‹ Dix ans au Canada de 1840 à 1850 [microforme]Chapitre 70 sur 95 · C0OM · texte numérisé non relu

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membres du Conseil législatif; MM. Sullivan et Caron étaient dejà membres de cette branche de la Législature.

M. Aylwin ayant été fait juge en remplacement du juge Bédard, nommé à Montréal à la place du juge Gale, résignataire, la charge de solliciteur général fut offerte à M. L. T. Drummond, qui l’accepta. Comme M. Blake avait été, quelque temps aupaavant, nommé solliciteur général pour le Haut-Canada, les deux solliciteurs généraux se trouvèrent en dehors du cabinet,

Le comté de Verchères, dont la représentation était devenue vacante par la nomination de M. Leslie au Conseil législatif, nomma pour le représenter un homme qui devait plus tard jouer un rôle important dans notre politique provinciale, M. George- Etienne Cartier, avocat de Montréal, d’une nature ardente et énergique. M. Cartier s'était, tout jeune encore, mêlé au mouvement insurrectionnel de 1837-38, et sa tête avait été mise à prix, Après une absence de quelque temps aux Etats-Unis, il était revenu à Montréal, où il s'était adonné tout entier à l’exercice de sa profession, En peu d'années, il avait acquis une clientelle considérable et n'avait pas tardé à devenir indépendant sous le rapport de la fortune. Jusque là il s'était constamment refusé à entrer dans la vie publique, quoiqu'il en eût été sollicité plus d’une fois. Ses opinions toutefois étaient parfaitement connues : il s'était toujours montré un des plus zélés soutiens du parti La Fontaine-Baldwin,

“ La fermeté du parti libéral, s’écria le Canadien, a su “vacher légalement au pouvoir non l’image mais la réalité du sys .e responsable, a trompé la mère-patrie si elle a eu d’abord de coupables

desseins ; et nous avons aujourd’hui à notre disposition les moyens

de nous faire justice à nous-mêmes, au lieu d’user sans fin nos forces et nos moyens à la demander à d’autres... C’est à forra de patience et d'union entre ses enfants, à force de vigilance de la part de ses chefs, que le Bas-Canada a su regagner dans les affaires du pays une prépondérance que n’eussent jamais imaginée ses

ennemis.”

L'Albion, de New-Yerk, disait quelque temps après: ‘“ Quand M. Gibbon Wakefield prédisait que l'union des provinces était calculée pour placer un grand pouvoir politique entre Jes mains des Canadiens français, on levait les épaules et on riait de lui comme d’un faux prophète. Eh bien! d’après les apparences actuelles, les choses vont de manière à faire croire que M. Wakefield avait raison, En demeurant unis entre eux et tirant avantage des divisions survenues entre les Anglo-saxons, —ou la population parlant anglais, — les chefs canadiens français sont devenus maîtres du gouvernement, car la portion haut-canadienne du ministère ne peut se soutenir sans leur assistance. La population francaise n’est que d'environ un demi-million, sur un million et demi qui constitue la population totale de la province. Néanmoins ses chefs ont conquis franchement et constitutionnellement leur position présente, et s'ils continuent à agir avec fermeté et honnêteté de moyens et de vues envers toutes les classes et toutes les races, ils retiendront probablement le pouvoir, pour un certain temps du moins.”

Durant les mois qui suivirent la prorogation, une lutte violente, acharnée s’engagea dans la presse canadienne francaise, M. Parineau, tout en protestant de sa confiance dans la nouvelle administration, avait déjà montré plus d’une fois dans le cours de la session qu'elle était loin d’avoir toutes ses sympathies. Il était facile de voir qu’il n’attendait qu’une occasion pour lui déclarer ouvertement la guerre. Cette occasion ne se présentant pas assez tôt, il prit le premier prétexte venu. Une députation ayant été le prier d'assister à une certaine réunion irlandaise, M. Papineau publia, quelques jours plus tard, la conversation qui avait eu lieu entre lui et les membres de la députation. Dans cette conversation, M. Papineau ne ménageait point les nouveaux ministres ; il les accusait d’avoir brûlé de remplacer leurs prédécesseurs, lui qui avait, quelques mois auparavant, fait l'éloge de leur désintéressement ; ilse servait mérne à leur égard d’un langage insultant. En même temps il répétait ce qu'il avait déjà dit si souvent sur les

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injustices de lacte d'Union et sur la nécessité d’en demander le rappel.

Les journaux, qui jusqu'alors n'avaient pas voulu attaquer de front l’ancien tribun, rompirent enfin le silence et repousstrent ses attaques. M. Papineau répondit par un troisième et un quatrième manifestes, dans lesquels la passion politique ne le cédait qu'à la violence du langage, ! La population canadienne dut choisir entre son ancien chef, dont la voix éloquente l'avait autrefois électrisée, et les hommes q'i la dirigeaient depuis dix ans: l'attitude de M. Papineau ne laissait pas d'autre alternative, Ce fut un moment pénible pour notre population, qui avait été si heureuse de voir M. Papineau se rallier franchement à cette phalange dont la conduite prudente et patriotique avait en quelques années opéré un changement si important dans notre situation politique.

Un journal, l'Avenir, fondé depuis quelques mois à Montréal ?, devint bientôt l'organe de M, Papineau, Une douzaine de jeunes gens de talent et d’ambition formèrent un comité de rédaction, et se firent les apôtres ardents et dévoués des doctrines de M. Papineau, À Québec, le Cunadien se rangea bientôt sous le même drapeau, D'un autre côté, la Minerve, le Journal de Québec, la Revue Canadienne, restèrent fidèles au parti de la réforme et du progrès et combattirent énergiquement ces nouveaux dissidents, La lutte, qui dès le principe avait été plus personnelle que politique, continua à l’être plus que jamais.

Le docteur Wolfred Nelson, l’un des plus fermes appuis du parti La Fontaine-Baldwin, profondément blessé des insultes prodiguées à ses chefs, descendit dans l'arène et, passant en revue toute la carrière politique de M. Papineau, et en particulier sa conduite à l’époque de l'insurrection de 1837-38, l’accusa de s'être enfui de

Saint-Denis. Il y eut alors dans les journaux une kyrielle d'afi-

1 — Pour ces manifestes, voir la Minerve, l'Avenir, le Journal de Quebec et le Canadien des mois de mai et juin 1848.

2 — L'Avenir, qui n'était d'abord que d’un très petit format, fut fondé par M. Geo. Batchelor, et acheté quelque temps après par M, J.-B.-E. Doricn. Il fut d’abord favorable au parti La Fontaine.

davits, à l'appui des affirmations de chacun des combattants, au grand regret des hommes modérés, qui eussent préféré voir ces souvenirs du pussé ensevelis pour toujours dans l'oubli, Jumais l'esprit de parti ne fut plus ardent qu’à cette époque entre ces deux phalanges du parti libéral canadien frincçais. Il v ent des voies de fait, et même des duels !1© En tête du programme de M.

Papineau était le rappel de l'Union, puis la représentation basée

sur la population, Cette dernière question, qui devait plus tar jouer un si grand rôle dans notre politique et amener de si grands résultats, fut dès lors le sujet d’une vive polémique. Dès cette époque, le parti libéral modéré du Bas-Canada maintint

qu'il ne fallait pas songer à déranger l'égalité de représentation entre les deux provinces, quoiqu'il fût urgent d’augmenter le nombre des représentants et de donner aux diverses localités des deux provinces une représentation plus équitable et mieux proportionnée,

De son côté, le nouveau ministère ne restait pas oisif, A l'extirieur, il entra d'abord en correspondance avee le gouvernement impérial au sujet du rappel des lois de navigation? Deux des ministres, MM. La Fontaine et Sullivan, se rendirent à Washington pour s'entendre avec les autorités américaines, relativement au libre échange entre les Etats-Unis et le Canada. A l'intérieur, le gouvernement adopta les mesures les plus libérales pour l’encouragement de la colonisation, Sur ces entrefaites, un jeune prêtre, M. Bernard O’Reilly, doué au supréme degré du don de léloquence, se fit le missionnaire de cette belle cause, De tous côtés des associations s’organisèrent pour encourager la colonisation ; les évêques adressèrent des mandements au clergé; on forma dans les villes et dans les campagnes des associations par centuries et par décuries, et, pendant quelque temps, le cri général dans le Bas-Canada fut: colonisons! colonisons!! Lord Elgin, l’un des

meilleurs amis de l’agriculture, encouragea ce mouvement de

1 — Le duel entre M. Cartier et M. Jos. Doutre eut lieu à cette époque. 2— V:ir Journal de l’Ass, lég. 1849, App. C.

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toutes ses forces, Pendant une visite qu'il fit durant l'été dans les campagnes bas-canadiennes, et dans le cours de laquelle il recut de la part des habitants l'accueil le plus affectueux et l'expression touchante de leurs sentiments de reconnaissance, il ne manqua aucune occasion de montrer combien il sympathisait avec la classe agricole et combien il désirait voir s'améliorer la position de celle-ci, S’étant arrêté À Saint-Hyacinthe, il assistu aux exercices littéraires du collège de cette ville, et y prononca eu francais une chaleureuse allocution qui lui valut les applaudissements les plus enthousiastes : après quoi il annonça qu'il donneait, l’année suivante, un prix de chimie agricole, A Saint-Hilaire, les habitants lui ayant présenté une adresse, il y fit une réponse très spirituelle, que les journaux s’empressèrent dc reproduire,

Le 16 septembre, M. Sullivan fut nomme juge ; M. Leslie devint secrétaire provineial et M. Merritt entra dans la cabinet comme président du comité du Conseil. Ces nouveaux arrangements furent critiqués par une partie de la presse, qui n'aimait pas à voir choisir ainsi les juges et les autres hauts fonctionnaires parmi les conseillers de la Couronne, La même presse censura également les nominations de conseillers législatifs, que le gouvernement fut obligé de faire vers cette époque, pour ne pas occasionner de collisions entre les deux branches de la Lécislature. Plusieurs conseillers nouveaux furent nommés dans l'intervalle entre la session de 1848 et celle de 1849. Ce fut une mesure exceptionnelle imposée par les circonstances.

L'intention du gouvernement avait d'abord été de convoquer la législature pour le mois de novembre ; mais il était important, pour le règlement de la grande question du rappel des lois de navigation, que notre parlement siégeñt en même temps que le parlement impérial, et comme celui-ci ne s’assemblait que dans le mois de février, il fallait remettre la session à une époque ultérieure. Le parlement fut convoqué pour le 18 janvier.

Cette session devait être célèbre dans nos annales politiques.

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