qui font cette bonne politique financière, qui construisent tous ces chemins de fer, ne s’en tiennent pas là : elles aménagent et outillent des ports, elles creusent des routes, elles concèdent des tramways. Dès lors, ainsi outillées, elles sont prêtes pour l’œuvre de colonisation. Voyons jusqu’à quel point la métropole y est prête de son côté.

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