‹ Dix ans chez Alfred de MussetChapitre 14 sur 34 · APRÈS UNE PROMENADE AU JARDIN DES PLANTES · texte numérisé non relu

APRÈS UNE PROMENADE AU JARDIN DES PLANTES

Sous ces arbres chéris où j'allais à mon tour Pour cueillir en passant, seul, un brin de verveine, Sous ces arbres charmants où votre fraîche haleine Disputait au printemps tous les parfums du jour,

Des enfants étaient là qui jouaient alentour ;

Et moi, pensant à vous, j'allais traînant ma peine;

Et si de mon chagrin vous êtes incertaine,

Vous ne pouvez pas l'être au moins de mon amour.

Mais qui saura jamais le mal qui me tourmente? Les fleurs des bois, dit-on. jadis ont deviné! Antilope aux yeux noirs, dis qu'elle est mon amante?

0 lion, tu le sais, toi, mon noble enchaîné;

Toi qui m'as vu pâlir lorsque sa main charmante

Se baisse doucement sur ton front incliné.

M. de Musset avait fait la connaissance de Louise Colet le jour où il fat reçu à l'Académie.

Elle le vit en sortant de l'Institut, et le fit prier de la recevoir.

Elle vint un jour à la maison et demanda à M. de Musset qu'il voulût bien lire, à la prochaine séance, des vers qu'elle avait faits sur l'Orphelinat de Petit-Bourg.

Al. de Musset consentit à lire cet ouvrage, qui obtint une récompense de l'Académie.

Cette dame, encore fort belle, chercha à plaire. Il s'établit alors entre ces deux personnages des relations assez suivies, mais ne durèrent pas longtemps ; le poète en fut vite lassé et ne voulut plus la voir.

On mit son portrait chez la concierge pour qu'elle la reconnût et l'empêchât de monter: cela n'empêcha rien.

Elle vint un jour. Monsieur venait d'être malade, encore faible, elle l'apostropha en lui disant : « Qu'as-tu fais de mon portrait ? »

Elle le poussa dans un coin de la chambre, je dus intervenir pour que cela finisse.

Après la mort de M. de Musset, elle vint, encore et pérora, m'offrit ses bons services auprès de ses amis ; je lui répondis que je ne comptais sur personne.

Elle écrivit — après George Sand — un livre intitulé Lui, tissu de choses indignes, où elle se vante de ce qui se serait passé entre eux. Il contient des choses d'un cynisme tel qu'une femme ne devrait jamais les dire et encore moins les écrire.

Mon bon et cher poète en avait peur; et il avait raison, à en juger d'après son livre

Quelquefois, en sortant de voir le lion, on entrait dans un calé pour prendre un verre de bière.

Eu passant devant le comptoir pour payer, M. de Musset remarqua une pierre en grès rectangulaire avec un trou pour recevoir les allumettes ; trouvant cela commode, il en demanda le prix

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on lui dit : « Deux francs » ; il me dit : « prenez en deux », et jeta cinq francs pour payer ces porte allumettes, sur le comptoir. On enveloppa ces pierres, et on me rendit un lranc. Monsieur me dit que je ne devais pas attendre que Ton me rendit la monnaie, cela ne lui plaisait pas. J'ai encore une de ces pierres, l'ai donné l'autre à M. Paul.

Nous allions souvent dîner au Bœuf à la Mode, nje de Valois.

M. de Musset désirant fumer, nous dînions seuls dans un cabinet.

M. de Musset me disait en sortant pour payer : « Vous allez voir une jolie femme au comptoir, qui ne manque jamais de m'offrir une prise de tabac que j'accepte régulièrement et que j'emporte dehors ...»

Après, nous allions au théâtre, au Français ou ailleurs.

En rentrant le soir, Monsieur allait au Café Drançay, tout à côté du 23, quai Voltaire.

Pendant queM. deMusset prenait sabière, je m'asseyais près du comptoir et je causais avec la dame.

Un soir je la trouvai triste, les yeux rouges, elle avait pleuré.

Elle me conta tout bas que son mari voulait Doyer une petite chienne qui était là tous les soirs et que M. de Musset ne manquait pas de caresser "Vu moment de sortir.

Monsieur dit : « Où est la petite chienne qui n'est

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pas venue me dire bonsoir?» En deux mots je lui dis le chagrin de Mme Drançay.

M. de Musset en fut très affligé, sa sensibilité se trouvait à une rude épreuve.

Il dit : «Que faut-il faire? nous ne pouvons pas la prendre, cette bête ». Je lui dis : « Demandez à M. Drançay un petit chien ». Aussitôt M. Alfred alla trouver le cafetier qui jouait aux cartes dans une autre salle.

« Monsieur, dit-il avec sa politesse de gentilhomme, je suis un de vos clients habituels ! — Je le sais, et m'en honore ! Monsieur Alfred de Musset, n'est-ce pas? — Lui-même... et qui sollicite de votre obligeance une légère faveur. — Laquelle ? Trop heureux, de quoi sagit-il? — Seriez-vous assez bon pour me réserver un chien de votre chienne ? — Quoi !... de cette affreuse mère ? — Efïectivement, elle n'est pas de ces plus jolies... mais, que voulezvous? C'est un caprice.

— Un caprice ! . . . nul plus que vous n'a le droit d'en avoir... ; mais vous pouvez vous vanter de lui avoir sauvé la vie ; j'allais la noyer.

— Vraiment ?

— J'y renonce en votre faveur.

— Vous y consentez donc?

— Certes ! »

A quelque temps de là, on vint me dire d'aller choisir le petit chien; je pris le plus petit, qui était tout noir.

M. de Musset m'approuva : je le gardai une nuit: il pleura tant, que je dus le rendre a sa mère pendant huit jours. J'allais le voir tous les jours, je l'apportais à son nouveau maître qui fut enehanté de la bonne pensée que nous avions eue.

Quand nous eûmes ce petit chien, on ne s'occupait plus que de lui. Il fallait lui donner un nom ; M. de Musset m'en parla, je dis : « Il faut un nom court, en deux syllabes. »

M. de Musset reprit: « On l'appellera Vercingétorix », je me récriai, je dis que l'on se moquait de moi.

— « Préférez-vous donc qu'on l'appelle Marzo, le nom de notre lion?

— Oui, assurément. »

Il fut tout de suite un peu filou : on lui avait assigné un endroit pour faire ses nécessités, il comprit bien vite ; comme on lui donnait un petit morceau de sucre, il vit que c'était une récompense, il finit par y aller à tout propos. M. de Musset remarqua que le petit malin, aîiait uniquement pour avoir le morceau de sucre; il lui lit voir qu'il voulait nous tromper, et le menaça avec son mouchoir. En chien intelligent il se tint pour dit. aussi, dès qu'il avait fait quelque chose dans le cabinet, il venait triomphant nous avertir, et recevait sa récompense.

Quand il fut un peu plus grand, les amis de M. de Musset lui disaient, l'un : <( Il faut lui couper les

oreilles » ; l'autre : « Il faut lui couper la queue. »

M. Alfred répondit : « On ne lui coupera rien du tout. Celui qui Ta fait naître, lui a donné tout ce qu'il lui faut, je ne retrancherai rien. »

Nous voilà donc munis d'un chien qui nous occupait beaucoup.

On lui apprit, quand on sortait, à se tenir bien tranquillement dans son lit.

Et quand on rentrait, c'était une explosion de joie, une grande fête qu'il nous faisait. M. de Musset n'aimait pas que son chien lui lèche la figure, il lui permettait de lui lécher l'oreille gauche, c'était arrangé, reçu, et ne changea jamais.

J'écrivais souvent à Mme de Musset, je lui donnais de bonnes nouvelles de son fils, je lui disais qu'il était bien portant, qu'il se plaisait chez lui, et qu'il rentrait tous les soirs après le théâtre.

Quand arriva le moment du retour de M"1 Musset, elle fut contente ; il y avait cinq mois que son fils vivait de la vie simple comme tout le monde et à laquelle il n'était pas accoutumé.

Il avait été convenu à propos de Marzo, qu'il ne mangerait jamais de viande, afin qu'il n'eût aucune mauvaise odeur : l'animal, pendant quelque temps, s'accommoda bien de ce régime, mais je remarquai qu'il marchait souvent sur trois pattes, il finit même par ne plus se servir d'une des pattes de derrière, cette malheureuse patte devint presque inerte, nous ne savions quoi lui faire .

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Je portai le chien chez un vétérinaire : la patte était desséchée.

Le praticien prit le petit chien, lui allongea cette patte, la ficela dans des petites baguettes de bois : d'après ce que l'on m'avait dit, le chien devait rester plusieurs jours attaché sur un matelas avec des chiffons fixés autour de lui (coût cinq francs).

Je fis scrupuleusement ce que Ton m'avait dit. — Je sortis faire une course ; en rentrant j'allai voir mon chien : plus de chien, il s'était caché dans la chambre de son maître, il ne restait sur mon lit que les morceaux de bois, les ficelles et les chiffons qui l'enveloppaient pour les maintenir.

Quand je dis cela à M. Alfred, il me répondit: « Si le chien a tout arraché, c'est que ça ne pouvait que lui nuire, laissons-le tranquille ».

Le chien, quand on parlait de lui, écoutait d'une manière attentive.

Mais la pauvre patte était desséchée.

Une dame chez laquelle j'allai payer une note, me dit : « Mon père est vétérinaire à Fontainebleau, il viendra dîner ici dimanche , amenez votre petit chien... 11 le verra. »

Je ne manquai pas de m'y rendre.

Ce monsieur me demanda ce que mangeait ce chien : « Il ne mange pas de viande ? me dit-il.

— Non, jamais.

— C'est un tort; vous allez lui faire manger tous les jours, comme médicament, une côtelette de mou-

ton, jusqu'à ce qu'il soit revenu dans son état normal. Quand il aura ses quatre pattes, vous le nourrirez d'une pâtée de bœuf bouilli, et de pain trempé dans de l'eau froide avec un peu de sel... »

Cela ne me coûta rien...

Le chien fut guéri en moins de quinze jours, et vécut dix-sept ans.

Ce n'était pas un chien soumis, il n'écoutait que son maître, et ne se laissait pas insulter.

M. Emile Augier lui disait quelquefois : « Je crois, Marzo, que tu as des puces ». Le chien, furieux, protestait, et semblait prendre son maître à témoin. Alors, M. de Musset disait : « Non, monsieur, Marzo n'a pas de puces. » Le chien s'en allait content, on lui avait rendu justice.

Quand j'habillais M. de Musset, le matin, le chien venait tendre son cou pour qu'on lui mît la cravate de nuit de son maître.

Je Fai vu passer une soirée à la table de jeu, sur un fauteuil, sans se coucher, parce qu'il avait cette cravate. Il se croyait obligé de se tenir comme ces messieurs.

Je disais à Monsieur de lui demander sa cravate, le chien obéissait et venait me dire de la défaire.

Quand je portais mon livre à M. de Musset, afin d'avoir de l'argent pour aller au marché, le chien m'accompagnait toujours. Je lui disais : « Nous allons demander de l'argent pour acheter du bœuf », — il comprenait.

M. de Musset, pour s'amuser, me disait : « Je ne donnerai rien. »

Le chien me regardait, jappait après son maître ; cela recommençait plusieurs fois, toujours le chien jappait plus fort et se fâchait.

Lorsque j'avais reçu l'argent, le chien prenait le bas de ma robe et m'entraînait vers la porte pour aller acheter du bœuf. C'était sa nourriture.

Il aimait bien aussi une patte de poulet, mais il ne la mangeait pas avant que la bonne ne l'ait vue. — Elle lui disait : « Donne-moi un peu de cette belle patte ». — Il grognait, prenait la patte pour la bien montrer; il faisait un tour sur lui-même, et la mangeait.

M. de Musset, revenant de voyage, m'envoya un mot pour me dire d'aller le voir au quai Voltaire, chez sa mère où il devait dîner.

J'allai avec Marzolui porter des lettres.

M. Paul de Musset était là avec son caniche blanc que Marzo détestait cordialement.

MIU0 de Musset faisait manger du biscuit à Tobie, c'était le chien de M. Paul.

Elle en offrit à Marzo, qui tourna la tète de côté, alors Madame dit à M. Alfred : « Ton chien n'aime pas le biscuit? — Si, il l'aime bien, il en mange tous les jours, mais on le lui donne tout entier ». Marzo prit le biscuit et alla le manger dans un coin. Marzo connaissait toutes les habitu on maître, Le soir,

quand j'attendais M. de Musset, c'était lui qui

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m'avertissait de son arrivée, il entendait sa voiture et ne se trompait jamais.

Marzo ne pouvait pas supporter l'orgue de Barbarie; mais il aimait le piano. Quand nous étions à la campagne, aussitôt qu'on jouait du piano dans un pavillon du jardin, Marzo accourait pour entendre.

Mme de Musset n'admettait pas que Marzo n'eût pas d'âme.

Après la mort de son maître, je restai encore trois mois rue du Mont-Thabor ; détail émouvant, le chien l'attendait tous les soirs.

Etant rue Rumfort, nous voyions tous les matins un chien noir, Loulou, qui faisait sa visite à tous les tas d'ordures de la rue.

Cette petite bête, quand je sortais, me suivait ; un jour il monta à la maison avec nous.

M. de Musset le vit; il voulut qu'on lui donnât à manger, et, pour qu'il ne couchât plus dans la rue, il paya quelqu'un pour qu'il eût son gîte tous les soirs.

Un jour, je rencontre une femme qui croit reconnaître son chien Loulou. Elle l'injurie, le frappe et l'emporte, disant que ce chien lui appartient.

Le lendemain, le chien revint à la maison et s'y cacha jusqu'au soir. M. de Musset en fut touché; il n'eut pas de repos que je n'eusse retrouvé la mégère et obtenu d'elle qu'elle nous cédât le pauvre animal. Elle le fit pour cinq francs ; j'allai la payer chez elle, et Loulou resta près de la porte pour n'être pas oublié chez son ancienne maîtresse.

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Aussitôt qu'il fut à nous, je le baignai, je le fis propre; il était très intelligent, et en peu de temps il comprit qu'il était de la maison. Marzo portait tous les matins les lettres à son maître. Mais Loulou, un jour, fut plus prompt que lui et les présenta à Monsieur, sur ses deux pattes de derrière. Marzo en eût grand chagrin ; mais son maître lui fit comprendre que Loulou n'était qu'un domestique et qu'il fallait le regarder comme tel.

Loulou avait été un joli chien ; mais, il était vieux et il avait une maladie de peau qu'il communiqua à Marzo, — me voilà avec deux chiens galeux !

M. de Musset s'informait de tous les côtés pour savoir où il pourrait les l'aire soigner el guérir.

On lui indiqua un vétérinaire, rue Fontaineau-Roy. Ce monsieur ne s'occupait que des chiens.

Quand il vit mes deux chiens, il me dit qu'il guérirait bien Marzo, mais que l'autre était trop vieux et qu'il fallait l'éloigner du jeune.

On mit Loulou en pension, chez une vieille femme ; on paya sa pension jusqu'à sa mort.

Avant de quitter la rue Ru m fort je fis conduire Marzo chez M. Garamija, le vétérinaire : j'allais le voir toutes les semaines ; il était entièrement rasé.

On emménagea iuie du Moni-Thabor.Ouandrinstallation fut faite j'allai chercher le chien, je le ramenai en voiture ; une ibis à la maison il reconnaissait tous les meubles, mais il ne trouvait pas son maître.

Tout à coup il disparut, impossible de le retrouver, personne ne l'avait vu. M. de Musset qui allait rentrer pour diner, voulait voir son chien. Ne sachant quoi faire, je courus chez ma sœur, rue Rumfort, j'y trouvai Marzo. Il était d'abord allé à notre ancien appartement, voir la concierge, qui eut de la peine à le reconnaître. Il lui fit comprendre qu'il voulait monter, elle le laissa faire ; quand il vit l'appartenieut vide, il alla dans la chambre de Monsieur, et se mit à pleurer, à crier; en sortant de là il était allé chez ma sœur. Quand j'arrivai elle se disposait à me le ramener.

M. de Musset arriva pour dîner peu de temps après que le chien fut rentré. Il le trouva fort laid, mais Tanimal lui fit tant de fête, qu'il fallût l'aimer quand même.

Je dis à Monsieur de lui parler du petit Baptiste, — c'était le domestique qui le tenait quand on le pansait chez le vétérinaire.

A ce nom de Baptiste, le chien se mit en fureur, regardant de tous côtés s'il le voyait venir, se plaignant, ne voulant pas entendre parler de Baptiste. Il nous faisait comprendre qu'il avait été très malheureux.

J'ai encore la note de sa pension. Plus de trois ans après, dans la rue Saint-Honoré, mon chien se mit à courir après un monsieur qui marchait devant moi, et avec ses pattes il lirait le bas de son pantalon. Ce monsieur se retourna et dit: « Petit chien.

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je te reconnais ». Je lui dis que c'était Marzo, à M. de Musset.

Il me dit : «Il m'a reconnu, il se souvient que je le gâtais, il venait déjeuner avec moi, il aime bien les os de côtelettes. »

Marzo savait très bien se faire ouvrir la porte de la maison.

M. Paul de Musset dit, dans la Biographie, page 345 :

« Je ne louerai pas Marzo de son amour pour son maître, ce serait l'ofïenser : Marzo ne comprendrait pas que la reconnaissance soit un mérite, et le dévouement une vertu. Il ignora toujours que, parmi l'engeance des humains, il existe des ingrats et des envieux. Aujourd'hui, parvenu à l'âge caduc, il se souvient encore de celui qui n'est plus, et quand la gouvernante, sa dernière et fidèle amie, lui parle de son maître, il dresse encore l'oreille, et témoigne qu'il pense à lui, qu'il l'aime et qu'il l'attend toujours (1). »

Le maître du pauvre Marzo a inspiré les mêmes

(1) Marzo est mort de vieillesse le 28 août 1864, entouré de soins et pleuré de sod amie. M™0 Martellet, ne voulant pas que le corps de Marzo fût jeté au tombereau, cha son mari de l'aller enterrer. Le mari part de grand matin, portant Marzo enveloppé dans un journal. 11 va jusqu'à Auteuil, et voit des ouvriers-terrassiers qui travaillaient. 11 h ur demande la permission de déposer lf corps dans le terrain qu'ils étaient en train de remuer. Marzo est enseveli sous une charretée de terre, dans une rue nouvelle qui, depuis, s'est appelé la rue de Musset.

sentiments de tendresse et dévouement à d'autres personnes moins faciles à conquérir. Dans les diverses maisons qu'il a habitées, dans les endroits qu'il fréquentait régulièrement, on l'aimait avec une sorte d'adoration; et ce n'était pas toujours pour ses poésies et pour sa gloire, car plusieurs de ces amis-là ne savaient pas lire. Quelques-uns se seraient mis au feu pour lui.

Alfred de Musset faisait grand cas de ces affections naïves

Mais le plus tendre et le plus dévoué de ses amis était son oncle Desherbiers. Il n'était point de sacrifice dont ce bon oncle n'eût été capable pour son neveu.

C'était à la fois un camarade et un père. Alfred l'aimait d'une tendresse filiale ; aussi ne pouvaient-ils se passer l'un de l'autre. Sur quelques points leurs opinions différaient. En littérature, en politique, en philosophie, ils n'étaient pas toujours d'accord; au jeu des échecs ou au piquet, ils se querellaient parfois et se séparaient faciles. Le lendemain, Alfred écrivait une lettre d'excuses, et, le soir, on s'abordait sans dire mot de la discussion de la veille. Souvent, à l'instant même où la lettre d'excuses allait partir, le bon oncle arrivait, pensant que les torts étaient de son côté.

M. de Musset n'était pas seulement bon pour les animaux. Il aurait voulu secourir tout le monde. Un dimanche, il entra dans ma chambre et trouva une

jeune fille qui venait me voir, elle était de mon pays, je connaissais sa mère. Celte personne était malade, elle avait un certificat du médecin pour aller se faire soignera Beaujon.

Elle était venue pour me laisser ses papiers et son livret de caisse d'épargne.

J'allai voir si Monsieur avait besoin de quelque chose. Il me demanda ce qu'avait cette fille qui était si triste; je racontai sa situation. M. de Musset me dit: « Vous avez une chambre là-haut, faites-la coucher ici, il ne faut pas qu'elle aille à l'hôpital, la bonne la soignera. Je serais trop tourmenté de savoir qu'elle s'en va toute seule » . Je lui donnai des draps, elle alla à la chambre, y fut soignée quinze jours et fut guérie.

Une autre fois, un vieux palefrenier, qui couchait dans les greniers à foin, s'était écorché à la jambe en tombant d'une échelle.

M. Alfred avait vu l'accident de sa fenêtre. Lorsqu'on vint me demander du linge pour le panser, M. de Musset me dit : « Pansez-le vous-même, et qu'il vienne tous les jours se faire soigner ». Cela fut fait, le malade fut guéri et admis un peu plus tard dans un hospice de vieillards. Quand il sortait de son hospice, il ne manquait pas de venir nous voir et régulièrement il recevait une pièce de monnaie.

Il s'en allait content. En nous quittant, il «.lisait : « On nous fait prier le bon Dieu, là-bas. ,1e n'ai plus

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que cela à faire, je prie pour M. de Musset et pour vous ».

Ce vieillard appartenait à L'administration des voitures de la rue du Mont-Thabor.

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