SUR UNE MORTE
Elle était belle, si là Nuit Qui dort dans la sombre chapelle) < )ù Michel-Anfçe u fait son lit, Immobile, peut être belle.
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Elle était bonne, s'il suffît Qu'en passant la main s'ouvre et donne, Sans que Dieu n'ait rien vu, rien dit; Si l'or sans pitié fait l'aumône.
Elle pensait, si le vain bruit D'une moïk douce et cadencée, Gomme le ruisseau qui gémit, Peut faire croire à la pensée.
Elle priait, si deux beaux yeux, Tantôt s'attachant à la terre, Tantôt se levant vers les cieux, Peuvent s'appeler la prière.
Elle aurait souri, si la fleur Qui ne s'est point épanouie, Pouvait s'ouvrir à la fraîcheur Du vent qui passe et qui oublie.
Elle aurait pleuré, si sa main, Sur son cœur froidement posée, Eût jamais dans l'argile humain (1) Senti la céleste rosée.
Elle aurait aimé, si l'orgueil, Pareil à la lampe inutile Qu'on allume près d'un cercueil, N'eût veillé sur son cœur stérile.
(1) Voltaire emploie le mot argile au masculin. L'auteur s'est cru suffisamment autorisé par cet exemple. (Voir le dictionnaire de Boiste).
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Elle est morte et n'a point vécu.
Elle faisait semblant de vivre.
De ses mains est tombé ie livre Dans lequel elle n'avait rien lu.
Octobre 1842.
Outre les fièvres et Ici palpitations qui désolaient Alfred de Musset, il fui pris, trois ans avant sa mort, d'une dyssenterie qui dura longtemps. Ses jambes enflèrent chaque jour davantage, il survint une hémorragie.
Le malade s'affaiblissait, et perdait beaucoup de sang.
J'étais désolée, j'allai trouver sou frère.
Il faut que l'on sache que je ne devais pas écrire à Angers, sa mère ne devant rien savoir.
Je rencontrai M. Paul de Musset à sa porte: « Ah! vous faites bien de venir, je pars c i - >ir pour Angers. Je vais aller voir Alfred tout à l'heure. »
M. Paul oublia de venir.
Le lendemain, ne sachant quoi faire, j'écrivis à la princesse de Salin Kvrbourg, <;ui aimait M. de Musset et, qui en toute occasion, nie fut de bon conseil.
Je lui dis dans quel embarras je nie trouvais avec mon malade qui baissait tous les jours.
La princesse mcr.vova une ordonnance de M. Klug, son médecin de Bruxelles.
Elle me dit : « Aussitôt que le malade ira mieux vous ferez rôtir un bon gigot a point, un peu sai-
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ffpnnt.; vous donnerez à votre malade le jus de ee gigot par cuillerées à café; vous ire:: eu augmentant la dose selon ee que le malade pourra supporter »
M. de .Musset avait très bon estomac. Il digérait tout ce qu'il pouvait manger.
En quelques jours, je le vis revenir à la santé, à la vie; en peu de temps il reprit ses forces.
J'étais iïère et heureuse d'avoir triomphé dj cette maladie nouvelle du malheureux poêle.
Sa mère n'a jamais su les angoisses que j'ai éprouvées devant cet abandon de sa Camille, ni comment j'avais réussi à le guérir, — c'était providentiel !
C'est le pharmacien Grignon, de la rue Duphol, qui reçut et exécuta l'ordonnance du docteur KLug.
M. Grignon est venu me voir quand j'étais rue du Faubourg Saiut-Honoré. Je lui parlai de celte cure, il s'en souvenait très bien. Il avait toujours été très bon pour moi. Quand j'allais à sa pharmacie, il venait lui-même me donner des conseils.
J'ai été très flattée de sa visite en 1896.
Dans sa dernière maladie, Alfred de Musset me disait, quand je lui donnais, sous forme de potion, quelque chose à boire :
« Si celait le remède de ta bonne princesse!... »
Dans les premiers temps que nous habitions au quai Voltaire, M. de Musset sortait de convalescence. Je le voyais alors se disposer à sortir, sans ai 'a voir rien dit.
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Il me vint à l'idée de lui dire que la princesse m'avait demandé d'aller travailler chez elle au premier jour que j'aurais de libre.
Il me dit : « Allez, et restez-y autant qu'il vous plaira ».
Je ne compris pas au moment que M. de Musset me disait cela d'une manière qui n'avait rien d'obligeant pour moi, ni de bien satisfait de sa part.
Le lendemain je reçus chez la princesse une lettre de M. de Musset, dans laquelle il me disait:
« Je n'aurais pas cru que vous puissiez vous éloigner ainsi de moi me sachant malade et dans un complet isolement, car ceux qui sont près de moi ne me servent à rien; j'avais pensé, après les soins que vous m'avez donnés, trouver en vous quelque affection sérieuse, indépendante de certains hasards.
« Si je vous ai déplu, vous êtes bien vengée; mais un peu cruellement, car je vous avoue que cette solitude et cette souffrance m'ont jeté dans une tristesse insupportable. »
C'est la seule lettre qui me reste, j'ai dû vendre toutes les autres.