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OBSERVATIONS

AU PROFIT DE DIRECTRICES D'ÉCOLE OU DE SALLE D'ASILE AYANT PLUS DE DIX ANS D'EXERCICE

discussion du projet de loi supprimant la lkttre

d'obédience

Chambre des députés^ 27 nifii 1880.

M. LE PRÉSIDENT. L'article 4 primitivement présenté par le Gouvernement était ainsi conçu :

a Art. 4. — La présente loi n'est pas applicable : i® aux institutrices publiques et libres qui, lors de la promulgation de la loi, auront dix années d'exercices comme directrices d'une école; 2® aux directrices des salles d'asile comptant, à la même date, dix années de service comme directrices de salies d'asile. »

Du moment que le Gouvernement se rallie à une rédaction différente, il renonce implicitement à sa première rédaction, (Rumeurs ironiques à gauche.)

Messieurs, vous n'avez pas saisi le sens de l'observation que je viens de faire. Elle répond à une disposition de votre règlement. M. Bardoux ne peut soutenir son amendement que si le Gouvernentent renonce à sa rédaction primitive dont l'amendement est la reproduction.

Ainsi le veut le règlement, et vos rires n'y changeront rien. (Nouvelles rumeurs à gauche.)

A droite. Écoutez donc le président!

M. Laroche-Joubert. Du moment que ce n'est pas un président de son bord, la gauche ne veut pas le respecter. (Bruit.)

M. LE PRÉSIDENT. La parolc est à M. Bardoux.

M. Bardoux. Messieurs, je ne veux pas occuper longtemps votre attention. Je viens reprendre l'article du projet primitif que le Gouvernement avait présenté. Cet article diffère de celui de la commission sur deux points.

Sur le premier point, Taccord vient d'être rétabli par M. le rapporteur dans une réponse à M. Ganivet. En effet, la commission admettait qu'une exception serait faite seulement pour les directrices d'écoles et pour les directrices de salles d'asile publiques ayant dix années au moins d'exercice au moment de la promulgation de la loi.

Le projet du Gouvernement faisait bénéficier de l'exception les directrices des écoles et salles d'asile libres. M. le rapporteur vient de déclarer que l'exception s'appliquait aussi bien aux directrices des écoles publiques qu'aux directrices des écoles et salles d'asile libres.

M. LE RAPPORTEUR. Parfaitement.

M. Bardoux. C'est quelque chose et j'en prends acte.

Mais la commission a modifié le projet du Gouvernement sur un autre point, le projet primitif n'avait pas mis de condition d âge ; la commission a cru devoir ajouter à cette limite de dix ans, déjà très restreinte, la condition de 45 ans d'âge.

Je demande à la Chambre la permission de lui affirmer que cette condition, ajoutée à celles qui avaient déjà été proposées n'est ni utile, ni nécessaire, ni équitable.

Nous sommes d*avis avec tous les esprits éclairés et prudents, qu'il est juste de ménager une période de transition pour la réforme que vous voulez accomplir.

Ce n'est pas seulement une question d'équilé qui nous domine, c'est une nécessité pour quiconque a étudié avec fi'uit les statistiques si intéressantes que publie le ministère de Tinstruction publique. En les lisant, on demeure convaincu que dans le laps de temps de deux années qui est fixé par le projet de loi, il est impossible d'obtenir un personnel laïque ou breveté suffisant pour faire face aux diverses exigences des lois qui se préparent, surtout lorsque vous aurez voté l'obligation.

Si vous ouvrez, en effet la statistique, vous voyez que le nombre des directrices des écoles et des salles d'asile publiques et libres congréganistes est très considérable. Nous avons 10,895 congréganistes directrices d'écoles et 5,047 directrices de salles d'asile, au total environ 16,000 religieuses, qui, depuis nombre d'années, ont accepté la mission d'enseigner.

Vous savez, messieurs, — je n'ai pas besoin de vous le faire remarquer, — que pour être directrice d'école il a fallu passer par un stage et faire preuve pendant un laps d'années, au moins de cinq ans, de conditions de capacité, d'aptitude et de science pédagogique.

11 est impossible à tout esprit impartial de nier que pour être directrice d'école il faut avoir réuni quelques-unes des qualités que vous exigez. Permettezmoi de vous signaler spécialement la tenue des salles d'asile. Il y a là des dévouements admirables. Ne privez donc pas d'un droit acquis les femmes qui ont fait leurs preuves pendant un laps de temps aussi long.

Je fais aussi^ messieurs, appel à rexpërienee de de tous ceux qui ont étudié les choses de renseignement. Je leur demande si, même lorsqu'elles ont de nombreuses connaissances scolaires, il est facile d'obtenir que des personnes âgées d^ trente ans ou plus, veuillent toujours, même en étant sûres d'être reçues, se présenter devant un jury d'examen.

Plusieurs membres. C'est vrai I

M. Bardoux. L'expérience m'a appris qu'après l'âge de trente ans une répugnance manifeste se produit chez tous ceux qui sont obligés d'aller conquérir un brevet; lorsqu'on a atteint l'âge de trente- cinq, de quarante ans, la répugnance devient invincible, et s'il faut arriver à quarante-cinq ans, c'est presque impossible. Il n'y a que quelques exceptions à signaler.

Quel que soit votre désir de vous assurer de la capacité, vous obtiendrez difficilement qu^on se présente, dans ces conditions d'âge, devant des examinateurs. Tous ceux qui ont longtemps pratiqué, tous ceux qui ont étudié la pédagogie partageront mon opinion. Malgré le souffle de réno-vation qui en ce moment-ci parcourt toutes les classes de la société, quand il s'agit d'instruction populaire, n'allez pas croire que l'opinion publique vous suivra dans certaines exigences.

Sachez y renoncer, surtout en présence de l'impossibilité d'obvier au manque de personnel.

Oui, messieurs, augmentons tous les moyens d'instruction dans ce pays ! Oui ! que plus de lumière se fasse! Mais, gardons toujours dans nos réformes l'esprit de justice et d'équité qui doit les dominer et les inspirer! Tel est le but de mon amendement. {Très bien! et applaudissements sur divers bancs.)

DISCOURS

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