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SUR LE MUSÉE DU LOUVRE

DISCUSSION DU BUDGET DES BEAUX-ARTS Assemblée nationale^ séance du 16 décembre 1873.

M. Bardoux, rapporteur. Messieurs, nous ne voudrions pas que l'Assemblée pût croire que nous avons un seul moment abandonné la cause du Louvre. Cette cause est celle de l'art lui-même, et sa défense est un devoir sacré. Je le remplirai ; mais je dois préalablement expliquer sommairement comment nous avons été amenés à consentir une réduction sur un chapitre si peu doté.

Le projet de budget, messieurs, nous avait proposé une augmentation de 52,680 fr. sur le crédit des musées nationaux. Cette augmentation portait sur deux points ; et d'abord sur la chalcographie, pour laquelle une somme de 12,680 fr. était demandée. C'était un moyen de venir en aide à ce grand art de la gravure, très menacé de nos jours par la photographie. (C'est vrai ! — Très bien I)

Nous n'avons pas hésité à allouer ces 12,680 fr. d'autant mieux que la chalcographie est de plus en plus une source de revenus pour le Trésor, et que l'an dernier elle a rapporté une somme de 22,000 fr. Les 40,000 fr. qui font le complément de 52,000 fr. étaient demandés pour un tout autre but.

11 y a au Louvre cent trente-cinq salles.

Elles ne s'ouvrent pas tous les jours au public ; pourquoi ? Parce que le nombre des gardiens est insuffisant. Nous n'avons que 127 gardiens. L'administration du Louvre demandait 40,000 fr. pour en augmenter le nombre. Nous avons pris des renseignements précis, très soucieux que nous sommes de ménagerjusqu'auxplus petits deniers. (Très bien !)

Ces renseignements nous ont permis cette annéeci de nous contenter de 14 nouveaux gardiens.

M. Gharton. Je demande la parole.

M. LE BAPPORTEUR. Avec CCS 14 uouveaux gardiens, nous aurons la certitude que les salles du Louvre seront suffisamment surveillées. C'était donc une diminution de crédit de 18,680 fr. Cette économie, qu'en avons-nous fait? Nous avons employé la somme, décidés que nous étions cette année-ci à ne pas solliciter de crédit nouveau, à doter l'École des beaux-arts de chaires nouvelles et à compléter le matériel indispensable aux concours.

C'est ainsi que nous avons employé les 52,680 fr., votés en surcroît, au budget des beaux-arts.

Aujourd'hui, l'honorable M. de Vinols nous demande de rétablir au chapitre (tes musées nationaux, la somme que nous avions économisée sur le personnel, pour l'employer au chapitre 40.

Notre honorable collègue a présenté des observations entièrement justes et que je suis loin de contredire. Le musée du Louvre n'a peut-être pas dans toutes ses salles les appropriations que les amateurs du beau pourraient désirer* Il arrive même que dans certaines salles du nouveau Louvre, consacrées à la sculpture, la lumière arrive.de deux côtés à la fois. Et, tandis que dans des salles plus anciennes une sorte de pénombre obscurcit les chefs-d'œuvre que

M. deVinols a signalés, certaines statues au contraire sont inondées de trop de jour et perdent leur relief. C'est que certaines parties du Louvre n'avaient pas la destination qu'on leur a ensuite donnée. Obvier à cet inconvénient, est-ce possible surtout avec un faible crédit? Non. D'ailleurs, permettez-moi de vous le dire, cela ne regarde pas la direction des beaux-arts. Quand il s'agit de réparations à exécuter dans les palais et les musées n^ tionaux, c'est le ministre des travaux publics qui est compétent; et régulièrement nous ne pourrions même pas, alors même que vous lui seriez sympathiques, adopter l'amendement de M. de Vinols : cet amendement doit être renvoyé au budget des travaux publics, qui n'a pas encore été discuté.

Mais, messieurs, est-il nécessaire de voter un crédit de dix-huit mille et quelques cents francs pour les modifications que sollicite M, de Vinols? Non, son observation excellente, et dont je m'empare en la recommandant au ministère des travaux publics, cette observation on en tiendra compte et on pourra, je l'espère, améliorer le système de vitrage au-dessus de la grande galerie sans que nous soyons dans la nécessité de voter un crédit nouveau.

L'administration du Louvre, extrêmement intelligente et soucieuse de tous les intérêts qui lui sont confiés, se prêtera, soyez-en sûrs, aux améliorations que vous lui demanderez, et le ministre des beauxarts s'entendra avec son collègue, s'il en est besoin.

Je crois donc avoir donné satisfaction aux plaintes dont M. de Vinols s'est fait l'interprète, et je vous demande, par un motif qui me parait suffisant et réglementaire, d'écarter l'amendement qui vous est présenté. ,

Mais, puisque nous parlons du Louvre, permettezmoi, messieurs, de vous dire que, si nous étions plus fortunés, ce n'est pas une somme de 18,001) francs qu'il faudrait ajouter au chapitre 47, mais une allocation bien plus considérable. (C'est vrai I)

Il y a de plus grands besoins au musée du Louvre. Le crédit destiné à acquérir des objets d'art est dérisoire. Il est de 75,000 fr. Que peut-on acheter avec d'aussi faibles ressources? Aujourd'hui, les objets d'art ont acquis une très grande valeur ; on se les dispute à chers deniers dans toutes les ventes publiques. Il existe une rivalité, dont les ventes publiques et les enchères rendent témoignage, entre toutes les grandes galeries de l'Europe. Que d'occasions a ainsi manquées le musée du Louvre de faire des acquisitions qui auraient complété nos admirables collections I J'appelle de toute la force de mes espérances le moment où nous pourrons augmenter le crédit nécessaire à l'achat d'objets d'art ; j'appelle de tous mes vœux le moment où nous pourrons encourager, en élevant leur position, ces savants conservateurs du Louvre qui ont catalogué, classé, mis en évidence les trésors qui leur sont confiés. Le musée du Louvre est encore aujourd'hui le premier du monde, par les soins qu'y apporte son intelligente administration. Permettez-moi de le dire, c'est le musée du Louvre qui proteste tous les jours contre les tentatives du mauvais goût par cette exposition permanente de chefs-d'œuvre qu'il offre libéralement les dimanches à notre population. C'est au musée du Louvre que nous devons le maintien de ces traditions de bon goût qui viennent tout dernièrement encore de recevoir un éclatant témoignage de satisfaction aux yeux du monde attentif; car

c'est le goût français qui vient incontestablement de triompher à l'exposition de Vienne.

Je tenais aie dire, messieurs; je tenais à déclarer que la direction des beaux-arts est entre les mains d'un critique éminent, d'un homme dévoué à son œuvre, et qui ne la laissera pas dépérir. Sachez que notre École des beaux-arts, principalement, a été confiée à un artiste digne, par sa foi à l'idéal, par le sens qu'il a des grandes choses, d'appartenir à la noble époque de la Renaissance, à un maître qui veille avec un soin jaloux...

Sur divers bancs à droite. Qui? qui?

M. LE RAPPORTEUR. M. Guillaumc, le directeur de l'École des beaux-arts. Je ne saurais assez le louer à cette tribune, précisément parce qu'il est très modeste. (Très bien I)

Après avoir dit autrefois de nous beaucoup trop de bien, n'allons pas aujourd'hui en dire trop de mal. Un homme d'esprit du dix-huitième siècle, et du meilleur, disait qu'on finirait par nous croire ; eh bien, faisons en sorte qu'on ne nous croie pas I (Vive approbation.)

Je vous supplie, au contraire, messieurs, de ne faire entendre à cette tribune que des paroles d'encouragement. La France tient très haut encore le flambeau de l'art qui lui a été légué par nos grands peintres, nos grands sculpteurs, depuis plus de deux siècles ; espérons qu'elle le transmettra sans l'éteindre aux générations qui viendront après nous, et qui seront plus heureuses que la nôtre. (Très bien ! très bien ! — Vifs applaudissements. — L'orateur est félicité par un grand nombre de ses collègues à son retour au banc de la commission.)

DISCOURS

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