‹ Dix ans au Canada de 1840 à 1850 [microforme]Chapitre 44 sur 95 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Brochure de l'honorable D.-B. Viger. — Opinion des hommes d'Etat en Angleterre. — Opinion de la presse européenne. — Efforts inutiles de sir Charles Metcalfe pour former un ministère, — Interrègne de neuf mois. — Elections générales. — Résultat,

Dans le cours de janvier 1844, M. Viger publia, à Kingston, une brochure intitulée: La crise ministérielle et l'honorable D.-B, Figer, dans le but de justifier sa conduite et d'expliquer sa position. Cette brochure n’était que la reproduction et le développement des discours qu’il avait faits devant la Chambre, et ne contenait aucun argument nouveau, Il y protestait de son attachement au gouvernement responsable, et de son respect pour les ministres démissionnaires, mais il blâmait ces derniers d’avoir donné leurs explications à la Chambre sans une permission écrite du gouverneur, et d’avoir ainsi violé leur serment d'office. IL blâmait la Chambre d’avoir demandé les documents expliquant les causes de la résignation : il considérait cette conduite comme subversive de tout gouvernement, Cette question de forme était, suivant lui, plus importante que la question même du gouvernement respon-

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sable, Quant à cette dernière, à peine y faisait-il allusion dans un court post-scriptum, et seulement pour dire qu’il ne pourrait la discuter, puisqu'il n’y avait devant le publie aucuns faits sur lesquels on pôût s'appuyer. L'auteur faisait preuve de connaissances en droit constitutionnel, mais son style diffus, le défaut d’enchatnement dans ses idées, les répétitions fréquentes qu’on y rencontrait, rendaient la lecture de cette brochure excessivement fatigante.

D'ailleurs, il y avait longtemps que le pays ne songeait plus à la question de forme. La question de savoir si le gouverneur pouvait gouverner et administrer les affaires publiques sans prendre l'avis de ses ministres était bien autrement importante, et c’est de celle-là qu’on cherchait la solution depuis deux mois. Ce qui est digne de remarque, c’est que sir Charles Metcalfe, dans cette longue lettre que l’on vient de lire, en justification de sa conduite, et dans laquelle il critique sans ménagement les démarches de ses ministres, ne fait pas la moindre allusion à cette | violation des règles parlementaires ou constitutionnelles, considérée j

comme si grave par M. Viger.

La réputation dont jouissait sir Charles Metcalfe, sa bonté, son amabilité dans la vie privée, sa générosité, qui était intarissable, étaient bien propres à lui attirer des sympathies. On demandait instamment à cette époque l’amnistie pour les exilés de 1838, et leur retour dans la patrie, Une souscription ayant été faite dans tout le Bas-Canada pour fournir aux proscrits de Van Diémen les moyens de revenir, sir Charles Metcalfe souscrivit immédiate-

ment la somme de cent louis. Des amis sincères du gouvernement responsable, touchés de cette bienveillance, s’obstinaient à croire que le gouverneur interprétait les résolutions de 1841 dans le même sens que MM. Lafontaine et Baldwin, et que tout le différend était dû à un malentendu regrettable, Il est même probable que la plupart des partisans de M. Viger partageaient cette erreur. Malheureusement pour sir Charles Metcalfe, il eut bientôt l’occasion de détromper ceux qui pouvaient conserver

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encore quelque.illusion à ce sujet, Dans le cours. de janvier, «certains habitants du district de Gore, Haut-Canada, lui ayant +présenté une adresse dans laquellè ils exprimaient leurs regrets de la retraite du ministère, sir Charles Metcalfe y répondit

eavalièrement et de manière à ne plus laisser de doute sur ses

sentiménts et sa manière de voir, Üette réponse fit une profonde sensation à cette époque, quoiqu’elle ne contienne rien que nous n’eussions déjà vu dans les dépêches confidentielles du gouver- ‘eur,

“ Pour ce qui est de mon opinion, disait sir Charles Metcalfe, æelativement au gouvernement responsable, je ne sais pas jusqu’à quel point je dois vous la développer sans connaître d’une manière plus précise ce que vous voulez dire, Si vous entendez que le gouverneur ne doive pas faire usage de son jugement dans l'administration des affaires, mais se contenter de servir d’instrument au Conseil, alors je suis d’un avis diamétralement opposé au vôtre. C’est une condition à laquelle 'je ne me soumettrai jamais, et que le gouvernement ne peut: sanctionner, Si vous entendez que chaque parole, chaque action du gouverneur doive subir l'examen du Conseil, cela est tout à fait contraire à l’expédition des affaires. Si vous entendez que les emplois soient la récompense de l'intrigue, de l’esprit de parti et non du vrai mérite, encore une fois je ne suis pas de votre avis, Un tel abandon des prérogatives de la Couronhe est, à mon sens, incompatible avec l'existence d’une colonie anglaise. Mais si vous entendez que ce gouvernemeït doive se préoccuper des vœux et des intérêts du peuple; qu’il soit loisible au Conseil de donner son avis en toute vecasion; que le gouverneur doive consulter l'administration pour des cas importants; qu’il soit responsable envers le parlement provincial, je suis parfaitement d'accord avec vous, et je ne vois aucune difficulté à gouverner de cette manière, si de chaque eôté on se laisse guider par la modération et le sens commun, si on ne se laisse pas influencer par l'esprit de parti. Ne visez pas à l'impossible, de peur que vous ne perdiez la réalité en courant

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