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AU SOMMET DU PUY-DE-DOME

30 août 1870

« Messieubs,

c( C'est la fête de la science que nous sommes ve- « nus célébrer ici, au-dessus du bruit des villes, en « présence des plus merveilleux tableaux de la na- « ture.

Étrange et grandiose spectacle que des paroles a sont impuissantes à reproduire ! Spectacle digne (( de frapper les imaginations et de rester gravé dans « la mémoire des hommes !

V L'esprit humain prend aujourd'hui possession « de cette cime, pour arracher un secret de plus au « monde invisible et pour étudier de plus près les « lois immuables de Tunivers.

« Que dirait-il, s'il vivait parmi nous, cet immortel M génie qui, dès 1647, faisait exécuter sur le Puy-de- « Dôme les expériences dont l'histoire des sciences « se souvient?

« Je me le demandais en gravissant ces pentes, « au milieu de ces espaces infinis dont l'éternel si- « lence l'effrayait; et je croyais voir planer sur nous « la grande ombre de Biaise Pascal.

« L* Auvergne si fière de vous offrir en ce jour « l*hospitalité, ne pouvait oublier le plus illustre de « ses enfants, celui qui marche seul, sans rivaux, « dans son attitude austère et mélancolique, entête (c de ses grands hommes.

« C'est qu'aussi il est le plus moderne de tous, « c'est qu'il nous appartient par un côté que notre « temps comprend peut-être mieux que les siècles « passés ; je veux dire par sa poursuite continue et « désintéressée de la vérité.

« Pendant toute sa vie ardente et douloureuse, il « fut affamé de certitude. Il la chercha partout, en « religion comme en philosophie, trouvant, partout « où se jetairson esprit géométrique, quelque chose « d'original et de nouveau.

c< Il nous apparlient.encore, messieurs, parce qu'il « fut le moins rhéteur et le plus sincère des lettrés. « Jamais style n'a serré de plus près la pensée; les « images ne sont pas pour lui un vêtement : elles « sont une arme, et quelle arme ! on n'a qu'à relire « les immortelles petites lettres, où l'ironie égale « celle d'un dialogue socratique et où l'indignation « honnête amène des explosions catilinaires.

« Mais pourquoi en parler plus longtemps ? Le moc ment n'est pas éloigné où, sur une des places de « Clermont, se dressera cette radieuse image.

« Le ministre populaire et libéral qui a le bonheur « de diriger les progrès de l'instruction publique en « France, et qui m'a prié de vous exprimer ses re- « grets de ne pouvoir assister à cette cérémonie, « annonce que la statue en bronze de Pascal sera « donnée par l'administration des Beaux-Arts.

«D'autres voix, plus éloquentes que la nôtre, fe- « ront connaître alors la beauté morale, supérieure

« encore aux dons du génie, du frère de Jacqueline, « de l'ami de ces messieurs de Port-Royal, de ce « cœur passionné qu'une grande puissance de ré- « flexion avait rendu indéfiniment triste.

« Nous sommes fiers de placer sous le patronage « du souvenir de Pascal les remerciments que nous (( vous adressons au nom du conseil général.

« L'Auvergne, qui sait vos noms, messieurs, vous « accueille avec toute la générosité de son âme. Elle « a la conscience qu'aucune province, dans notre Q France si riche en grands hommes, n'a été aussi « fertile qu'elle en natures d'élite dans ces trois der- « niers siècles : le xvi", le xvii* et le xviu*. Elle salue « en vous l'honneur et l'orgueil du pays.

« Au nom du conseil général du Puy-de-Dôme, je « porte un toast à nos hôtes et au progrès de la « science. »

DISCOURS

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