Journal de Québec, mars
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du gouvernement.
disposé à accepter ce qu’on lui offrait, probablement d’après l'axiome “un je liens vaut mieux que deux {u l’auras”. Nous voulons bien croire que ce parti nourrissait les sentiments les plus patriotiques et qu’il espérait pouvoir obtenir par un esprit de conciliation et de condescendance beaucoup plus qu’on n'aurait obtenu par une fermeté inébranlable, Mais il est facile de voir aujourd’hui que, sans cette tenacité de M. La Fontaine et de son parti, le système de gouvernement paternel de lord Metcalfe, qui de fait ne valait guère mieux que le système suivi antérieurement à l’Union, aurait été établi dans le pays, et peut-être pour longtemps, de préférence au véritable gouvernement constitutionnel ou responsable,
Ce parti, qui avait pour organe le Canadien de Québec, était bien décidément favorable au système du gouvernement par la double majorité, c’est-à-dire qu'il voulait que les membres du Conseil xécutif fussent également divisés en deux parties dont l’une renrésentcrait la majorité du Bas-Canada et l’autre la majorité d' ‘..at-Canada. On a déjà vu que lord Metcalfe n’entendait nullement gouverner de cette manière ; mais cette opinion n’était pas connue, ét M. Draper laissait croire à dessein qu’un arrangement de cette nature était fort praticable, Les négociations dont nous venons de parler furent donc l’occasion d’une nouvelle et longue polémique, principalement dans la presse française, sur cette question de la double majorité.
“ La simple exposition de ce système, disait M. Chauveau dans sa correspondance au Courrier des Etats-Unis (14 nov. 1846), est la démonstration la plus mathématique que l’on puisse imaginer de l’absurdité de l’union des Canadas, L'idée de deux gouvernements fonctionnant chacun à sa guise, l’un progressif, l’autre con-
servateur, donne de suite l’idée de deux pays différents. Avouer
que l’Union ne peut opérer sans la division sectionnaire de l’administration, c’est avouer que cette union ne pouvait exister que pour un objet de spéeulation mercantile, et non point pour l’avantage des populations.
“ Cependant, il est bien clair que ce n’est pas à nous à assurer le fonctionnement régulier d’un cidre de choses qui n’a été créé que dans le but de neutraliser notre légitime influence, ordre de choses contre lequel nous avons solennellement protesté, auquel nous avons demandé d'importantes modifications dont nous n'avons obtenu que l'ombre, ordre de choses dont nous devrons demai «e, sérieusement l’anéantissement du moment où nous aurons perdu l’espérance de toute amélioration constitutionnelle, Ainsi le plus ou le moins de logique qui entrera dans les conséquences pratiques de l'acte d'Union doit nous inquiéter bien peu ; et ce n’est pas au point de vue purement constitutionnel qu'il faudrait peut-être étudier la nature et les conséquences d’une alliance avec les tories du Haut-Canada, si, au lieu d’une mystification comme celle que M. Draper a essayée, quelque chose d'honnête et de sincère était proposé aux libéraux du Bas-Canada.
« Alors se renouvellerait une scène fort comique, au point de vue de l'esprit anglo-saxon qui a dicté l’ensemble et les détails de l’acte de 1840. La population francaise, que l’on proscrivait politiquement, se trouvera encore recherchée et, pour bien dire, cajolée à l'excès par les deux partis qui se divisent le Haut- Canada, Les tories lui diraient : “ Laissez les rétormistes ; leur ‘influence est détruite pour toujours. Vous vous sacrifiez inuti- “lement pour eux. Ils vous ont abandonnés les premiers. D’ail- “leurs, leurs véritables sympathies ne sauraient être avec vous, “ Vous voulez conserver votre langue, vos lois; vous êtes “ conservateurs comme nous: les réformistes sont des novateurs ‘“impitoyables qui ne vous laisseront rien de tout cela. Ils atta- “ quent aujourd'hui les dotations de l'église anglicare du Haut- “ Canada, demain ils attaqueront celles de l’église catholique dans “ le Bas-Canada, Ils sont réduits en Chambre à une petite poignée
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“ d'hommes que l’on achète et qu’on revend comme l’on veut; “les deux seuls hommes réputés incorruptibles dans leur petite
“ cohorte ont, pur conviction, voté contre vous dans les deux
plus importantes questions de la dernière session, lorsqu'on vous
ce
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chez nous, et lorsqu'on nous a fait partager les revenus de vos
biens des jésuites. Vous voyez donc que ces gens ne tiennent “à vous qu'à la condition que vous serez les plus forts ; qu’il ne “ vous feront jamais le sacrifice de leurs convictions, encore bien “ moins de leurs intérêts, Brisez donc cette alliance qui ne peut “que vous être funeste et que vos alliés eux-mêmes ont été les “ premiers à rompre par leur lâche défaite et leur trahison plus “ lâche encore.”
“Ne trouvez-vous pas ce langage tout à fait éloquent ? Mais de leur côté les réformistes nous disent : Nous nous sommes alliés à “vous dans un temps où le machiavélisme de lord Sydenham “avait donné à l'oligarchie du Bas-Canada une prépondérance indue, Nous vous avons aidés à vous défaire des entraves que l’on vous avait imposées: est-ce notre faute, à nous, si à votre tour vous triomphez tandis que nous échouons ? Lord Metcalfe a fait chez nous ce que lord Sydenham vous aurait fait, Nous abandonner à présent, est-ce montrer cette loyauté chevaleresque ‘qui doit distinguer des descendants de Français ? Et puis, voyez ‘ dans quel moment et pour quelle alliance vous allez abandonner “la nôtre, Notre ennemi commun est aux abois: après avoir épuisé ses forces à vous faire du mal, il va maintenant se servir des vôtres pour nous écraser, Il ne vous tend pas la main pour vous faire monter, mais pour s'empêcher de tomber, Et ces gens-là sont précisément ceux qui ne trouvaient point encore ‘assez dures Les conditions que l'acte d'Union vous a faites ; qui trouvaient votre maigre part de représentation trop forte ; qui ne
se contentaient point d’exelure votre langue des archives du
parlement, mais qui ne voulaient pas même qu’elle fût parlée
dans les délibérations législatives ; qui voulaient retezur le siège
“ du gouvernement à Kingston; qui nous ont renversés en vous “ calomniant, nous ont dépopularisés en disant que nous vus “ étions trop dévoués, et enfin se sont fait élire en haine de vous ! ‘“ Et puis encore, prenez-y garde ! Vous reniez tous vos principes “libéraux, votre glorieuse lutte constitutionnelle de trente ans, “ pour épouser les doctrines despotiques de ces gens-là! Vous “ voulez l'égalité devant la loi, la liberté de conscience, la respon- ‘“ sabilité de l'Exécutif; ceux à qui vous vous joignez sont des “ hommes de monopoles et de privilèges, les hommes du passé. “ Nous pouvons bien ne pas être les hommes du jour; mais, à “ coup sûr, l'avenir est à nous, Pensez-vous que ce continent “ doive appartenir à l'oligarchie ou à la démocratie ? Regardez “autour de vous ! Où seront vos nouveaux alliés dans vingt ans, “et où serez-vous avec eux ?”
‘“ Ce langage à son tour, vous en conviendrez, quelque poétique qu'il soit, ne manque point de vérité. Tout cela, du reste, ne doit point vous surprendre, L'existence sociale des Canadiens-français et leur position politique offrent des contrastes qui justifient parfaitement les sollicitations si étrangement contradictoires qui leur sont faites, Ces contrastes, ainsi que le rôle important qui leur est échu, en dépit de tous, vous ont déjà été signalés dans les premières lettres que je vous ai adressées, il y a déjà cinq ans; et les événements, comme vous le voyez, ont parfaitement justifié ce que je vous disais alors, ”
Il n’est pas besoin de dire que le parti tory du Bas-Canada, représenté par le Herald et les autres grands journaux anglais de Montréal, était opposé au système de gouveruement par la double majorité, de même qu’ils étaient opposés à l'établissement même du gouvernement responsable, Prévoyant que le règne de M. Draper ne pouvait durer longtemps, ils se mirent à prétendre que, dans tout arrangement politique qu’on pouvait avoir en vue pour l'avenir, les comtés anglais du Bas-Canada devaient avoir leur juste part d'influence dans le gouvernement du pays. Adoptant la tactiqu 2 lord Metcalfe, ces journaux laissaient croire que la
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majorité bas-canadienne se composait exclusivement de Canadiensfrançais, tandis que de fait la population irlandaise presque toute entière, et une bonne partie de la population d’origine anglaise et. écossaise, qui désiraient sincèrement l'établissement du gouvernement responsable, marchaient aussi sous le drapeau de M, La Fontaine, et formaient avec leurs concitoyens d’origine francaise ce qu’on appelait communément le parti libéral du Bas-Canada, Ces journaux torys persistaient à laisser croire à une contestation de races, espérant éveiller ainsi les sympathies de la mère-patrie, Mais le parti libéral avait dans le Pilot de Montréal un défenseur habile et énergique. Voici comment il répondait au Herald :
“ Le Herald accuse M. La Fontaine, comme d’un grand crirue, de demander lui et ses amis politiques “le contrôle absolu de tout “ pouvoir dans le Bas-Canada, privant ainsi les comtés anglais de “ leur importance méritée ”, M, La Fontaine soutient avec raison que, s’il était appelé à former partie d’une administration, il aurait quelque garantie qu’il serait à même de mettre en pratique la politique qu'il croit favorable aux intérêts du pays ; il s’associerait en conséquence des hommes en qui il aurait confiance, dont les vues coïncideraient avec les siennes, et non des personnes dans lesquelles il n'aurait aucune confiance quelconque, et qui, rentrant dans le ministère pour représenter d’autres principes politiques et leur obtenir l’émportance qu'ils méritent, n’épargneraient aucun effort pour entraver sa politique et faire tort à son influence, Nous ne pouvons avoir un meilleur exemple de l’absurdité de ce système que celui présenté par l'administration qui vient d’être démembrée : MM. Viger et Papineau entrèrent au ministère comme Canadiens-francais sur le principe de “juste part”? ; M. Smith, pour donner aux townships de l'Est l'importance qu'ils méritaient ; M. Daly, comme il désirait le faire croire, pour représenter l’opinion des catholiques Irlandais ; M. Morris, les pres-
bytériens ; M. Cayley, le family compact ; ete, ete.