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après l'ombre. Vous désirez vivre en bonne harmonie avec l'Angleterre; ne vous imaginez pas atteindre ce but en suscitant des tracasseries au gouvernement de la métropole, en cherchant à réduire à rien son autorité, ”
On voit que sir Charles Metcalfe est de plus en plus sous l’influence de la passion et du dépit, Au lieu de raisonner froidement, de discuter la véritable question en litige, telle que ses ministres l'avaient posée, il se laisse aller à la déclamation, Ce qui dut pourtant le consoler beaucoup à cette époque, c’est que, dans un débat qui eut lieu dans la chambre des Communes en Anglrterre au sujet d’une proposition d’amnistie de M. Ræbuck, lord Stanley, le secrétaire des Colonies, prit occasion d'approuver hautement la conduite de sir Charles Metcalfe, et même ses opinions relattvement au gouvernement responsable. Plusieurs autres membres importants partagèrent jusqu’à un certain point la manière de voir de lord Stanley. On ne voulait pas admettre que le principe de la responsabilité ministérielle fût applicable à une colonie.
“ Quelque vrais et incontestables, dit lord Stanley, que soient les principes invoqués par M. Ræbuck, appliqués à une répablique, ou Etat indépendant, sur le droit'de la colonie de gouverner ses propres affaires locales, s’il fallait leur donner l'extension que veut l'honorable député, ils seraient incompatibles avec l'existence d'institutions monarchiques et avec les rapports qui doivent exister entre une colonie et la mère patrie.”
+’ opinion, qui avait déjà été proclamée dans la «hambre ommunes en 1839 et en 1840, et dans les dépêches de lord
vhn Russell à la même époque, n’était appuyée d’aucune raison solide ; elle était même en contradiction avec des faits tout, récents. On ne pouvait nier que ce système de gouvernement responsable n’eût opéré à merveille sous le règne de sir Charles Bagot. Jamais le contentement n'avait été plus général. “ Le moyen de perpétuer notre connexion avec la mère patrie, disait la Minerve, n’est pas de restreindre les libertés coloniales, ni d’en arrêter le dévelopvement, mais bien de leur donner toute
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l'extension possible, compatible avec l'action de la constitution anglaise, et nécessitée par les besoins politiques et sociaux de la colonie, La concession du ‘“ gouvernement responsable ”, en temps opportun, eût prévenu la demande d’un Conseil électif; sa mise en pratique, comme sous sir Charles Bagot, perpétuera cette conneæion, que les autorités métropolitaines semblent désirer.
“ Si nous consultons l'histoire, on verra que de toutes les cidevant colonies anglaises qui forment maintenant l’Union américaine, celles qui songèrent les dernières à secouer le joug de la métropole, dans le mouvement révolutionnaire de 1775, furent précisément celles qui, par leurs constitutions, gouvernaient d’une manière absolue “ leurs propres affaires locales”. Il y en avait même où le gouvernement était électif, soit dit en passant.”
Les hommes d'Etat anglais n’en étaient pas encore rendus à comprendre cette vérité, ou, s’ils la comprenaient, ils ne croyaient pas que le moment fût arrivé de la proclamer ouvertement, L'Angleterre agissait à l’égard de ses colonies comme font ces vieux parents qui craignent toujours d’accorder trop de liberté à leurs enfants, même lorsqu'ils ont atteint l’âge où ils sont censés pouvoir conduire leurs propres affaires,
Ce qui affaiblissait toutefois la portée de ce débat, c’est qu'il était facile de voir que la plupart des orateurs n'étaient pas au fait des détails de la querelle entre sir Charles Metcalfe et ses conseillers ; on avait été induit en erreur par de faux renseignements. Lurd Stanley, par exemple, était encore sous l’impression que les ministres avaient exigé de sir Charles Metcalfs qu’il s’engageût, par un écrit sous son seing et sceau, à ne faire aucune nomination sans les consulter, quoique ce fait eût été nié formellement par M. Lafontaine. Il semblait r ;vetter que les dépêches de lord John Russell, en 1839, sur le gouvernement responsable, n’eussent pas été publiées au Canada, bien qu’elles se trouvent en entier dans les journaux de l’Assemblée législative, pour le
session de 1841, et que le gouvernement de cette époque se soit clairement expliqué sur le sens qu’il falla‘t leur attribuer, en
faisant adopter par les Chambres les importantes résolutions du trois septembre de cette même année (1841). :
De nombreuses assemblées publiques eurent lieu dans les diffé-"
rentes parties du pays pour, approuver la conduite des anciens ministres ; d’un autre côté le gouverneur recut un certain nombre d'adresses dans iesquelles on le félicitait de sa conduite ferme et indépendante, Mais sir Charles savait bien quelle importance attacher à ces manifestations de loyauté, et il ne manquait pas d'en plais ‘er dans ses lettres privées.
Durant tout ce temps, la presse canadienne discutait chaleureusement la question, Bientôt même l'attention de la presse étrangère fut attirée sur le débat, Des journaux des Etats-Unis, de Londres et de Paris publièrent d'excellents articles sur cet
important sujet, articles qui se lisent avec d'autant plus de plaisir
qu'ils ne renferment aucune de ces personnalités injurieuses qui se rencontraient malheureusement trop souvent dans les journaux de la Province !
Dès le mois de décembre, le Courrier des Etats-Unis, rédigé alors par M. Gaillardet, avait publié un article plein de sens et de modération, Plus tard, lorsque le Times de Londres parut pousse: lord Stanley à épouser la querelle de son représentant au Canada, et que le gouvernement anglais parut approuver la marche dictatoriale de sir Charles Metcalfe, et prendre par conséquent fait et cause pour lui contre le dernier cabinet et la majorité du parlement canadien, le même journal publia un autre article d’une grande vigueur, dont nous citerons quelques extraits :
“ Cette prétendue ‘ncompatibilité que signale sir Charles Metcalfe, disait-il (celle du gouvernement responsable et du régime colonial) est l'argument unique de tous ceux qui approuvent sa conduite, ou lui donnent tout au moins l’excuse de la nécessité, Au nombre de ces derniers, figure, par exception, un journal fran-
1— Voir Journal de Québec, 30 déc. 1843, 15 fév., 22 fév., 2 mars et 11 avril 1844.
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çais, qui a pris position, de prime abord et d’une façon très tranchante, contre les prétentions canadiennes, Il est vrai que ce journal se publie à Londres! Le Journal des Débats, en reconnaissant que le cabinet Baldwin-Lafontaine n’a fait que réclamer l'exécution du principe le plus éiémentaire de tout gouvernement constitutionnel, se demande comment la presse anglaise, ordinairement si scrupuleuse sur cette matière, a pris parti pour le gouverneur général, et il ne s’expliqué cette anomalie que par l'influence des préjugés nationaux, “ Nous ecmprenons très bien, du reste, dit-il, qu’en cette occasion l’ésprit national ait dominé l'esprit constitutionnel, car la doctrine soutenue par le ministère canadien ne tend à rien moins qu’à consacrer, en principe, l’indépendance absolue de la colonie, ”
“L'induction du Journal des Débats nous paraît exagérée, comme le raisonnement du Courrier de l'Europe et de la presse anglaise, dont il est l'écho, nous paraît erroné, Ces journaux se créent des chimères pour les combattre. Allons droit, nous, aux réalités, En quoi le gouvernement de la métropole se trouverait. il compromis par la nécessité où serait le gouverneur colonial de consulter ses conseillers sur une place à donner, comme il le fait sur une loi à présenter ? Ce serait une prérogative de moins, c’est vrai, Mais la question est de savoir si l'exercice rigoureux de ceut» prérogative porte en soi plus de bénéfices que son abandon amiable, Eh bien, comme il est impossible qu’un gouvernement constitutionnel, ou responsable, existe, même en apparence, même en ombre, si les rouages secondaires de ee gouvernement ne reçoivent pas l'impulsion des rouages principaux ; comme un homme de cœur ne peut accepter la responsabilité d’une œuvre accomplie par des bras qui ne sont pas de son choix, il en résulte inévitablement de deux choses l’une, ou qu’un honnête homme est condamné à tromper son pays et lui-même en jouant un rôle de ministre responsable dans cette comédie représentative, ou que, pour rentrer dans la vérité ou l'équité, il faille abolir entièrement ce simu-
lacre de gouvernement représentatif, Ainsi done, comédie ou