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les résolutions furert adoptées à une majorité de douze voix contre trois, et le Conseil prorogé.
Voici les noms des conseillers qui votèrent pour et contre l’Union :
Pour : MM. le juge en chef Stuart, Pothier, de Léry, Moffatt, McGill, de Rocheblave, Gerrard, Christie, Walker, Molson, Harwood, Hale (de Sherbrooke). L
Contre : MM. Cuthbert, Neilson, Quesnel (Jules).
C’est ainsi que fut obtenu l’assentiment du Bas-Canada. Restait à obtenir celui de la province supérieure, beaucoup
bien me l'avait prédit ; mais il y a une espèce de fatalité qui entraîne malgré soi.”
Avec de pareilles dispositions on conçoit quel sacrifice ee fut poux M. Caagrain de consentir à entrer dans le Conseil Spécial à l'époque orageuse Dons traversait alors le pays, mais il dut céder aux sollicitations qui lui étaient
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En 1°°” il s'était déclaré à la suite du clergé contre le mouvement insurrectionnel. Ce n’est pas qu’il blamât tout ce qu'on entreprit alors pour obtenir de l'Angleterre le maintien de nos droits, ni qu'il fût l'ennemi des intérêts des Canadiens. Non, mais aussi rempli de vrai patriotisme que tous ceux qui 8e retranchaient derrière ce mot, il voulut seulement essayer d’autres moyens plus en rapport avec ses sentiments, et obtenir par la persuasion ce que d’autres voulaient arracher par la vivlence.
Sa conduite dans le Conseil est tout entière dans ce passage d'une lettre écrite à Mme Casgrain :.... ‘* Voilà trois fois que mes malles sont faites pour partir, et trois fois que j’en suis empêché par des mesures importantes remises d’un jour à l’autre, et au sujet desquelles je dois à mon pays de constater mon vote. Je devais descendre dans le bateau qui part à l'instant.
** Nous avions devant nous le projet d’une ordonnance pour la suspension ultérieure de l’habeas corpus, qui avait été remise avec l'entente que cette question ne serait plus agitée ; néanmoins on nous dit que Son Excellence veut venir demain nous expliquer lui-même ses raisons pour demander la passation de cette ordonnance malgré, nous dit-on, qu’il répugne beaucoup à ses principes libéraux de passer cette mesure. Je ne crois pas à ces principes qui ne sont que dans sa bouche ; et cette mesure importante, mais odieuse, inique et injurieuse au pays, qui est dans un état de tranquillité parfaite, quoiqu'il en dise, n’est ni nécessaire ni justifiable, mais bien pour appuyer sa fameuse dépêche de l’hiver dernier par laquelle il nous présente, les Canadiens, sans exception, comme des rebelles dans le cœur, que la crainte seule retient. Je n’ai pas encore été ébranlé dans mes sentiments de loyauté et de dévouement au gouvernement ; mais de pareilles mesures at injustices sont bien propres à exaspérer et à changer les dispositions des personnes les
lus fidèles. Enoore on amène cette question, non pas au commencement d”
a session où la plus grande partie des membres sont présents, mais à la an lorsque chacun quitte. Néanmoins, il ne me fatiguera pas. car je resterai en dépit de lui jusqu’à la fin, s’il le faut, Il y a demain huit jours qu'il m'a accordé mon congé, me disant qu’il n’introduirait rien que d'ordinaire devant le Conseil. Cependant cette suspension de l’habeas corpus est demandée, Vraiment je crois qu’on a perdu la tête,”
L'abbé H.-R. CAsGRAIN. }
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plus important aux yeux de l’Angleterre et du Gouverneur- Général.
Le Haut-Canada venait, il est vrai, par l'intermédiaire de sa chambre d'Assemblée, de donner son adhésion à l’Union, mais à des conditions qui la rendaient impossible. Voici ces conditions :
Premièrement : le siège du gouvernement des Canadas-Unis serait fixé dans le Haut-Canada.
Secondement : il y aurait soixante-deux membres pour représenter le Haut-Canada (dont la population était d’environ 450,000 âmes), et cinquante seulement pour le Bas-Cauada (qui comptait environ 650,000 habitants).
Troisièmement : après l’année 1845, la franchise élect ale serait limitée au seul territoire tenu en franc et commun socc. ge.
Quatrièmement : la langue anglaise serait seule en usage dans la législature et les cours de justice.
Ces conditions odieuses, tendant à établir la tyrannie la plus révoltante sur presque une moitié de la population des deux provinces réunies, ne pouvaient être accept. 3, comme disait lord Durham, dans un pays voisin des Etats-Unis.
M. Poulett Thomson se rendit donc à Toronto et prit en mains les rênes du gouvernement du Haut-Canada. (C’est dans cette circonstance que le maire de Toronto ayant, au nom de la Corporation, présenté à Son Excellence une adresse dans laquelle il exprimait l'espoir que le gouvernement canadien serait administré pour l’avantage exclusif de la partie loyale de la population, le Gouverneur répondit que l’Union du Haut et du Bas- Canada serait basée sur des principes de justice égale pour tous les sujets de Sa Majesté. 1
1. C’est aussi vers la même époque que M. Poulett Thornson, dans une lettre privée, s’exprimait dans les termes suivants sur le compte des orys du Haut-Canada :
‘ Le pays est divisé en factions qui se détestent à mort jurée. On y a tant parlé de séparation que l’on commence enfin à y croire. Le parti constitutionnel est aussi mauvais ou pire que l’autre, en dépit de toutes ses protestations de fidélité. Les fintinces sont plus dérangées qu’on nele pensait, même en Angleterre. Le déficit (£75,000) excède le revenu total. Tous les travaux publics sont suspendus. L’émigration marche rapidement en dehors de la province, Les propriétés privées ne sont estimées qu’à la moitié de ce qu’elles
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Le 3 décembre 1839, M. Poulett Thomson ouvrit en personne la dernière session du dernier parlement du Haut-Cunada !, Quelques jours plus tard, il soumit, par message, aux deux branches de la législature l’importante mes. de l'Union. Les trois principales conditions servant de base à la mesure étaient celles-ci : égalité de représentation pour chaque province; octroi d’une liste civile dont le chiffre serait fixé par le Parlement impérial ; paiement de la dette du Haut-Canada par les Provinces-Unies. Les Résolutions donnèrent lieu à de longs débats. Dans le Conseil législatif elles furent adoptées à une majorité de six voix, quatorze contre huit. Sur ces huit derniers, six résidaient à Toronto, où la mesure de l’Union était très impopulaire, parce qu’elle devait priver cette ville du siège du gouvernement. Dans la chambre d'Assemblée, le débat fut plus long et plus orageux. Les résolutions passées l’année précédente, qui n’allaient à rien moins qu’à exclure les Canadiens Français de toute participation au gouvernement de leur pays ct à les mettre à la merci d’une population remplie de préjugés contre leurs institutions, furent de nouveau proposées par des membres du Family
valaient, Lorsque je considère l’état du gouvernement et l'administration départementale de la province, loin d’être surpris de trouver le pays aussi agité, je m'étonne seulement qu’il ait eu la patience de rester si longtemps dans cet état. Tout ce que je sais, c’est que muigré ma répulsion pour | régime et les institutions yankees, je n'aurais pas pris les armes pour les combattre et maintenir un pareil gouvernement, comme l'ont fait des milliers de ces pauvres diables que le Family Compact appelle rebelles. ..,.,"
1. M. Poulett Thomson s’égaie en rendant compte de cette cérémonie dans une lettre privée :
‘ J'ai ouvert mon parlement aujourd'hui et ç'a été une affaire superbe, Les Dragons de Toronto n’égalent pas tout à faitles Gardes de la Reine, et le carrosse d'Arthur (car je n'ai pas encore fait monter mes équipages ici) n’est peut-être pas aussi élégant que celui de Sa Majesté, mais je t'assure que, coiffé de mon tricorne, j'avais sur le trône une mine tout à fuit royale. Quant à la salle du Conseil législatif, elle est infiniment supérieure à celle de la chambre des Lords. Nous avions touts les dames de Toronto et un tas de belles américaines veuues exprès pour la cérémonie. Les Communes faisaient autant de bruit et paraissaient aussi malpropres que celles de Westminster. A tout prendre je considère mon parlement provincial comme aussi bon que le vieux parlement de chez nous,
‘* Ce qu’il y a d’embêtant, c’est le cérémonial, C'est intolérable. Imaginetoi un homme comme moi qui passe une heure et demie à saluer, et qui s'assied ensuite avec son tricorne sur la tête pour recevoir des adresses, Pauvre royauté, que je te plains ! Etre sans cesse à poser et à parader, conçois-tu une pareille misère ? J'espère bien qu'au bout d’un certain temps je trouverai quelque remède à cet ennui.”
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Compact. M. Poulett Thomson, plus diplomate et moins passionné
que ses compatriotes haut-canadiens, contrecarra ces propositions, et après un débat de quinze jours, les résolutions recommandées par le message du Gouverneur furent adoptées par la Chambre, à une majorité de sept voix (29 contre 21).
Le projet de loi basé sur ces résolutions fut rédigé en grande partie par Sir James Stuart. Il différait sur plusieurs points du bill présenté l’année précédente dans le Parlement impérial. Ainsi l’époque de la proclamation de l’Union était laissée au jugement du Gouverneur; les conseillers législatifs étaient nommés pour toute leur vie ; les limites des comtés et cités des deux provinces restaient à peu près les mêmes. L'initiative des votes d'argent était laissée au gouvernement, etc. Dès le 22 du même mois, ce projet d’acte était expédié en Angleterre.
“Ma besogne est faite, écrit M. Poulett Thomson dans une lettre en date du 81 décembre: l’Union est acceptée par les législatures des deux provinces. C’est au Parlement impérial maintenant à faire son devoir. Il m’a fallu beaucoup de soin et d’intrigue pour en venir là, et ma tactique de la chambre des Communes m’a été fort utile, car je voulais avant tout éviter une dissolution. Mes ministres votent contre moi. Ainsi je gouverne au moyen de l'opposition, qui est en réalité l'opposition de Sa Majesté. C’est quelque chose d’avoir pu accomplir ma besogne uvant de recevoir une réponse à l’annonce de mon arrivée dans le pays. Juste deux mois après mon débarquement à Québec, l’Assemblée m’a envoyé son adresse finale, complétant la série d’acquiescements dont j'avais besoin.”
‘J'ai prorogé mon Parlement, écrivait-il quelque temps après, et je vous envoie mon discours. Pareil unanimité ne s’est jamais vue. Lorsque l’Orateur de l’Assemblée en fit lecture aux membres, après la prorogation, ils me donnèrent trois hourras, et les ultras eux-mêmes se joignirent à eux. De fait, la Province jouit, à l’heure qu’il est, d’une paix, d’une harmonie que j'aurais cru tout à fait impossible, il y a trois mois. Combien de temps cela durera-t-il ? C’est une autre affaire. Mais si vous passez le Bill d'Union tel que je l’ai envoyé, et si les Lords ne
rejettent pas le Bill des Réserves du Clergé, j'espère pouvoir maintenir la paix, établir un gouvernement fort et le faire fonctionner, Cela m’a coûté beaucoup de soin, et j’ai été obligé de travailler jour et nuit. Maïs j'étais déterminé à réussir......La grande erreur dans laquelle on est tombé jusqu'ici, c’est que chaque gouverneur a cru devoir s'appuyer sur un parti ou sur l’autre, et devenir ainsi leur esclave. Je leur ai fait comprendre et savoir que je n’écouterais ni l’un ni l’autre, — que je m’entourerais d'hommes modérés pris dans tous les partis, que je repousserais les exaltés, et que je gouvernerais comme je l’entendrais, non à leur fantaisie, Je suis convaincu que la masse de la population est bien disposée, modérément exigeante, et attachée aux institutions britanniques; mais elle a été opprimée d’un côté par une misérable petite oligarchie, et excitée de l’autre côté par quelques démagogues factieux. Je crois pouvoir former un parti de réformateurs modérés qui écrasera ces deux partis extrêmes.”
Cependant les débats qui avaient eu lieu dans le Parlement du Haut-Canada et qui avaient été rapportés au long dans les journaux des deux provinces, firent comprendre aux Canadiens Français qu’ils n'avaient aucune espèce de générosité à attendre de ce côté-là. Ils résolurent donc de faire un dernier effort pour éviter le coup mortel dont on voulait les frapper. Il y eut des assemblées publiques à Québec et à Montréal: on y passa des résolutions contre l’Union et on les fit signer dans les villes et les campagnes. Celle de Québec comptait plus de 40,000 signatures. Le clergé catholique envoya aussi, par l’intermédiaire de ses évêques, une très forte protestation contre la mesure. Le Gouverneur s’efforça d’affaiblir l'effet de ces démar-" ches en prétendant que les évêques n’exprimaient pas leurs propres sentiments, mais qu’ils désiraient secrètement voir continuer encore plusieurs années le règne du Conseil Spécial. C'était d’ailleurs la tactique de M. Poulett Thomson de faire croire aux ministres de la Grande-Bretagne que non seulement les Torys du Haut-Canada, mais les Canadiens Français eux-mêmes, revenaient peu à peu de leur antipathie pour l’Union, Le fait est
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que ces derniers préféraient encore l’Union, malgré ses injustices, au régime tyrannique du Conseil Spécial ; mais la majorité eût accepté avec plaisir le rétablissement de la Congtituticn de 1791, et c’est ce qu’ils demandaient dans leurs pétitions, ! Le projet d'Union expédié en Angleterre par M. Poulett Thomson, fut soumis de bonne heure, dans la session de 1840, aux deux chambres du Parlement impérial, et y devint, dans le cours des mois de juin et de juillet, le sujet de longs et sérieux débats. Les mêmes différences d'opinion qui existaient en Canada au sujet de cette mesure se manifestèrent dans les deux chambres du Parlement anglais. Les torys du Haut-Canada, les Canadiens Français eux-mêmes trouvèrent là des amis pour les défendre et des adversaires pour les combattre, Mais les réformistes de la province supérieure et les torys du Bas-Canada, se concertant cette fois pour demander l’Union, avaient de leur côté l’influence puissante du Gouverneur-Général et celle plus puissante encore des ministres de Sa Majesté. La mesure fut donc adoptée, dans la chambre des Communes, presqu’à l’unanimité (156 contre 6), les discussions ayant roulé sur les détails plutôt que sur le principe de la mesure. D’anciens amis du Bas-Canada, comme M. Hume, tout en s'élevant avec énergie contre certaines clauses qu'ils trouvaient injustes ou absurdes, préférèrent accepter la mesure que de laisser plus longtemps la colonie dans l’état de malaise où elle se trouvait depuis quelques années. En général les sentiments exprimés par les divers orateurs ne respiraient pas cette animosité vindicative qu’on avait remarquée chez les membres du Parlement haut-canadien. La clause relative à l’usage de la langue française fut considérablement modifiée. Quelques membres, tout en votant pour l'Union, qu’ils regardaient comme une nécessité politique, parce qu’ils ne voulaient pas, disaient-ils, laisser une petite Républi-
1. Durant lu discussion qui eut lieu dans le Parlement impérial, dans la session de 1840, deux pétitions seulement furent présentées contre le bill d'Union, l’une de la part des habitants du district de Québec, contenant près de quarante mille signatures, l'autre de la part du clergé du diocèse de Montréal. Lord Gosford, en présentant cette dernière requête, fit le plus grand éloge des vertus du clergé canadien, et termina par une allusion touchante à la mort toute récunte de l’évêque Lartigue.
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