‹ Dix années de vie politiqueChapitre 29 sur 39 · PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX DE L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX DE L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

25 novembre 1878.

Le ministre de Tinstruction publique, des cultes et des beaux-arts a présidé hier dimanche, à dix heures du matin, la distribution des prix de Técole nationale des beaux-arts. Il était entouré de M. le directeur général, de M. le directeur et des professeurs de l'école, de plusieurs membres de l'Institut et de M. le vice-recteur de l'Académie de Paris.

Le ministre a prononcé les paroles suivantes :

Messieurs,

L'École des beaux-arts, nous sommes fiers de le constater, est entrée dans une période active de développement. Si elle en est redevable, d'abord aa travail, à l'émulation, à l'assiduité de ses élèves, nous ne saurions oublier ce qu'elle doit à l'artiste éminent digne d'être l'ami des hommes de la Renaissance, à l'intelligent administrateur qui vous a, pendant douze années, prodigué son expérience et son dévouement, et qui n'a quitté la direction que pour la remettre entre les mains d'un autre artiste, amoureux comme lui de l'idéal, peintre et sculpteur à la fois, à qui nous devons, à côté d'admirables portraits, le tombeau de Lamoricière.

Ces développements, on les doit aussi à la sollicitude du gouvernement de la République pour la grandeur de Tart national. Des ressources importantes (tous n*ayez qu'à consulter les derniers budgets) ont été depuis cinq années consacrées à l'amélioration de tous vos services. Mais ces progrès, et le nombre toujours croissant des élèves, vont exiger de la part des pouvoirs publics denouveaux sacrifices. Le temps est proche où les locaux dont vous disposez pour renseignement devront être agrandis. Les ateliers seront alors placés dans des conditions meilleures, les collections mieux rangées, et chaque branche des études verra enfin se créer un milieu adapté à sa nature et à ses besoins.

Ce qui pourra être réalisé par l'appropriation des bâtiments qui vous enserrent et vous étouffent, vous pouvez déjà Tentrevoir, en jetant les yeux sur la transformation opérée par Thabile architecte de Técole, de votre ancienne chapelle en musée du moyen âge et de la Renaissance. Toute l'œuvre de Michel- Ange, groupée avec goût, ne revit-elle pas dans une lumière habilement disposée, et ne revoit-on pas comme dans un lointain souvenir une image de cette Florence qu'on garde dans son cœur avec attendrissement ?

Sans doute, il fallait réserver à l'antiquité la primauté et le rang supérieur qui doivent lui appartenir dans un établissement classique ; mais l'administration n'eût pas donné un témoignage suffisant de ses idées libérales, si elle eût laissé dans Tombre deux autres grandes époques, où l'art contemporain est allé chercher ses meilleures inspirations. On pouvait craindre aussi que chaque enseignement restât renfermé dans une spécialité trop abso-

lue ; le règlement qui doit être publié dans quelques jours donnera satisfaction à ce besoin de sortir des cadres jusqu'à ce jour trop étroits.

Les élèves pourront désormais fréquenter, s'ils le désirent, les ateliers des diverses sections. Les peintres s'initieront à la technique de la sculpture et à la connaissance de l'architecture ; les architectes, à leur tour, acquerront les notions des arts plastiques et les conditions du pittoresque.

Gomme chaque amélioration ne peut s'établir que par une pratique lente et sûre, l'administration sera attentive à toute réforme nécessaire. Poursuivez donc, jeunes gens, vos études avec confiance ! rien ne sera négligé par les maîtres qui m'entourent pour vous faire marcher dans la voie du progrès et pour donner à votre imagination cette brûlante empreinte qui ne s'efface jamais.

Cette année n'a-t-elle pas, d'ailleurs, été particulièrement favorable au développement des jeunes artistes ? l'Exposition universelle n'a-t-elle pas ajouté aux leçons habituelles de l'école des leQons extraordinaires ?

Quelle rare fortune de se trouver, en pleine jeunesse, à l'âge où le talent se forme, en présence de manifestations telles qu'en a offert le Champ de Mars l

Toutes les écoles de l'Europe s'y trouvaient représentées par leurs champions les plus illustres, et il a été permis, sinon de choisir ses modèles, du moins» pour emprunter une parole élevée de M. Guillaume, d'écouter les voix intérieures qui, comme les vocations, se font entendre dans toute Âme que le souffle du beau a traversée.

L'Exposition, permettez-moi de le proclamer, aura

été aussi pour vous une occasion de reconnaître les mérites variés de notre école nationale, et surtout la haute valeur des maîtres qui marchent à sa tête. Plusieurs d*entre eux ont Thonneur de professer dans cette maison ; les jurys les ont placés au premier rang avec votre directeur d'hier et celui d'aujourd'hui.

Des diplômes d'honneur, des médailles de premier ordre, et surtout l'admiration publique, sont venus consacrer le choix que l'administration avait fait et justifier ainsi le sentiment qui pousse les élèves à rechercher, messieurs les professeurs, vos conseils et vos lumières.

Soyez-en sûrs à votre tour, jeunes gens, de tels: guides vous montreront constamment le but ardemment désiré, but élevé, en vue duquel la République dote avec tant d'intérêt cette école. Elle est aujourd'hui incontestablement la première de l'Europe ; et elle conservera à la France cet éclat artistique qui, après avoir été notre consolation, est maintenant notre orgueil et notre espérance.

DISCOURS

Page 1