MM. Panet, Bédard et Vallières de Saint-Réal
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Dans la nuit du 7 novembre un rassemblement orangiste, après avoir parcouru les rues de Toronto aux cris de ‘‘ à bas le Payisme, à bas les traîtres ”, brülèrent en effigie MM. Baldwin et Hincks.
A Kingston, durant la session même, les orangistes se rendirent coupables de plusieurs actes de brigandage. Ils s’attaquèrent, entre autres, à la nouvelle cathédrale catholique de Kingston et brisèrent plusieurs bas-reliefs qui en ornaient le portail.
Pendant tout ce temps, le malaise de Sir Charles allait augmentant ; dans une dépêche confidentielle écrite le 9 octobre ii s'exprime ainsi: ‘‘ Je suis loin d’être dans un poste agréable. Tout en désirant me dévouer exclusivement au bien-être et au bonheur du pays, dont le gouvernement m’a été confié, je me trouve dans l'impossibilité de rien accomplir de bon, et je suis engagé dans une lutte incessante pour maintenir l'autorité de ma charge contre les attaques des hommes mêmes dont le désir est de m’assister. La lutte, quant à ses résultats définitifs, sera, je le crains, infructueuse, quel que soit l'effet temporaire qu’elle puisse avoir. Il doit toujours être difficile de retirer le pouvoir une fois accordé aux chefs d’un corps représentatif choisi par la multitude, et à peine l’est-il moins de résister à leurs empiètements. Lord Sydenham a tenté l’impossible en composant un Conseil exéèutif comme il l’a fait dans l'espoir que le pouvoir du gouverneur resterait intact, ou pourrait être exercé aussi librement qu'auparavant, si c’est là réellement ce qu’il avait en vue. Je n'ai aucun espoir de voir cesser cette lutte ingrate tant que le principe pour lequel combattent actuellement le Conseil exécutif et la Chambre d'Assemblée, —savoir le gouvernement démocratique et de parti, —ne sera pas admis dans toute sa plénitude; et alors la perspective d’être un instrument entre les mains d’un parti n’aura rien de bien enviable. Même à présent il est difficile d’êtreautre chose, car toute l'influence personnelle que peut exercer le gouverneur par son caractère et sa conduite ne tend qu’à donner plus de force à ses aviseurs ostensibles. Si le pouvoir de la majorité était entre les mains d’un parti fermement attaché aux intérêts et à la connexion britanniques, il y
aurait un motif de confiance réciproque et de cordialité qui rendrait la coopération plus probable, les concessions plus faciles, et même la soumission plustolérable. La différence de vues et de sentiments entre mon Conseil et moi sur ces points essentiels est si grande que je m'en séparerais certainement si je croyais pouvoir faire fonctionner le gouvernement au moyen d’un changement. Mais cet espoir, je ne l'ai pas. Le parti qui est au pouvoir est soutenu par la majorité, et continuera vraisemblablement de l’être ; et je ne vois rien autre chose qu’embarras et bouleversement comme conséquence probable de leur démission. Je me crois donc obligé de prendre patience, de coopérer avec mes conseillers dans toute mesure qui me paraît bonne, et de leur résister dans tout ce qui me paraît devoir être préjudiciable ; de cette manière, à pourra ‘bien se faire qu'un ‘jour ou l'autre une
rupture éclate; si elle est inévitable, j’y ferai face du mieux que :
je pourrai. En attendant je dois tirer le meilleur parti possible d’un état de choses qui, je le crains bien, est loin d’être satisfaisant. Heureusement qu’il y a quelques mesures sur lesquelles nous nous accordons, et qui, je l’espère, devront être avantageuses à la Province. ”
Tout commentaire est inutile. Sir Charles Metcalfe prévoit qu’une rupture va éclater; il la provoquerait lui-même, s’il pouvait espérer qu’elle lui fût favorable : s’il ne se sépare pas immédiatement de ses conseillers, c’est qu’il redoute, et avec raison, les conséquences de cette démarche.
‘ Ce que je regrette le plus, écrit-il encore, c’est le mécontentement de ce qu’on peut appeler le parti anglais, pour le distinguer de tous les autres. C’est dans toute la colonie le seul parti avec lequel je puisse sympathiser. Je ne saurais partager le moins du monde la haine du parti français pour tout ce qui estanglais, ni l'indifférence égoïste du parti républicain à l'égard de la mèrepatrie. Ce sont pourtant les partis avec lesquels il me faut marcher; et le parti anglais ne veut pas voir que si je ne les rejette pas tout à fait, c'est qu'il m'est impossible de le faire, et il
regarde ma conduite comme le résultat de sentiments anti-
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Î ER" Ù DIX ANS AU CANADA ‘ 191 Avec de, pareils sentiments chez le gouverneur, était-il possible que la bonne entente se continuât longtemps entre lui et ses conseillers ? Malgré toute la discrétion du chef de l'Exécutif,
ses ministres auraient certainement manqué d'intelligence et de
perspicacité s'ils n’eussent pressenti et découvert cette méfiance et ce malaise contre lesquels Sir Charles Metcalfe luttait sans
cesse intérieurement depuis son arrivée dans la colonie. La
crise était inévitable, et elle éclata.
Le 26 novembre, le bruit courut tout à coup que le Ministère avait résigné. ! Jamais nouvelle de ce genre ne causa plus de sensation dans la presse et dans le pays tout entier. On en fut comme étourdi. Ceux qui n'avaient pas eu l’avantage de voir les choses de près et qui ignoraient l'espèce de contrainte qui avait régné jusqu'alors entre le gouverneur et ses ministres dans leurs rapports quotidiens, se perdaient en conjectures sur les causes de cet événement.
Lorsque la Chambre s’ouvrit, le lundi (27), à dix heures du matin, les esprits étaient dans une grande anxiété et la salle des séances était remplie de spectateurs. Dès l’ouverture'de la séance, M. La Fontaine se leva et annonça, en anglais et en français, que lui et ses collègues, à une seule exception près (celle de M. Daly}), avaient cru devoir offrir leur démission au gouverneur-général, qu’elle avait été acceptée par Son Excellence, et qu’il aurait bientôt l’occasion de faire connaître à la Chambre les motifs de leur démarche. Aussitôt après, tous les ministres, à l’exception de M. Daly, abandonnèrent les bancs de la Trésorerie.
MM. Daly et Wakefeld, en voyant M. La Fontaine annoncer cet événement, s'étaient opposés à ce qu’il entrât dans des explications, supposant ‘erronément que c'était son intention de le faire.
1. D'après la Gazette de Québec, les ministres auraient offert leur résignation le 25. Cette, résignation aurait été acceptée le même jour, le gouverneur et ses ministres auraient dîné ensemble dans la soirée, après quoi ils se seraient séparés, en apparence les meilleur -mis du monde, Mais ce ne fut qe le lendemain, dimanche, que le bruit «. - résignation commença à circuler.
En attendant les explications, la presso et le public dissertaient sur les causes qui avaient pu donner lieu à une démarche aussi grave.
‘€ La cause ostensible de leur résignation, disait le Morging Courier de Montréal, dans une lettre de son correspondant en date du 27, est, je crois, un désaccord avec le gouverneur-général concernant la distribution des emplois. Son Excellence a fait huit nominations sans les consulter. La cause immédiate du dissentiment en ce moment paraît être la nomination de M. Powell (fils du ci-devant shérif de Perth) à l'emploi de greffier de la paix à Bytown, l'administration voulant qu'il fñt disposé autrement de cette place M. Gibbon Wakefeld est soupçonné d’être l’instigateur de Sir Charles Metcalfe dans la position qu’il a prise vis-à-vis l'administration.”
L’Aurore des Canadas, journal politique publié à Montréal, et rédigé par M. J.-G. Barthe, représentant du comté d’Yamaska dans l’Assemblée législative, fut un des premiers à faire connaître la cause de la résignation des ministres et à mettre le pays en garde contre les dangers qui le menaçaient: ‘ On se perd en conjectures, écrivait son rédacteur, le 27 novembre 1843, sur les causes de cette subite démarche qui a excité des sentiments divers en dedans et en dehors de la Chambre. Mais comme M. La Fontaine, en annonçant sa résignation et celle de ses collègues ce matin, a promis de donner ses explications à la prochaine séance, je n’anticipérai pas beaucoup, me contentant de vous dire pour le moment que M. Wakefield, dont je vous ai dit la première attaque contre le ministère, l’autre jour, ést au fond de l'affaire. Il paraît, d’après tout ce que j’ai pu pénétrer, que le gouverneur a voulu faire des nutomates de ses ministres, sans doute à la suggestion du membre de Beauharnoïs, qui à pris ce moyen d'arriver à ses fins 7 if Je n'ai que juste le temps de vous écrire un mot avant le départ du courrier, écrivait-il lé lendemain, 28 novembre, et par conséquent celle-ci ne vous apprendra rien de nouveau sur la situation. Seulement je vous dirai que les ministres ont envoyé, hier, leurs raisons écrites au gouverneur, c’est-à-dire la substance générale des causes qui les ont forcés de résigner, se réservant de mettre tous
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les détailn devant la Chambre, et su moment où je vous écris, je viens d'apprendre que M. Daly vient de leur demander de la part du gouverneur un autre jour de délai, de sorte que les explications qu’on attendait aujourd’hui seront retardées d’autant. A voir les groupes qui se chuchottent partout leurs communications à l'oreille, le va-et-vient continuel qu’il y a parmi les membres, la mission que se donnent en apparence plusieurs d’entre eux auprès de leurs collègues, on ne peut se cacher l’embarras dans lequel les aviseurs de Son Excellence l’ont jetée et
la satisfaction qu'a excité la crise où nous sommes dans le
moment, car chacun sentait, sans oser se l'avouer à soi-même, que la fausse position dans laquelle nous étions ne pouvait pas durer, que ce n’était qu’une question de temps; quoique peu de gens parussent oser en désirer l'événement. Aussi je m’attends bien qu’on va en être aussi étourdi dans le Bas-Canada que nous l’avons été nous-mêmes. Mais c'est l'heure pour notre pays de faire éclater sa fermeté, car il doit entourer de sa confiance les hommes qui ont fait en cette occasion preuve de plus de véritable courage, d'indépendance de caractère, de désintéressement que par toutes les mesures qu’ils ont pu produire, quelle qu’en ait été d’ailleurs la valeur. C’est donc un moment solennel pour le Bas-Canada, mais c’est à lui de saisir l’occasion aux cheveux de faire triompher le principe vital du gouvernement d’aujourd’hui auquel les ministres ont courageusement immolé tous leurs intérêts et sacrifié leur amour-propre et leur ambition, persuadés qu’ils trouveraient dans l’approbation de leur pays un appui qui ne peut non plus manquer à leur caractère ; car autrement, je n’hésite pas à le dire, le Bas-Canada ferait un acte d’injustice qui le perdrait, et contribuerait à la perte des hommes pleins d’intégrité qui viennent de mettre à nu le honteux système de déception introduit par Sydenham. Aussi, fait-on tout ce qu’on peut ici pour les dépopulariser, les vouer au mépris public. Hier soir une troupe de polissons de carrefour les brûlèrent en effigie dans la plaine qui avoisine l'Hôtel du Parlement; j’entendis de mon hôtel les hurlements épouvantables poussés par ces histrions, qui avaient attiré la foule à leur honteux spectacle... .. Pendant que les uns font des scènes, les
autres intriguent par sous-mains, tâtent le pouls à ceux des membres à qui ils font l'injure de les soupçonner capables de trahison envers le ministère, et manœuvrent de leur mieux pour arriver à leurs fins. Tout ce que je regrette en cela, c’est de voir Sir Charles Metcalfe entouré de pareils agents qui ne font que le déconsidérer ici, bon et honnête homme au fond, mais qui n’est pas tenu à l'impossible...”
Le plus habile et en même temps le plus dangereux de ces intriguants, que signalait le correspondant de l’Aurore, était, en effet, M. Wakefeld, -eprésentant du comté de Beauharnois, dont nous avons eu oc.asion de parler plus d’une fois. M. Wakefield était un homme de talent, qui avait professé jusqu’alors des idées libérales et s'était constamment montré l'ami des Canadiens français. Il était tout à fait insinuant et prétendait même exercer une influence irrésistible sur ceux qui l’entouraient, Comme il était ambitieux, il crut l’occasion bonne et se mit tout de suite en rapport avec le gouverneur, espérant sans doute jouer. bientôt un rôle important dans la formation d’un nouveau ministère. Dans la Chambre, il sembla prendre sous sa protection M. Daly, le seul ministre qui n’eût pas résigné, mais qui, malheureusement pour lui et pour le gouverneur, ne pouvait dire un mot en public. M. Wakefield siégeait à côté de M. Daly, se tenant prêt à répondre aux ex-ministres ou à les interrompre, chaque fois qu’il le jugeait opportun. Ce qui prouve clairement que M. Wakeñfield était alors dans la confidence du gouverneur, c’est que les discours de M. Wakefeld et ses lettres publiées plus tard pour la défense de Sir Charles Metcalfe, contenaient les mêmes arguments, les mêmes assertions, les mêmes insinuations, qu’on trouve dans les dépêches secrètes écrites à cette époque par le gouverneur, et publiées quinze ans plus tard par le biographe de Lord Metcalfe. Ce sont dans certains cas les mêmes idées exprimées presque dans les mêmes termes.
Les Canadiens français, voyant leur destinée en jeu, sentaient le besoin de s’unir plus étroitement que jamais. Dès le commencement de la crise cependant, un bruit pénible avait couru : on disait qu’un des principaux membres de la Chambre, l’hono-
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