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réaction, duplicité ou oppression, voilà les deux termes du dilemme dont le gouvernement anglais déclare ne pas vouloir sortir, S'il entend, au contraire, octroyer à sa colonie un système de représentation populaire et de responsabilité ministérielle qui ne soient point une honteuse dérision, il ne fait qu’en compléter, qu'en faciliter l'exécution en reconnaissant aux conseillers du pouvoir exécutif un droit d'avis dans la distribution des emplois, Ce droit de respectueux avis établit entre les pouvoirs une harmonie sans laquelle il ne saurait y avoir que discorde et tiraillement.
‘“ Prétendre que la Couronne ou son agent en serait avilie, c’est une absurdité, L'honneur à la dignité n’ont pas deux poids et deux mesurés ; et ce qui ne déshonore pas la Couronne à Londres né la déshonorera pas à Montréal. Prétendre que la puissance de la métropole en serait ébranlée et son avenir compromis, est une terreur irréfléchie, car une mesure qui contribue à la concorde, à l'affection des esprits, consolide l'autorité en la faisant aimer, La désaffection précède la rébellion, et le désir de l'indépendance ne naît jamais que de l'oppression. Aussi sommes-nous convaincus que la marche adoptée par le cabinet de Saint-James avancera plus l’ère de l’indépendance canadienne, si elle est écrite dans le livre de l’avenir, que ne l’eût fait la concession du droit équitable, rationnel, inoffensif, réclamé par le dernier cabinet et la majorité du parlement, Grâce à l'esprit conciliant et libéral de sir Charles Bagot, les distinctions de races et les oppositions d'intérêts commencaient à s’effacer entre la colonie et la métropole. Le terrain était sur le point de manquer aux inimitiés, aux haïines politiques, Ce terrain, sir Charles Metcalfe le leur a rendu soudain, et aujourd’hui le Canada va se diviser en deux camps, avec deux drapeaux opposés. D’un côté se rangeront ceux qui veulent l’exécution franche et complète du gouvernement représentatif avec les garanties stipulées dans les résolutions de septembre 1841, qui ont été les conditions faites à sir Charles Bagot par l’opposition canadienne ; de l’autre se rangeront ceux qui sont décidés à
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renoncer complètement au gouvernement constitutionnel, Car Yhypocrisie ou l'illusion ne sont plus permises; ce gouvernement à cessé d'exister au Canada. Il faut que les Canadiens se pénètrent de cette vérité. Les leurres sont plus dangereux que la réahté la plus désespérante, en politique. On prend son parti de la réalité, quand on connaît au juste les droits qu’on a ou qu’on n’a pas, on sait à quoi s’en tenir, on n’est pas’exposé à de fausses espérances, à de trompeuses illusions, Quand il y a un malentendu, au contraire, tôt ou tard, le jour des explications arrive, et il en résulte ce qui est résulté au Canada, c’est-à-dire des crises ministérielles, de l'agitation dans les corps politiques, de la discorde dans les relations nubliques et privées. La question de forme doit disparaître aujourd’hui devant la question de fond. La première est puérile, car elle est accidentelle ; la seconde est sérieuse, car elle est permanente; elle touche aux entrailles mêmes de la vie sociale. Les Canadiens ne doivent donc plus demander, comme ïls le font exclusivement depuis deux mois, “ qui a le mieux respecté les us et coutumes parlementaires, de M. Lafontaine ou de M. Viger”, mais ‘“ qui est pour le principe de la responsabilité réelle du gouvernement, et qui est contre ? ” Les questions personnelles amoindrissent tous les principes, elles les ravalent au niveau et au poids d’une individualité, Or, une individualité, si respectable qu’elle soit, n’est qu’un grain de terre dans le monde matériel, et elle doit être encore moins dans le monde moral,
‘“ C’est avec une idée qu'il faut prendre la mesure d’un homme, et non avec celle d'un homme qu’il faut prendre la mesure d’une idée, Sans cela, on n’est qu'un peuple d'esclaves et de crétins, Heureusement, le Canada n’en est pas là. Ce qui lui a manqué, peut-être, pour se reconnaître dans la confusion où l’a jeté la dernière crise ministérielle, c’est un point précis sur lequel il pât s'orienter, Ce point, l'Angleterre et sir Charles Metcalfe viennent de le lui donner. Pour savoir désormais qui sera pour la colonie
ou pour la métropole, pour la liberté où pour la dictature, il n’aura
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qu’à prendre le mot de “ responsabilité pleine et entière ” pour devise et cri de guerre; il verra, du premier coup d'œil, qui sera pour lui, qui sera contre lui.”
Le Siècle, après avoir présenté à ses lecteurs un historique concis mais très clair de notre système de gouvernement, et avoir. fait connaître le différend qui existait entre le gouverneur et ses ministres, prit hardiment la défense de ces derniers.
- Le Morning Chronicle de Londres, dans un article en date du
-28 février, émettait des opinions entièrement opposées à celles
du Times.
Durant tout ce temps là, sir Charles Metcalfe travaillait, mais sans succès, à la composition d’un nouveau ministère. Pendant plusieurs mois, il se flatta de pouvoir obtenir l'appui d'un certain nombre de Canadiens-français. M. Viger était plein d’espoir, et partit de Kingston pour Montréal, sûr d’y retrouver son ancienne popularité et de rallier autour de lui toute la population canadienne-francaise. Mais cet espoir fut déçu ; M. Lafontaine y exerçcait une influence toute-puissante sur-ses compatriotes, et quoique M. Viger, par ses longs services et son caractère honorable, conservât encore un certain nombre d'amis personnels, et le respect de ses adversaires, le gouverneur put bientôt constater, à son grand désappointement, qu’il ne serait d'aucune utilité à sa cause. Une élection qui eut lieu à Montréal dans le printemps de 1844, et qui se termina, après une lutte des plus ardentes, par le triomphe du-candidat de l'opposition, servit encore à jeter le découragement parmi les partisans de sir Charles Metcalfe. M. L.-T. Drummond, jeune avocat de talents brillants, qui devait jouer plus tard un rôle important dans les affaires politiques du pays, fut élu pour représenter la ville de Montréal, contre le citoyen le plus riche de l'endroit, M. W. Molson, et maigré les efforts
du parti tory et toute l'influence que le gouvernement exerce
ordinairement dans les élections. Cette lutte électorale se ressentit de l’exaltation des esprits; il y eut des rixes, des scènes de violence ; un détachement militaire fut appelé pour maintenir l’or-
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dre, et un homme du nom de Champeaux fut tué d’un coup de baïonnette. Le candidat du gouvernement recut les suffrages de la très grande majorité de la population d’origine anglaise, tandis
. que les électeurs canadiens-français et irlandais votèrent presque
en masse pour M. Drummond.
La Gazette de Londres du 29 mars annonçait la nomination du capitaine Higginson au poste de secrétaire civil ax Canada. M: Higginson passait pour exercer une grande influence sur l'esprit du gouverneur, et la presse de l’opposition le baptisa du nom de lord Buke, par allusion au célèbre ministre favori de George III. ip
MM. Cartwright et Atchison avsi: rt été députés en Angleierre par les habitants de Kingston pour y saire des représentations relativement au transfert d:: -iège du gouvernement à Montréal, mais ils n’obtinrent qu’une réponse assez cavalière, et revinrent tout à fait découragés. Les bureaux publics se fermèrent à Kingston vers le 1° juin, et vers le 15 du même mois, le déménagement à Montréal en était à peu près complété. Le gouverneur arriva dans la nouvelle capitale le 24, après une courte promenade aux chutes de Niagara.
Vers le même temps, une question assez intéressante s’éleva
- devant la cour du banc de la reine à Québec. Dans une cause
où la réine était demanderesse, l’action avait été portée par M, Cochrane, conseil de la reine, au lieu de l'être par M. Lafontaine ou M. Aylwin, qui jusqu’à la nomination de leurs successeurs ou leur révocation expresse étaient censés être, le premier, procureur général, et le second, solliciteur général. L'avocat du défendeur souleva l’objection, et la cour décida que MM. Lafontaine et Aylwin devaient être considérés comine procureur et solliciteur généraux, jusqu’à ce qu’il fût prouvé qu’une révocation expresse leur avait été adressée, Ÿ
Sir Charles Metcalfe s’efforçait de compléter au moins la partie haut-canadienne de son ministère, Mais M. Draper, sur lequel
le gouverneur se reposait entièrement de ce soin, fut d'opinion
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qu’il fallait attendre la tournure que prendraient les affaires dans le Bas-Canada. À la fin de juin, il se rendit lui-même à Montréa), et mit tout en œuvre pour obtenir l’adhésion d’un certain nombie d'hommes marquants, surtout parmi les Canadiens-français. Mulgré toute son habileté, il s’en retourna complètement décourage, et écrivit au gouverneur qu'après trois semaines employées par lui en tentatives de toutes sortes, il en était venu à la conclusion que “ l'appui du parti Canadien-français ne serait obtenu que par le retour au pouvoir de MM. Lafontaine et Baldwin.” Ainsi, après sept mois d'efforts inutiles, le gouverneur apprenait, de la bouche de son premier ministre, qu’il était impossible de composer un ministère, suivant les principes reconnus du gouvernement responsable, sans l’aide du parti canadien-français, et que cette aide, il était impossible de l’obtenir !.
Que faire alors ? L'absence d’un gouvernement exécutif régulier commençait à exercer un effet désastreux sur la colonie. M. Draper assurait à sir Charles Metcalfe que la nécessité de remplir les charges vacantes devenait d'heure en heure plus pressante, que le long délai déjà survenu était de nature à nuire au crédit de la Province, que le revenu en serait bientôt affecté, que le manque d’un officier responsable pour représenter la Couronne dans les cours de justice présentait déjà de graves inconvénients, et que certaines craintes vagues, résultat de cet état de choses, tendaient à paralyser le travail et l’industrie du pays ?.
I] était donc urgent de former un ministère, mais comment le former ? Rappeler MM. Lafontaine et Baldwin, c'était, suivant le gouverneur, s’avouer publiquement vaincu; c'était rabaisser la dignité de la Couronne, et se jeter dans de nouveaux embarras, Former un ministère sans ces deux hommes, et par conséquent sans l'appui du parti canadien-francais dans l’Assemblée, c'était se mettre dans l'impossibilité de faire fonctionner le gouverne-
1 — Kaye's Life of Metcalfe.
2 —. Ibid.
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DIX ANS AU CANADA 245 a :| À s dati ment suivant les principes de la responsabilité ministérielle, parce j itréa), qu’il serait impossible sans cela d'obtenir l'appui d’une majorité il UT À de la représentation. Ï Mul- ny avait qu'un seul moyen de sortir de ce dilemme. Le Tage, gouverneur général avait le pouvoir de dissoudre yat et es par d’en appeler au peuple. Mais M. Draper prétendait que, si cet lusion appel pouvait être reçu favorablement dans le Haut-Canada, ce 1 que pourrait bien être tout le contraire dans le Bas, et que le sol Ainsi, général ne donnerait pas une majorité au gouvernement. La crie de la devenait alarmante. La constitution était en jeu. Le gouverie neur résolut done de faire un dernier effort pour compléter son réiÈs cabinet, La charge de procureur général pour le Bas-Canada, xt que laissée vacante par la résignation de M. Lafontaine, fut successivement offerte à quatre avocats canadiens-français, mais refusée régu- par chacun d’eux sous divers prétextes. Sir Charles Metcalfe alla AT jusqu’à offrir de reprendre M. Morin, l’un des ministres démissionrs naires. Mais vers le milieu d’août, il abandonna tout espoir de pres- ce côté, et résolut de former une nouvelle administration sans HER l'aide du parti canadien-français. Après avoir de nouveau offert ffect, inutilement la place de procureur. général pour le Bas-Canada à gas deux avocats d’origine anglaise, il réussit à en trouver un troisième qui accepta. C'était M. James Smith, avocat de Montréal. Ce rs si succès encouragea sir Charles Metcalfe, et le 27 du même mois, . il püt annoncer au bureau colonial qu’il espérait enfin pouvoir, t le sous peu de jours, compléter la formation du conseil exécutif de es l la Province, *e : Voici comment se composait cette nouvelle administration Hs enfantée après tant d'efforts. A la tête étaient M. Viger, M, he © Draper et M. Daly, le premier comme président du Conseil, le rt deuxième comme procureur général pour le Haut-Canada, et le ni troisième comme secrétaire provincial pour le Bas-Canada, M,
W. Morris avait accepté la charge de receveur général, qui avait été remplie dans l'intérim par -M. Turquand, M. D.-B. Papineau,
celle de commissaire des terres de la Couronne, et M. Smith, celle
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de procureur général pour le Bas-Canada, M. D.-B. Papineau était frère du célèbre Louis-Joseph Papineau alors en exil, et passait pour un aomme habile, et d’un grand jugement, mais une surdité incurable l'avait tenu jusqu'alors éloigné des affaires, La nomination des trois nouveaux conseillers fut annoncée dans la Gazette Officielle, en date du 2 septembre,
Le gouverneur ne pouvant compter sur une majorité de la Chambre à l'appui d’une administration composée de la sorte, la question d’une dissolution fut discutée dans le Conseil. Cinq des ministres se prononcèrent pour la dissolution; un seul contre. Le gouvernement se prépara donc à la lutte. En même temÿs, il fut décidé que les charges secondaires dans le Conseil ne seraient remplies qu'après les élections, afin qu’elles pussent être conférées à des hommes qui occuperaient des sièges dans le parlement ?,
Un incident survenu peu de temps avant l'élection produisit quelque émoi. Le gouverneur ayant, dans une réponse à une adresse de certains habitants du comté de Drummond, attaqué la loyauté de ses ci-devant ministres, MM. Lafontaine et Morin renvoyèrent à Son Excellence leurs commissions de conseils de la reine, en accompagnant des observations suivantes l'offre de leur démission,
La lettre est adressée au secrétaire provincial :
“ Ayant eu l’honneur d’être longtemps membres du conseil exécutif, auquel il est fait allusion dans les deux documents ci-dessus cités, nous ne pouvons que ressentir fortement toute la gra vité de l’accusation que Son Excellence a été conseillée de porter contre nos collègues et nous. Placés sous le poids d’une accusation de cette nature, et qui, venant d'aussi haut, sera sans doute suivi de procédés ultérieurs, il ne nous convient pas de garder plus longtemps la commission que nous tenons comme conseils de la reine (Queen's Counsels); nous offrons donc notre résigna-
tion, que nous prions Son Excellence de vouloir bien accepter.
1— Kaye's Life of Metcalfe.
2 — Ibid.
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“ Si cette accusation ne devait porter préjudice qu'à nous seuls, nous nous arrêterions ici, attendant patiemment l’occasion d’être confrontés avec nos accusateurs, soit devant les tribunaux ordinaires, soit devant le parlement, Mais comme elle indique le renouvellement d’un système qui a déjà eu de funestes conséquences pour le pays, en ce que, à l’aide de ce système, l'esprit, le gouvernement et le peuple anglais avaient été autrefois soulevés contre nos compatriotes, nous n’hésitons pas à dire que rien ne justifie les accusations que Son Excellence vient, d’après l'avis de ses conseillers, de porter contre nous et nos collègues. Personne n’a été plus que vous, Monsieur, en état de juger de la fausseté et du caractère calomnieux de cette accusation, puisque vous étiez vous-même l’un de nos collègues dans le ci-devant conseil exécutif, tout le temps que nous en avons été membres et que vous avez approuvé et soutenu en parlement toutes les mesures publiques de ce même conseil.
“ Nous protestons, en justice pour nos compatriotes et pour nous-mêmes, contre le renouvellement d’un système, grâce auquel les Canadiens-français ont tant souffert dans le passé, par suite de l'injustice des préjugés qui avaient été créés contre eux, auprès du gouvernement et du peuple anglais, et qui, jusqu’à l’heureuse arrivée de sir Charles Bagot, avait permis à une minorité de les opprimer.
“ Nous protestons contre le renouvellement d’un système, de l’injustice et du caractère oppressif duquel nous ne pouvons citer une meilleure preuve que l’emprisonnement, en 1838 et 1839, de l’honorable Denis-Benjamin Viger, l’un des conseillers actuels de Son Excellence, circonstance qui ne contribue pas peu à augmenter la surprise que nous éprouvons de ce qu’une pareille accusation soit portée contre nous, dans un temps où il remplit auprès de Son Exceïlence les fonctions de conseiller exécutif.
“ Nous protestons contre le renouvellement d’un système qui tend à révoquer en doute la loyauté et l’attachement des habi-
tants du pays envers le gouvernement anglais, et nous affirmons
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