‹ Dix ans au Canada de 1840 à 1850 [microforme]Chapitre 80 sur 95 · PRESQUE AG AIDE ÉESERAN SANTA PA · texte numérisé non relu

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“ Il est consolent pour moi de recevoir l’assurance que la justice et l’impartialité qui ont présidé à ma conduite dans l’accomplissement des fonctions élevées que j’occupe, rencontrent votre approbation ; conduite qui m'est tracée par mon devoir envers ma souveraine et envers les habitants de la province, Un peuple libre ne peut guère manquer de trouver, dans l'observation fidèle de toutes les obligations constitutionnelles, la meilleure garantie pour la conservation de ses droits et de ses libertés,

“Je n'’épargnerai aucun effort pour assurer la conservation de la paix de la cité, et.j'espère en toute confiance, avec le concou’s des autorités législatives et exécutives, et avec la coopération de tous les amis de l’ordre, que nous obtiendrons ce résultat.”

Cependant les émeutiers s'étaient rassemblés dans les environs de l'Hôtel du gouvernement, dans le but évident d'y insulter le gouverneur et les représentants du peuple. Plus d’une fois, les soldats reçurent ordre d’éloigner cette papulace insolente, Lord Elgin sortit pour retourner à Monklands ; mais au lieu de suivre le trajet ordinaire, il prit une voie détournée (montant à la rue Sherbrooke par la rue St-Denis); il y eut alors des cris furieux poussés par cette bande de forcénés; un certain nombre s’élan- : cèrent en courant à travers les rues du faubourg Saint-Laurent, et purent se rendre à la rue Sherbrooke à temps pour briser à coups de pierres les vitres du carrosse du gouverneur, Les hommes qui formaient l’escorte de Son Excellence auraient pu facilement faire feu sur cette canaïlle, maïs lord Elgin les en empêcha, en disant que ces malheureux se repentiraient un jour de leur fanatisme.

La conduite de lord Elgin, durant ces jours déplorables, fut admirable de sang-froid et d’abnégation, Quelques-uns même lui rep'ochèrent de la faiblesse ; mais lorsque, au bout de quelques : mois, les esprits se furent un peu calmés, on s’accorda à dire que, sans l'extrême patience de lord Elgin et des autorités, il y aurait eu des flots de sang répandus. Un rien eût suffi pour allumer une guerre civile, Les sympathies des soldats étaient naturelle-

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ment du côté des émeutiers, et il fallait beaucoup de prudence pour ne pas froisser leurs sentiments et pour les maintenir dans le sentier du devoir.

Les citoyens paisibles étaient au comble de l’indignation. Plusieurs centaines de jeunes gens se formèrent en compagnies de volontaires pour veiller à la sûreté de la ville; et le gouvernement leur fit donner des armes. On conçoit que les campagnes et les villes des deux provinces suivaient avec anxiété les progrès de l’émeute ; aussi des adresses au gouverneur commencèrentelles à arriver Ce tous côtés. Celles des citoyens de Toronto et des citoyens de Québec furent les premières, La société écossaise Saint-André, de Montréal, avait eu l’indignité d’expulser lord Elgin de son sein; celle de Toronto lui vota des félicitations. Le

grand nombre d'adresses de loyauté et d’attachement au gouver-

nement qui se succédèrent durant la plus grande partie du mois de mai prouvèrent bientôt à lord Elgin que le pays entier désapprouvait les actes de brigandage qui avaient été commis.

Seuls, quelques membres de la Chambre osaient justifier la lâche conduite des émeutiers. Sir Allan MacNab regrettait la perte de la bibliothèque, mais il n’était pas fâché que les ministres eussent été garrochés. M. Cayley prétendait que c'était une guerre de races, et que jamais les Anglo-saxons et les Canadiens français ne pourraient vivre ensemble. M. Boulton, de Toronto, soutenait la même chose, et demandait le rappel de l'acte d'Union. C'était une belle occasion pour M. Papineau d’insister de nouveau sur ce rappel et on peut croire qu’il n’y manqua pas. C'était, prétendait-il, à l'acte d'Union et à l'administration du jour qu'étaient dus tous les malheurs qui affligeaient le pays. Sir

Allan MacNab et ses quelques amis torys applaudissaient M.

Papineau avec frénésie. M. Gugy, qui n’ouvrait guère la bouche que pour exciter les passions, allait même jusqu’à préte. ..e que, dans le cas où la Reine sanctionnerait le bill d’indemnité, les habitants du Canada se trouveraient déliés de leur allégeance.

Dans le Conseil législatif, les mêmes discours acrimonieux se répétèrent, et, après plusieurs séances orageuses, il leur fut impossible de s'entendre sur une adresse, Comme un grand nombre de membres étaient absents, on décida de faire un appel nominal, ! Ce ne fut que le 14 mai que le Conseil adopta une adresse à Son Excellence, par une majorité de cinq voix!

Au milieu des cris de rage et des vociférations proférées par quelques énergumènes, on se sentait soulagé un peu en entendant quelques membres faire appel aux sentiments de modération et de conciliation de leurs collègues. M. Sherwood, de Toronto, était profondément affligé d'entendre sans cesse des discours acrimonieux. À ceux qui prétendaient qu'il y avait une guerre de races au fond de tout cela, le Dr Nelson répondait : “ On calomnie les Canadiens français ; ils n’ont aucune haîne contre les personnes ‘ d'autre origine que la leur. Ils reçoivent sous leur toit l'étranger, qu'il soit Anglais, Ecossais, Irlandais. Ils ne demandent jamais compte à personne de sa croyance religieuse.” A ceux qui, comme M. Papineau, voulaient faire retomber sur le ministère la cause de ces désordres, M. Chauveau répondait: “ Il est possible que le ministère n'ait pas fait, dans les graves événements qui viennent de se présenter, ce qu’il y avait de mieux à faire; mais il est bien difficile d'en juger présentement ; et dans tous les cas ce n’est point le temps de critiquer et de s’incriminer les uns les autres, mais c'est le temps d’agir de concert pour rétablir la paix publique sérieusement compromise.” Pour lui, il dit qu'il était prêt à rester à son poste et à faire face à l’émeute aussi longtemps qu’on le jugerait nécessaire ; mais il croyait que le siège du gouvernement ne pouvait pas et ne devait pas rester à Montréal.

Plusieurs autres membres partageaient cette opinion, et on vit bientôt un fort parti se former dans le sein de l’Assemblée légis-

1— Le Conseil législatif siégea d’abord dans le soubassement de l’église de la Trinité ; plus tard, il occupa, ainsi que l’Assemblée lé

Reno une grande maison située sur la place Dalhousie, et appartenant à M. Hayes.

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‘lative pour demander la translation du siège du gouvernement ‘dans quelque autre ville que Montréal.

Ce mouvement, dont Montréal était témoin, n’empêcha pes la populace de se porter encore à de nouveaux désordres, Un soir, qu'une certaine députation du Haut-Canada avait été invitée à ‘dîner à l'hôtel Têtu, rue Saint-Jacques, la maison fut tout à coup assaillie, les croisées et les portes brisées. Des coups de pistolet tipostèrent, et un des émeutiers fut blessé, ce qui eut l'effet de faire battre les autres en retraite.

Dès le commencement de mai, M. Cayley était parti pour l'Angleterre. M. Hincks le suivit de son côté au bout d’une semaine, et quelques jours plus tard sir Allan MacNab alla rejoindre M. Cayley, et porter les diverses adresses des torys contre le bill d’indemnité.

Le 19 mai, M. Sherwood, de Toronto, proposa une adresse au ‘gouverneur, le priant de convoquer alternativement la Législature à Québec et à Toronto. La Chambre se trouva un peu déconcertée ; M. Galt proposa que cette question fut remise à un jour subséquent, mais la motion fut rejetée. M. Sherwood, de Brock- ‘ville, proposa alors que quelque place centrale fût choisie pour être le siège permanent du gouvernement, Cette motion fut encore réjetée par 38 voix contre 23. Vint alors M. J.-A, Mac-

.‘donald qui proposa en amendement que Kingston fût choisie pour être le siège du gouvernement. La proposition était très bien motivée ; malgré cela elle ne put réunir que 10 voix. Bytown, aujourd’hui Ottawa, fut ensuite proposé par M. Lyon, représentant du comté de Russell ; il prétendait que ce choix aurait l'effet de faire taire toutes les jalousies ; d’ailleurs Bytown ‘offrait plüsiéurs avantages que n'avaient pas les autres villes ; elle n’était pas éxposée comme Montréal à l’ébullition des passions ‘populaires ; elle était éloignée des frontières et à l'abri des dangers d'une invasion ; en même temps elle occupait un endroit ‘central ‘puisqu'elle était située sur les frontièrés des deux ‘provinces. ‘Malgré toutes cés raisons, la motion de M. Lyon ne fut appuyée

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