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à la Reine des sujets loyaux et affectionnés, et au Canada réuni un peuple heureux et prospère.” 1
Ce discours fut prononcé par le gouverneur en personne, Mille exemplaires en furent imprimés, dont moitié en langue anglaise et moitié en langue française.
Après le départ du gouverneur, M. Baldwin annonça à la Chambre qu’il avait donné sa démission comme solliciteurgénéral et conseiller exécutif, et qu’il se flattait que les explications qu’il pourrait donner, aussitôt que les circonstances le lui permettraient, seraient de nature à satisfaire ses amis.
Cette démission fit grande sensation. On «peut voir, dans la vie de Lord Sydenham, quels motifs avaient induit M. Baldwin à faire cette démarche. Il y est dit que M. Baldwin, en acceptant une place dans le Conseil exécutif, n'avait pas caché à ses collègues qu’il ne partageait nullement leurs vues politiques ; que, peu de jours avant l’ouverture de la session de 1841, M. Baldwin étant entré en communication avec quelquesuns des principaux membres canadiens français, avait proposé à Son Excellence d'admettre plusieurs d'entre eux dans son Conseil; que Lord Sydenham avait repoussé cette proposition, à cause de l'opposition tranchée des membres canadiens français au principe de l’acte d'Union ; qu’une correspondance s’en était suivie, et que, lejour même de l’ouverture de la session, M. Baldwin avait donné sa démission.
1. Quelques jours avant l'ouverture de la session, le gouverneur avait reçu de lord John Russell une dépêche importante ‘* sur les questions qui intéressaient le plus vivement le bien-être du Canada ”.
Après avoir déclaré que l'Angleterre était bien résolue de conserver, à tout prix, ses possessions de l'Amérique septentrionale, lord John Russell annonçait que Île gouvernement impérial était décidé à employer annuellement une somme de cent mille louis pour la défense du Canada, principalement pour l'amélioration des communications militaires, et pour la construction ou la réparation des fortifications ; il était prêt à recommander au Parlement de venir en aide à la province dans le règlement de ses diffcultés financières, et de garantir l'emprunt qui serait nécessaire pour payer l'intérêt de sa dette et continuer les grands travaux publics déjà commencés ; ; de plus il s’engageait à favoriser, autant que possible, l’'émigration anglaise au Canada. Car, il s'agissait de cimenter par tous les moyens ‘‘ l'union du Canada avec la Grande-Bretagne, de développer ses ressources, d'augmenter la population anglaise au Canada, de défendre son territoire, et de maintenir et encourager l’esprit loyal de son peuple ”.
Pour cette dépêche, voir Journal de l’Assemblée législative 1841, pages 196-199,
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Au moment où la réponse au discours d'ouverture allait être proposée, une discussion assez grave s'engagea sur la question du gouvernement responsable. Un des membres de Toronto, M. Buchanan, pressa les ministres de s'expliquer sur la position qu’ils occupaient à l’égard du gouverneur et de l’Assemblée législative. Les explications données par le procureur-général Draper paraissant équivoques, un autre représentant, M. Boswell, se leva et posa la question suivante : ‘‘ Si le gouvernement ne peut commander une majorité dans cette Chambre, résignera-t-il, ou en appellera-t-il au peuple par une dissolution ? ” — Certainement, répondirent les ministres. ‘‘* Cette réponse, dit le Canadien, produisit une légère explosion d’exaltation, comme si les esprits, suspendus pendant quelque temps dans une pénible anxiété, se fussent trouvés soulagés d’un grand poids, et l’on entendait les gens se dire après la séance levée: ‘* We have then the responsible government (nous avons donc le gouvernement responsable).”
Ceux qui prirent la part la plus remarquable dans cet important débat furent MM. Draper, Baldwin, Merritt, Cameron, Steele, Thorburn, Boswell et Hincks. On en trouve un rapport détaillé dans les gazettes de l’époque.
Dans la réponse au discours du trône, les membres réformistes du Bas-Canada s'étaient bien proposés d’enregistrer, de la manière la plus énergique possible, leur protêt contre les clauses injustes de l'acte d'Union. Mais, lorsque, rendus au siège du gouvernement, ils calculèrent leurs forces, ils se sentirent pris de découragement. Les réformistes du Haut-Canada étaient bien disposés envers ceux du Bas, ils voulaient réclamer pour eux justice et égalité; mais ils craignaient de livrer la province au parti tory, ou de faire perdre à leurs constituants leur part de ce million et demi dont lord Sydenham se servait si effica-
cement dans l'intérêt de son administration. D’un autre côté, on voit par la correspondance privée du gouverneur-général qu’il était bien résolu de couper court à toute discussion sur la question de l’Union, qu’il considérait désormais comme une affaire réglée.