‹ Dix ans au Canada de 1840 à 1850 [microforme]Chapitre 64 sur 95 · CET · texte numérisé non relu

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“ Les Canadiens-francais trouvèrent bientôt que leurs représentants n'avaient aucune influence quelconque, et le Canadien lui-même les supporta comme un pis-aller sur le principe qu’il était mieux d'avoir deux Canadiens-francais dans le Conseil qu’un seul. Les politiques plus sages entretiennent une opinion différente, et croient que les nominations de MM. Viver et Papineau furent faites pour tromper le peuple et, s’il était possible, pour le diviser, Nous ne pouvons pas nous Ctonner beaucoup de la tactique du Herald et de ses amis, qui ont toujours fait entendre le cri d'origine nationale pour faire croire qu'il y a un parti canadien-françcais qui convoite le pouvoir. Mais nous devons avouer que nous sommes surpris qu'un journal comme Je Canadien adopte une marche aussi suicide, Ce journal dit, en parlant de la majorité parlementaire appartenant à une autre origine : “ L'influence cunudienne-françuise est nulle ; durs le fait il ne nous reste rien!” Assurément le Canadien ne peut pas avoir oublié que, lorsque M. La Fontaine, Canadien-français, fut appelé à la plus haute position de la province, la minorité parlerentaire appartenait à une autre origine, et cependant linfluence canadienne-française n'était pas wulle. Le Canadien (tait satisfait dans ce temps-l. Pourquoi désespèrerait-il aujourd’hui ? Le parti populaire à été défait à une élection générale, et il n’est que trop vrai que le Haut-Canada n’a pas fait son devoir comme le Bas-Canada. Cependant il y eut, dans le Bas-Canada, des comtés qui manquèrent de foi, comme Beauharnois, le lac des Deux- Montagnes, et dernièrement Dorchester, pour ne rien dire des townships de l'Est...

“Nous croyons qu'il y à pas un seul homme intelligent dans le Canada-Uni, de quelque parti qu’il soit, pourvu qu’il connaisse la politique du pays, qui ne voie clairement que le résultat d'une nouvelle élection, qu'elle ail lieu tmmédiaternent ou dans deux ans, donnera au parti Lu Fontuine-Buldwin une majorité parlementaire plus considérable qu'il n’en a jainais eue. Pour-

quoi donc crier que “rien ne nous reste ” ? Il n’v a que les cher- Ï l J Il

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cheurs de places et ceux qui sympathisent avec ces chercheurs

qui se plaignent,

“ La résignation de 1843, quoiqu’elle ait conduit à l'exclusion

du parti libéral du pouvoir pendant quatre ans, était le moyen

d'arracher au gouverneur et au ministère anglais des admissions

qui dans la suite devront être d’un bienfait immense pour le pays.

Qu'auruit-on pensé des «higs en Angleterre si, durant la domina-

tion des tories, ils eussent couru après le pouvoir comme à fait le

Cunadien? Que penserait-on d’0’Connell aujourd’hui s’il deman-

dait à être admis avec un ou deux de ses, amis dans le cabinet

tory convme trlanduis, afin d'avoir “une juste part” d’inflaence,

ce qui signifie une part des dépouilles ? Le parti libéral est justi-

fiable de prétendre au pouvoir et à l'influence, mais il doit cher-

cher pour les obtenir des moyens honorables...

Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre qu'en mettant

sous les YEUX de nos lecteurs une lettre écrite à ectte époque, et

publice dans le Morning Chronicle de Londres, le 1er septembre

1846. Cette lettre, écrite évidemment par un homme bien ren-

seigné, contient un exposé lucide et impartial de la politique

canadienne depuis Union; elle en est comme le résumé, L'auteur,

en publiant cette lettre à cette époque et dans un journal de

Londres, espérait sans doute qu’elle viendrait à la connaissance

du nouveau gouverneur général du Canada, dont la nomination

était attendue d’un jour à l’autre.

Après avoir esquissé rapidement les mœurs, les ressources et

l'état général de la province, il en venait à la politique du pays :

“ Ce que le Canada veut, disait-il, et ce sans quoi il ne sera

jamais satisfait, c’est le gouvernement responsable en pratique

aussi bien qu’en théorie — la substance au lieu de lombre, la

réalité au lieu de lapparence, Cette grande question une fois

décidée, la fermentation qui s’est emparé de l'esprit public s’ap-

paisera, les griefs politiques qui ont si longtemps afiligé la pro-

vince disparaîtront, le peuple du Canada ne trouvera plus la

mère-patrie agissant comme parti dans ses conflits politiques ;

l'agitation de parti se dirigera vers les questions d'intérêt purement

local; et au lieu d’une colonie inquiète et agitée, l'Angleterre

trouvera dans le Canada une dépendance importante et prospère.

La question est bien claire. Le gouvernement impérial peut l’éluder, mais le peuple ici ne la perdra point de vue. Leurs cœurs sont attachés au gouvernement responsable, ils agiteront jusqu’à ce qu'ils l’obtiennent ; et plus le gouvernement de la mère-patrie retardera de le mettre en force, plus les liens qui unissent cette importante province à l'empire s'affaibliront, Dénier un droit est une politique très injudicieuse de la part de notre gouvernement ; c'est une folie de suivre cette politique, lorsqu'on sait que le sentiment de cette injustice continuelle peut porter le peuple à chercher du soulagement d’une manière qui sera favorisée, non seulement par la distance, mais par la position géographique et les sympathies politiques.

“ Ce que le Canada revendique sous le nom de gouvernement responsable peut se résumer en très peu de mots. La responsabilité sur laquelle ils insistent est une responsabilité directe à eux-mêmes, sans laquelle ils ::+ seront jamais sûrs d’avoir un bon gouvernement, Ils ne den.dent pas cependant que chaque membre du gouvernement leur soit responsable. Ils admettent que le gouverneur doit être responsable à ceux qui le nomment. Ce qu'ils désirent est que le gouvernement, dans tous les cas qui se rapportent aux affaires de la province, fonctionne d’après l'avis des conseillers constitutionnels qui doivent être responsables de leur conduite et de leur avis au peuple de la province. Que le gouverneur réponde de sa conduite au gouvernement impérial, ses ministres doivent être responsables au peuple du Canada. Tel est le résumé et la substance de toute la contestation, et on verra qu’elle se résout en une pure question de gouvernement parlementaire,

“ Le parti libéral au Canada lutte actuellement pour avoir en pratique ce qu’on lui a déjà accordé en théorie. Avant la rébel-

lion, la théorie et la pratique du gouvernement provincial étaient

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absolues, et l’irresponsabilité au peuple canadien était reconnue. Les libéraux, ou radicaux, comme on les appelait alors, firent du gouvernement responsable une issue entre eux et le parti tory, ou plutôt entre eux et la mère-patrie, Le haut commissaire de Sa Majesté, le comte de Durham, reconnut la justice de leurs demandes ; et la compatibilité de ces demandes avec la connexion britannique fut reconnue par l’octroi subséquent du principe de responsabilité tel que demandé, comme élément fondamental de l'administration du gouvernement provincial.

‘“ Ce grand changement organique dans toute la charpente de l'administration provinciale eut lieu en 1841, sous le gouvernement de lord Sydenham. Un des premiers actes du premier parlement du Canada-Uni fut l'adoption d’une résolution embrassant tout le principe pour lequel on avait combattu. Pour donner effet à cette résolution, la sanction du parlement impérial Ctait nécessaire, Cette sanction fut enfin obtenue, et, à la grande satisfaction du peuple canadien, une question qui avait agité la province pendant tant d'années, et qui avait même, pour un moment, ébranlé les fondements de la domination anglaise dans l'Amérique du Nord, fut réglée pour jamais, en apparence.

“ Dans cette concession, qui lui était faite d’un principe regardé comme juste, le peuple du Canada avait cru à la sincérité du gouvernemant impérial. Ilne put appréhender d'abord que son triomphe se bornerait à létalissement d’une pure théorie dans l'administration coloniale, qui ne devait avoir aucun développement pratique, Aussi, de fait, le principe et la théorie marchèrent d’abord de pair. Pour la première fois le peuple du Canada sentit son poids et son influence dans l'administration de ses propres affaires ; une ère de paix et de prospérité s'ouvrit pour la province ; un sentiment de loyauté et de satisfaction se répandit de tous les côtés, et les luttes de parti qui, à la vérité, ne s’amortirent

pas, se bornèrent aux partis eux-mêmes, sans comprendre la mère-

patrie dans la lutte comme autrefois, où un parti semblait être

pour être voué aux souffrance et à l’infamie,

théorie, Faire correspondre le fonctionnement du

libéral s'efforce aujourd’hui d'obtenir.

ses conseillers, violation «

de gouvernement ne recut aucun échee matériel,

avec l'opinion publique.

Sydenham, il devint dominant, de puissant qu’il était ; et, avec

suborné par le gouvernement impérial pour opprimer, et l’autre

“ Cet Ctat de choses cependant ne fit que passer, Les libéraux se plaignirent que peu à peu la pratique du gouvernement respon-

sable était abandonnce, pour une simple reconnaissance de la

oouvernement

avec le principe reconnu du gouvernement, est ce que le parti

“ La responsabilité du ministère provincial renfermait deux principes très importants : d'abord, que les personnes possédant la confiance du pays pouvaient seules retenir les places de conseillers exécutifs ; et secondement, que dans toutes les affaires purement locales, l'Exécutif ne pouvait agir sans avoir d’abord consulté u premier de ces principes doit nécessairement arrêter toute Jégislation utile, et sans la mise en pratique du second, il ne serait pas raisonnable de tenir une classe d'hommes responsable d'actes qu'elle r'aurait ni conseillés ni sanctionnés, Les deux principes furent reconnus, et l’on agit en conséquence, et le peuple canadien trouva que opinion publique agissant par le canal de son parlement, avait sa légitime influence sur la conduite et Ja politique du gouvernement exécutif,

€ Durant l'administration de lord Sydenham, le nouveau système

Le ministère

provincial fut appuyé par une majorité parlementaire respectable, et il administra les affaires, généralement parlant, en harmonie Sous le gouvernement de sir Charles Bagot, une fusion des parties eut lieu, jusqu’à un certain point, Le parti que lord Sydenham avait rallié autour de lui déclina, un grand nombre de ses adhérents entrèrent dans les rangs de ce qui était alors le parti ultra-réformiste, Ce parti, sous lord Sydenham, était en grande minorité dans la province supérieure. Sa force repose dans son alliance avec le parti canadien-francais du Bas-

Canada. Recruté dans le Haut-Canada, des restes du parti de lord

DIX ANS AU CANADA o1t

MM. Baldwin et La Fontaine pour chefs, il administra les affaires de la province durant tout le gouvernement de sir Charles Bagot, Pendant tout ce temps, la pratique du gouvernement responsable fut complète, Le ministère fut soutenu par le pays, et l'Exécutif fut, dans toutes les occasions convenables, conseillé par ce ministère, Le peuple canadien avait tout ce qu’il demandait, Le gouvernement local était virtuellement entre ses mains, Les vues du gouvernement exécutif étaient en harmonie avec celles de la majorité dans le parlement ; le gouverneur v'agissait pas sans consulter son conseil, et son conseil était par conséquent pleinement responsable au peuple. Tel était Pétat des choses, lorsque l’administration du gouvernement provincial fut dévolue à sir Charles Metcaife.

En entrant dans les fonctions de son emploi, lord Metcalfe se trouva entouré des conseillers libéraux de son prédécesseur, Pendant huit mois il parut faire fonctionner son gouvernement d'accord avec son cabinet, [Il paraît cependant que, durant tout ce temps, il existait une secrète mésintelligence entre le gouverneur et ses conseillers, Une explosion eut lieu enfin; les partis, comme on le voit actuellement, différaient seulement sur la question de ce qui constituait le gouvernement responsable, Aucun parti ne désire ou n'ose maintenant se prononcer ouvertement contre le principe de la responsabilité. Les deux grands partis, celui du pouvoir et celui de l'opposition, sont les avocats avouts du gouvernement responsable. Lord Metcalfe, en se querellant avec son premier cabinet, ne disputa point sur le principe. Il différait simplement sur ce qu'était ou devait être son fonetionnement pratique. Cette différence d'opinion ne fut d’abord qu'entre le gouverneur et ses conseillers, Aussitôt qu’elle fut connue, les partis politiques l’adoptèrent, Le parti tory et tous ceux qui sympathisent avec lui, épousèrent l'opinion du gouverneur, les libéraux soutinrent le ministère et firent de sa cause la leur propre. Les vues du nouveau cabinet doivent avoir été en union

avec celles du gouverneur, ou ces conseillers n'auraient jamais

accepté de places sous lui, Lord Metcalfe s’est retiré du gouvernement, mais un fragment de son nouveau cabinet continue à entourer ses successeurs, Quelles que puissent être les vues privées de lord Cathcart, on juge de son gouvernement d'après les vues connues de son cabinet. La même différence d'opinion continue done à exister entre les partis. Les libéraux sont en opposition au gouvernement, parce qu'ils regardent le ministère actuel comme professant encore le principe d’après lequel il est rentré en office, Le gouvernement de lord Metcalfe est par conséquent opposé par eux, parce qu'ils considèrent l’ascendant de ce cabinet comme une violation pratique du principe pour lequel ils ont combattu, Le mérite de la question entre les partis peut être mieux compris d'après la courte esquisse qui suit des événemens des deux dernières années.

“ Lord Metcalfe, après avoir travaillé pendant huit mois avec son cabinet libéral, découvrit qu'il avait toujours existé un antagonisme entre lui et son ministère quant au fonctionnement du gouvernement responsable, Entre autres choses, les libéraux soutenaient qu'aucune nomination locale ne devait être faite par le gouverneur sans qu'il eût préalablement consulté ses conseillers constitutionels. Lord Metcalfe, d’un autre côté, disait que le gouverneur ne devait pas être un instrument entre les mains de son Conseil, pour faire des actes qui, selon lui, dégradaient la souveraine dont il avait l'honneur d’être le représentant. Comme proposition abstraite, le principe ainsi énoncé par lord Metcalfe ne peuvait être attaqué; la question était de savoir si ce principe avait rapport au point en litige, Les libéraux avaient-ils quelque désir de dégrader la souveraine ou son représentrnt, ou lord Metcalfe prétendait-il que ce fût là leur objet? Si leur conduite ou leurs demandes n’indiquaient aucune intention de ce genre, alors le gouverneur, en prétendant ce qu’il a prétendu, a éludé la question dès le commencement, L'établissement du gouvernement responsable dans le Canada n'était point une dégradation

pour la sunverainc de l'empire ni pour le gouvernement impérial.

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Et le fonctionnement du système ainsi établi ne pouvait être non plus une dégradation ni pour l’une ni pour l’autre, Par conséquent, en le faisant fonctionner convenablement, le gouverneur n'aurait compromis ni l'autorité ni la dignité de celle qu'il représentait, La question peut done se résoudre en considérant le caractère réel de la politique du gouverneur, A-t-elle été conforme au principe reconnu depuis 1841 comme le fondement de toute la charpente du gouvernement provincial, ou ne l’a-t-elle pas Cté?

“ La responsabilité du cabinet provincial est de fait restreinte

aux actes du gouvernement au sujet desquels les divers membres

de ce cabinet ont été consultés. La responsabilité ne s'attache pas à eux pour les cas où ils n'ont constitutionnellement aucune voix pour régler la conduite de l'Exécutif. Mais leur responsabilité, comme il a été entendu au temps de l'établissement du gouvernement responsable, s'étend à tous les actes qui affectent purement et exclusivement les affaires intérieures de la province, Ils n’ont point cherché à avoir de voix dans la régie des affaires impériales, et ils ne sont pas conséquemment responsables de l'effet que la législation impériale peut avoir sur la province. Les nominations locales regardent-elles la province ou lempire? Si elles regardent l'empire, alors lord Metcalfe, en les faisant, n'avait pas besoin de consulter ses conseillers provinciaux; si elles regardent la province, il était évidemment tenu de les consulter avant de faire ces nominations, Lord Metcalfe à fait des nominations sans consulter son cabinet, nominations d’un caractère purement local. Le cabinet de ce temps-là prétendit que la conduite de Son Excellence était une infraction à la constitution provinciale, et la dénonça, Il insista à ce qu’à l'avenir aucune nomination ne se fit sans qu'il eût été d’abord consulté à ce sujet, Comme ceci renfermait tout le principe du gouvernement responsable, ils comprirent que la réponse du gouverneur à leur demande jeur montrerait si la constitution provinciale était substantiellement où nominalement un système responsable, Il rejeta leur demande, et en

ecnséqu. e Us résignèrent, Tout ce qu'ils voulaient, comme ils

l'ont allégué, c'est que le système qui leur avait été accordé ne fût pas violé. Mais le gouverneur, comme on l'a dèjà dit, prétendit qu'accéder à leur demande, ce serait se convertir en un pur instrument entre leurs mains, dégrader la souveraine qu’il représentait, et le gouvernement impérial par lequel il était nommé, [n'est pas improbable qu'il existât quelques causes secon-

daires de divergence entre les partis, mais on ne peut douter que telle fût la cause immédiate de la rupture qui eut lieu, Il n’est pas aisé de concevoir comment M. Baldwin et son cabinet pouvaient agir autrement qu'ils ont fait, Responsables de leurs propres actes, ils objectèrent, en premier lieu, à ce qu'on les rendit responsables d'actes appartenant exclusivement à d’autres ; eten second lieu, à ces actes #n lolo, en tant que violation de la constitution et infraction de leurs droits comme conseillers constitutionels de l'Exécutif, Ils objectèrent à ee qu'une autorité dans les affaires d’un intérêt purement local fût assumée exclusivement par un parti entièrement irresponsable au peuple de la province, Ts comprirent que la conduite de Son Excellence faisait d'eux comme un plastron entre lui et le peuple de la province, dans l'exercice d’un gouvernement arbitraire et inconstitutionnel, en même temps qu’elle les rendait responsables d'actes à légal desquels ils n'avaient encouru réellement aueune responsubilité, C'était une fraude sur le publie, qui croyait qu'aucune démarche n’était faite par le gouvernement dans les affaires d'intérêt local sans que ceux qui avaient sa confiance eussent été consultés. Que penserait un ministre anglais si une personne larrêtait dans la rue pour le remercier d’avoir été nommé à un emploi important, si cette uomination avait été faite par la Couronne sans sa connaissance ou son consentement ? Que penserait le peuple anglais de la Couronne si elle agissait ainsi indépendamment de ses ministres ? Cependant tel fut le cas au Canada. Un membre éminent du ci-devant cabinet fut arrêté dans la rue, et remercié par un monsieur auquel le gouverneur avait offert un emploi important, et qui pensait

que le cabinet avait nécessairement été consulté, et avait conseillé

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la nomination, Le ministre auquel on s’adressait ainsi ignorait entièrement cette circonstance, et l’avoua franchement, Il était évident, pensa-t-il avec ses-collègues, que le gouverneur agissait, dans une affaire purement provinciale, où sans aucun avis quel conque, où à la suggestion üe ceux qui n'avaient aucune part dans le gouvernement où qui étaient les ennemis politiques de ses conseillers constitutionnels, En agissant ainsi, ils virent qu'il violait les droits qu'ils avaient juré de maintenir, sans compter qu’il les mettait dans une position humiliante, Mais un moyen leur était laissé: c'était de faire des remontrances et, dans le cas où elles n'auraient aucun effet, de résigner, Peu regarderont comme extravagante la demande qu'ils firent avant leur résignation : ils n'insistèrent pas à ce que leur consentement fût nécessaire dans tous les cas pour l’action exécutive ; tout ce qu'ils demandèrent, c’est qu'ils fussent consultés, S’ils ne s'étaient pas accordés avec le gouverneur sur les questions importantes, c’eût été à eux de résigner, où à lui de les destituer. Mais ils étaient là pour conseiller, et ils étaient responsables de leurs avis, et ne pouvaient par conséquent consentir à ce que Son Excellence ne les consultât que lorsqu'il lui plairait et les laissät de côté lorsqu'il le jugerait convenable,

“ Ce qui précède contient un exposé du différend qui a eu lieu entre lord Metcalfe et son premier cabinet, Il contient aussi la substance de la conteste qui existe encore entre les partis dans la

province. Le commentaire le plus instructif-peut-être sur le rôle

. qu'a joué sir Charles Metcalfe dans la controverse, et sur le prin-

cipe d’après lequel il a cherché à gouverner la province, se trouve dans l’état de la province depuis que M. Draper est monté au pouvoir. Depuis les deux dernières années, le pays a été en quelque sorte sans gouvernement. Pendant près d’un an les affaires de presque deux millions d'hommes ont été exclusive ment entre les mains d’un triumvirat qui ne s’accordait pas trop bien. Depuis la dissolution du cabinet dont M. Baldwin était le

chef, le gouvernement n'a jamais été en organisation complète et efficace, Le cabinet a été construit et reconstruit, démantelé et replâtré, au dégoût de plusieurs dans la province, et à l’amusement et à l'édification des autres. En entrant en office, M, Draper et les collègues qu'il put réunir autour de lui, rendirent de bouche hommage au principe du gouvernement responsable, Lui et ses collègues ne purent rester au pouvoir qu'aussi longtemps qu'ils furent soutenus par la voix du peuple, telle qu’indiquée par l’action de la branche populaire de la Législature, Une dissolution eut lieu, une élection générale s’en suivit et les partis se crurent également puissants à l'ouverture de la session. D'abord le nouveau cabinet, par des moyens que ses adversaires dénoncèrent comme répréhensibles, se trouva soutenu par une petite majorité, Il était assez imprudent de s'aventurer sur le terrain glissant des questions ministérielles.

“ Le bill d'université était une de ces questions, et de son sort devait dépendre l'existence du cabinet, I1 fut lu une première fois, comme matière de forme, et une seconde fois à condition qu’il n'irait pas plus loin pendant cette session, [IT était évident que le cabinet devait abandonner le bill, ou être défait s’il le pressait, Son abandon fut une défaite virtuelle, Dans la session suivante on n’en entendait point parler, lorsqu'un partisan du gouvernement dans la Chambre, qui n'avait aucune place dans le gouvernement, fit motion pour l'introduction d’un bill semblable à celui introduit l’année précédente par M. Draper. Le gouvernement le supporta, mais non plus comme question de cabinet. Ce fut une question ouverte, et dont l'issue était déclarée ne devoir pas affecter la stabilité du cabinet, Un membre du gouvernement, enfant du family compuct, qui avait résigné sa place lorsque la mesure d'université avait été faite question ministérielle, est retourné au cabinet maintenant que cette question est devenue question ouverte, Une conduite comme celle-ci n’était nullement calculée pour inspirer au peuple confiance dans le gouvernement, Défaits

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seule et même nuit, ils tiennent encore leurs places, et sont en ce moment occupés à faire d'autres efforts pour compléter le cabinet, de manière à pouvoir encore rencontrer le parlement, Leur succès est douteux, Avec un gouvernement dans un état de démembrement virtuel, les affaires de la province ne peuvent être, et elles ne le sont pas, dans un état très prospère, Le gouvernement demeure au pouvoir sans avoir de parti sur lequel il puisse se reposer, Son objet avoué est de construire le cabinet de manière à ce que les populations canadienne-francaise et anglaise y soient mieux représentées. Mais le parti canadien-français n’est nullement préparé à donner sa confiance à M, Draper,'et à contribuer à maintenir un cabinet qui est principalement soutenu par le parti tory du Haut- Canada, et cela, non par amour pour le cabinet lui-même, mais afin d'en exclure les libéraux. C’est dans ce but que le pacte de famille, dans les personnes de MM. Cayley et Robinson, a consenti à y être repr'senté. Ils ont pour M. Draper un souverain mépris. Le fondement sur lequel il a construit son cabinet s'écroule ; et le Toronto Globe, journal de l'opposition, citait l’autre jour plusieurs colonnes de paragraphes extraits d'environ 30 journaux naguère ministériels, qui tous condamnaient le gouvernement, et le traitaient avec le mépris le plus ouvert. Cependant M. Draper est cloué à son poste, et le public attend aveg patience ce qui va en résulter, L'état actuel des choses est tout à fait anormal, il ne peut durer longtemps. Tout semble indiquer que les libéraux vont bientôt monter au pouvoir. En se conduisant prudemment, ils peuvent, en y montant, s'assurer de le conserver pendant plusieurs années. Leurs principes gagnent du terrain dans la province, et les circonstances des deux dernières années ont aidé considérablement leur cause, Puisque le parti libéral paraît, comme je le dis, devoir bientôt monter au pouvoir, je vais parler succinctement des vues particulières-qu’il entretient par rapport à ce que doit être la conduite du gouvernement provincial, — vues qui sont en partie le résultat d’une considération attentive de l’état actuel des choses.

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