‹ Dix années de politique colonialeChapitre 9 sur 19 · LA COLONISATION. — LES COLONS · texte numérisé non relu

LA COLONISATION. — LES COLONS

tion. La France, cette fois, a donc colonies et colons.

De ces candidats-colons, la qualité au début fut médiocre. C’étaient, il y a une douzaine d’années, trop souvent des déclassés, des ratés, des gens tarés, ou des chercheurs d’aventures, ou encore de grands enfants qui s’étaient repus des romans de Gustave Aymard et croyaient que la vie du colon est celle du trappeur : à cheval, le fusil en bandoulière, dans l’immensité des prairies. Nous avons été, depuis dix ou douze ans, quelques-uns à Paris ou en province, à Y Union coloniale, au Comité Diipleix, à la Société de géographie commerciale, au Comité de l'Afrique française et dans les grandes maisons et Sociétés de commerce colonial, à la Compagnie française de l’Afrique occidentale, chez MM. Maurel et Prom, Ulysse Pila, Mante, Ballande, Buhan, etc., qui avons vu défiler pas mal de gens en quête d’une position aux colonies, et tous nous en avons alors dégagé un type, d’abord assez séduisant et bientôt haïssable : Yhomme d'attaque.

L’homme d’attaque — le terme n’a aucun

sens en soi, mais il s’emploie et il est compris — est un homme qui n’a réussi dans rien. Collégien, il a poussé jusqu’en rhétorique, mais ne s’est pas présenté au baccalauréat; étudiant en droit, il n’a pu parvenir à la licence; médecin, il n’est pas docteur; soldat, il a dû se contenter d’être sergent et n’a pu franchir les portes ni de Saint-Gyr, ni de Saumur, ni de Saint-Maixent ; ouvrier, il a bientôt déserté l’atelier, ou, commis, le comptoir; c’est un raté et c’est un paresseux. Mais il n’en croit rien. Si vous avez besoin d’un homme aventureux, d’un homme qui n’a pas peur, d’un homme, enfin, qui résiste à tout (ces phrases vagues sont tout son bagage), adressez-vous à lui. Pour faire quoi? Il ne sait pas; ce que vous voudrez. L’agriculture, le commerce? cela lui est indifférent ; il s’entend à tout, et ne s’intéresse à rien.

De ceux-là, il a fallu en écarter des centaines et les repousser et les décourager. Ils se sont vengés en disant du mal des colonies. Mais bientôt d’autres candidats ont surgi, d’année en année plus recommandables. Et dix ans après

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