PRONONCÉ A L'OUVERTURE DU MUSÉE ETHNOGRAPHIQUE
23 janvier 1878
Hier, mercredi 23 janvier, à une heure, a eu liea, au Palais de l'Industrie, sous la présidence de H. le ministre de Tinstruction publique, Tinauguration du musée ethnographique. Le ministre était accompagné, dans cette cérémonie, d'un grand nombre de sénateurs, de députés, de membres de Tlnstitut, de représentants des grands corps de l'État, et de plusieurs membres des Sociétés de géographie et d'anthropologie.
M. le baron de Watteville, directeur des sciences et lettres, a adressé à M. Bardoux l'allocution suivante :
Monsieur le ministre,
Je fus chargé par votre prédécesseur d'organiser le muséum ethnographique des missions scientifiques. Je craignais de ne pouvoir m'acquitter de cette tâche, je suis heureux d'avoir pu l'accomplir en moins de six semaines.
Une semblable entreprise aurait été impossible sans le dévouement absolu des collaborateurs qui m'ont prêté leur concours, sans nos savants voya-
geurs, MM. Wiener« de CjfalTy, Harmand, André, Telain, Delaporte, Sainte-Marie, Rivière, Marche, qui ont rapporté des pays lointains les collections exposées. Elle aurait été impossible sans le zèle de M. Hamy qui a pu remplacer nos missionnaires actuellement éloignés de TEurope, MM. Pinart, de Cessac, Crevaux, qui a pu disposer, classer les objets précieux qu'ils nous ont envoyés. Enfin, sans i*aide de MM. Soldi, de Getner, Roux qui ont su, avec leur talent habituel, faire revivre les types, les monuments, les paysages de l'Amérique et de TAsie.
Je désire, monsieur le ministre, que cette création nouvelle reçoive la sanction de votre haute approbation.
M. le ministre a répondu à M. de Watteville :
Je sais avec quel zèle et quelle intelligence vous et vos collaborateurs vous vous êtes acquitté de la mission qui vous avait été confiée. Je sais aussi que le succès de cette œuvre et la satisfaction du devoir accompli sont pour vous la meilleure des récompenses. Je suis heureux de vous remercier au nom de rinstruction publique.
Après cette allocution, M. le ministre a prononcé le discours suivant :
Messieurs,
Le musée ethnographique que nous ouvrons aujourd'hui n*est pas complet. 11 n'est pas installé dans son local définitif. Il ne représente même pas toutes nos richesses.
Disséminées dans un grand nombre d'établissements, elles s'y perdaient sans profit pour la science qui ne savait où les trouver, sans intérêt pour Tétude
qui n'avait plus d'ensemble et de suite, dans ses recherches et dans ses comparaisons.
Le moment est venu de les réunir et de les classer dans un établissement spécial. Les trois salles que vous allez visiter ne renferment qu'une seule section, celle d'Amérique, et encore n'avons-nous pu y placer de magnifiques collections péruviennes qui ont été données à l'État. Nous avons même été obligés de reléguer jusque sur le palier de l'escalier les produits des importantes explorations dans l'Asie centrale.
Et pourtant, avec cette installation incomplète et provisoire, vous pouvez déjà apprécier l'importance des résultats obtenus et les efforts des hommes éminents et convaincus qui ont mené à bout, au prix souvent de leur santé, la mission scientifique qui leur avait été confiée.
Vous pouvez déjà juger de l'avenir du musée ethnographique quand les objets réunis dans une môme enceinte auront été exposés avec méthode, répartis en différentes sections, groupés suivant la nature des pays explorés.
Ainsi conçu, avec des séries non interrompues, le musée ethnographique ne sera pas une collection d'objets bizarres, étranges, quelquefois futiles, dispersés çà et là, mais une histoire des mœurs et des usages, histoire parlant aux yeux, où, depuis les armes jusqu'aux vêtements, depuis les habitations jusqu'aux bijoux et aux meubles les plus grossiers, tout objet concourra à former cet ensemble de matériaux qui permettra d'établir des comparaisons illimitées entre les civilisations primitives des populations, existantes ou éteintes, du monde entier.
Inséparable de l'archéologie préhistorique, accessoire essentiel de l'anthropologie, en même temps
que commentaire des sciences géographiques , l'ethnographie aidera à résoudre plus d'un problème, obscur encore, de nos origines. C'est à nous qu'il importe de lui fournir les moyens de sortir des ténèbres où elle végète et de prendre un vigoureux essor.
Notre temps doit surtout avoir ce caractère, de comprendre plus que tout autre 1^ grandeur scientifique sous les formes les plus diverses et de la mettre en lumière.
Mais en créant ce musée ethnographique, il fallait bien se garder de porter atteinte à d'autres collections qui n'ont pas moins d'intérêt et qui, par leur caractère, appartiennent à des genres différents.
Notre admirable musée de Saint-Germain., dont le savant M. Bertrand a fait son œuvre, reste réservé à rarchéologie préhistorique et aux antiquités galloromaines provenant des fouilles faites en France, tandis que le musée du Louvre est toujours destiné à recevoir les richesses provenant des missions entreprises en Italie et en Grèce, en Egypte et en Orient, et que la Bibliothèque nationale continue à recevoir les médailles, les livres, les manuscrits de toute provenance.
De même nous ne pouvions un instant avoir la pensée d'appauvrir les grandes collections existantes d'anthropologie et d'histoire naturelle.
Le Muséum ethnographique ne sera qu'un musée d'histoire, où, comme l'a excellemment rapporté mon honorable collaborateur M. de Watteville, où passeront sous les yeux du savant dans les formes les plus variées, tous les efforts faits par l'homme pour vaincre les forces de la nature, pour améliorer sa position précaire et pour atteindre le progrès. Grande et noble idée, messieurs, dont je ne reven-
dique pas Tiniliative et dontje reporte Thonneur aux hommes modestes et éminents qui m'entourent ! Nouvelle porte ouverte à Tétude des progrès et des décadences de la race humaine, et qui s'élargira tous les jours, grâce au dévouement des missionnaires de l'instruction publique !
Ce sont, en effet, les missions entreprises au nom de l'Ëtat qui ont alimenté et qui alimenteront l'établissement dont nous jetons aujourd'hui les fondements, en attendant que nous puissions l'édifier complètement.
L'Exposition universelle nous pressait ; elle doit» nous l'espérons, procurer tant de ressources à ce musée, qu'il fallait l'inaugurer même dans son état imparfait.
Les résultats actuels n'ont pu être obtenus que grâce à la bonne volonté de quelques savants et voyageurs.
C'est à M. Charles Wiener que nous devons l'organisation des quatre mille pièces qui composent sa collection péruvienne; à M. André appartient l'honneur d'exposer les résultats de son voyage dans la Colombie et l'Equateur; à M. Ujfalvy, revenu à peine depuis quelques jours de l'Asie centrale, ces remarquables produits que, faute de place, nous avons échelonnés sur un palier; à M.Harmant, les inscriptions du Haut-Cambodge; à M. Sainte-Marie, les briques carthaginoises ; à M. Rivière, les estampages des gravures tracées sur les rochers du lac des Merveilles; à M. de la Savinière, les collections des tles Gélèbes.
C'est M. le docteur Hamy, du Muséum, qui a classé les collections de ceux de ces voyageurs qui n'ont pu encore regagner la France : celle de M. Alphonse
Pinart, qui poursuit depuis sept ans, avec la plus louable persévérance, la solution du grand problème des origines américaines, et qui, malgré une santé ébranlée, vient d'explorer, accompagné de M. de Gessac, le groupe de Taïti, la Polynésie et une partie de la Micronésie; nous devons encore à M. Hamy le classement des collections d'un jeune médecin de la marine, M. Grevaux, qui vient de mener à bonne fin une expédition des plus difficiles, des plus dangereuses autour de la Guyane, après avoir découvert et suivi dans tout son cours un grand affluent de gauche de TAmazone, le Rio-Yari, dont on ne connaissait que Tembouchure.
Je n'ai pas Tintention de nommer tous ces hommes hardis et vaillants que le devoir et l'abnégation soutiennent dans leurs explorations lointaines ; mais que vos remerciements aillent jusqu'à eux et les encouragent, qu'ils sachent bien que leurs noms sont acclamés ici, que leurs travaux y sont admirés et que leur pays est fier d'eux!
Je ne peux cependant pas oublier trois jeunes artistes qui ont donné avec le plus complet désintéressement leur talent et leur travail : M. de Getner qui a peint les huit toiles représentant les vues du Pérou et de ses anciens temples ; M. Paul Roux, les deux vues de la Golombie; et M. Soldi, qui a mis ses rares aptitudes et ses connaissances d'archéologue au service de ses collègues, a surveillé les moulages, a fait, d'après les dessins de M. Wiener, les restitutions des types placés dans la grande salle.
Tous ces documents nouveaux et multiples apportés aux études scientifiques n'auraient pu nous parvenir et n'auraient pu être garantis contre les chances d'une expédition, sans le concours de notre
marine et de nos agents à Tétranger. Tous se sont solidarisés pour faciliter le succès des explorations de nos voyageurs. M. le comte de Yernouillet, alors ministre plénipotentiaire au Pérou, a particulièrement facilité la mission si heureuse de M. Wiener.
Les dons de quelques collectionneurs viennent enfin se joindre à nos richesses etj grâce à la libéralité intelligente de M. Augrand, TÉtat va bénéficier d'une collection unique, fort enviée, et dont la valeur est extrême.
Le musée ethnographique est donc fondé et nous sommes convaincu que le patriotisme éclairé des sénateurs et députés viendra en aide à son développement; ils mériteront ainsi la reconnaissance de tous ceux qui s'intéressent à l'avancement des lumières.
C'est l'amour de la science et de la France qui a inspiré et qui inspire tous les jours nos voyageurs au milieu des fatigues, au milieu des solitudes et en face souvent des plus grands périls ; c'est cette double flamme qui centuple leurs forces morales. C'est aussi l'amour de la France et de la science qui garantit le succès et la durée de la fondation à laquelle votre présence apporte le concours de sympathies éclairées et la force de l'opinion publique.
Je déclare ouvert le musée ethnographique.
DISCOURS
PRONONCÉ A L'OCCASION DE LA POSE DE LA PREMIÈRE PIERRE DU LYCÉE BLAISE-PASCAL.
11 avril ]878
Messieurs et ghers Compatriotes,
Un grand souffle a passé sur notre pays : le besoin universel de s'élever et de s'instruire 'ne se discute plus. Les malheurs ont donné de Texpérience à notre démocratie, et chaque jour des efforts multipliés, se traduisant en sacrifices, attestent de toutes parts, avec la puissance de notre vitalité, la noble préoccupation d*assurer aux générations nouvelles les moyens de mieux comprendre la loi, le devoir et la responsabilité.
La République aura l'honneur d'avoir communiqué ce vigoureux élan, d'avoir attaché la plus haute importance à l'éducation du suffrage universel.
Grâce à elle, grâce au dévouement des Chambres, l'instruction publique, à tous les degrés, a pris un développement qui suit enfin l'impulsion de l'opinion après s'être laissé longtemps devancer par elle.
Et, cependant, que de choses restent à faire encore I Nous commençons à ouvrir les yeux et à nous apercevoir que la halte a été trop longue sur le chemin que nous avons à parcourir. Si vous saviez
combien même dans notre intelligente ville de Glermont nos écoles primaires de filles sont loin de répondre aux besoins les moins exigeants d'une installation hygiénique !
Notre municipalité vigilante étudiera les mesures à prendre. Nous nous confions à elle, à son amour du progrès, à ses sentiments de sollicitude pour les enfants pauvres.
Plus nous réussirons, plus de peine il faudra prendre pour réussir encore et toujours. Opposons sans cesse le zèle à rindifférence, la persévérance tenace à Tinertie.
Mais c'est de notre lycée que j'ai hâte de vous parler. Ne croyez pas que ceux qui y ont passé les années qu'on appelle les meilleures de la vie, les oublient jamais I Nous laisserons désormais aux aînés ces vieux murs noircis qui ont abrité tant de rêves et tant de loyales amitiés. Nos jeunes élèves ont besoin de plus d'air, d'espace et de soleil.
Les progrès constatés et que nous devons à une administration ferme et intelligente s'arrêteraient, si l'Université ne se préoccupait pas de suivre les exemples d'améliorations matérielles donnés ailleurs.
Toutes nos grandes villes ont compris l'importance d'une pareille création : nous allons donc construire le petit lycée.
Mais mettons dans ces fondements, avec la pierre et le ciment, cette foi patriotique qui animait nos pères, leur amour profond et passionné de la France; mettons-y la reconnaissance pour notre glorieuse Université, fille comme nous de la Révolution de 89, vivant de la même vie que nous; mettons-y notre confiance dans l'avenir; mettons-y
enfia toutes les immortelles espérances, afin que les enfants qui sortiront de cette maison soient des hommes, des citoyens, de bons Français.
Puissent-ils ne pas connaître les divisions, les luttes, les défaillances qu'ont connues leurs pères ! Puissent-ils ne plus revoir la Patrie malheureuse et doutant presque d'elle-même I Puissent-ils rester invariablement attachés à ces institutions libres qui relèvent la dignité d'un peuple autant que celle des individus I Puissent-ils enfin, par leur vie de labeurs obstinés, de dévouement au devoir, continuer ces traditions qui constituent le caractère et l'originalité de notre honnête Auvergne !
Messieurs, c'est la République qui fonde le petit lycée, c'est à elle que la ville de Glermont devra être reconnaissante.
DISCOURS
PRONONCÉ A LÀ SORBONNE POUR LA RÉUMON DES DÉLÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAVANTES.
27 avril 1878
Aujourd'hui samedi a eu lieu, à la Sorbonne, dans la grande salle du concours général, sous la présidence de M. A. Bardoux, ministre de l'instruction publique, des cultes et des beaux-arts, la distribution des récompenses aux sociétés savantes et aux savants des départements.
A midi précis, M. le ministre, accompagné de M. Xavier Charmes, son chef de cabinet, est arrivé avec M. Casimir Périer, sous-secrétaire d*Ëtat^ Il a été reçu par M. Mourier, vice-recteur de Tacadémie de Paris, et par les hauts fonctionnaires de TUniversité.
Ont pris place sur Testrade, à côté de M. le ministre et de M. le sous-secrétaire d'Etat, MM. Milne- Edwards, Léopold Delisle, Blanchard, Paye, Pasteur, de Watteville, Chabouillet, de Ghennevières, Darcel, Hippeau, C. Robert (de Tlnstitut), Michel, Charles, Picot, D. Nisard, Alfred Maury, Servaux, Quicherat, Levasseur, Dechy-Mœr, représentant du ministre de l'instruction publique d'Autriche-Hongrie, etc.
On remarquait dans l'amphithéâtre MM. de Quatrefages, Dumas, J. Tardif, Béclard, Desnoyers, Hé-
bert, F. Wey, le général de Nansouty, BooUn, de Laborde, Jourdain, Lescœur, Macé, Mouchot, Foncher de Gareil, Chassaing, Manuel, Deltour, Qoet, Guimet, etc.
Quatre rapports sur les travaux des sociétés savantes et des savants qui ont obtenu des récompenses ont été lus par MM. Blanchard, pour la section des sciences ; Hippeau, pour la section d*histoîre et philologie; Chabouillet, pour la section d'archéologie, et Darcel pour les sociétés des beauxarts.
Puis M. le ministre a prononcé le discours suivant :
Messieurs,
Nous nous souvenons d'avoir assisté à l'une de ces solennités.
C'était en 1872; le ministre qui avait la périlleuse mission de parler à cette place était un maître dont nous avions suivi et applaudi, dans cette salle même, des leçons qui ne sont pas oubliées. Il vous entretenait ce jour-là (et vous sa?ez avec quelle verve et quel éclat) des besoins de notre enseignement public au lendemain des détresses du pays, non loin des ruines, fumantes encore, laissées par la Commune. Il vous retraçait avec une sincérité pénétrante notre pénurie de laboratoires et de bibliothèques, l'insuffisance de nos maisons d'école, la vétusté des bâtiments de nos lycées.
Six ans se sont écoulés. Tout esprit éclairé et impartial jugera des immenses résultats obtenus.
Vous ne désespériez pas non plus, messieurs, puisque, malgré toutes nos infortunes, vous repreniez alors vos réunions interrompues.
Grâces vous en soient rendues I Vous avez contribué à ce relèvement des forces nationales qui nous permet dans trois jours d'ouvrir au monde étonné les portes de TExposition universelle. (Vifs applaudissements.)
Nous ne sommes plus au temps où, comme à la foire d*Ocadh, les poètes des tribus arabes récitaient publiquement leurs vers et où les pièces qui avaient le plus captivé Tadmiration des auditeurs étaient suspendues avec des clous d*or aux portes de la Gaaba. Mais cette convocation, que nous venons d*adresser à toutes les nations, inspire à toute âme de patriote un involontaire respect pour ce puissant effort de la France. (Vifs applaudissements.)
Les sociétés savantes en représentent un des côtés rares, Tinvestigation sagace et patiente, Tamour profond des origines, la recherche minutieuse des faits, tout cet ensemble d'études provinciales qui apportent les matériaux de Tédiûce construit ensuite par des mains habiles.
Une occasion incomparable se présente pour constater dans les diverses branches des connaissances humaines les résultats acquis depuis dix ans. Gardons-nous de la laisser échapper I
Ne pourriez-vcus pas, messieurs, à l'aide d'une série de rapports succincts et précis, d'une méthode exacte et sobre, conserver la trace de souvenirs, de critiques, d'impressions qui courraient le risque de disparaître?
Ne pourriez-vous pas vous réunir de nouveau dans quatre mois, élargir vos rangs et échanger des jugements, dans de libres discussions, sur les découvertes ou les perfectionnements de toute nature accomplis depuis 1867?
Des visites faites, non seulement à travers TExposition, mais aussi dans les établissements scientifiques, littéraires, archéologiques et artistiques de Paris, n'amèneraientrelles pas des résumés aussi intéressants que féconds ?
Messieurs, élever le niveau des idées, rapprocher les intelligences, connaître d'aussi près que possible la vérité, instruire ses semblables, quel plus noble but! Le ministre de Tinstruction publique examinera Futilité d'une nouvelle convocation des sociétés savantes. L'institution de conférences spéciales a été l'objet des préoccupations de mon honorable collègue, M. Teisserenc de Bort. Nous verrons donc les résultats qu'elles pourront produire.
En groupant des efforts isolés, on travaille mieux au progrès et à la diffusion de la- science. Les rapports annuels entre les sociétés savantes ont été régularisés depuis de nombreuses années, mais il restait à établir entre nous et l'étranger un échange régulier, non plus seulement de livres, mais de renseignements, échange qui put entretenir un système permanent d'enquête scientifique.
Le congrès de géographie, au mois d'août 1875, offrit une occasion que saisirent avec empressement les commissaires de la Belgique et de la Suisse. Un protocole fut alors signé, aux termes duquel les commissaires se proposaient de demander à leur gouvernement d'organiser dans chaque pays un bureau central chargé de réunir et de répartir les ouvrages, cartes, instruments, publiés ou fabriqués dans chaque nation, et de transmettre les communications scientifiques.
L'impulsion a été donnée et la commission française des échanges internationaux a été instituée le
15 mai dernier par un arrêté de mon honorable et savant ami M. Waddington. Des délégués envoyés par la France en Belgique ont définitivement résolu les points qui pouvaient être litigieux. Une première expérience se fait avec plein succès. Il y a lieu d'espérer que l'Exposition universelle amènera des adhésions plus nombreuses. Nous n'aurons plus alors à procéder par des tâtonnements inévitables; la route est toute tracée. (Très bien I)
Ainsi s'étend le domaine de la science; ainsi nous ouvrons tous les jours un champ nouveau à l'esprit d'examen. (Très bien !)
Vous parlerai-je des améliorations introduites dans l'instruction publique? Vous les connaissez. Nous en préparons d'autres. Des créations de nouvelles chaires à la Sorbonne, à l'école de médecine; des enseignements spéciaux à chaque province, conGés à des maîtres de conférences, dans les facultés départementales ; l'installation de bibliothèques et de laboratoires, partout oh la science l'exige, répondront devant l'opinion de la sollicitude passionnée du Gouvernement pour des intérêts qui sont ceux de la pensée française. Lisez le compte rendu de VEcole des hautes études et vous serez convaincus de l'activité qui se déploie dans toutes les branches du savoir.
Je ne vous exposerai pas non plus nos divers projets de loi. Ils ne font en partie que réaliser les idées des hommes éminents qui m'ont précédé, MM. Guizot, Duruy, Simon, Waddington, qui, avant nous, eurent à cœur d'élever et d'accroître la dignité humaine. (Vifs applaudissements.) Oui, messieurS; le temps est proche oh chaque hameau en France aura son école I Oui, le temps est proche où
DIX ANNÉES DE VIE POLITIQUE. 23i
les outils du travail intellectuel ne manqueront nulle part au chercheur, où dans nos cantons ruraux un enseignement plus complet, nous l'espérons, comblera cette vaste lacune qui sépare Tinstruction primaire de l'instruction secondaire. (Applaudissements.)
Vous allez retourner dans vos provinces, vous allez reprendre votre vie de labeur caché et persévérant, les uns déchiffrant une page du passé de la vieille France, les autres tâchant d'éclaircir un point obscur de la science, tous portant dans vos travaux ce sentiment national qui est notre fierté commune. Vous pourrez dire que la patrie est bien vivante et qu'elle doit à elle-même et à elle seule cette prodigieuse expansion! qu'elle conserve la maîtrise des arts, et que la longue éducation du goût se révèle plus que jamais dans une série de créations ingénieuses, utiles et charmantes. (Applaudissements.) Vous pourrez dire que la République comprend tous les besoins multiples du pays, et que sa grandeur intellectuelle, industrielle et morale est l'unique souci de ceux qui, depuis le Président jusqu'au plus modeste de ses collaborateurs, ont le redoutable honneur de diriger en ce moment l'irrésistible courant démocratique qui emporte la France vers un avenir pacifique et libéral. (Applaudissements prolongés.)