‹ Dix ans au Canada de 1840 à 1850 [microforme]Chapitre 37 sur 95 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Suite de l’antagonisme secret entre Sir Charles Metcalfe et ses conseillers, — Lettres du gouverneur. — Dissertation sur le gouvernement responsablo, — Ouverture de la session de 1843. — Question du siège du gouvernement,

Le 25 juin, Sir Charles Metcalfe disait dans une lettre privée à lord Stanley : ‘‘ J’ai marché assez pacifiquement avec le Conseil jusqu’aujourd’hui; j'ai été très réservé, mais je n’ai rien sacrifié de ce qui peut être regardé comme constituant l'autorité du gouverneur. Les affaires du gouvernement sont conduites par l'intermédiaire de secrétaires ; aucune dé’ ‘3n n’émane sans mon ordre ou mon assentiment ; et je ne soumets au Conseil que les affaires qui, d’après la loi ou l’usage établi, doivent lui être soumises, ou à l'égard desquelles je désire obtenir son opinion. Rien n’a été fait de sa part pour m’engager à adopter une autre 1Ÿgle de conduite ; et on serait presque porté à croire que les prétentions injustes de quelques-uns de ses membres ont été abandonnées. Je ne suis pas sûr de cela cependant; et bien que je ne voie aucune raison de craindre quelque rupture immédiate, je prévois qu’elle peut arriver un jour ou l’autre. Si tous étaient de la même trempe que trois ou quatre d’entre eux, la chose serait bien certaine...”

Bientôt une espèce de découragement semble s'emparer de lui, et le 15 juillet, écrivant à un de ses amis en Angleterre, il lui fait ces confidences :

“11 y a des difficultés qui me paraissent insurmontables : l’antipathie mutuelle des races que le temps seul pourra faire disparaître ; l'antipathie encore plus ardente des réformistes, comme ils s'appellent, ou des républicains et rebelles, comme les appellent leurs adversaires; celle des constitutionnels ou conservateurs, comme ils s'appellent, ou des tories ou membres du Family Compact, comme les appellent leurs adversaires ; la virulence haineuse des orangistes et des repealers transférée des couches chaudes des factions de la mère-patrie dans cette colonie, pour y être une source de méfaits ; les mécomptes résultant de l’Union; l'impossibilité de réconcilier les Haut-Canadiens avec l’idée de fixer le siège du gouvernement dans le Bas- Canada ; l'impossibilité de faire consentir les Bas-Canadiens à ce qu’il soit dans le Haut-Canada ; la probabilité de tentatives pour dissoudre l’Union; le peu de bien qu’on peut espérer du rappel ou du maintien de cette Union ; ma répugnance à gouverner au moyen d’un parti, et la difficulté, sinon l'impossibilité, de faire autrement. Tels sont les embarras qui obstruent ma marche ; et j’ai si peu d’espoir de faire du bien ou de me faire honneur que je me serais cru justifiable de refuser la charge que j’occupe, et que je n’ai jamais sollicitée, si j'avais connu le véritable état des choses... 2

Les rapports de Sir Charles Metcalfe avec ses ministres deviennent de jour en jour plus inquiétants pour lui. Il s’alarme secrètement, et fait part de ses réflexions au secrétaire des Colonies, dans l'espoir, sans doute, d’en recevoir quelques paroles d’encouragement ou quelque promesse d'appui dans la lutte qui va infailliblement s'engager. C’est ainsi qu’il écrivait à lord Sts.ley, en date du 5 août, la longue dépêche qu’on va lire. Les jeunes gens, auxquels notre travail est plus particulièrement destiné, nous pardonneront d’intercaler dans notre récit d'aussi longues citations, vu qu’elles résument, en quelque sorte, les discussions au sujet du gouvernement responsable qui ont

occupé la presse canadienne pendant toute la carrière de Sir Charles Metcalfe.

“ Milord, — Considérant lord Sydenham comme l'auteur de la forme du gouvernement maintenant établie dans cette Province, j'ai lu aver attention ses dépêches au secrétaire d'Etat de Sa Majesté, fin d'y trouver l'explication de l'intention qu'il avait en donnant à l’adminisetration exécutive locale sa forme actuelle, ou d’y découvrir, d’une manière claire et précise, ce qu’il entendait par la question si débattue du gouvernement responsable.

‘ Je vois que, dans ses premières dépêches, chaque fois qu’il est question du gouvernement responsable, dans le sens qu’on entend ici, il s’en moque. Il y a quelques passages remarquables dans ses lettres d'Halifax, ou vers l’époque de sa mission dans la Nouvelle-Ecosse, qui indiquent clairement comment il com-

prenait alors cette question. En parlant d’un vote de non-con-

fiance passé dans l’Assemblée législative de cette Province, à l'égard d’un ou de plusieurs membres du Conseil exécutif, il réprouve un pareil vote comme inconstitutionnel. Il ne pense pas de même d’une pétition de la Chambre à Sa Majesté demandant la démission du gouverneur. Il regarde cet acte comme le mode constitutionnel par lequel une colonie peut exprimer sa désapprobation de l'administration du gouvernement, et se plaindre des mesures du gouverneur. Rien ne pouvait expliquer plus clairement son opinion sur la responsabilité d’un gouvernes ment colonial, laquelle allait évidemment à dire que le gouverneur est le gouvernement responsable ; que ses officiers exécutifs subordonnés sont responsables à lui, non à l’Assemblée législative ; et qu'il est responsable aux ministres de la Couronne, auxquels la colonie peut aussi appeler de ses actes, son devoir l’obligeant en même temps de consulter les sentiments du pays et de ne pas persister à employer des individus que le peuple détesterait et qu’il aurait raison de détester.

‘* Si l’on regarde cela comme la manière dont lord Sydenham envisageait la question, on ne peut revenir de sa surprise en le voyant adopter la forme de gouvernement la plus propre assurément à détruire l’objet qu’il avait en vue, et à faire naître

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ou confirmer l’idée du gouvernement responsable qu'il avait réprouvée auparavant, c’est-à-dire la responsabilité des officiers exécutifs du gouvernement à l’Assemblée populaire législative. En composant son Conseil des principaux officiers exécutifs gous son autorité, en exigeant qu’ils fussent tous membres de la Législature, et particulièrement de !4 branche populaire, et en faisant dépendre la conservation de leur emploi de la majorité du corps représentant le peuple, il semble avoir voulu établir avec toute la certitude de la cause et de l'effet, que le Conseil du gouverneur devait se considérer comme responsable non pas tant au gouverneur qu’à la Chambre d'Assemblée. En adoptant la forme même et la pratique du gouvernement impérial, d’après lesquelles les ministres de la Couronne composent un Cabinet reconnu par la nation comme l'administration exécutive, et se reconnaissent eux-mêmes responsables au Parlement, il a été cause que le Conseil ici s’est naturellement considéré comme possédant, au moins jusqu’à un certain point, le caractère d’un Cabinet de ministres. Si lord Sydenham n’a pas voulu cela, il s'est plus trompé qu’on ne serait porté à le supposer d’après l’habileté qu’on lui reconnaît ; et si telle a été son intention, il a délibérément mis e pratique la théorie de gouvernement colonial responsable contre laquelle il s'était prononcé d’abord de la manière la plus positive.

‘Je ne saurais m'expliquer cette incoxséquence apparente

‘qu’en supposant qu'il avait changé d'opinion en formant son

Conseil après l’Union des deux provinces, ou qu’il a cédé malgré lui à une nécessité à laquelle il se sentit incapable de résister. Ses dépêches ne nous font pas connaître à laquelle de ces deux influences il a dû céder; au moins, je n’ai pu trouver dans ses dernières dépêches aucune opinion sur cette théorie contre laquelle il s'était d’abord prononcé, mais qu’il mit pourtant en pratique, en faisant ouvertement dépendre la conservation des charges exécutives de l’appui d’une majorité de la branche populaire de la Législature.

‘On pense qu’il n'avait guère l'habitude äüs consulter son Conseil et qu’il dirigeait les affaires comme il le jugeait à propos. Sa réputation d’habileté est très répandue dans ce pays;

| avait mais on croit qu’il n’aurait pu continuer à faire fonctionner le fiiciers gouvernement pendant longtemps sans être forcé de céder à la lative. pression de l’Assemblée législative sur le Conseil exécutif, écutifs Avant le commencement de la première session du Canada, la y de la seule session du Parlement qu’il eut à traverser, il fut menacé y, et en | d’un vote de non-confiance contre une partie de son Conseil, — ajorité vote qu’il avait déclaré être inconstitutionnel. Une division établir dans le parti réformiste détourna le coup, mais on m’assure que seil du la session ne fut traversée que difficilement, la majorité favoas tant rable au gouvernement 8e bornant quelquefois À une seule voix, tant la et même à quelquefois moins. La première semaine de la session l'après fut employée à extorquer des membres du Conseil l’aveu de abinet leur responsabilité à la majorité, suivant le sens populaire du ), et se gouvernement responsable. Le vote de non-confiance ne fut l a été détourné dans cette session que pour revenir dans la suivante, omme | où, comme on sait, la crainte qu’il inspira eut un effet décisif. e d’un ‘* J'insiste sur l'administration de lord Sydenham parce ela, il qu’elle a eu une influence très importante, et qui durera proba- Pa près blement, sur le gouvernement de cette Province. Il a établi, au ion, il nombre des derniers actes de son administration, ce qu’on ement appelle ici gouvernement responsable, et il a laissé à l'avenir à abord résoudre le problème du succès de ce système de gouvernement | colonial. Ilse peut que, pour faire passer les mesures auxarente quelles il tenait par-dessus tout, il n’ait pu éviter ce qu’il a fait. t son ‘Le terme gouvernement responsable maintenant d’un usage algré général dans la colonie, a été tiré, me dit-on, des notes margisister. L nales du rapport de lord Durham. Antérieurement à la publideux | cation de ce document, le parti démocratique du Haut-Canada 8 8eg avait combattu longte-:ps pour obtenir plus de part qu’il n’en ontre | avait à l'administration des affaires du pays ; mais il n'avait nt en pas de nom précis pour exprimer ce qu’il voulait. Le rapport n des de lord Durham entreprit d'expliquer les vues de ce parti, et nche les mots gouvernement irresponsable, responsabilité du gouvernement, responsabilité des officiers du gouvernement, répétés son fréquemment dans les notes marginales, firent adopter ce nom pro- de gouvernement respons:ble, lequel devint dès lors le cri de DAYS ; guerre de ce parti. Lord Sydenham, à son arrivée dans le Haut-

Canada, eut à faire face ou à se soumettre à cette demande. Un de ses buts était de gagner le parti réformiste, nom pris par le parti en question, et il ne pouvait réursir qu’en Ini faisant croire que le gouvernement responsable allait être accordé. Par le fait, lord Sydenham, soit qu’il le voulût ou non, l’a accordé en pratique par les arrangements qu’il a adoptés, bien que cette concession ne se manifestât pas d’une manière aussi éclatante durant son administration que sous celle de son successeur.

‘ Il me paraît y avoir une grande différence entre la sorte de gouvernement responsable dont parlait lord Durham et celle mise en pratique par lord Sydenham. En examinant le rapport de lord Durham pour y chercher ce qu’on pourrait supposer être son plan, je vois qu’il propose que tous les officiers du gouvernement, excepté le gouverneur et son secrétaire, suient responsables à la Législature-unie ; et que le gouverneur fasse marcher le gouvernement au moyen de chefs de départements en qui la Législature-unie reposerait confiance. Tout cela pourrait se faire sans nuire £ . pouvoirs d'utilité du gouverneur. Si le secrétaire qui signe les ordres du gouverneur n’était pas respon. sable à la Législature, il y aurait une grande différence avec l’arrangement actuel en vertu duquel l’administration previnvinciale ne fonctionne que par l'intermédiaire de secrétaires qui se prétendent ainsi responsables. La responsabilité générale des chefs de départements, agissant d’après les ordres du gou-

verneur, chacun dans son département distinct, pourrait exister,"

sans que l'autorité première du gouvernement de Sa Majesté fût anéantie. Dans ce projet il n’est pas fait mention de la combinaison de ces officiers en Conseil, pour agir ensemble avec le caractère de Cabinet, de manière à affaiblir les pouvoirs du chef responsable du gouvernement. Le plan de lord Durham ne paraît pas avoir ét{ suffisamment développé, et lorsqu'il dit que la responsabilité à la Législature de ‘‘ tous les officiers du gouvernement à l'exception du gouverneur et de son secrétaire devrait être assurée par tous les moyens connus sous la constitution anglaise ”, il ne dit pas comment cela devrait se faire. ‘Lord Sydenham a réalisé l’idée de lord Durham de la manière la plus propre à affaiblir l'autorité du gouverneur, et à

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rendre complète la responsabilité des officiers du gouvernement à la branche populaire de la Législature, en administrant les affaires de la Province par l’entremise de secrétaires provinciaux, et en faisant d’eux et de tous les chefs de départements un Conseil responsable à la Législature, et redevable de son existence au vote de la majorité. Autant qu’on en peut juger par les dépêches de lord Sydenham, cet arrangement fut tout à fait spontané de sa part, quoiqu'il fût en opposition manifeste, dans ses conséquences naturelles, aux sentiments qu’il avait d’abord exprimés.

‘ La politique de lord Sydenham dans le Haut-Canada fut de gagner le parti qui s'appelait réformiste, d’écraser le parti appelé Family Compact, et de former un Conseil des hommes modérés des partis conservateur et réformiste. Il réussit pour les deux premiers points ; mais on peut dire qu’il a échoué à l'égard de l’autre, car, quoique le Conseil ainsi formé püût lutter pendant une courte session de la Législature, il ne put faire face ou il craignit de faire face à l’orage qui menaçait de s'élever à l’ouverture de la session suivante, et il se disloqua, la partie conservatrice se retirant pour faire place au parti français et ce qu’on considérait comme le parti démocratique ou réformiste le plus avancé.

‘ Dans le Bas-Canada, la politique de lord Sydenham a été de subjuguer le parti français. En cela il a échoué. Ce parti est demeuré uni et aigri à l’extrême contre lord Sydenham. Il fit alliance avec le parti démocratique extrême ; et cette combinaison renversa le Conseil de lord Sydenham, qui avait été radoubé par Sir Charles Bagot, a moyen d’accessions de la part des deux partis conservateur et réformiste.

‘ Grâce à ces manœuvres les partis français et réformiste devinrent unis, les conservateurs furent jetés dans la minorité, et les ultra-conservateurs qui avaient favorisé ce changement furent abandonnés par leurs anciens alliés, conformément aux conditions de leur alliance, qui était simplement une alliance offensive dirigée contre le Conseil.

‘ Le résultat naturel de cette lutte a été de faire croire encore davantage que le gouvernement responsable était solidement établi. De nouveaux zonseillers furent imposés au gouverneur,

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pour l’un desquels au moins il avait une antipathie prononcée. Le Conseil ne fut pas choisi par le gouverneur. Il lui fut imposé par l’Assemblée du peuple. Quelques-uns des nouveaux membres du Conseil y étaient entrés avec des idées extrêmes concernant la suprématie du Conseil sur le gouverneur,—-c’està-dire sur la nécessité pour le gouverneur de se conformer à l’avis de son Conseil sur toutes les questions, grandes ou petites; et la maladie de Sir Charles Bagot après ce changement laissa entre les mains des conseillers toutes les affaires courantes de l’administration, ce qui eut l'effet de les confirmer davantage dans leurs idées. Ce qui s’est passé depuis a dû, je pense, modifier ces impressions et donner une plus juste idée de la situation relative du gouverneur et de son Conseil; mais il est évident que l'existence d’un Conseil, nommé et maintenu absolument par une majorité de la branche populaire de la Législature, doit tendre à amoindrir le pouvoir et l'influence du gouverneur. Que cela puisse, en définitive, opérer avantageusement pour la colonie et la mère-patrie, c’est ce que l’avenir seul pourra faire conmaître. Je suis porté à croire que ses effets immédiats sont pernicieux, présumant, comme je le fais, que tout le bien qui en provient aurait pu être produit d’une autre manière.

‘ Un des maux de cette sorte de gouvernement responsable, c’est qu’il tend à établir un gouvernement de parti. Le gouverneur peut s'opposer à cela, mais il ne pourra guère le faire efficacement. Le Conseil sera plus porté à s'occuper de consolider sa propre existence qu’à aider cordialement le gouverneur. Les recommandations des conseillers en matière de patronage, lesquels dans les rapports qui existent entre eux et le gouverneur devront vraisemblablement être souvent écoutées même en n’admettant pas leur droit au monopole, seront presque toujours en faveur de partisans. Ceux-ci les considèrent comme conférant exclusivement les places et les émoluments, et menacent ouvertement de leur retirer leur appui s'ils ne favorisent pas leurs vues. Conserver la majorité à laquelle ils doivent le pouvoir devra toujours être leur grande affaire ; telle doit être leur tendance naturelle, sans supposer l’absence totale de motifs plus élevés. Sans un Conseil ainsi placé, un gouve neur, recon-

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naissant la nécessité de conduire son gouvernement selon les intérêts et les vœux du peuple, et de se concilier et gagner la Législature, — et on aurait pu faire de cela une règle dont les gouverneurs n'auraient jamais dû se départir,— pourrait rendre

son administration du gouvernement agréable à tous les partis, :

et acquérir une influence propre à cimenter l’union entre la mère-patrie et la colonie, et à servir les intérêts de l’une et de l’autre. Sous le système actuel, le gouverneur ne me paraît pas devoir acquérir beaucoup d'influence. Si lui et son Conseil sont intimement unis, il devient de fait ou en apparence partisan, sans aucune raison pour cela. L'honneur de tout ce qu’il pourra faire de bien, ses conseillers le revendiqueront, ou leur parti le leur -ttribuera. Tout ce que l’autre parti regardera comme mal, il passera pour l’avoir permis. S'il montre quelque disposition à se concilier l’autre parti, il deviendra un objet de méfiance pour ses conseillers et leur parti. Leurs intérêts et les siens, et avec les siens ceux du gouvernement de Sa Majesté, sont toujours distincts ; car ils ont leurs intérêts comme parti à sauvegarder, lesquels doivent être distincts de ceux du gouvernement de Sa Majesté aussi bien que tout intérêt que le gouverneur peut avoir pour l'honneur de son administration.

‘ Je vais tâcher de vous faire comprendre ma situation. Je ne suis pas parfaitement satisfait de mon Conseil, principalement parce qu’il est sous l’influence de l’esprit de parti, et qu’il as’entraînerait avec lui s’il le pouvait. Le seul remède à cela serait de le démettre, ou de démettre au moins ceux des conseillers qui se montrent les plus extrêmes dans leurs vues, et de former un autre Conseil. Maïs la conséquence qu’on pourrait en attendre serait celle-ci : on m'’accuserait à grands cris d’être ennemi du gouvernement responsable. Le nouveau Conseil ne serait pas capable de résister à une majorité dans la branche populaire de la Législature, et je serais obligé ou de reprendre ceux que j'aurais démis, avec une espèce de disgrâce pour moi qui nuirait à l’efficacité de mon gouvernement, ou d’être continuellement en lutte avec une majorité de la Chambre d’Assemblée qui rendrait ma présence ici inutile au service de Sa Majesté. Je n'hésiterais pas à engager cette lutte, si j'y étais

contraint par mon devoir ; mais il est si désirable de l’éviter, qu'il me faudra des motifs bien puissants pour l’engager de propos délibéré.

‘ Mon but est de gouverner le pays pour son propre avantage et de cimenter son attachement à la mère-patrie. Pour cela, mon désir serait de concilier tous les partis ; et quoique cela puisse être difficile, je ne le regarderais pas comme impossible, gi le gouverneur était laissé libre d’agir ouvertement dans cette vue; mais la réalisation de ce désir semble presque impossible lorsque le gouverneur est entouré d’un Conseil qui juge nécessaire pour 8a propre existonce de s’apr :yer seulement sur son parti. Plutôt que d'adopter la livrée du partisan, je destitueraia mon Conseil et je aubirais les conséquences de cet acte ; mais il n’est guère possible d'éviter l'influence de l’esprit de parti dans une administration où chaque aviseur et chaque officier exécutif est guidé par cet esprit ; et la principale difficulté de ma situation c’est de ne pouvoir agir suivant ce que je crois être juste et en opposition à cet esprit de parti, sans rompre avec le Conseil et la majorité de ceux qui les soutiennent. La forme d’administration adoptée par lord Sydenham me paraît avoir mis de lourdes entraves à tout gouverneur qui veut agir avec prudence, et ne pas courir le risque d’une rupture avec la majorité de l’Assemblée populaire. La réunion de la Légis\ature me mettra probablement à même de voir ma situation plus clairement. Il n’est pas du tout certain aujourd’hui qu’un changement de conseillers produirait un changement avantageux relativement à la difficulté dont je parle, car tout Conseil formé d’après le principe du gouvernement responsable du Canada aurait très probablement les mêmes vues de parti, et éprouverait la même pression de la part de ses amis,

‘Vient la question de savoir s’il est possible de se passer d’un gouvernement de parti, L'épreuve qu’on a faite du gouvernement responsable dans cette colonie semblerait indiquer que non. Cela paraît indispensable dans les Etats libres et indépendants où existe le gouvernement responsable, et les mêmes causes doivent produire partout les mêmes effets; mais il y a une grande différence entre un Etat indépendant et une colonie.

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Dans un Etat indépendant tous les partis généralement doivent désirer le bien de l'Etat. Dans une colonie subordonnée à un gouvernement impérial, il peut arriver que le parti dominant soit hostile aux sentiments de la mère-patrie ou qu'il ait des vues incompatibles avec ses intérêts. Dans un cas pareil, être obligé de coopérer avec ce parti, et de permettre à un gouvernement de parti d’écraser ceux qui sont les plus affectionnés, serait pour la mère-patrie une situation étrange, un singulier rôle à jouer, On devrait considérer cela attentivement avant d'établir le système qu’on a désigné sous le nom de gouvernement responsable, Il est peut-être trop tard maintenant pour remédier au mal, J'ai supposé un cas extrême et possible sans prétendre que c’est là l’état actuel des partis dans cette colonie, J'espère que ce que j’ai dit est en grande partie inapplicable. Cela est applicable néanmoins en ceci que le parti connu sous le nom de parti anglais dans cette Province est maintenant en minorité. Je m’efforcerai de rendre tous les partis heureux et satisfaits ; mais je cr. n8 bien que cette partie de ma tâche ne soit chimérique. Je m’#rrserai aussi d'encourager la loyauté envers notre gracie 1. 3ouveraine, et l’attachement à l’empire britannique, Ces sentiments ne pourraient manquer de se produire si le gouvernement était administré d’une manière satisfaisante pour le peuple, et si on était convaincu que l'union avec l’Angleterre est avantageuse À la colonie. Les actes du gou :1ement de Sa Majesté qui ont pour objet de garantir l’er. wrunt pour les travaux publics, et de faciliter l’importation dans le Royaume-Uni du blé et de la farine du Canada, devraient avoir sous ce rapport un effet salutaire, puisqu'ils sont une preuve de la sollicitude de la mère-patrie pour le bien-être de sa colonie,

# Je dois m’excuser, s'il m'est arrivé de répéter ce que j’ai déjà eu occasion de dire dans quelques-unes de mes dépêches, C’est un sujet qui occupe continuellement mon attention, et que la routine de chaque jour présente sans cesse à ma pensée, Je m'aperçois que le peu de services que j'aurais pu rendre dans d’autres circonstances, je suis empêché de les rendreZpar le système d'administration introduit dans cette colonie; mai

toute tentative faite pour faire disparaître cet obstacle serait probablement encore plus funeste. J’ai donc cru devoir faire connaître la situation particulière dans laquelle je me trouve, en donnant plus de développement qu’il ne semble nécessaire; mais j'espère que c’est la dernière fois que j’entretiens Votre Seigneurie de ce sujet.”

La session de 1843 s’ouvrit le 28 septembre. Le discours du. trône promettait une session longue, laborieuse et fructueuse pour le pays. Diverses ‘. sures devaient être présentées pour amender les lois municipales, les lois d'éducation et le système du jury dans les deux sections de la Province, pour amender le système de ‘ndicature du Bas-Canada, et les lois de cotisation du Haut. Le nouveau tarif établi par le parlement de la Grande- Bretagne devait rendre nécessaire un changement dans les lois de douane. Il annonçait que l’emprunt effectué avec la garantie impériale l’avait été à des conditions favorables. Le gouverneur appelait l'attention sur l’état des prisons et sur le besoin d’un asile d’aiiénés dans le Bas-Canada, etc.

Au commencement de cette session on comptait dans l’Assemblée, sur les 84 membres dont elle se composait, 54 ministériels, 15 oppositionnistes, -et 15 douteux (y compris l’Orateur). L'opposition se composait de la petite phalange torye, dont les

chefs étaient pour le Haut-Canada Sir Allan-N. McNab, et pour à le Bas, M. Moffatt, représentant de Montréal. M. Moffatt ne l comptait que trois adhérents, MM. Watts, Hale et Ogden ; ce dernier, qui eût sans doute été chef de préférence à M. Moffatt, p était absent. p Quoique l'opposition ne fût guère formidable, le débat sur a l’adresse fut signalé par une grande virulence de langage. Les & torys, qui avaient si longtemps gouverné le pays, ne pouvaient h supporter l’idée d’être gouvernés à leur tour. Peut-être connais- ta saient-ils aussi les sentiments secrets du nouveau gouverneur, d et espéraient-ils, avec son aide, pouvoir bientôt reprendre le pou- à voir. Leur tactique consistait à regarder le gouvernement respon- qi sable comme tout à fait impraticable dans une colonie, ce qui cc g’accordait précisément avec les idées de Sir Charles Metcalfe.

Quoiqu'il en soit, l'adresse fut adoptée sans division.

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On ne manqua pas de remarquer, à la lecture du discours du trône, qu’il n’y était nullement question du siège du gouvernement, Cependant, quelques jours auparavant, les journaux avaient annoncé la résignation de M. Harrison, secrétaire provincial pour le Haut-Canada, qui se retirait, disait-on, par suite d’une différence d'opinion entre lui et ses collègues sur cette question même. M. Harrison représentait Kingston dans l’Assemblée législative, et on en concluait que le gouvernement avait décidé de faire choix d’une nouvelle capitale.

M. Malcolm Cameron, commissaire des Douanes, avait aussi donné sa démission pour la même raison; et on disait que M. Killaly devait en faire autant.

Le six octobre, le gouverneur transmit à l’Assemblée législative un message par lequel il déclarait qu’il ne se croyait pas libre de communiquer aux Chambres la correspondance échangée entre le gouvernement impérial et le gouvernement colonial au sujet du siège du gouvernement, mais qu’il croyait pouvoir annoncer que Sa Majesté refusait de se prononcer sur cette question sans l’avis de la Législature provinciale, et que les ministres de Sa Majesté lui soumettraient volontiers toute adresse des Chambres recommandant le choix de Kingston ou de Montréal, le choix devant être restreint à ces deux villes ; les deux anciennes capitales, Québec et Toronto, se trouvant l’une et l’autre trop éloignées du centre de la Province.

Dans ses dépêches à lord Stanley, sir Charles Metcalfe s'était prononcé en faveur de Montréal et n’hésitait pas à dire qu’il partageait à ce sujet l’opinion des ministres ; mais il regrettait amèrement que l’un de ses prédécesseurs (lord Sydenham) eût acheté le consentement d’une certaine partie de la population haut-canadienne à l’union des deux provinces par la promesse tacite que le siège du gouvernement serait permanemment fixé dans une des villes du Haut-Canada. Il est de fait pourtant que, dans les discussions qui eurent lieu plus tard, il fut déclaré par quelques-uns des membres, entre autres par l’hon. Adam Ferrie, conseiller législatif, que lord Sydenham leur avait dit à l’oreille

qu’il n’avait fait d’abord choix de Kingston que parce qu’il prévoyait que c'était le seul moyen d’aller ensuite à Montréal. Quoi qu’il en soit, la discussion à ce sujet s’engagea avec une vigueur extraordinaire, Ce fut le commencement de cette lutte qui a duré près d’un quart de siècle entre les diverses villes du Haut et du Bas- Canada pour la possession du siège du gouvernement. Chacune des cinq villes qui sont tour à tour devenues capitales, Montréal, Toronto, Kingston, Québec, Ottawa (appelée Bytown à cette époque), fit valoir ses droits et réclama l’honneur qu’elle prétendait lui appartenir. Les habitants de Kingston, qui venaient de placer des capitaux dans l’achat de propriétés et la construction d’édifices avec l'espoir que leur ville continuerait à être la capitale, prétendaient avoir un droit acquis, d'autant plus que cette ville occupait une position centrale par rapport aux deux Canadas et qu’elle n’était pas sans moyens de défense. Mais on leur répondait que Kingston était une ville sans importance, et que la contrée environnante n’était pas susceptible de progrès. Toronto était une ville florissante, située dans une région fertile et susceptible d’un grand accroissement, mais elle était trop éloignée du Bas-Canada. Québec était une ville fortifiée; elle était l’entrepôt du commerce de bois auquel le Haut-Canada était grandement intéressé; elle possédait un édifice qui pouvait servir temporairement aux séances de la Législature ; son climat ne différait pas essentiellement de celui des autres parties de la Province; mais elle offrait le même désavantage que Toronto: les Haut-Canadiens quiauraient eu affaire au gouvernement auraient été obligés de se transporter trop loin de leur pays, Bytown, à cette époque, n’était accessible ni pour le Haut ni pour le Bas-Canada, et n'était pas une ville assez importante pourattirer beaucoup l’attention de la Législature. ‘ Montréal, ” disait le mémoire soumis aux Chambres par le Conseil exécutif, ‘ Montréal, située à la tête de la navigation de la mer, et au pied de la navigati Muviale et des canaux, non seule. ment du Canada, mais du nord-ouest de l'Amérique, Montréal est, depuis longtemps, la capitale commerciale de la Province et deviendra probablement bientôt le marché d’une grande partie

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des vastes contrées du nord-ouest des Etats-Unis de l'Amérique ; cette ville est non seulement l’endroit par où passe le commerce du pays, mais elle est l’entrepôt et la place d'échange de ce commerce et conséquemment le centre des richesses du Canada, richesses qui y affluent tant de l’Atlantique que des lacs de l’ouest et même des eaux dont l’entrée naturelle est à la Nouvelle-Orléans, mais qui, par le moyen de canaux, sont en communication avec les lacs du Canada. Des navires de l’océan et des bâtiments de l’intérieur reposent ensemble dans le port de Montréal, et des hommes venant de toutes les directions sy rencontrent dans le cours ordinaire des affaires... Montréal tient essentiellement aux deux provinces, et chacune d'elles y a un intérêt ; elle est de plus aussi bien connue des habitants de la province supérieure que de ceux du Bas-Canada. Elle est la ville où l’on peut étudier le mieux la situation politique et statistique de tout le Canada .…. Cette ville devait aussi offrir au gouvernement des facilités supérieures à toutes celles que pouvaient offrir les villes rivales pour constater minutieusement et constamment ce qui est avantageux à toute la société et quelle est la véritable tendance de l’opinion publique... F:

Montréal fut donc proposée pour être le siège du gouvernement.

Cette question produisit une grande sensation dans le pays et en particulier à Kingston. M. Draper et ses amis, s’apercevant qu’un grand nombre des membres du Conseil législatif étaient absents !, et qu’une majorité des conseillers présents étaient en faveur de Kingston, se hâtèrent de faire décider la question, ne voulant pas d’un appel nominal, comme le leur proposait le ministre représentant le gouvernement. Le résultat fut qu’une série de résolutions proposées par M. Draper, déclarant que le siège du gouvernement devait être fixé dans les limites du Haut- Canada, y fut adoptée par 11 voix contre 6. C'était le 12 octobre, L’hon. M. Sullivan prononça dans cette circonstance, en faveur

1. Quatre seulement des conseillers législatifs du Bas-Canada étaient présents à cette séance. L'un d’eux, l’hon. J.-B. Taché, avait failli être dépossédé de son siège, sous prétexte qu’il n'avait pas assisté aux deux sessions précédentes. Voir à ce sujet le Jon du Conseil législatif pour 1843.

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de Montréal, un discours qui fut vivement RP et fit le tour dela presse.

La discussion ne fut pas moins orageuse dans l’Assemblée législative. Le 3 novembre, une proposition de M. Thorburn eù faveur de Kingston fut rejetée par 54 voix contre 26 ; une proposition de M. Sherwood à l'effet de faire fixer le siège du gouvernement dans ‘‘ quelque endroit situé dans les limites du Haut-Canada ”, fut aussi repoussée par 52 voix contre 27 ; une troisième proposition de M. Cartwright, déclarant que é ce serait un acte de courtoisie et de respect pour l'intelligence du peuple

du Haut-Canada que d'en appeler directement à lui sur cette

question ”, fut également re) jetée par 54 voix contre 28.

Par suite de l'agitation extraordinaire qui régnait à ce sujet dans le Haut-Canad, on crut pendant quelque temps qu’un certain nombre de membres réformistes allaient abandonner le gouvernement. ! Le cœur me manque, écrivait le correspondant de l’ Examiner de Toronto, quand je vois l’égoisme de certains réformistes du Haut-Canada, qui seraient prêts à tout sacrifier, de peur d’avoir à prolonger leur voyage d’un jour, lorsqu'ils iront au siège du gouvernement.” Ces craintes toutefois se dissipèrent bientôt et, le 3 novembre, la proposition du gouvernement en faveur de Montréal fut, après de longs débats, adoptée par 51 voix contre 27. 1

Tout n’était pas fini cependant.

Le Conseil législatif se montra plus violent et plus mutin que la branche populaire de la Législature. Après que la proposition du gouvernement eut été adoptée dans l’Assemblée législative, MM. Baldwin et Aylwin furent chargés de porter au Conseil un message demandant le concours de cette Chambre à l'adresse de l’Assemblée. M. Sullivan proposa de prendre ce message en considération le lundi suivant, mais il souleva une véritable tempête. L'opposition prétendit qu’une adresse à ce sujet ayant déjà été votée par le Conseil, cette nouvelle proposition n'était ni constitutionnelle, ni parlementaire. Le Président,

1. C’est à cette occasion que M. Moffatt, un des représentants de Montréal, qui s'était engagé à voter pour Kingston, se retira de la représentation, et fut remplacé par le Dr P, Beaubien, élu à l'unanimité le 22 novembre.

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M. Jamieson, refusa ‘’abord de mettre la question aux voix et laissa le fauteuil. Il revint cependant sur sa détermination et, après un grand nombre de discours plus ou moins violents, il fut décidé, à une majorité de 18 voix contre 13, que le message serait pris en considération le lundi suivant.

MM. Morris et de Blaquière prirent alors leurs chapeaux et gortirent de la salle, suivis de onze autres conseillers. Cette étrange démarche fut interprétée de diverses manières, les uns prétendant que ces conseillers avaient tous donné leur démission; d’autres, qu’ils avaient seulement laissé la Chambre en protestant.

Le président Jamieson, qui avait déjà donné s sa démission !, partit de Kingston ; les autres membres de la minorité se diepersèrent, laissant la majorité procéder aux affaires.

Le Conseil législatif fut deux jours sans pouvoir siéger, faute de président.

On peut juger de l’agitation qui régnait alors parmi la population par les quelques phrases suivantes tirées d’un journal de Toronto:

‘ La population britannique est trahie, honteusement trahie! Que dorénavant elle ne mette pas sa confiance dans les princes; mais qu’elle se fie à la providence et tienne sa poudre bien

‘ Ce n’est point ici une question entre Kingston et Montréal, mais une question de suprématie française ou anglaise; et souffrir que le siège du gouvernement soit transféré hors deslimites du Haut-Canada serait pour nous un plus grand mal que l’annexion aux Etats-Unis. ”

Lorsque le ministère eut appris la résignation de M. Jamieson, M. La Fontaine fut député par ses collègues auprès du gouverneur pour lui recommander diverses personnes qu'ils jugeaient propres à remplir cette charge,et entre autres les honorables Peter

1. M. Jamieson ne pouvant, en vertu d’une résolution passée dans la session précédente, siéger comme président du Conseil et garder sa charge de bas gr préféra garder cette dernière charge, qui lui rapportait £1,100 par année

conseillers exécutifs furent informés que la place avait été offerte à l'honorable M. Sherwood.. Si l’en considère que M: McGill et R.-E. Caron. 1 Peu de temps après cette entrevue, les Sherwood et douze de ses collègues s'étaient retirés du Conseil législatif dans le seul but d’embarrasser le gouvernement, on comprendra que cette nomination aurait été aux yeux du paÿs une condamnation de la conduite du ministère. Mais M. Sherwood ayant laissé Kingston, ea nomination n’eut pas lieu. M. La Fontaine apprit plus tard de la bouche même du gouverneur la nomination de M. Caron. Quelques-uns des ministres auraient voulu que M. Sullivan eût rempli gratuitement cette charge durant le reste de la session, et M. La Fontaine luimême était d’opinion que le fauteuil de président du Conseil législatif devait être occupé par un conseiller exécutif.

M. Caron était alors conseiller législatif et maire de Québec. C'était un homme aux manières agréables, d’une longue expérience politique, et parfaitement rompu aux affaires. Sa nomination donna une satisfaction générale.

Aussitôt après l'installation de son président, le Conseil donna son concours à l’adresse de l’Assemblée législative, relative au siège du gouvernement.

Pendant quelque temps on craignit que l’absence prolongée des treize conseillers réfractaires ne laissât pas dans cette Chambre le quorum voulu par la loi, qui était de dix ;, mais il n’en fut rien, et on put procéder, sans délai et sans opposition, à l’expédition des affaires.

1. Quelques journaux ont y ton que la place avait été offerte précédemment aux honorables D.-B. Viger et John Neilson.

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