‹ Dix ans chez Alfred de MussetChapitre 13 sur 34 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Une visite au jardin des Plantes. — Le lion Marzo. — M"" Colet. — Le petit chien du café Drançais. — Histoire de Marzo.

Avant de partir pour passer quelques mois à Angers, Mme de Musset m'avait conseillé de sortir prendre l'air avec son fils, autant qu'il voudrait, ajoutant que je n'aurais pas à le regretter.

Nous allâmes un jour au Jardin des Plantes, M. de Musset était curieux de voir les animaux sauvages.

On vit là un très beau lion, nouvellement arrivé d'Afrique, il s'appelait Marzo. Monsieur désira le voir de plus près; on nous fit passer derrière les loges des animaux.

M. de Musset dit : « Quel bel animal! — Oui, répondit le gardien, mais nous allons le perdre, il ne veut pas manger. » Comme le lion me regardait me fixait même, je lui dis autant des yeux qu'en parlant « : Tu ne manges pas, mon beau lion. » Le gardien me dit : « Donnez-lui ce morceau de viande, il le prendra peut-être de votre main. » Le lion vint d'un air très doux, prit la viande, la porta au milieu

de sa cage ; je lui en donnai un autre qu'il porta au môme endroit, et d'autres morceaux encore allèrent rejoindre les premiers; après, le lion se mit à manger en me regardant souvent.

Quand il eut fini, il s'approcha près du grillage où j'étais; il semblait très content de me voir, et suivait tous mes mouvements.

Il y avait là des Anglais qui me regardaient avec autant de curiosité que le lion.

Avant de partir je dis adieu au lion par un signe de la main, le lion vint appuyer sa tête contre la grille, le gardien me dit : « Je crois que vous pourriez le toucher; » ce jour-là je n'osai pas ; mais les jours suivants je lui posai ma main sur la tête en lui disant : « Au revoir, à demain, mon beau lion. »

Gela dura plus d'un mois, le lion ne mangeait pas avant que je ne fusse arrivée, le gardien me dit : « Il sait quand vous mettez le pied dans le jardin, il écoute. »

Plus tard, M. de Musset conduisit là Mme Louise Golet; il lui dit : « Faites comme M"e Colin ; en partant elle pose sa main sur la tête du lion. » — Mme Colet n'osa pas m'imiter, mais elle fut mal avisée d'essayer de le toucher avec le manche de son ombrelle : le lion rugit d'une force telle, qu'il fit trembler tout ce qui était autour de lui.

M. de Musset me raconta cette visite au lion, et nous ei-: avons ri plusieurs fois.

J'ai lu dans le Gaulois, des vers de Musset évi-

demment adressés à Mmc Colet, à propos de cette visite au Jardin des Plantes.

Voici ces vers :

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