‹ Dix ans au Canada de 1840 à 1850 [microforme]Chapitre 36 sur 95 · RARES · texte numérisé non relu

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‘ministres ”, “l'administration ”, ‘‘le cabinet ”, “ le gouvernement ”, et ainsi de suite. Ceîte nomenclature peut donner une idée de leurs prétentions. Ils se regardent comme ministère responsable, et s’attendent que la conduite et la politique du gouverneur se plieront à leurs vues et à leurs fins de parti.”

Ces extraits peuvent donner une idée de ce qu'était cette première dépêche confidentielle de Sir Charles Metcalfe, que nous regrettons beaucoup de ne pouvoir citer en entier. L'orgueil de l’ancien gouverneur des Indes et de la Jamaïque semble déjà froissé. Il parle déjà ironiquement de ses ministres et se moque de leurs ‘‘ prétentions ”. Et tout cela, avant d’avoir passé un mois dans le pays.

La correspondance de Sir Charles Metcalfe est si intéressante et si instructive, pour tous ceux qui veulent étudier à fond l’histoire politique de cette époque, que nous ne croyons pouvoir mieux faire que d’en reproduire ici les parties les plus saillantés, d'autant plus qu’elles n’ont jamais, que nous sachions, été publiées en langue française. Voici, par exemple, comment le nouveau gouverneur rend compte des différents partis politiques qui divisaient alors le Canada, dans une lettre au secrétaire des Colonies, en date du 25 avril de cette même année 1848.

Dans ma dépêche confidentielle N° 1, je vous ai promis de vous entretenir prochainement de l’état des partis dans ce pays, et c’est ce que je fais aujourd’hui.

‘Il est impossible, en arrivant dans la Province, de ne pas être frappé de la violence de l'esprit de parti qui y règne, et qui est poussé à un point tel, que je crains bien que l’administration du gouvernement n’y puisse opérer avec succès.

‘“ Les partis qui se divisent la Province sont le parti canadien français, le parti réformiste et le parti conservateur. Je me sers des noms sous lesquels on les désigne. Le parti des réformistes est, suivant ses adversaires, composé de républicains et de rebelles, et le parti conservateur, de tories et d’orangistes.

‘ Le parti français est le plus fort, par le fait qu’il est fermement uni et qu’il marche ensemble comme un seul homme. A moins qu’il ne surgisse quelque question grave qui réunirait les

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deux partis anglais, le parti français doit, par sa cohésion, influencer les votes de l’Assemblée plus qu'aucun autre, Ce parti est extrêmement flatté de son accession récente au pouvoir, de la

nomination de deux de ses principaux chefs au Conseil exécu-

tif et à des charges responsables, et de la nomination d’autres personnes sur la recommandation de leur chef, et des conséquences qui, en fait de patronage ou autrement, découlent naturellement de ce nouvel arrangement. Ce changement a vroduit dans tout le Bas-Canada un vif sentiment de reconnaissance pour Sir Charles Bagot. Il est bien regrettable qu’on n'ait pas trouvé moyen de faire participer plus tôt ce parti au pouvoir, Son exclusion était une injustice et elle aurait été une cause perpétuelle de mécontentement. Son admission, quoiqu’on puisse regretter la manière dont elle s’est faite, et quelques-unes des circonstances qui l’ont accompagnée, paraît avoir produit des effets très avantageux. Le Bas-Canada est tranquille et ne fait rien craindre pour l’avenir ; et comme je me crois tenu de considérer les Français et les Anglais dela même manière, de ne reconnaître aucune différence entre eux, et de les traiter tous comme de fidèles sujets, ayant droit à la même protection et aux mêmes droits et privilèges, je crois pouvoir affirmer qu’ils

- n'auront de ma part aucun sujet de juste mécontentement, quoi-

qu’il me soit impossible de répondre des conséquences de prétentions déraisonnables, si telles prétentions existaient. Ce parti vise sans cesse au maintien et à l'extension de son pouvoir et aux intérêts des Canadiens français. Il pourra marcher avec d’autres partis, sur le principe de la réciprocité, en donnant appui pour appui; mais ses vues sont purement canadiennes françaises, et ont entre autres pour objet la conservation de la langue et des lois françaises. Il s'oppose avec énergie à toute tentative faite pour anglifier la population canadienne française.

‘ Le parti réformiste comprend cette classe de la population du Haut-Canada qui, avant la rébellion, était opposée au gouvernement., Il compie dans £ “angs quelques-uns de ceux qui ont pris part à la rébellion, quelques-uns de ceux qui se sont tenus à l'écart dans cette circonstance sans prêter aucun secours au gouvernement, et d’autres qui, quoique agissant dvec le

parti réformiste, ont cependant, lors de ces malheureux évênements, rempli leur devoir de sujets fidèles. Ces deux dernières

classes sont représentées dans le Conseil exécutif par des indi-

vidus qui se sont respectivement conduits comme je viens de dire; et c’est une des accusations portées contre le Conseil d’avoir nommé aux emplois des hommes qui avaient pris une part active à la rébellion. Le parti réformiste comprend donc -ceux qui étaient autrefois mécontents du gouvernement du Haut- Canada, ceux qui, à cette époque, étaient supposés désirer une séparation d’avec la mère-patrie, ceux qui ont le plus de penchant pour les institutions démocratiques, et, par conséquent, suivant ce qui paraît aujourd’hui, la plus grande partie des collèges électoraux, ou cette classe qui se considère la plus intéressée à jouir d'institutions de cette nature, que l’exemple et le voisinage des Etats-Unis de l'Amérique ont rendu familières dans ce pays. C’est ce sentiment, je crois, qt.1 donne au parti réformiste sa majorité dans l’Assemblée représentative, en admettant qu’il ait, comme le disent ses membres, une majorité sur les conservateurs, indépendamment du parti français. C’est un point cependant contesté par les conservateurs ; et comme les sentiments populaires sont sujets à varier aussi bien que ies élections, je ne veux rien affirmer pour le moment à ce sujet. En parlant de la composition du parti réformiste, loin de moi la pensée de jeter le moindre doute sur la loyauté de ses membres. Ils paraissent parfaitement satisfaits de l’ordre de choses actuel.

* Le parti conservateur du Haut-Canada embrasse le plus grand nombre de ceux qu’on pourrait appeler relativement l'aristocratie du pays, — c’est-à-dire les hommes de richesse et d'éducation, appartenant par leur naissance ou leurs alliances à la classe la mieux élevée, avec aussi un nombre considérable de la classe moyenne, et même des basses classes. Il comprend ceux qui autrefois étaient considérés comme exerçant une grande

influence sur le gouvernement sous le nom de Family Compact, accaparant les places d'honneur et de profit, ce qr” eurs adversaires rappellent souvent pour excuser ceux qui se sont insurgés et ont cherché une séparation de ce pays d’avec la mère-patrie.

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e parti conservateur comprend ceux qui ont le plus fait pour raser la rébellion dans le Haut-Canada. Il comprend les Bociétés orangistes, qui font plus de mal que de bien, et l’A8s0ciation constitutionnelle, qui n’a pas encore fait connaître ce qu’elle peut faire. Dans le Bas-Canada, le parti conservateur se compose de ceux qu’on appelait ci-devant le parti anglais, pour le distinguer du parti français, et, par conséquent, de tous ceux qui ont été loyaux et fidèles à la mère-patrie, lorsque les Canadiens français étaient rebelles ou désaffectionnés. Il comprend donc dans les deux Canadas ceux qui ont montré le plus de zèle pour conservor cette colonie à l’empire britannique et qui ont combattu pour l'honneur de la Couronne.

‘ Le parti français et le parti réformiste s'étant coalisés ont 0btenu une majorité décidée dans l’Assemblée représentative et le Conseil exécutif. Ainsi les partis qui contiennent tous ceux qui ci-devant étaient désaffectionnés ont acquis l’ascendant à l'exclusion de ceux qui se sont montrés fidèles et attachés. Le mécontentement éprouvé par les premiers, à cause de leur exclusion, est maintenant transporté aux derniers, pour la même raison ; et ceux qui font maintenant allusion à la probae bilité d’une séparation sont parmi les conservateurs ; mais j'espère que la loyauté qu’ils ont toujours professée est assez solide pour ne pas disparaître tout à fait, par suite du succès de leurs adversaires, et je suis encore persuadé que les plus fermes adhérents à l’union avec l'Angleterre se trouvént dans le gros du parti conservateur.

‘* Sous ces circonstances, et avec beaucoup plus de sympathie au . fond du cœur pour ceux qui ont été loyaux que pour ceux qui ont voulu À secouer le joug de la mère-patrie, je me trouve condamné en quelque sorte à faire fonctionner le gouvernement sans la participation de ceux sur lesquels la mère-patrie devrait se reposer avec le plus de confiance au cas de besoin. Cette exclusion est contraire à mes goûts, et est, suivant moi, bien regrettable; mais le triomphe des réformistes a forcé mon prédécesseur à accepter cet ordre de choses, et je ne vois as maintenant comment il . serait possible d’y apporter remède, sans violer ouvertement les principes du gouvernement responsable qui a été introduit dans

ce pays avec beaucoup plus d’extension, je crois, que dans aucune autre colonie.

‘‘ La lutte des partis est beaucoup plus ardente dans le Haut- Canada que dans le Bas, car ici la majorité du parti français est si décisive qu’on ne pourrait produire aucun mouvement populaire en faveur de ses adversaires ; mais dans le Haut-Canada, la force des partis conservateur et réformiste étant plus contrebalancée, la conteste est plus vive et donne parfois lieu à des désordres. C’est dans ces circonstances que les sociétés orangistes font du mal. Formées d’abord, je crois, plutôt comme associations politiques que comme associations religieuses, elles tendent néanmoins à fomenter les dissentions religieuses. Si un conservateur violent désire remporter une élection ou triompher dans une assemblée publique, il rassemble un parti d’orangistes ou de protestants irlandais, armés de gourdins. Les réformistes, s'ils en ont connaïssance, tâchent de rassembler un égal nombre de cathoïiques romains armés de la même manière; ou bien ce sont les réformistes qui commencent et les conservateurs qui suivent, les orangistes étant toujours du côté des conservateurs, bien que beaucoup de conservateurs ne soient pas orangistes. Il s’en suit quelquefois une bagarre; d’autres fois la prudence prévaut, et le parti le plus faible se retire. De cette manière les protestants et les catholiques combattent sans cesse les uns contre les autres, politiquement parlant, ce qui ne fait qu’augmenter les animosités religieuses. Dernièrement on avait planté ici une croix pour indiquer un endroit où on devait bâtir prochainement une église catholique ; durant la nuit, la croix fut coupée, et on y substitua un placard déclarant qu'aucune église catholique ne serait bâtie là. Je n’ai pas besoin de vous dire que tous mes efforts tendront à faire disparaître ces animosités politiques et religieuses et à faire régner la paix et l’harmonie.

‘ Il est d'usage, à l’arrivée d’un gouverneur, de présenter des adresses de félicitations et de compliment. C’est tellement l’usage que ce serait une erreur de regarder cela comme une affaire personnelle. J’en ai reçu plusieurs qui n'avaient rien que de convenable ; mais dans quelques-unes l’esprit de parti

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avait introduit des commentaires sur des questions politiques, ou des reproches contre des adversaires. Dans certains cas, jai été invité à soutenir le gouvernement responsable, et à suivre les traces de mon prédécesseur ; dans d’autres cas, à faire respecter la prérogative de la Couronne et l’autorité du gouvernement de Sa Majesté, et à abolir l'autorité du Conseil exécutif. Dans toutes ces occasions j'ai fait les réponses que me dictait la prudence ; je me suis efforcé de décourager l’esprit de parti et de faire naître chez tous des sentiments de bienveillance ; mais très probablement en vain.

‘“ La conduite que je me propose de suivre envers tous les partis est celle-ci: je veux les traiter tous de la même manière et ne faire aucune distinction entre eux, à moins que je découvre, ce que je n’ai pas découvert jusqu’à présent, certains principes et certains motifs qui nécessitent une conduite différente. Je puis répéter ici que la nécessité de faire entrer les Français dans le Conseil est universellement reconnue, et que les conservateurs étaient disposés à former une alliance avec eux, avant le changement qui les a fait entrer dans le Conseil en compagnie du parti de la réforme. L'hostilité du parti conservateur est dirigée principalement contre le parti de la réforme dans le Conseil, bien qu’on'se plaigne de temps à autre que le gouvernement est au pouvoir des Français.

‘“ Si j'avais carte blanche je tâcherais de concilier et d'amener ensemble les meilleurs hommes de tous les partis, et de gagner la confiance et la coopération des corps législatifs par es mesures propres à avancer le bien-être général, et demandées par l’opinion publique ; mais lié comme je le suis par la nécessité d’agir avec un Conseil créé par une coalition de partis, et soutenu par une grande wajorité de l’Assemblée représentative, je dois en quelque sorte restreindre mon penchant à cet égard, bien que je puisse encore jouer le rôle de médiateur et m’efforcer d’appaiser l'esprit de parti. Mais cet espoir même doit être de courte durée, car toute mesure qui sera censée renfermer le programme politique de mon Conseil excitera l’animosité de l’opposition contre moi personnellement, de manière à détruire le peu de bien que je pourrais faire par ce moyen.

‘* C’est toutefois un des avantages du système actuel que l'opposition au Conseil ne devra pas être considérée comme une opposition au Gouverneur, tant que le Conseil sera virtuellement nommé par l’Assemblée représentative; et que l’opposition à l'administration locale, même lorsque le gouverneur est un objet d'attaque, ne devra pas être considérée comme une opposition au gouvernement de Sa Majesté.”

Sous une apparence de calme et de sang-froid il y a une certaine crainte, une espèce de malaise dans cette lettre de Sir Charles Metcalfe; s’il ne dérange rien à l’ordre de choses existant, c'est qu’il se jetterait dans un embarras inextricable. Il fait contre fortune bon cœur. Mais quoique la presse et le public ne fussent pas encore au fait des divergences de sentiments et d'opinions qui existaient entre Son Excellence et le Cabinet, ces divergences devenaient de jour en jour plus vives et plus sérieuses, comme on peut le voir en parcourant, dans l’ordre chronologique, l’intéressante collection des lettres de Sir Charles Metcalfe.

Le 12 mai, écrivant de mouveau au Bureau colonial, Sir Charles Metcalfe déclarait que la question du gouvernement responsable tel qu’entendu par le Conseil, allait pour la première fois être mise à l'épreuve,

‘ Lord Durham, ajoutait-il, a pu écrire à loisir en faveur du gouvernement responsable, qui ne fut pas en force durant son administration et qu’il traita comme question générale et sans définir aucun des détails du système. Lord Sydenham mit l’idée en force sans s’astreindi'e à la suivre dans la pratique; on ne peut pas dire que la gouvernement responsable existât durant la plus grande partie de son administration, et ce n’est qu'au moment de sa mort qu’il vint en opération, Sir

Charles Bagot fut bien obligé d’accepter les arrangements de

lord Sydenham ; de là vient qu’on attribue à Sir Charles Bagot la mise en pratique du gouvernement responsable, Mais quoiqu’il ait obéi jusqu’à appeler certaines personnes ans son Conseil, il n'eut jamais la moindre intention de leur abandonner son pouvoir, Sa maladie l’a empêché de régler définitivement cette question : ce soin est laissé à son successeur. Voici donc

que la guerre va commencer, et, supposant que la soumission absolue soit hors de question, je ne saurais dire quand cessera la lutte, si les partis déjà mentionnés ont réellement l’intention de l’entreprendre.”

Remarquons encore qu’il y avait à peine six semaines que Sir Charles Metcalfe était dans le pays lorsqu'il écrivait ces paroles, qui semblent être uñe prédiction de ce qui allait arriver bientôt,

Le même jour, 1l écrivait encore à lord Stanley :

“ J'apprends que mes efforts pour concilier tous les partis sont criminels aux yeux de mon Conseil, ou au moins de son membre le plus formidable. On voudrait m’obliger à me mettre entièrement aux mains de mon Conseil ; on veut que je me soumette à sa volonté; que je n’aie pas de jugement à moi; que je distribue le patronage du gouvernement aux seuls amis du ministère ; que je proscrive ses adversaires ; et que je fasse quelque déclaration publique et non équivoque de mon adhésion à ces conditions,qui ne sont rien moins que la nullification complète du gouvernement de Sa Majesté, ce que mon Conseil prétend, bien à faux, être la politique de Sir Charles Bagot, quoiqu'il soit bien certain que Sir Charles Bagot n’a jamais voulu pareille chose, fi je ne me soumets pas à ces stipulations, je suis menacé de la résignation de M. La Fontaine pour un, et nous connaissons parfaitement, lui et moi, les conséquences sérieuses que pourrait entraîner l'exécution de cette menace, le parti canadien français marchant aveuglément à la suite de son chef... Je suis porté à croire qu’un peu de réflexion calmera son ardeur et que le temps viendra à mon aide. Je n’ai pas besoin de dire que, bien que je sente la nécessité d’être prudent, je n’ai nullement l’intention de déshonorer la commission de Sa Majesté en me soumet-

tant aux conditions prescrites, ‘€ Voilà, pour le dire sans déguisement, à quoi se réduit la question : le gouverneur doit-il être simplement :n instrument entre les mains du Conseil, ou doit-il exercer son jugement privé dans l'administration du gouvernement? Cette question n’a pas été discutée ; mais je n'ai aucun doute que le chef du parti français ne soit appuyé dans ses prétentions par d’autres membres du Conseil.

‘ Comme il n’est pas possible que je me soumette à cela, je dois me tenir prêt à subir les conséquences d’une rupture avec le Conseil, ou au moins avec la partie la plus influente de ce corps. Ce serait très imprudent de ma part de hâter cet événement, ou de le laisser éclater dans les circonstances actuelles, s'il est z°ssible de l’éviter ; — mais je dois my attendre, car je ne saurais consentir à être l'instrument d’un parti, et à proscrire tous ceux qui, dans un moment de danger, ont défendu le pays contre l'invasion étrangère et la rébellion à l’intérieur. Je consens volontiers à pardonner les offenses passées; mais je n’aime pas à voir ceux qui demandent une amnistie en faveur de rebelles et de brigands avec lesquels ils sympathisent jusqu’à un certain point, professer une hostilité invétérée contre ceux qui ont été fidèles à leur souverain et à leur pays. L'’amnistie devrait au moins être réciproque... Le gouvernement par une majorité c’est l'explication du gouvernement responsable donnée par le chef de ce mouvement, et le gouvernement sans une majorité

doit être considéré comme impraticable. Mais la question qui se.

prése”te, question qui devra se décider sous mon administration, n’est pas de savoir si le gouverneur doit conduire les affaires de manière à satisfaire les désirs et les besoins du pays et à obtenir le suffrage du public en procurant le bien-être général, ni s’il sera responsable pour ces mesures au peuple représenté par ses députés, mais c’est celle de savoir s’il aura ou non voix dans le Conseil, s’il sera libre de traiter avec une égale justice tous les sujets de Sa Majesté, ou s’il sera un instrument passif et sans volonté entre les mains d’un parti pour proscrire les adversaires de ce parti, ces adversaires formant la classe la plus sincèrement attachée à l'empire, et le gouverneur chargé de les proscrire étant un gouverneur anglais. La tendance et l’objet de ce mouvement sont d’exclure complètement la mère-patrie du gouvernement intérieur de la colonie et de maintenir la Province aux dépens de la mère-patrie, c’est-à-dire de jouir de tous les avantages d’une union avec l’empire, tant qu’il plaira à la majorité des habitants du Canada qu’il en soit ainsi. Cette politique est très intelligible et très commode pour un canadien

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qui vise à l'indépendance, mais le rôle que doit jouer dans ce cas le représentant de la mère-patrie est loin d’être attrayant.”

On voit que l’antagonisme devient de plus en plus sérieux, et qu’une guerre ouverte ne peut manquer d’éclater bientôt. Le sublic cependant ne se doutait guère de ces dissensions intestines. Les journaux politiques s’épuisaient à discuter et à rechercher les véritables intentions du gouverneur. D'ailleurs

quelques événements douloureux survenus à cette époque vinrent détourner un moment l’attention de la question politique.

Au commencement de juin, deux à trois mille journaliers employés sur le canal de Beauharnois 8e mirent en grève. Ils se laissèrent entraîner à des actes de violence et se conduisirent d’une manière si brutale qu’on fut obligé d’y envoyer un détachement du 74° régiment, et d’y lire l’acte d'émeute. Les émeutiers refusant de se disperser, les soldats firent feu; sept personnes furent tuées, et douze blessées.

Cet événement tragique causa une pénible sensation dans toute la Province.

Le 20 juin, le village äe Boucherville, composé d'environ cent cinquante maisons, et situé à quelques lieues de Montréal, sur la rive sud du St-Laurent, devint la proie des flammes. Au nombre des édifices incendiés se trouvaient une église qui avait coûté $#10,000, ainsi qu’un couvent. Le feu, paraît-il, avait été communiqué par les flammèches d’un petit bateau à vapeur qui avait accosté au quai de Boucherville.

Des souscriptions s’organisèrent pour venir en aide aux malheureux. Sir Charles Metcalfe eut occasion de faire preuve de cet esprit de générosité qui le caractérisait, en envoyant au comité de souscription la somme de éent louis.

Mais il revint bientôt à ses anxiétés politiques.

Le ministère avait une tâche herculéenne à remplir; il voulait des modifications importantes à l'acte d'Union, entre autres la réhabilitation de la langue française et le rappel de la clause relative à la liste civile ; il voulait une amnistie générale ; il avait à fixer d’une manière permanente le siège du gouvernement ; à réformer la judicature et le système municipal ; à présenter de nouvelles mesures sur l’édücation, la tenure seigneu-

riale, les bureaux d'enregistrement, etc. C'était presque une. révolution dans le gouvernement et l'administration du pays.

Pour accomplir cette révolution, il fallait une grande énergie ; il fallait aussi une harmonie parfaite entre les diverses branches de l'administration ; et c’est ce qui manqua. Les bases mêmes de notre constitution n'étaient pas encore solidement établies, et le règne de Sir Charles Metcalfe ne devait être qu’une longue lutte contre le parti qui regardait l'introduction du principe de la responsabilité dans nos affaires comme l'application pure et simple des principes de la : :ñat‘tution anglaise à la direction des affaires de la colonie.

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